Epilogue
1970.
Le
réchauffement inexorable de la planète Terre, désormais patent pour les
spécialistes, entraînait le recul des glaciers alpins. Certains sommets et
moraines qui avaient été jusque-là recouverts par les neiges, laissaient
apparaître leur roche à nu. Des glissements de terrains, soudains et brutaux,
se produisaient. Ils eurent pour conséquence inattendue de faire resurgir des
secrets oubliés et enfouis depuis longtemps.
Un
berger qui faisait transhumer son troupeau, alors qu’il était parti à la
recherche d’une bête tombée dans une faille, découvrit le corps d’un homme vêtu
à l’ancienne, mort depuis environ un siècle à la suite d’un mystérieux
accident.

Les
bras squelettiques à la chair racornie de la momie serraient fortement contre
sa poitrine un antique coffret magnifiquement ouvragé d’ivoire et d’or.
Le
paysan, nullement dégoûté, espérant découvrir un trésor quelconque dans la
précieuse cassette, parvint à arracher l’objet au cadavre. Ensuite, avec une
pierre, il fit sauter la serrure dissimulée dans un cabochon. Dépité, il ne
trouva à l’intérieur du coffret tapissé de velours rouge qu’une liasse de
papiers et de parchemins aux textes incompréhensibles.

Trouvant
le contenu sans intérêt, il jeta rageusement les feuillets dans le vide. Tous
ces efforts pour rien!
Le
vent capricieux les emporta alors et les éparpilla, scellant ainsi le destin de
la Terre et de ses habitants.
Ainsi
finirent les mystérieuses formules plusieurs fois centenaires, venues d’un
passé mythique ou presque, des formules qui avaient failli effacer à jamais de
la mémoire de l’Univers l’Empire triomphant de Tsanu XV.
Le
Haän avait eu deux fers au feu. Tandis qu’il mandatait Opalaand pour une
mission sur Terre, il avait délégué à Zoël Amsq les pleins pouvoirs dans une
expédition à rebondissements.
Mais
ceci est une autre histoire…
L’humanité
subirait donc le pire esclavage avant de s’éteindre dans la plus grande des
souffrances sous le joug cruel des Haäns tandis que la Galaxie n’aurait jamais
le souvenir de l’épopée des humains et des Helladoï.
Ah!
Malheureuse et pitoyable Terre dont les représentants ne surent ni ne purent
atteindre la planète Mars, ni maîtriser l’hyper espace et encore moins et
surtout dominer l’envie, l’orgueil, l’égoïsme et le besoin de posséder toujours
plus pour aboutir à quoi en fait? À rien, au néant! Cruelle désillusion!
Dérision!

Dérision,
certes… dure leçon pour l’humanité mais aussi pour moi… pourquoi me suis-je
intéressé exclusivement ou presque à son seul sort? Pourquoi m’être par trop
attaché à elle? Oubliant ainsi les autres potentielles intelligences de mes
petites vies?
Lorsqu’il
me fallut choisir un nom moi qui n’en avais pas, j’optais pour un nom humain…
erreur… erreur dont aujourd’hui j’en paie encore le prix…
Mais
j’ai appris et désormais, en simple observateur, en témoin neutre, j’assiste
aux déconvenues de mes humains par trop entêtés et prodigues… je ne me mêle
plus de leurs affaires… je ne me dédie pas de ma promesse… je tiens bon mais je
laisse couler mes larmes sur mes joues hypothétiques…
A
plus de cent années-lumière de la planète Terre, une autre civilisation
disparut, non pas accablée et payant ses tristes défauts, mais au contraire
fidèle à l’honneur et pleine de dignité. Les Helladoï, au lieu de finir serfs
des Haäns optèrent pour le suicide collectif. Jusqu’au bout, ils refusèrent
d’user de violence envers leurs envahisseurs, barbares, certes, mais néanmoins
dotés d’intelligence et de réflexion.
Plus
proche de mon espèce et de mon monde natal, un certain Albert Einstein ne reçut
jamais la visite de Dick Simmons et ne parvint donc pas à formuler la théorie
des champs unitaires.
Quant
à Sarton, je l’ai déjà dit, il ne recouvra la mémoire que trop tard et ne put
que combattre les Haäns avec un handicap technologique certain puisqu’il
s’agissait des Haäns du XXXe siècle et non ceux du XXIII!
Par-delà
les siècles, Galeazzo di Fabbrini triomphait… du moins en apparence…

C’était
sans compter sur les actions désespérées d’un commandant de vaisseau spatial
dénommé André Fermat et de son capitaine dévoué et tout aussi extraordinaire
qui répondait au nom complexe de Daniel Lin Wu Grimaud…
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Gare
de Dijon, un jour d’automne à son début, à moins que ce ne fût une fin d’été.
Nous étions le 16 septembre 1890.

Louis-Aimé
Augustin Le Prince montait dans le train express pour Paris. Or, il disparut au
cours du trajet sans que l’énigme fût résolue. L’enquête eut beau durer, elle
ne donna rien.
Sans
cet escamotage réussi, le cinéma aurait pu naître avec cinq ans d’avance…
détail me direz-vous… mais pareil détail aurait pu changer le visage du monde…
Un
jeune homme de seize ans à peine se retrouverait mêlé à cette intrigue et il en
connaîtrait tous les aboutissants. Mais jamais il ne pourrait en révéler la
teneur. La conclusion en était fantastique. Elle aurait bouleversé l’histoire
humaine si elle avait été publiée…
Cette
aventure fut la première non officielle de Raoul d’Arminville… Il en vivrait
des centaines d’autres…

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Fin
de la deuxième partie. À suivre dans la troisième partie, Le Jeu de Daniel.