1929
5 Floréal an II. Rue
Honoré, au numéro 398.
Dans sa petite chambre
bleue qui ne payait pas de mine, l’Incorruptible était toujours en train de
rédiger le discours qu’il devait prononcer à la Convention le 18 Floréal ainsi
que les décrets nécessaires faisant suite à son laïus. Sur le papier, la plume
courait, rien ne semblait devoir l’arrêter, les phrases se bousculaient dans le
style de l’époque.

Si
l’existence de Dieu, si l’immortalité n’étaient que des songes… elles seraient
encore la plus belle de toutes les conceptions de l’esprit humain…
Dieu
n’a point créé les rois pour dévorer l’espèce humaine. Il n’a point créé les
prêtres pour nous atteler, comme de vils animaux, aux chars des rois, et pour
donner au monde l’exemple de la bassesse, de l’orgueil, de la perfidie, de la
débauche et du mensonge. Mais il a créé l’Univers pour publier la
puissance ; il a créé les hommes pour s’aider et pour s’aimer mutuellement,
et pour arriver au bonheur par la route de la vertu…
A la suite de ce passage,
la plume de l’orateur rendit l’âme et le Conventionnel fut donc obligé de
prendre dans un des tiroirs d’un meuble une nouvelle plume d’oie. Encore une
fois, il la tailla minutieusement, la trempa dans la bouteille d’encre et
rajouta cinq à six lignes à son discours.
Ensuite, sur une feuille
séparée, il rédigea l’article 1 du décret suivant :
Le
Peuple français reconnaît l’existence de l’Être Suprême et l’immortalité de
l’âme.

Mais l’inspiration manqua
soudainement au membre éminent du Comité de Salut Public. Alors, Maximilien
rangea ses papiers et se saisit d’un livre dans le rayon d’une bibliothèque. Il
se mit à feuilleter l’ouvrage à la recherche d’un passage. Toutefois, il dut
reposer presque immédiatement le livre sur la table car son chien Brount
jappait d’impatience derrière la porte de la chambrette et grattait afin de se
faire ouvrir.
Le maître fit entrer le
fidèle toutou et l’animal se précipita sur l’Incorruptible, tout joyeux, lui
lécha les mains en signe d’affection et, reçut ensuite un biscuit comme
récompense.

Tandis que le chien
savourait sa friandise, Maximilien remettait de l’ordre sur la table. Puis, il
s’attaqua aux oreillers de son lit. Il les remonta avec un léger sourire sur
ses lèvres minces. Mais Brount aimait ses aises. Il bondit sur la couche,
s’affala sur l’oreiller recouvert d’un carré blanc.
Maximilien n’avait pas le
cœur à gronder l’animal. Il lui dit simplement, sur un ton sarcastique empreint
d’affection :
- Brount, tu es un
coquin.
Le chien, flatté, remua
la queue ainsi que les oreilles.
*****
Johann van der Zelden,
mettant à profit la technologie de pointe cédée par le Commandeur Suprême,
n’avait jamais cessé d’espionner Stephen Möll et l’agent temporel. Il sut donc
que son cousin et Michaël avaient gagné l’année 1794 pour d’obscures raisons. Grâce
à sa montre écran communicateur, il prit contact avec Piikin, bien que ce
dernier se trouvât toujours à la fin des années 1920. Ce fut ainsi que l’homme
synthétique reçut de nouveaux ordre de la part de l’Ennemi, et ce, avec le plus
grand soulagement.
Tout joyeux à l’idée de
pister Stephen Möll sous la Terreur et de, peut-être, inscrire un agent
temporel à son maigre tableau de chasse, le pseudo-Wilfried se posa la délicate
question de trouver un prétexte pour pouvoir s’absenter de son poste. Enfin, il
parvint à élaborer un stratagème ; il s’envoya un télégramme et, le
recevant le lendemain matin, à l’aube, il partit à la recherche de Madame, la
mine toute triste. La jeune femme, installée confortablement sur une causeuse,
finissait de prendre son thé.
Timidement, le régisseur
frappa à la porte. Madame van der Zelden répondit entre deux bâillements.

- Entrez… Ah… C’est vous,
Wilfried… Que désirez-vous ?
- Que Madame veuille
m’excuser…
- Quelque chose ne va
pas ?
- Oui, en effet, Madame.
Je viens de recevoir de bien tristes nouvelles. Ma tante Amanda vient de mourir
hier dans la soirée. C’est sa dame de compagnie qui m’a prévenu.
- Hé bien ?
- Euh… Ma présence est
requise à Mayence, Madame.
- Comme cela est
fâcheux ! Soupira Madame.
- Je suis le légataire
universel de feu ma chère tante. Je suis sincèrement navré, Madame, mais je me
vois dans l’obligation de solliciter un congé de votre part.
- Votre absence
devra-t-elle durer longtemps ?
- Je n’en sais rien,
Madame.
- Je vois. Ne deviez-vous
pas encaisser les baux ?
- Tout à fait, Madame…
mais, il me faut régler au plus vite l’affaire du testament. Je ne puis
négliger cet héritage…
- Hum… A combien
l’estimez-vous ?
- Environ trente mille
Reichsmarks…
- Une broutille, souffla
Madame avec son air alangui.

- Pour moi, il s’agit
d’une somme conséquente.
- Soit, je vous donne
l’autorisation. Partez donc, Wilfried, et tâchez de revenir le plus rapidement
possible. Ecrivez-moi si nécessaire…
- Merci, Madame. Je vous
sais gré de m’avoir accordé la permission de m’absenter. Je vous informerai dès
que je le pourrai de mon arrivée.
Après un profond salut,
Piikin se retira.
Quant à Johanna, sa
curiosité prit le dessus sur sa contrariété. En effet, la jeune femme
n’ignorait pas que Wilfried s’était approprié le grenier. Elle n’était jamais
parvenue à y pénétrer. Désormais, elle était quasiment certaine de réussir à
fracturer la porte et à voir ce que dissimulait son régisseur et majordome.
Piikin se dirigea vers la
gare de Ravensburg, emprunta bien le semi-direct pour Mayence, afin de tromper
d’éventuels observateurs postés par madame van der Zelden, mais descendit deux
stations plus loin et, ensuite, appela télépathiquement sa bulle
transdimensionnelle. Le véhicule fut fidèle au rendez-vous.
Une fois à l’intérieur de
son prodigieux moyen de locomotion, l’homme-robot se vêtit de façon à passer
inaperçu sous la Terreur. Ainsi, il endossa un habit usé, aux couleurs quelque
peu passées, chaussa des bottes ressemelées et prit le temps de programmer la
bulle vivante pour l’an II. Il n’arriva à Paris qu’avec une poignée d’heures de
retard sur Michaël et Stephen. La piste était encore tiède et il tardait au
séide de van der Zelden de la remonter.
*****
Il faisait nuit et la
température n’était guère clémente. Une petite pluie fine mouillait vos habits
et vous glaçait en même temps. Onze heures du soir avaient sonné et, dans les
rues du Paris révolutionnaire, seules circulaient les patrouilles des Sans-Culottes
et des gardes nationaux.
De ce Paris sous la
pluie, de cette humidité, de ces ruelles mal éclairées par quelques rares
quinquets, de ces pavés irréguliers tout luisants, de ces sentines malodorantes
et assassines, Stephen allait en garder un souvenir inoubliable.

Inconscient des risques
encourus, l’Américain avait insisté pour visiter la capitale malgré l’heure
tardive et le couvre-feu en vigueur. Ah ! Il aurait nettement mieux fait
de rester sagement dans la mansarde qu’il avait louée pour une poignée
d’assignats dévalués. Mais le chercheur avait fini par lasser Michaël et ce
dernier avait cédé au professeur. Avec un haussement d’épaules, l’agent
temporel avait donc accompagné l’imprudent dans son excursion.
- A vos risques et
périls, avait marmonné Michaël avec un sourire mi-figue mi-raisin.
Les deux Tempsnautes se
baladaient dans les vieilles rues du faubourg Saint-Antoine, observant le
moindre détail. Stephen, quant à lui, écarquillait les yeux afin que rien ne
lui échappât.
Or, une patrouille surgit
soudainement d’une ruelle sordide et enténébrée. Ses membres portaient
l’uniforme de la Garde nationale. Des guenilles plutôt, des vestes dépareillées
qui avaient connu de meilleurs jours. Cependant, tous les hommes étaient armés,
qui de pique, qui de sabre, qui de pistolet. Beaucoup, parmi eux, avaient trop
taquiné la dive bouteille.
Trop tard pour s’échapper
pour nos deux intrus. Trop tard parce que Michaël ne fit rien pour se
soustraire au danger. En effet, si son corps était bien présent, ici, en cette
nuit de printemps 1794, son esprit était ailleurs, mais vraiment ailleurs. Il
assistait à la naissance d’un trou noir au centre d’une lointaine Galaxie…
Stephen Möll prit
l’initiative de courir de toute ses forces afin d’échapper aux importuns, mais,
malchance, dans sa fuite, il se heurta à une autre patrouille toute aussi
avinée que la précédente. Les deux groupes firent leur jonction tandis que
l’Américain essayait de s’esquiver.
- Holà ! Deux
citoyens suspects ! Vous étiez à leur poursuite, vous autres ?
Le sergent qui venait
d’interpeler les membres de l’autre patrouille sortit son sabre et commença à
entamer des moulinets dangereux destinés à effrayer les deux contrevenants.
Aussitôt, tous les hommes sous son commandement l’imitèrent ainsi que les
gardes nationaux.
Stephen Möll, comprenant
qu’il ne pouvait plus s’enfuir, tira son épée et croisa le fer avec deux des
révolutionnaires.
Enfin Michaël se réveilla
de son songe…
- Oh ! Des
autochtones… Stephen qui se bat avec deux d’entre eux… une patrouille… Hum… Il
me faut venir en aide à mon ami…
-
Bloody Hell ! Putain ! C’est maintenant que tu te
réveilles, enfant de pute ?
L’agent temporel ne répondit
pas à cette bordée d’insultes, engagé dans une passe particulièrement difficile
contre le sergent…
Cependant, tout en
injuriant tout le monde, le professeur américain ferraillait, usant de son épée
d’une manière peu classique. Ainsi, malgré son jeu apparemment désordonné, des
sauts, des esquives, des gestes amples, il parvint à écarter les gardes les
plus dangereux.
Pendant ce temps,
l’envoyé temporel en avait fini avec le sergent. Désormais, il s’en prenait à
quatre hommes, leur faisant mordre la poussière en une poignée de secondes.
Mais, furieux par l’humiliation subie, le sergent revint à l’assaut, déterminé
à venger ses amis. Pourtant, le valeureux soldat avait déjà été égratigné par
Michaël qui était, nous le savons, un escrimeur redoutable.

Le duel atteignit alors
un tout autre niveau. Toutefois, l’agent temporel n’usait pas de ses pouvoirs
surhumains, se contentant de se battre avec sa prodigieuse science des armes,
autrement dit le jeu florentin appliqué à fond, avec des tours et retours inattendus,
des sursauts, des esquives et ainsi de suite… le sergent ne crut pas ce qu’il
vit, c’est-à-dire l’épée de son adversaire se muer en serpent, en étoile
filante, en éclair… ébloui, il résista avec tout son valeureux courage. Quel
rude gaillard ! La preuve, il parvint à déchirer la manche de l’habit de
l’homme du futur tandis que Stephen éliminait deux autres patrouilleurs.
- Oh ! Bravo !
Toi, tu es une forte lame… désolé, mais… tant pis pour toi.
Alors, Michaël se fendit
d’une façon surprenante et non conventionnelle et son épée trouva l’ouverture
improbable. L’acier plongea tout droit dans l’épaule du sergent. Sous la
douleur, le sous-officier s’effondra évanoui sur les pavés gras et humides.
Cependant, le combat
n’était pas terminé pour autant. Tandis que le restant des gardes nationaux
résistait toujours, un des hommes de la deuxième patrouille s’était enquis de
nouveaux renforts auprès d’un poste de police situé à trois cents mètres à
peine de l’échauffourée.
Le professeur Möll avait
vu le révolutionnaire s’esquiver. Il s’écria :
- On ne va pas y passer
la nuit ! D’autres patrouilles ne vont pas tarder à arriver.
Grouillez-vous, Michaël…
- C’est vrai. Vous avez
raison, Stephen. Je dois prendre l’initiative…
Le chercheur apparaissait
tout rouge et décoiffé, son jabot pendait lamentablement, sa veste avait perdu
quelques boutons et sa culotte de drap affichait quelques accrocs mal placés.
Essoufflé, l’Américain ne pouvait tenir plus d’une minute encore.
Au contraire, Michaël, en
pleine forme, présentait un tout autre aspect, hormis sa manche zébrée. Les
yeux de l’Homo Spiritus s’allumèrent, brillant dans l’obscurité relative, puis
devinrent blancs. Puis, un à un, les gardes des deux patrouilles s’écroulèrent
endormis sur la chaussée puante.
- Enfin ! Soupira le
chercheur. Ce n’est pas trop tôt… a quoi pensiez-vous, Michaël ?
- A rien de spécial,
mentit l’homme du futur. Je vous testais… je voulais jauger vos capacités…
- Alors ?
- Vous avez progressé,
mais… vous pouvez encore mieux faire…
- C’est tout, espèce
d’enfoiré ?
- Toutefois, sachez-le,
je déplore ma distraction.
- Vous en convenez ?
- Bien sûr. Nous sommes
repérés et nous devrons donc nous montrer encore plus prudents. Bah ! En
fait, cet incident était des plus exaltants.
- Purée ! Je n’y
crois pas ! Vous prenez cela comme un amusement.
- Inutile de crier.
Regagnons au plus vite notre mansarde.
- Ouais… Tantôt, vous
auriez dû réagir un brin plus vite, cher salopiot de mes deux.
- Je ne suis pas un
Terre-Neuve… Si vous voulez tout savoir, j’étais en contact avec un de mes
confrères… Il m’a appris que le Commandeur Suprême s’était rendu sur terre,
juste à l’instant crucial où la Deuxième civilisation post-atomique prenait son
essor, et ce, sans l’aval des Douze Sages…
- Ensuite ?
- L’agent temporel a dû
interrompre sa communication brutalement…
- Ah ?
Expliquez-vous…
- Mon confrère est… mort…
il a été expédié au centre d’un… trou noir… le Commandeur Suprême l’a détruit,
effacé de notre Univers…
- Oui, et alors…
- Une milliseconde, j’ai
cru aussi subir le même sort…
- Vous avez donc ressenti
ce qu’éprouvait votre… frère…
- En quelque sorte.
- Cela vous a fichu un
coup…
- Ce n’était pas la
première fois… Voilà les raisons de ma distraction.
*****
Comité de Salut Public,
un jour de printemps de l’an II.
Entre les grands hommes,
la fraternité était bel et bien terminée. Il se haïssaient et ne s’en cachaient
point.
Ce matin-là, Couthon

arriva légèrement en retard pour la séance journalière. Le handicapé avait
passé une nuit agitée, les douleurs dans son corps et ses jambes se faisant
intolérables. De son fauteuil spécial, le conventionnel se mit à observer ses
compagnons. Tous affichaient un visage fermé, voire renfrogné. Saint-Just,
penché sur un rapport, les yeux dans le vague, mâchonnait sa plume, le front
soucieux et les sourcils froncés.

Collot d’Herbois,

fulminant, redressa son torse, se leva de la table centrale et s’avança d’un
pas nerveux vers le retardataire, l’apostrophant sur un ton qui se voulait
affable et cordial. Mais Couthon ne fut pas dupe.
- Ah ! Citoyen
Couthon, nous t’attendions. Etant donné le sérieux avec lequel tu mènes toutes
les affaires importantes concernant la République, nous avons songé, les uns et
les autres, à te déléguer à l’endroit qui requiert actuellement toute notre
attention.
- C’est-à-dire ?
- Je veux parler bien sûr
du théâtre des armées.
- Tonnerre. Vous cherchez
à m’écarter… le coup vient de toi, Carnot, ou alors de toi, Collot !
- Pas du tout. Ton ami
Saint-Just a signé, fit Collot d’Herbois comme si de rien n’était.
A cet instant précis,
l’Incorruptible entrait à son tour dans la grande salle où siégeait le Comité.
Il n’avait rien perdu des derniers propos. Une discussion âpre s’engagea, elle
fut tellement houleuse qu’au bout d’un quart d’heure, Carnot dut fermer les
fenêtres afin que les hurlements ne fussent plus entendus à l’extérieur.
*****
A la suite de leur
imprudence, Stephen Möll et Michaël durent se cacher de la police et des hommes
du Comité de Sûreté générale. Cependant, la chance paraissait être avec eux.
Alors qu’ils allaient souper dans une modeste taverne de la Cité, ils avaient
rencontré un homme qui, manifestement, connaissait quelques problèmes avec le
Comité de surveillance. Cet homme répondait au nom de Palamède de Florimont et
c’était un ci-devant marquis.

Nos amis avaient
rapidement sympathisé avec Palamède qui tentait de passer inaperçu dans le
Paris révolutionnaire. Mais cela lui était de plus en plus difficile. Un soir,
l’ex-marquis fit monter ses deux nouveaux amis chez lui, dans un appartement
vétuste situé sur le quai aux fleurs. Il vivait au quatrième. La maîtresse de
maison de ce logis qui avait dû connaître des jours meilleurs se prénommait
Lucinde et son caractère doux, timide et effacé se mariait fort bien à celui de
son mari.
Pour la police et les
mouches de l’époque, grâce à de faux papiers habilement imités, Palamède et
Lucinde appartenaient au monde des artisans ouvriers. Ainsi, lui exerçait le
métier de comptable à l’Imprimerie nationale et elle, bouquetière au marché du
Temple, parvenait à améliorer les repas avec ce qu’elle gagnait.
Rien ne distinguait ce
couple des autres en cette période troublée qui les avait rapprochés. Lucinde
atteignait la quarantaine et Palamède était juste un peu plus âgé. Aucun de
leurs enfants n’avait survécu, la maladie les fauchant ou encore les événements
de cette Révolution maudite à leurs yeux. Depuis longtemps, leur fortune avait
disparu, leurs biens saisis par la police. Ils n’avaient réchappé que par
miracle aux Massacres de Septembre.
Stephen et Michaël
trouvèrent donc refuge chez monsieur et madame de Florimont et ce, avec le plus
grand soulagement.
Pendant ce temps, Piikin
avait réussi à se faire engager comme espion au service du Comité de Sûreté
générale. Immédiatement, il mena et résolut avec brio quelques enquêtes et
quelques traques. Ainsi, il arrêta personnellement trois agitateurs et deux
agioteurs. Puis, il dévoila un pseudo-complot contre la République. Les
personnes emprisonnées ne tardèrent pas à comparaître devant le Tribunal
révolutionnaire et à être condamnées à mort par le terrible et puissant
Accusateur public, Fouquier-Tinville.

Quarante-huit heures après le verdict,
une charrette de plus conduisit les condamnés à la guillotine, le rasoir
national.
Les jours s’écoulaient
pour Piikin semblables aux autres et, chaque soir, l’homme synthétique devait
faire son rapport à Johann van der Zelden, son véritable maître.
Un de ces soirs-là,
l’Ennemi dut interrompre le visionnage d’un film d’actualité remontant à 1954
afin d’écouter le compte-rendu de son serviteur. Sur l’écran blanc, Mendès
France,

alors Président du Conseil des Ministres, prononçait un discours
important devant l’Assemblée nationale. Ce discours portait sur la politique
extérieure de la France.
*****