Comme
c’est le privilège du romancier qui est maître de son intrigue, gagnons
maintenant un des hauts plateaux du Tibet, vers l’an 950 de l’ère chrétienne.
Dans une caverne aménagée en lieu de culte et de recueillement, un moine
bouddhiste, vêtu d’une longue robe pourpre, le crâne rasé mais le teint clair
et les yeux bleus, s’adonnait à une activité bien mystérieuse. Le religieux,
d’une taille élevée, ne présentait nullement les traits asiatiques des
autochtones. On aurait pu le croire originaire des montagnes de Scandinavie ou
des plaines germaines. En ce lieu, éclairé par des lampes de pierre aux petites
lueurs fragiles et mouvantes, il paraissait déplacé.


Si
Antor ou Daniel Lin avaient été présents, ou encore Franz, ils auraient cru
reconnaître en cet être mystérieux un certain Michaël Xidrù, un Homo Spiritus
de l’an 40 120 et des poussières. Mais s’agissait-il bien de l’Agent Terminal?
L’individu répondait au nom très couleur locale de Jamiang Tsampa. Le créateur
du Baphomet achevait de mettre la touche finale à son œuvre. Cette tâche
délicate l’absorbait entièrement, occultant ses autres dons.
Notre
Homo Spiritus aurait dû conserver une partie de son attention à détecter la
présence d’une entité hostile. Après tout, il connaissait trop bien l’identité
d’un de ses adversaires, le tristement célèbre Tsampang Randong, évoqué
ailleurs par le commandant Wu, autrement dit le clone du Commandeur Suprême.
Mais voilà, à l’échelle de la Supra Réalité, le Commandeur, avalé par la
véritable Entropie, servait de masque au Dragon Inversé. Celui-ci ne
poursuivait qu’un unique but: affaiblir le Surgeon. Pour cela, il lui fallait
éliminer tous ses amis potentiels, à commencer par les différentes incarnations
de Michaël.
Jamiang
esquissait un sourire de satisfaction. Le Baphomet fonctionnait au-delà de ses
désirs. Maintenant, il fallait en faire don à qui de droit. À terme, celui à
qui il était destiné, en hériterait. Afin d’en être absolument certain, l’Homo
Spiritus laissa une infime partie de son essence se projeter le long d’une
chronoligne autre que celle à laquelle il avait été affecté.
Or,
à la milliseconde même où Jamiang Tsampa visitait la piste 1722, le Dragon Noir
pénétrait subrepticement dans la caverne. Des volutes sombres et impalpables
s’enroulèrent autour des lampes et des divers objets rituels. Les lumières
vacillèrent dans un premier temps puis s’éteignirent à l’unisson tandis qu’un
souffle plus que glacé faisait frissonner le Michaël de cette époque-ci.
-
Qu’est-ce? Émit l’agent temporel. Qui ose donc pénétrer en ce lieu interdit?
Brusquement,
le moine se releva pour faire face à l’intrus malgré la profonde obscurité.
Bien que parfaitement nyctalope, il ne vit aucun changement et ne distingua
aucune présence. Recourant alors à ses talents d’Homo Spiritus, là aussi il fit
chou blanc. Mais un malaise insidieux s’empara de ce Michaël, pourtant
relativement inachevé.
Ses
forces étaient en train de s’échapper, coulaient de son être et, toujours, il
ne voyait ni ne percevait son ennemi immatériel. Bientôt, réduit à s’accroupir,
il gémit, subissant la douleur physique pour la première fois de son existence,
pas si longue au demeurant.
Dans
un souffle haché, Jamiang lança:
-
Tsampang Randong, ce ne peut être que toi! Aie le courage de te montrer!
Personne
ne lui répondit. Subtilement, le silence s’alourdit, pesant dorénavant sur le
corps affaibli de Michaël. Allongé et rampant sur le sol rugueux, irrégulier et
glacé de la caverne, désespérément, il tâtait l’air, voulant ainsi s’assurer
que nul ne s’était emparé du précieux et redoutable Baphomet. Mais ce n’était
pas le passeur des temps et des mondes qui, présentement, intéressait
l’impitoyable assassin.
Alors
que la dernière lueur de vie quittait l’agent MX, totalement vidé de ses
forces, Fu se nourrissait, se gavait avec délectation de l’Homo Spiritus, loin,
fort loin du Tibet, littéralement ailleurs, par-delà les Galaxies et le
Panmultivers.
Sur
ce haut plateau du Tibet, tout s’achevait. L’Avatar de Michaël s’estompait dans
le Néant, offrant le Baphomet aux convoitises du premier venu. Pourtant,
l’idole ne fut pas volée. Par miracle, elle atterrit chez un certain évêque, Gerbert
d’Aurillac.

Mais
les années avaient passé et le Français n’allait pas tarder à couronner sa
carrière ecclésiastique par le titre sacré de Pape de la Chrétienté. La volonté
de Michaël avait donc été respectée. Après maintes expériences, le premier locataire
de l’appareil saurait en faire bon usage.
Inutile
de vous dévoiler qui avait finalement permis que le Baphomet fût envoyé à qui
de droit. Dan El trichait-il?
***************
Lorsque
Fu se rendit compte que l’Exilé avait agi et était intervenu en transgressant
la Première Loi des Yings Lungs, il rugit de colère tandis que ses volutes
s’opacifiaient davantage encore si possible. Ah! Donc, l’Enfançon se permettait
de contourner les règles, mieux, de jouer avec elles. Quant à Shah Jahan, ce
cancrelat, il se croyait plus fort et plus malin que les dieux que l’humanité
s’était inventée. Hé bien! Le Grand Moghol allait payer d’avoir essayé d’entraver les machinations du
Dragon Noir!
Parallèlement,
façon d’écrire et d’envisager le continuum truqué dans lequel se mouvaient nos
protagonistes, dans une ferme à demie ruinée, là où avaient trouvé refuge deux
êtres que tout séparait et qui n’auraient jamais dû se rencontrer, Antor, qui
avait recouvré un aspect plus ou moins humain avec ses yeux rouges et ses
cheveux d’albinos, couleur de lin, ses bras trop longs et sa poitrine large,
tâchait de réconforter son compagnon d’infortune, Shah Jahan, à la suite du
nouveau coup qui le frappait.
-
Impuissant et désormais prisonnier d’un monde qui m’est étranger! Gémissait le
prince effondré. Le Baphomet disparu, comme s’il n’avait jamais existé!
Poursuivit-il. Que vais-je devenir? Ami, qu’adviendra-t-il de nous deux?
-
Certes, votre Baphomet s’est volatilisé. Cela est peut-être un bien… ses
doubles peuvent toujours voguer à travers les dimensions. Du moins, je le
pense…
-
Qu’importe maintenant! Nous ne pouvons mettre la main sur ces artefacts.
-
Moi-même, ici, je l’avoue sans aucune
honte, je ne suis pas assez puissant pour pister les autres exemplaires. Mais
je connais quelqu’un qui en est capable. Or, ce quelqu’un m’est très proche et
je sais qu’il est en route, qu’il va nous rejoindre bientôt.
-
D’après vos propos, cet inconnu dépasse Shiva et Vishnou réunis!
-
En quelque sorte, prince.
-
Ah! Où se trouve-t-il donc précisément ce prodige, à cette heure? Connaît-il
notre situation?
-
Je le suppose. Mon ami, mon frère plutôt, ne vient pas seul. D’autres humains
originaires de plusieurs dimensions l’accompagnent. Vous avez d’ailleurs déjà
croisé le chemin de quelques uns d’entre eux.
-
Antor, vous faites tout pour me rassurer. Mais moi, je ne veux pas l’être. Je
réclame la vérité.
-
Pourtant, je ne vous dissimule rien. Je ne fais que dire ce qui est. Je n’use
pas avec vous de contes mensongers. Mentir n’est pas dans ma nature.
-
Cela reste à prouver! Jeta le Moghol dans un sarcasme.
Préférant
ne pas répondre à ce trait car, saisissant que seul le découragement poussait
Shah Jahan à s’exprimer ainsi, l’Albinos tourna le dos au prince et se mit à
scruter l’horizon extérieur par la fenêtre dépourvue de carreaux. Quant au
Grand Moghol, il se recroquevilla sur lui-même, la tête entre ses bras,
ressassant ses tristes pensées. Il préférait se morfondre plutôt que discuter
plus longuement avec Antor.
Cependant,
après un moment, le prince sortit de l’exploration de sa douleur intime et
s’aperçut de l’attitude nerveuse du mutant.
-
On dirait que vous êtes sur le qui-vive, tous les sens en alerte. Pourquoi
donc? Vous avez senti une présence hostile?
-
Oh non! Hélas, il ne s’agit point de cela.
-
De quoi alors? Votre phénomène Daniel Lin tarde trop à votre goût? Il se
dérobe?
-
Prince, j’ai honte. Je ne puis vous cacher plus longtemps ma véritable nature.
Je dois me nourrir au plus vite. Ma faim devient une véritable torture! Depuis
le temps, j’espérais ne plus être soumis à cette basse contingence matérielle!
Or, ce n’est pas le cas.
-
Pourquoi tant de confusion? Vous avez faim tout comme moi, voilà tout! Il n’y a
là rien d’extraordinaire, Antor.
-
Non, pas comme vous!
-
Antor, vous m’évitez et votre regard refuse de croiser le mien. Vous paraissez
vouloir me fuir tout à coup.
-
Il vaut mieux! Oh! Je ne tiens plus! Je ne garantis plus que je puisse encore
me contrôler. Il me faut absolument sortir… sinon, j’accomplis l’irréparable…
si jamais je reviens bredouille, n’ayez pas confiance en moi. Tenez vous armé,
sur vos gardes et, si nécessaire, décapitez-moi! Sans hésiter.
-
Vous décapiter? Quelle requête incongrue! Par Kali la noire, sombrez-vous dans
la folie?
-
Non ami… si vous voulez vivre et conserver l’espoir de vous tirer de cette
mésaventure sain et sauf, croyez-moi, c’est le seul moyen! Ne cédez pas à la
pitié.
Sur
ces paroles énigmatiques, Antor enjamba la fenêtre puis se mit à courir à
grande vitesse sur le chemin. Le crépuscule laissait place à la nuit. Tandis
qu’intrigué et légèrement inquiet, le souverain s’approchait du chambranle de
l’ouverture, il put voir que son compagnon, progressait désormais non en
courant mais bel et bien en volant!
-
C’est impossible! Quel démon ai-je rencontré?
Comme
nous nous le savons, Antor, soumis à sa monstrueuse faim de vampire, partait à
la chasse. Allait-il céder à l’abominable tentation et se sustenter d’un
innocent paysan, vilain ou serf? Avait-il donc oublié son code moral personnel
qui ne l’autorisait à se nourrir que de vils et abjects criminels?
Mais
le mutant possédait une âme d’airain. Après une bonne heure de traque, ce fut
une biche qui étancha sa soif inhumaine. Repu et calmé, le visage revêtu de
couleurs rosées, Antor s’en revint auprès de Shah Jahan. Il découvrit le prince
accoudé à la fenêtre mais endormi.
-
Quelle imprudence! Pensa le vampire. Heureusement, nul n’est venu s’en prendre
à mon trop humain compagnon.
Avec
douceur, le mutant allongea le Grand Moghol sur la paillasse qui avait été
abandonnée et se mit à scruter les différents lieux alentours, matériellement
et immatériellement. Daniel Lin venait. D’ici une dizaine d’heures tout au
plus, il aurait rejoint cette ferme.
«
Tous les Baphomet de toutes les pistes temporelles se sont effacés de la
Réalité. Comme je l’ai dit à Shah Jahan, mon frère s’en passe. Il a presque
atteint l’ultime révélation. Cette dernière rencontre marque le début de mon
effacement. Je me dois d’accepter ce sort. Pour que Dan El triomphe, adieu
A-El! Mon jumeau amélioré, perfectionné et indépendant est maintenant prêt à
recevoir la Vérité. Tout est en train de s’accomplir. Mais que c’est difficile!
J’espère que j’ai raison de me sacrifier ainsi ».
***************
À
bord du Vaillant, qui voguait à travers les interstices des différentes
chronolignes et les années, le commandant Wu et ses compagnons écoutaient
attentivement les dernières directives du vice amiral Fermat. Un plan,
apparemment imparable, avait été élaboré. Dans un premier temps, il devait
aboutir à la jonction de Daniel Lin, d’Antor et de Shah Jahan, puis,
ensuite, à une remise en ordre de la
Simulation. Le prince Moghol serait renvoyé aux Indes sans Mumtaz Mahal et, une
fois tiré de son traquenard, Talleyrand rejoindrait son siècle. Surtout et
enfin, l’Empereur Fu serait vaincu, anéanti, après un combat âpre et sans
merci.
À
l’issue du briefing, tous s’affairèrent à des tâches bien précises. DD, auprès
d’Aure-Elise, consultait les banques de données afin de se constituer une
fabuleuse garde-robe. Aux anges, son heure venue, la jeune comédienne
papillonnait, saoulant tout le monde de ses propos frivoles.
-
J’aimerais un trousseau complet, pas des pièces rapportées et mal assorties.
Puis des robes taillées dans les plus beaux tissus. Voyez-vous, j’avais espéré
être présentée à la Cour à Versailles mais vous m’avez confiné ici, dans ce
triste vaisseau, sinistre même oserai-je dire, ou bien encore dans la chambre
d’un hôtel particulier fort branlant, abominablement inconfortable, sans eau
courante et glacial, minaudait Delphine la bouche en cœur et les paupières
battantes. Un scandale!
-
Vous rêvez d’un rôle à votre mesure, répondit Aure-Elise avec grâce.
La
jeune femme s’était quelque peu documentée sur la mode féminine du XVe siècle.
-
Tout à fait. À Paris, dans les studios de Billancourt et à Nice, j’étais une
vedette. Ma carrière était sur la pente ascendante. J’ai déjà joué avec les
plus grands, Charles Boyer notamment. Mais aux States, on le cantonne dans les
French Lover de service. Quel gâchis!
-
Que pensez-vous de ceci? Demanda après un instant de navigation dans les
banques de données de l’ordinateur l’ex-épouse de l’ambassadeur d’Elcourt.
-
Vous plaisantez, j’espère! S’écria l’héroïne de Mayerling et de Battements
de Cœur. C’est horrible! Tout ce fatras ne m’ira pas. Mon teint parfait ne
peut supporter des couleurs aussi affreuses.
Vexée,
DD refusa d’en voir davantage.
-
Pourtant, il s’agit bien là de la mode des années 1470, souffla Aure-Elise
agacée.
L’écran
affichait des tenues reconstituées avec exactitude. Elles se basaient des
tableaux de l’époque. La rouille, le brun, le vert olive et le bleu de roi
dominaient. Mais il est vrai que le tout conférait à ces toilettes un aspect
sévère. Voilà pourquoi Violetta s’exclama à son tour:
-
Quelle austérité!
-
Oh oui! Renchérit DD. Cela manque de broderies, de fils d’or, de dentelles, de
fantaisie et de couleurs gaies. De plus les coiffes vont m’enlaidir.
-
Mais c’est ce qui reste du hennin, compléta la métamorphe avec un sourire
narquois.
-
N’avez-vous rien d’autre à me proposer?
-
Au niveau de l’authenticité, non.
-
Dans ce cas, ne comptez pas sur moi.
Boudeuse,
Delphine croisa les bras, releva fièrement son menton gracieux et s’enferma
dans un mutisme significatif.
Les
minutes semblèrent s’étirer tandis que le Vaillant se rapprochait de sa
destination, sautant d’une spire de temps à l’autre. Plessis-Lez-Tours, le 11
juillet 1473 s’esquissait, prenant forme et réalité.
Ce
fut Pauline qui trouva la solution.
-
Dites, mesdames, tenez-vous tant que cela à la plus parfaite authenticité?
-
A Rome, fais comme les Romains, jeta Aure-Elise. L’enjeu est bien trop grand
pour que nous nous fassions remarquer par des anachronismes vestimentaires.
-
Certes, mais il est toujours possible d’ajouter aux tenues quelques détails
incongrus, réinterprétés, comme au cinéma, pour faire plus joli, rendre les
costumes plus attrayants.
-
Ah! Voilà bien une idée qui m’enchante! Prendre comme modèles des films se
passant au Moyen Âge. Toutefois, il serait bon d’éviter ceux d’Hollywood. Ils
puent le faux, le toc, le mauvais goût, proféra l’adolescente avec assurance. Richard
Cœur de Lion, Ivanhoé, Robin des Bois… Si on se basait plutôt des
reconstitutions britanniques? Les Anglais sont plus forts dans ce domaine,
n’est-ce pas? Je pense aux pièces filmées de Shakespeare, Henry V, Othello,
Hamlet, et ainsi de suite.
-
Dans ce cas, pourquoi pas les productions de Cinecittà?
-
Nous tournons en rond, constata Pauline Carton. Mettons-nous d’accord. Il nous
faut la mode française du XV e siècle, mais réinterprétée comme dans Jeanne
d’Arc ou… après tout, ce vaisseau vient du futur. Je l’oubliais. Consultons
les films français historiques tournés après 1939.
-
Tiens, c’est là une idée à creuser, approuva Aure-Elise d’un hochement de tête.
L’ancienne
épouse de l’ambassadeur élargit donc l’espace de recherche. Elle tomba presque
immédiatement sur l’incontournable et magnifique Les Visiteurs du Soir, avec
Arletty, Alain Cuny et Jules Berry dans le rôle du diable.



-
Pas mal, laissa échapper l’amie de Daniel Lin.
-
Ah! Faites donc voir! Ordonna DD de nouveau intéressée. Oui, vous avez raison,
ce n’est point trop laid. Même ces hennins iraient à mon joli minois. J’accepte
de porter des tenues identiques arborées par cette brune, une débutante, ce me
semble…
-
Marie Déa.
-
Puisque le problème est résolu, vite, au travail! Recommanda Pauline. N’oubliez
pas, mesdames, que c’est à moi que reviennent les retouches éventuelles afin de
parfaire la touche finale.
En
frappant dans ses mains, la sympathique comédienne activa tout son monde. Au
fur et à mesure que les vêtements étaient « crachés » par le
synthétiseur fourrier, Delphine s’écriait:
-
Magnifique!
Lorsque
le trousseau s’avéra être complet, il fut étalé avec moultes précautions sur
les couchettes du vaisseau, ce qui fâcha l’équipe masculine.
-
Holà! Gronda Craddock. Quel culot, vraiment! Si moi, j’avais osé faire ça, on
m’aurait agoni d’injures! Ces femelles, quel toupet! Et gni gni gni et gnan
gnan gnan… « Suis-je la plus belle
en ce miroir? ». Espèces de mijaurées, va!
Le
monologue bruyant du vieux Cachalot eut pour conséquence de distraire de sa
tâche le vice amiral Fermat. Vivement, le visage plus tendu que jamais, il se
leva et vit alors ce qui causait tant de dérangement.
-
Que signifie ce brouhaha? Pourquoi tant d’étalage pour de simples vêtements?
-
Oh! Mais moi, je ne suis pas fautif dans cette histoire! Répliqua Symphorien. À
votre place, maître espion, j’examinerais ces fringues attentivement. Il y a
comme quelque chose qui cloche!
Gana-El
fit ce que Craddock lui suggérait. Il dut se rendre à l’évidence.
-
Bon sang! C’est un concentré d’anachronismes! Qui a eu cette brillante idée de
confectionner ces costumes de théâtre?
Toutes
les femmes impliquées baissèrent alors la tête en rougissant.
-
Euh… amiral, si ça ne convient pas, nous pouvons recommencer, hasarda enfin
timidement Violetta.
-
Bravo, fillette! Après une telle dépense…
-
Comment une telle dépense? S’offusqua DD. C’est gratuit que je sache!
En
pinçant les lèvres, la jeune artiste poursuivit.
-
Mais quel radin!
-
Vous, le bibelot écervelé, taisez-vous!
Sous
le regard encoléré du Ying Lung, la comédienne perdit tout son courage. Elle
n’eut plus envie d’envenimer l’affrontement verbal. Au fond d’elle-même, elle
se savait fautive.
-
Je voulais parler de la dépense énergétique. Les points sur les i étant mis,
dorénavant, il vous est interdit de programmer une nouvelle fois le
synthétiseur fourrier. Est-ce assez clair?
-
Mais… Si les costumes ne vont pas… émit la métamorphe.
-
Mademoiselle DD s’en accommodera, voilà tout.
-
Les autres tenues?
-
Je m’en occuperai moi-même plus tard avec Sitruk, Kermor et de la Renardière.
Maintenant, silence! Nous amorçons notre rematérialisation dans cette sphère
temporelle et je ne tiens pas à ce que les satellites Helladoï nous détectent.
-
Amiral, nous pouvons toujours brouiller les senseurs et les radars de nos
futurs alliés.
-
Ici, un brouillage paraîtrait suspect. Si, au XVIIIe siècle, la Terre était
déjà mise sous surveillance par les Mondaniens, les Castorii et bien d’autres
peuples encore, en plus des Helladoï, au XV e siècle, ce n’était nullement le
cas. Un brouillage ou des leurres, sous Louis XVI peuvent être mis sur le
compte de l’adversaire. Mais pas en 1473.
Ayant
achevé cette petite leçon, Fermat regagna son poste.
-
Quel mauvais coucheur, celui-là, marmonna DD.


Haussant
ses jolies épaules au galbe parfait, la jeune femme commença à essayer une robe
moirée toute brodée. En l’étalant sur elle, elle demanda l’avis de la gent
féminine.
-
Alors, qu’en pensez-vous? Elle ferait l’affaire pour une présentation au roi
Louis?
-
Moui… ça en jette, je le reconnais, fit Violetta.
Gaston,
qui venait de clore la liste récapitulative des armes à acheter, lança
froidement:
-
Damoiselle, Louis XI n’est pas Charles VII.

Ne le confondez donc point avec son père, tenté par la bagatelle! Aussi mignonne soyez-vous, Agnès Sorel vous supplante de loin. D’au moins dix coudées !


Ne le confondez donc point avec son père, tenté par la bagatelle! Aussi mignonne soyez-vous, Agnès Sorel vous supplante de loin. D’au moins dix coudées !

-
Mufle! Goujat ! Dites tout de suite que je suis laide !
-
Doucement, conclut Aure-Elise prudemment. L’amiral se retourne. Nous gênons…
Le
silence soudain qui se fit - Ufo lui-même cessa de ronronner - permit au Vaillant
d’atterrir à l’endroit présélectionné et à l’heure prévue sans mauvaise
rencontre.
***************