Un cocktail était donné
afin de célébrer la fin de la prestation de l’apprenti star DS de B de B.
La jeune femme s’était surpassée dans le rôle ô combien délicat de Johanna van der Zelden. Sa composition avait fait l’unanimité, y compris auprès du comédien qui incarnait son époux, le Français Georges Marshall. Pourtant, les débuts entre les deux acteurs avaient été plutôt difficiles, Deanna Shirley voulant avoir à ses côtés Louis Jourdan. Mais, désormais, ce temps était révolu. Georges avait applaudi à tout rompre lorsqu’enfin, le réalisateur avait crié « coupez » lors de l’ultime scène.

La jeune femme s’était surpassée dans le rôle ô combien délicat de Johanna van der Zelden. Sa composition avait fait l’unanimité, y compris auprès du comédien qui incarnait son époux, le Français Georges Marshall. Pourtant, les débuts entre les deux acteurs avaient été plutôt difficiles, Deanna Shirley voulant avoir à ses côtés Louis Jourdan. Mais, désormais, ce temps était révolu. Georges avait applaudi à tout rompre lorsqu’enfin, le réalisateur avait crié « coupez » lors de l’ultime scène.
En cette fin de soirée,
il y avait foule dans le patio du trente-deuxième niveau, celui qui servait
habituellement de lieu de fête aux résidents de la cité. Le décor et
l’atmosphère, aux dires des citoyens de l’Agartha, étaient les plus à même
d’accueillir les réceptions. Des fleurs à profusion, des œillets, des
hortensias dans des massifs, des fuchsias retombant en grappes élégantes dans
leurs jardinières, des fontaines dans lesquelles glougloutaient une eau
parfumée au tilleul, des murs diffusant une lumière opaline tout en dessinant
de jolies arabesques sans cesse changeantes, une douce musique en fond sonore,
souvent le célèbre menuet de Boccherini, ou encore Une petite Musique de Nuit de Mozart, des tables chargées de
nourriture non dans un gaspillage ostentatoire mais dans un choix prodigieux de
mets délicieux.
Lorsque Mademoiselle
pénétra dans le Patio avec un retard de dix minutes environ, retard obligé vu
son statut de vedette, elle fut applaudie par tous les invités, qu’ils fussent
simples résidents, personnel bénévole du feuilleton ou comédiens confirmés.
Vite, Deanna fut entourée par Monty Clift,

Marcel Dalio, Louis Jouvet, Georges Marshall, Scott Bakula, Delphine Darmont, Spénéloss, Marcel Bluwall, Lobsang Jacinto, Louise de Frontignac et Symphorien Nestorius Craddock.

Marcel Dalio, Louis Jouvet, Georges Marshall, Scott Bakula, Delphine Darmont, Spénéloss, Marcel Bluwall, Lobsang Jacinto, Louise de Frontignac et Symphorien Nestorius Craddock.
- Bravo ! Oui bravo,
mille et mille fois, jeta Scott avec une sincérité toute désarmante.
- Franchement, cette
interprétation mériterait l’oscar, compléta Monty tout en souriant.
- Ce n’était pas mal,
rajouta Delphine. Vous étiez criante de vérité, d’authenticité lors de votre
agonie. On aurait cru que vous vous étiez rendue dans un hôpital pour assister
à la fin de ces malheureux phtisiques.
- Euh… à vrai dire, je
n’ai pas eu ce courage, avoua la miss.
- Tout de même, vous
m’avez scié, oui, scié, surtout lorsque vous avez craché du sang dans votre
mouchoir, proféra Georges.
- Ce n’était pas du sang,
mon ami.
- Alors, de quoi
s’agissait-il ? Demanda avec curiosité l’Hellados. Certes, c’était plus ou
moins prévu par le scénario, mais…
- Il y avait bel et bien
de la matière organique, fit Marcel… cela imitait un peu ce que l’on a dans les
poumons… comment avez-vous fait ?
- J’ai eu des difficultés
à reprendre mon souffle après cette scène, reconnut Deanna Shirley. Je ne sais
pas pourquoi… un peu comme si, réellement, je m’étais retrouvée dans la peau
d’une poitrinaire au dernier stade…
- Vous n’allez tout de
même pas dire que toute cette mise en scène était… involontaire ? Ricana
le capitaine d’écumoire. Moi, je trouve que c’était magnifiquement joué. Et je
m’y connais !
- Ah bon ?
Expliquez-nous donc cela, ironisa Scott.
- J’ai bourlingué dans
toute la Galaxie, mon vieux. J’en ai vu des choses…
- Vous avez surtout
fréquenté les bordels et les mauvais lieux, de Mondani à Sestriss, de Mingo à
Castorius, lança Marcel Dalio sur un ton sardonique.
- Oui, mais je me suis
rangé depuis que je me suis marié avec Gemma.
- Peut-être, jeta Louis
Jouvet pince-sans-rire, mais j’en doute.
- Quoi ? Vous
m’offensez, l’acteur…
- Ce n’est guère le
moment d’entamer une querelle, dit Spénéloss avec sa placidité coutumière.
- Mon enfant, hasarda
Lobsang, vous nous faites comprendre que ce que vous avez craché n’était pas
prévu ? Reprit l’Amérindien.
- Exactement… j’ai réussi
à conserver mon sang-froid, mais je n’en menais pas large, minauda DS de B de
B.
- Etonnant. Mais… comment
cela s’est-il retrouvé dans votre bouche, alors ? Demanda innocemment
Louise.
- J’ai ma petite idée,
ricana le Vieux Loup de l’Espace. Une farce signée Daniel Lin… c’est tout lui
de faire apparaître tout et n’importe quoi au moment où l’on s’y attend le
moins.
- Vous dites des
sottises, objecta Brelan.
- Que non pas ! Je
suis sûr de mon fait. Miss de B de B aussi.
- Le Superviseur m’a dans
le collimateur, avoua la comédienne britannique.
- Cela me rappelle
quelque chose, marmonna Delphine… mais… c’est fort vague dans ma tête…
- Cela a-t-il à voir avec
notre voyage sous Louis XI ?


- Oui, capitaine, vous
avez raison, approuva la Française. Je faisais de l’eczéma… Et, je ne sais par
quel miracle, je me suis retrouvée guérie par le commandant Wu alors qu’il ne
m’avait pas même touchée…
- De l’eczéma ?
Tiens donc ! A cause de quoi ? S’enquit Scott.
- A cause d’une
nourriture trop riche et trop avancée… or, nous n’avions plus de pommade pour
soigner ce genre d’affection…
- Oui, mais ici, cela
semble être le phénomène inverse, remarqua Marcel Bluwall.
- Oh ! Plus rien ne
m’étonne de la part du Superviseur, soupira Deanna Shirley. J’ai eu l’occasion
de le connaître plus profondément avec cette mission en 1888.
- Plus
profondément ?
- Monty, je préfère ne
pas m’étendre là-dessus.
- Vous l’avez
dragué ? Fit Georges avec humour.
- Non ! Se récria la
jeune femme. Pas du tout… moi, me commettre avec ce sale…
- Tss… tss…
- Ah ! Vous êtes
parmi nous, commandant ? Nous ne nous étions pas aperçus que vous nous
aviez rejoints, murmura Lobsang avec son regard doux et empreint d’ironie à la
fois.
- Il y a pourtant dix
minutes que je suis là, répondit Daniel Lin. Mais je discutais musique avec
Miklos et Johann Sebastian…
L’Amérindien se garda
bien de jeter qu’il n’en croyait rien. Lui connaissait, du moins partiellement,
le secret de Dan El.
- Deanna, interpella
Daniel Lin, vous me reprochiez une farce, je crois…
- En effet, Superviseur,
opina l’intéressée d’un air pincé.
- Toujours fâchée contre
moi ?
- C’était une farce de
mauvais goût, commandant. De sale gosse. Vous usez un peu trop de vos talents
de prestidigitateur… et souvent à mes dépens.
-Oh làlà ! Vous m’en
voulez donc encore… je n’ai plus qu’à vous faire publiquement mes excuses… Oui,
je regrette… je suis sincèrement navré de vous avoir causé du tort…
- Nous sommes tous
témoins de cet aveu, siffla Craddock.
- Merci.
- Merci ? C’est
tout ? S’offusqua Deanna Shirley.
- Bon… je vous ai fait
souffrir… Un instant, vous avez vraiment cru être à l’article de la mort… mais…
c’était pour la bonne cause…
- Drôle de mauvais tour,
mon gars… faudra m’expliquer comment vous vous y prenez pour réussir cet
exploit, dit Symphorien en mâchouillant ses lèvres.
- En attendant, Daniel
Lin, reprit la Britannique, je ne veux plus être prise pour cible de vos
farces… est-ce bien compris ?
- Euh… Je suis confus…
- Vous ne me donnez pas
la bonne réponse, s’entêta Deanna Shirley.

- Que dois-je donc
rajouter ?
- Acharnez-vous sur
quelqu’un d’autre, proposa Louis Jouvet avec humour, ne saisissant pas bien de
quoi il était précisément question en cet instant.
- Surtout pas !
Contra Louise. Ce ne serait pas charitable.
- Exactement. Bon… j’ai
compris l’admonestation, s’inclina Dan El. Je ne m’en prendrai plus à quiconque
ici, dans la Cité…
- Monsieur ? Pâlit
Spénéloss.
- Ouille ! J’ai
encore proféré une sottise… Mais… c’est plus fort que moi…
- L’ennui sans doute,
proposa Jacinto.
- Oui, tout à fait…
- Dans ce cas, mettez sur
pied une autre mission vers l’extérieur pour vous changer les idées, poursuivit
le bouddhiste.
- Pourquoi pas ? Je
vais y réfléchir…
- Cela ne me suffit
pas ! Gronda l’apprentie star.
- Deanna Shirley, je
promets, oui, je promets solennellement de ne plus m’attaquer à personne
désormais… aucune intelligence ne sera la victime de mon espièglerie naturelle.
- Plus jamais ?
- Plus jamais, Deanna.
- Dans ce cas, j’accepte
vos excuses.
- J’en suis heureux…
soulagé, même. Cela pesait grandement sur mon cœur.
- Tant mieux, sifflota
Craddock. Un verre de sangria ?
- Non, merci, capitaine.
Vous me connaissez. Jamais d’alcool. Par contre, un jus de goyave…
Tandis que Spénéloss
s’empressait de servir le Superviseur, Deanna Shirley entendit distinctement
dans sa tête une dernière réflexion de Dan El.
- Vous êtes très forte,
Deanna. Vous m’avez acculé.
- Oui, en effet.
- Je vous aime bien, vous
en êtes consciente, tout de même ?
- Absolument.
- Vous vous êtes rendue
compte que votre sœur était absente de la petite fête ?
- Bien évidemment. Je
pense que c’est à vous que je le dois.
- Tout à fait. Daisy
Belle est partie à l’extérieur en repérage avec Birgit.


- Je vois. Pour 1950,
donc ? Sera-t-elle de retour à temps pour son rôle ?
- Je ferai en sorte que
cela arrive. Je vous le jure. Ne vous inquiétez donc pas pour elle…
- Je ne m’inquiète pas,
Daniel Lin, pas du tout…
- Vous mentez, très
chère… mais cette inquiétude est bien la preuve que vous lui êtes attachée en
réalité.
- Comment est ce
jus ?
- Un peu trop sucré à mon
goût, lui répondit le commandant Wu.
- Dans ce cas, buvez
autre chose.
Alors que Dan El
modifiait la composition de sa boisson sans que quiconque s’en aperçut, Gwen,
sa compagne, le cherchait avec des yeux enamourés.
- Ah ! Te voilà… Je
me demandais où tu étais passé, mon maître, dit la Celte dans son langage
archaïque.
- Tu es parvenue à me
retrouver ? C’est bien. Que veux-tu ?
- Je ne t’ai guère vu de
la journée…
- J’étais préoccupé,
Gwen.
- Par quoi ?
- Daisy Belle a disparu…
- Il n’y a que toi qui le
sais, non ?
- Pour le moment… Je vais
devoir m’impliquer davantage…
- Encore ? Et me
laisser seule ?
- Mon absence ne durera
pas, Gwen…
- Bart va pleurer. Il
sent lorsque tu te rends à l’extérieur.
- Je te proposerais bien
de m’accompagner, mais…
- Je serais une gêne pour
toi…
- Tu l’as dit, mon amour.
- Veux-tu me faire
plaisir ce soir ?
- Oh ! Tu veux que
je ne m’attarde pas ici, dans le patio ?
- Oui, mon maître…
- Patiente encore
quelques minutes. Tantôt, je serai tout à toi. Promis, juré.
- J’espère que tu ne me
mens pas…
- Pas du tout, mon amour…
ma douce, ma flamme…
Alors que Brelan
s’approchait de Gwenaëlle et lui proposait de déguster une salade de crabes
avec des billes de mangues, le Superviseur observait attentivement Spénéloss.
Ce dernier avait un entretien avec l’humaine Page…
« Bon… Ces deux-là
ne vont pas tarder à avoir une relation plus… intime…J’en suis heureux… Il
était temps… je déteste voir les Helladoï coincés dans leur pseudo-supériorité…
j’ai toujours milité pour le rapprochement entre les deux espèces. C’est
d’ailleurs pour cela que j’ai peuplé ma cité des deux races… ».
*****
1935.
Franz poursuivait
toujours ses études en Grande-Bretagne. Toutefois, il lui arrivait d’effectuer
des séjours en France durant les vacances scolaires. Ainsi, des revues de vulgarisation
scientifiques lui tombèrent entre les mains et, notamment celles évoquant les
travaux d’Oberth.


En cette même année 1935,
Otto von Möll, exilé désormais à Detroit, fondait une firme de construction
aéronautique. Il avait en ligne de mire l’amélioration des performances des
avions de l’époque. Le chercheur en physique appliquée se penchait sur le problème
délicat de la puissance des moteurs et sur celui de la stabilité en vol d’un
plus lourd que l’air. Il passa de nombreuses nuits à dessiner les plans et les
épures d’un avion à réaction. Lorsqu’il en vint à l’élaboration de la maquette
de son prototype, il se heurta à des défis techniques.
L’Allemand ne parvenait
pas à endiguer les vibrations trop fortes de la carlingue, vibrations produites
par la vitesse trop élevée de l’appareil. De plus, la poussée du moteur testé
fit exploser plus d’une fois ladite carlingue à cause d’une faiblesse dans la
structure du métal.
Quant aux combustibles à
sa disposition, ils ne le satisfaisaient pas non plus.
On s’en doute, toutes ces
recherches étaient extrêmement coûteuses, mais Otto était dorénavant sponsorisé
par Athanocrassos. Oui, vous avez bien lu ! Le second mari de son
ex-épouse finançait Otto von Möll. Comment expliquer cette situation ?
Renate, toute acrimonie envolée avait conseillé à Georgios d’aider le chercheur
exilé. Un peu comme si elle tâchait de se faire pardonner, avec quelques
retards, sa trahison passée.
L’Allemand avait accepté
cette manne, se rendant en quelque sorte à Canossa, toute honte bue.
Pendant ce temps, en
Europe, David van der Zelden signait un juteux contrat avec l’Italie de
Mussolini. Le Duce préparait déjà l’invasion du royaume éthiopien. Quant au
jeune Richard, il avait été confié à sa gouvernante, le père préférant
dorénavant mener joyeuse vie plutôt que de s’occuper de son fils.
En Allemagne, Gustav
Zimmermann, SS d’élite, qui avait toute la confiance de ses supérieurs,
envoyait dans les camps de concentration qui commençaient à se multiplier des
dizaines et des dizaines d’innocents. Ainsi, le testament moral de Johanna van
der Zelden était-il en passe de s’accomplir. Pour récompenser ce policier zélé,
Himmler le promut au grade de Untersturmführer.
Parallèlement, en URSS,
Nikita Sinoïevsky subissait les purges staliniennes. Le Polonais Belkovsky,
quant à lui, effectuait une brillante tournée en Amérique latine. Acclamé
chaudement à Buenos Aires, il fut plébiscité tout autant à Santiago du Chili
puis à Mexico.
*****
1944. Un soir pluvieux de
mars, quelque part en Normandie.
Devant un feu de cheminée
crépitant joyeusement, enveloppant d’ombres et d’éclats orangés deux hommes en
train de fumer la pipe, Antoine Fargeau et Marc Fontane, le médecin de
Sainte-Marie-Les-Monts, devisaient paisiblement, se moquant de la tempête qui
soufflait dans la campagne environnante. A cause du blackout, les volets
avaient été soigneusement fermés et les rideaux ne laissaient pas passer la
moindre lueur.
Tout en tirant sur sa
pipe, Marc lança une remarque à son ami Antoine.
- T’en ai-je déjà informé ?
Le major Floche a péri dans l’attentat organisé par nos amis du groupe Espoir.
Maintenant, la question se pose de savoir qui les Boches vont-ils nous envoyer
pour le remplacer. Un assassin tout comme lui, un fanatique…
- Je ne dirais pas cela,
émit Fargeau. Je pense à un héros de la Russie, peut-être un rescapé de
Stalingrad.


- Oh ! Oh ! Je
n’en crois rien. Tous les Allemands qui ont survécu à Stalingrad sont désormais
les prisonniers des Russes.
- Bah ! Après tout,
nous verrons bien…
- De toute manière, même
si tu as raison dans ta folle supposition, cela ne changera rien pour nous, mon
vieux. Ce sera la même chose, les mêmes dangers, les mêmes exécutions… quelle
engeance maudite, ces nazis !
Après une minute de
silence, Marc reprit :
- Si Berlin nous envoie
un officier de la Wehrmacht, assurément, il sera coiffé par un haut gradé SS. Les
loups se méfient et se surveillent entre eux, Antoine…
- Hon ! Hon !
Acquiesça l’intéressé.
- De plus, ne faut-il pas
mettre la région au pas ? Nous allons souffrir…
- Nous en avons pris
l’habitude.
Marquant une pause,
l’ex-étudiant en physique de Cal Tech murmura, les yeux voilés :
Je
suis le Ténébreux, le Veuf, l’Inconsolé,
Le
Prince d’Aquitaine à la Tour abolie…
- Ah ? Tu m’as l’air
de bien connaître le poème El Desdichado de
Gérard de Nerval, je constate. J’ignorais que tu étais porté sur la poésie
romantique…


- Un peu… j’étais en
train de penser…
- A quoi donc ?
- Ah ! Ce fichu
débarquement… il se fait attendre… le temps devient long… mais à la fin du
printemps, les merles moqueurs, les coquelicots et le vert paradis seront de notre côté.
- Comment cela ? A
la fin du printemps ? Ai-je bien compris ? Rien n’est encore prévu à
Londres… le bruit court que ce serait pour l’été… la mi-juillet au mieux, la
deuxième semaine d’août pour les plus informés… On parle de la Manche, du
Pas-de-Calais…
- Il ne s’agit que d’une
simple intuition, mentit Fargeau. Verrai-je la fin de cette guerre ?
reverrai-je ma mère ?
- Que t’arrive-t-il,
Antoine ?
- Marc, tout est si loin,
si vague, si confus dans ma mémoire…
- Toi, tu as un secret…
ta mère ? Je te croyais orphelin…
- De père seulement. Ma
mère est à Paris…
- Tu la crois
morte ?
- Non… mais je suis
inquiet… grandement inquiet… Elle ne m’a pas revu depuis une… éternité… or, il
m’est impossible de lui donner de mes nouvelles…
- Je comprends… mais
changeons de sujet.
- Tu vas me parler
d’Elisabeth, je parie…
- Tu vois bien…
- Tu es amoureux fou
d’elle, n’est-ce pas ?
- Euh… oui.
- N’est-elle pas un peu
jeune pour toi ?
- Elle a dix-huit ans,
Antoine.
- Donc, elle n’est pas
majeure. As-tu approché le père, Michel Granier ?
- Tu veux rire, sans
doute ?
- Si tu as des vues sur sa
fille, c’est normal que tu lui parles…
- Houlà ! De nous
deux, c’est toi qui es le plus vieux jeu…
- Permets-moi de
m’esclaffer…
- Pourquoi donc ?
- Tu ne peux pas
comprendre l’humour, le sel de tes dernières paroles…
- Dans ce cas,
explique-moi…
- Marc, tu es plus âgé
que moi… je sais que tu aimes courir le guilledou… moi, je dois te paraître un
drôle d’éteignoir avec ma morale et ma retenue d’un autre âge… mais ce n’est
qu’une question de tempérament… d’éducation aussi sans doute… ma mère s’est retrouvée
toute seule à m’élever, vois-tu…
- Creuse davantage et
dis-moi ton grand secret… Tu n’es pas de la pédale, au moins ?
- Non ! Tu te
trompes… je ne suis pas homo…
- Homo ?
Pédéraste ?
- C’est cela. Mon ami
Stephen non plus…
- Stephen ?
- Celui par qui tout a
débuté…
- Un Anglais ?
- Un Américain que j’ai
connu en Californie…
- Oh ! Je ne savais
pas que tu avais voyagé si loin…
- Dans le temps… oui,
dans le temps, ricana Antoine, j’avais l’ambition de devenir un scientifique…
mais la guerre a éteint mes aspirations… désormais, je ne souhaite plus qu’une
chose, la victoire des Alliés…
- Dis-m’en encore plus…
- Je vais essayer…
L’ancien étudiant du
professeur Möll se lança alors dans des explications parcellaires, veillant
toutefois à ne pas trop dévoiler ce qui clochait chez lui…
*****
15 Juin 1969.
Georges Pompidou venait
d’accéder au poste de Président de la République française.

Or, là-haut, tout
là-haut, très loin dans l’espace-temps et à des milliers de parsecs de la
planète Terre, quelque part aux environs de l’an 40 120, le Commandeur
Suprême savourait cette archive filmée mémorisée dans ses circuits.
- Ah ! Que ce serait-il
passé si le centriste Alain Poher avait gagné ?

Se permettait d’envisager l’Entité artificielle. C’est là une question à étudier. Bien des choses auraient changé dans l’Histoire de la France des années 1975-1990. Voyons… si j’essayais d’enclencher une harmonique temporelle sur ce nouveau schéma ? Assurément, cette idée me plaît. Cependant, je cours le risque de frôler une fois encore la non-existence. Oui, mais il doit toutefois rester une potentialité où je perdure… Calculons ce pourcentage.
Se permettait d’envisager l’Entité artificielle. C’est là une question à étudier. Bien des choses auraient changé dans l’Histoire de la France des années 1975-1990. Voyons… si j’essayais d’enclencher une harmonique temporelle sur ce nouveau schéma ? Assurément, cette idée me plaît. Cependant, je cours le risque de frôler une fois encore la non-existence. Oui, mais il doit toutefois rester une potentialité où je perdure… Calculons ce pourcentage.
Ainsi, le Commandeur
Suprême voulait tester ses possibilités d’action. Mais quelles en étaient les
finalités ?
*****
VIIIème siècle, plus
précisément en l’an 772. Quelque part dans ce qui allait devenir l’Empire de
Charlemagne.


L’homme robot biologique
Xaxercos participait à la première expédition du roi Charles contre les Saxons.
Il fallait au souverain carolingien détruire l’Irminsul. L’homme de confiance
de Johann n’avait pas encore effectué sa mission pour contrer Otto. Mais
pourquoi van der Zelden avait-il expédié Xaxercos en plein Haut-Moyen
Âge ?
*****