Aramaxas avait prévenu Spénéloss
de l’arrivée incongrue d’un inconnu, un humain peu ordinaire, de grande taille
et de forte corpulence, au poil blanc, s’exprimant dans un anglais étrange,
peut-être une forme évoluée de la langue. Le chef de la communauté ne lui avait
pas non plus dissimulé ses soupçons quant à la possible origine de l’intrus: le
futur! Devant son poste de radio, le sire d’Argenton n’avait marqué aucune
stupéfaction. Il n’avait pas récriminé sur cette hypothèse absurde ni fait la
leçon à son subordonné. Cela était plus qu’étrange de sa part. il s’était
contenté de lui déclarer:
- Je viens dès que possible.
Ce dès que possible lui
prit tout de même deux journées entières, obsèques princières quasiment royales
obligent. Lorsque Philippe de Commynes obtint enfin congé de son souverain, il
se précipita au galop sur le chemin de Plessis-Lez-Tours. André Fermat remarqua
cet incident. Devait-il suivre en personne l’Hellados ou se contenter de
mandater Antor pour effectuer cette tâche? Après avoir expédié une partie de
son essence quelques heures dans l’avenir, il opta pour la seconde solution.
L’Albinos disposait de Talents suffisants pour venir à bout de l’intrus.
Naturellement, Gana-El n’avait eu aucun scrupule à sonder l’esprit de
Spénéloss.
Tandis que Commynes crevait ses
chevaux et qu’Antor le pistait en volant tel un albatros d’un nouveau genre, il
est nécessaire de faire un léger retour en arrière afin de dévoiler comment
l’intraitable Ying Lung avait établi le contact avec le vampire. Les deux êtres
hors normes savaient pertinemment à quoi s’en tenir quant à leur identité
respective. L’échange mental fut donc bref, très prosaïque, dépourvu de chaleur
et d’affection. Gana-El avait veillé à ce que le Surgeon fût occupé ailleurs.


- Antor, dès maintenant, ce
n’est plus à Dan El que vous obéirez mais à moi directement.
- Dan El peut s’étonner…
- Votre esprit lui demeure
scellé. Mon fils m’accorde, avec raison, une confiance totale; vous aussi
d’ailleurs.
- Je connais trop l’enjeu.
- Certes… Toutefois,
serez-vous assez prudent et avisé pour ne pas succomber à la tentation de tout
raconter à votre… frère?
- Dans les différents leurres,
j’ai toujours été plus fort que lui pour résister aux émotions. Je suppose
qu’il en est encore de même ici. Observateur, depuis mon démembrement, j’ai
évolué.
- Vous avez donc une longueur
d’avance sur le Surgeon. Présentement, il ne manque plus qu’un élément au
Préservateur pour être complet, achevé, et totalement conscient, entièrement
libre de ses actes. Et cet élément, c’est… vous!
- Représentant de l’Unicité,
ce devoir qui est le mien, je l’accepte. Ce sacrifice, si j’ose le terme.
- Lorsque l’Expérience sera
menée à son terme, vous perdrez votre indépendance. À jamais. Ne le
regretterez-vous pas? Ne vous révolterez-vous pas comme jadis? Votre Nature
première…
- Ma Nature première a été
corrigée, filtrée, passée au tamis encore et encore, purgée de toute scorie.
J’ai souffert, j’ai appris, j’ai mûri… j’ai subi l’écartèlement et la
mutilation avec succès. J’ai compris la leçon alors que je n’étais pas
consentant au contraire de mon frère. Dana-El est bel et bien effacé, mort,
définitivement! Il ne réapparaîtra jamais! Je vous le jure.
- Pourquoi A-El?
- Parce que moi aussi, je me
suis attaché à l’humanité, j’ai compris son utilité dans le grand dessein de
mon frère. J’ai désormais à cœur sa préservation et sa pérennité. Cette
bataille fut rudement menée mais l’Équilibre et la Raison ont triomphé.
- Pour l’ultime Ying Lung sans
doute… pour le Chœur Multiple infesté et agonisant, pas encore!
- Père, pourquoi vous mentir
encore? Notre victoire à Dan El et à moi est inéluctable. Inscrite depuis
toujours sur les tablettes de l’Histoire. Croyez en moi, en ma volonté, en
notre détermination commune, en notre capacité à réduire à néant Fu le Suprême.
- Alors, partez accomplir ce
qui doit être fait, mon fils.
***************
7 septembre 1473, neuf heures
du soir.
Aramaxas, à l’abri sous un
arbre, un chêne majestueux et hors d’âge, attendait son officier supérieur avec
patience. Au-dessus de sa tête, le feuillage bruissait de mille petites vies
nocturnes. Des écureuils joyeux et espiègles venaient à peine de terminer
d’engranger leurs provisions de la journée. Les mulots sortaient de terre pour
se nourrir d’insectes. Sur le qui-vive, ils prenaient garde aux belettes qui
s’en allaient boire à la mare où les moustiques pullulaient. Sous le vieux
chêne, les scolopendres rampaient silencieusement tandis qu’une hulotte
s’éveillait, écarquillant ses yeux ronds afin de mieux scruter les champs alentours
à la recherche d’une proie potentielle. La présence immobile de l’Hellados qui
parvenait à se fondre dans le paysage nocturne ne gênait pas cette faune
campagnarde et faussement paisible.
Dans le ciel, les nuages
accourus de la mer lointaine se substituaient peu à peu aux étoiles dont la
froide et argentée clarté s’éteignait. Malgré lui, Aramaxas tombait sous le
charme de cette nuit terrestre qui débutait. En cet instant, sa planète natale
lui paraissait par trop monochrome. Ici, au contraire, quelle diversité
splendide dans la faune et la flore! Stadull fasse que jamais les humains ne
saccagent leur maison natale au fur et à mesure de leur évolution
technologique! Qu’ils abandonnent au plus vite leur soif de guerre. Même au
sein de cette campagne française des plus ordinaires, l’Hellados trouvait à
s’extasier. Autant sinon plus que devant les paysages grandioses de la forêt de
Bornéo, des canyons du Colorado ou encore des chutes du Niagara.


Pendant ce temps, à une demi
lieue de là, Spénéloss voyait Antor atterrir en douceur pile devant lui. Depuis
vingt minutes environ, le sire de Commynes avait cheminé au côté de sa monture
afin de la ménager. Lorsque le mutant se posa sans heurt, tel un djinn surgi de
la nuit, la bête renâcla. Philippe peina à la calmer. Puis, ceci fait, il
apostropha l’Albinos.
- Monsieur, il est fort mal
poli d’apparaître ainsi, sans prévenir en sortant brusquement de l’obscurité.
Votre maîtresse, la gente Dame de Mons, ne vous l’a-t-elle point dit?
- Spénéloss, la gente Dame de
Mons comme vous la nommez, ne me donne point d’ordre, répliqua Antor sèchement.
Ceci dit, malgré la noirceur de la nuit, vous m’avez identifié.
- Assurément. Vous répondez au
nom d’Antor.
- Daniel Lin vous a-t-il donc
raconté ma vie et mes déboires?
- Votre ami a su rester
discret. Ainsi, par exemple, il m’avait dissimulé que vous aviez la faculté de
vous mouvoir dans les airs. Est-ce le sire de Montfermeil qui vous envoie à ma
recherche?
- Que non pas, Spénéloss. Le
vice-amiral Fermat. Vous avez reçu un message mental de votre lieutenant à
Saint-Denis, tandis que la cérémonie des obsèques de Monseigneur le duc de
Guyenne venait de s’achever. Ce message concernait la présence inopportune, je
dirais moi anachronique, d’un bien étrange humain à Plessis-Lez-Tours. Or, il
s’avère que, d’après la description fournie par Aramaxas, ledit humain est
connu de Fermat et de Daniel Lin.
- Ah. Dans ce cas, serait-il
originaire de la même année que vous-même et vos amis? S’agirait-il d’un allié?
- Un scorpion croisé avec un
cobra serait moins dangereux que lui! Lança le vampire avec force. Qualifiez-le
de Snarll.
- Par Stadull,
qu’entendez-vous par là?
- Ce que vous avez
parfaitement saisi, monsieur l’Hellados.
- Alors, dois-je comprendre
que vous me suiviez depuis Saint-Denis dans le but de me protéger?
- Plutôt afin de tuer cette
créature qui n’a d’humaine que l’enveloppe! Lorsque vous aurez compris le
danger représenté par le personnage, vous m’approuverez. Allons, ne tergiversez
pas Sinkar Spénéloss! Hâtez-vous.
Subjugué par le ton de
commandement d’Antor, le sire d’argenton s’empressa de remonter en selle. Il ne
fallut pas une heure aux deux humanoïdes pour parvenir jusqu’à l’arbre où
Aramaxas attendait son supérieur. Les salutations et les explications furent
vite expédiées. Il fallait surprendre au nid le plus tôt possible celui qui
répondait au nom d’emprunt de Sydney Greenstreet.


Un plan fut établi. Antor
entrerait par la fenêtre dans la chambre où le clone se reposait tandis que les
deux Helladoï feraient de même plus prosaïquement par la porte. Les
extraterrestres veilleraient à empêcher toute fuite éventuelle en brandissant
une arme de poing au tir létal. Le mutant, quant à lui, n’avait nul besoin de
cet instrument encombrant et inutile.
Tout se déroula à peu près
comme prévu sauf que…
Sydney Greenstreet s’apprêtait
non à se coucher mais à tendre son esprit afin de reconstituer sa mémoire
endommagée. Incidemment, s’il parvenait par la même occasion à établir le
contact avec le comte di Fabbrini, ce serait une sorte de bonus. Assis devant
une table dans une pièce à la propreté irréprochable, ce qui était un exploit
pour cette époque reculée, il fixait sans le voir un bougeoir muni d’une
chandelle partiellement consumée. Très concentré, il n’entendit pas monter
dans l’escalier qui conduisait à sa
soupente. Tous ses efforts visaient à mettre de l’ordre dans ses pensées.
Pourtant, une seconde, il fut imperceptiblement troublé par un détail insolite.
Abruptement, l’une des
incarnations du Commandeur Suprême se retourna. L’Anakouklesis du comte
ultramontain était responsable de ce mi-mac. Sydney Greenstreet n’était plus le
simple clone du comédien du film Le Faucon Maltais. l’avatar du bras
droit de Van der Zelden avait fusionné avec la copie et, à la vue d’Antor qui
fut immédiatement identifié, la mémoire lui revint d’un seul coup. L’être se
mit à ricaner d’une manière sinistre.

- Ainsi donc, caricature
d’humain, tu es une fois de plus à mes trousses. Cela ne t’a donc pas servi de
leçon… ce n’est tout de même pas le succédané d’androïde qui t’a envoyé jusqu’à
moi. Vas-tu m’affronter seul? Auras-tu cette témérité? Oh! Tu peux détruire
cette enveloppe, je m’en moque. Sache que je sévis ailleurs.
- Commandeur Suprême, je n’ai
pas le temps de m’extasier sur votre semblant de courage et sur votre
propension à répandre votre ironie fielleuse. Vous avez tort de croire que vous
contrôlez tout. C’était peut-être le cas autrefois, mais cette ère est
désormais révolue. Non, je ne suis pas venu seul!
À ces mots, Spénéloss et
Aramaxas pénétrèrent dans la pièce après avoir enfoncé la porte. Ils se tinrent
debout sur le seuil, triangle fuseur pointé en direction de Sydney Greenstreet.
- Ah! Bravo! Sincèrement, vous
m’épatez, monstre de foire! Vous avez prévu cette fois-ci des gardes du corps.
Et pas n’importe lesquels. Deux Helladoï. Pourquoi pas des bedeaux ou des
enfants de chœur?
- Commandeur Suprême, j’ose
vous jeter en face ceci: vous croyez jouer avec nous, vous pensez être notre
maître, en finir rapidement mais vous vous leurrez. Sondez l’hyper espace tant
que vous le pouvez encore. Sondez les seize dimensions que vous appréhendez et
concluez par vous-même.
Spénéloss et Aramaxas levèrent
un sourcil lorsqu’ils entendirent le vampire énoncer le fait que l’Univers comptait
seize dimensions. Néanmoins, cette révélation n’ébranla pas leur détermination.
- Ah! Vampire, tu t’imagines
donc que je vais suivre tes conseils ridicules et t’obéir?
- Pourtant, vous devriez. Ici,
dans cet Univers miroir-gigogne, vous n’êtes rien! Rien du tout. Car votre
maître, Johann Van der Zelden s’est évaporé comme une buée éphémère sur une
vitre lorsque le tiède rayon de soleil vient la frapper. Appelez! Oui, appelez.
En retour, vous ne recevrez aucun écho, je vous le garantis. Revenez à Cluny,
retournez dans les catacombes. Qu’a murmuré la fausse entropie avant de
disparaître? « Galeazzo… Galeazzo… je ne suis personne… je ne suis…
rien… ».
- Vous ne pouvez savoir cela.
Tous vos appareils n’ont rien enregistré pour la bonne raison qu’aucun chronovision
n’avait focalisé sur ce point spécifique du Temps. J’y ai veillé.
- Commandeur Suprême, vous
venez de vous trahir. Deux options s’offrent à vous. Ou vous quittez
volontairement ce corps-ci et cette réalité-ci, ou je vous tue! Alors, vous
rejoindrez le Néant véritable, l’éternelle Mort.
Lorsque le mutant évoqua
l’éventualité de tuer le pseudo Sydney Greenstreet, les deux Helladoï
marquèrent un geste de réprobation qui n’échappa pas au clone. Celui-ci regarda
Antor avec encore plus d’insistance. Le vampire n’eut plus le choix; il fondit
sur l’enveloppe du Commandeur afin de détruire son avatar.
Mais il advint alors un
événement totalement inattendu. L’ex-comédien et ex-planteur s’affaissa se
dégonflant comme une baudruche.
- Que signifie? Questionnèrent
avec un bel ensemble les trois humanoïdes.
Mais l’incroyable phénomène se
poursuivait. L’enveloppe du clone, vidée de toute substance, non par le fait
d’Antor, ses crocs n’avaient pas atteint le pseudo corps, devint transparente
tandis qu’un sifflement aigu retentissait dans la soupente, blessant
cruellement les oreilles des trois témoins. Ce sifflement s’amplifia à tel
point qu’Aramaxas et Spénéloss, se tenant la tête, s’agenouillèrent sous
l’emprise de la terrible douleur. Leurs oreilles se mirent à saigner et des
gouttes d’un liquide chaud d’une couleur jaune soufré tombèrent en abondance
sur le parquet. Avant de s’évanouir, les deux extraterrestres eurent le temps
d’entrapercevoir Antor grimacer affreusement. Le mutant était en train de capter
un message émis à haute fréquence.
- Le leurre du Commandeur
Suprême n’existe plus A-El. Désormais, je reprends les rênes!
- Fu Qin! Pensa le vampire.
- Le Dragon Noir, plus
exactement, lui répondit en écho l’Entité négative.
Alors, le Temps se figea une
fois encore et tout bascula. Lorsque tout reprit son cours, les choses avaient
changé. Mais jusqu’à quel point?
***************
Charles le Téméraire,

en compagnie de son jeune protégé le duc d’Orléans, recevait Lois Van den Brocke, son conseiller occulte, en son château de Beaune. Le Grand Duc d’Occident arborait une mine renfrognée. Édouard IV

lui avait promis son aide dans cette nouvelle guerre qu’il préparait contre louis XI, mais celle-ci tardait quelque peu à se manifester. De plus, les tractations avec l’Empire s’annonçaient sous de mauvais auspices. Charles voulait marier sa fille unique, Marie, à l’héritier de l’Empire,

et, évidemment, cela déplaisait grandement au souverain du royaume des lys. Mais Lois allait sans doute lui apporter des nouvelles rassurantes concernant le complot fomenté contre le roi de France.

en compagnie de son jeune protégé le duc d’Orléans, recevait Lois Van den Brocke, son conseiller occulte, en son château de Beaune. Le Grand Duc d’Occident arborait une mine renfrognée. Édouard IV

lui avait promis son aide dans cette nouvelle guerre qu’il préparait contre louis XI, mais celle-ci tardait quelque peu à se manifester. De plus, les tractations avec l’Empire s’annonçaient sous de mauvais auspices. Charles voulait marier sa fille unique, Marie, à l’héritier de l’Empire,

et, évidemment, cela déplaisait grandement au souverain du royaume des lys. Mais Lois allait sans doute lui apporter des nouvelles rassurantes concernant le complot fomenté contre le roi de France.
À quoi ressemblait le baron
flamand? Il s’agissait d’un homme de taille modeste, qui n’en imposait pas par
sa prestance, au teint pâle, au menton pointu, aux yeux noirs impénétrables et
aux cheveux blonds. Un individu quelconque à priori. Van den Brocke avait la
réputation de ne jamais sourire et d’être vêtu sans recherches, avec une
simplicité qui surprenait au sein de la Cour la plus fastueuse d’Europe.
N’élevant jamais la voix, il s’exprimait sur un ton feutré. Pourtant, ses
propos, jamais anodins et mûrement réfléchis, faisaient leur chemin dans la
tête de ses interlocuteurs. Ceux-ci ne pouvaient qu’acquiescer aux suggestions
de cet être falot,apparemment dépourvu de personnalité, en réalité, doté d’un
prodigieux don de persuasion.
- Messeigneurs, articulait
pour l’heure ledit Lois Van den Brocke sans marquer son intense satisfaction,
Édouard, le roi d’Angleterre, s’engage franc à vos côtés.
- Enfin! S’exclama le
Bourguignon. Mais ne s’agit-il pas encore d’un faux espoir?
- Absolument pas, sire duc.
Deux mille archers, mille cavaliers franchiront la Manche à la fin de la
semaine prochaine. Quant au frère de Jean d’Armagnac, il nous rejoindra en
Normandie pour la saint Michel.
- Puis-je avoir confiance en
lui? Jean était un allié autrement plus fiable. Lui a mauvaise réputation,
soupira Charles avec raison.
- Monseigneur duc,
oubliez-vous donc que Jean est mort le 4 mars de cette année, rappelé à Dieu?
Mais la Troisième Ligue du Bien public est en bonne voie. Et ce, d’autant plus
que l’Empereur fera jonction avec nos troupes le premier octobre.
- L’Empereur en personne?
- Lui-même, sire duc!
Savez-vous ce qu’il m’a dit? Qu’il préférait grandement avoir sur ses flancs
six petits royaumes de France qu’un seul!
- Quelle excellente nouvelle
Lois! Entendez-vous, mon cousin?
- Oui, Charles, répondit
poliment le jeune Louis d’Orléans.


- Avec cette coalition, le roi
de France sera bien obligé d’accepter de négocier avec moi, son plus puissant
et son plus résolu adversaire. À la sainte Lucie, vous serez l’époux légitime
de la princesse Anne. Époux et héritier du royaume des lys… la victoire nous
appartient.
- Il est vrai que le visage de
ma cousine m’agrée, murmura le jeune garçon les yeux rêveurs.
- Monseigneur, reprit
cependant Van den Brocke, pas de précipitation! À Paris, à ce que j’ai ouï
dire, les gueux se soulèveraient.
- Tiens! Comment cela? En quoi
cette révolte nous arrangerait-elle?
- Une histoire de paiement non
effectué, sire duc.
- Oh! Oh! Est-ce à vous,
baron, que mon cousin doit ce nouveau tracas?
- Non, monseigneur, point du
tout. À vrai dire, cette révolte me gêne. Je pense que Louis le Onzième a, une
fois de plus, négligé une promesse. Il reçoit la monnaie de sa pièce.
- Dire que mon avaricieux
cousin me reproche mes fastes et mon luxe! En fait, il refuse d’admettre qu’il
se comporte comme un ladre et un vilain.
- Monseigneur, vous avez
raison et jugez justement.
- Ce soir, je donne un
banquet. Ne prétextez pas du travail en retard pour ne pas y apparaître, baron!
Entendez-vous? Ne me fâchez point. Il faut fêter ce chapelet de bonnes
nouvelles…
- Oui, Monseigneur, je
comprends.
L’audience privée achevée,
Lois Van den Brocke se retira en marchant à reculons comme le commandait la
stricte étiquette de la Cour de Bourgogne. Pour une fois, Charles serait de
bonne humeur. Quant au baron…
- Dan El, avec ton protégé, le
danseur de cordes, tu as commis une erreur en manigançant ce soulèvement de la
plèbe de Paris. Tout cela pour détourner louis XI de ses projets dynastiques.
Il aurait été si simple de tout remettre en place. Tu t’es montré trop
pusillanime, sans doute de peur de m’alerter. Tu craignais que je parvinsse à
te situer. Sot que tu es! Cette faute provient de ton immaturité, de ta
jeunesse. Certes, tu as piétiné ton impulsivité, Surgeon. Mais l’Unicité
a trop cru en tes Talents. Tu paieras cher ta bévue, Dan El. Je t’absorberai
toi et ton frère… tant pis pour le Chœur Multiple qui a fait semblant de négocier
avec moi d’un côté tout en me distrayant de l’autre. De toute manière, j’ai
déjà ingéré l’Unicité, du moins dans sa majeure partie, et elle est presque
anéantie. Il ne me reste plus qu’à mélanger les chronolignes. Comment Dan El et
Gana-El vont-ils désembrouiller les fils? D’ailleurs, en sont-ils capables?
***************