Deuxième partie
De l’origine des Napoléonides
Chapitre onze
Munis de bottes à vapeur et à hélices capable de les faire voler à près de cinquante kilomètres à l’heure, les pandores, armés de mitraillettes Thomson à chargeur à camembert, commençaient à tirer sur les cabs à gazogène qui encombraient la chaussée


devant la grande porte tournante de la banque tout en atterrissant plus ou moins gracieusement sur les trottoirs. Et tant pis pour les innocents badauds qui déambulaient dans le quartier.
- Ouche! Ça chauffe! S’écria Marteau-pilon dont le gras du bras gauche venait d’être éraflé par une balle pas si perdue que cela.
- Grouillons! Renchérit Monte-à-regret. Nous ne sommes pas armés et nous ne pouvons donc pas répliquer aux roussins!
- Passez-moi le volant, chiffe molle! Rugit Von Stroheim à l’égard de Craddock.
- Chiffe molle vous-même!
L’Américano-autrichien poussa alors vivement Symphorien hors du véhicule alors que le capitaine tenait encore fermement Violetta par lat aille. Inévitablement, l’adolescente et le baroudeur décati de l’espace roulèrent durement sur les pavés irrégulier, se meurtrissant les chairs.
Cependant, toujours protecteur, le vieux loup de l’Altiplano tentait de faire un rempart de son corps afin que Miss Catastrophe ne fût blessée grièvement. Las! Nestorius ne vit pas à temps le pied lourdement chaussé écraser sa nuque sauvagement. Il s’en fut de peu que le sexagénaire ne trépassât.
Toutefois, le flic ne put aller plus loin dans la violence. Sans qu’il comprît comment, il se retrouva en train de voltiger à trente mètres de hauteur. Poussant un hurlement de terreur, il alla s’aplatir contre la devanture d’une boulangerie, défonçant à la fois la porte, le comptoir et le four à pains. Évidemment, lorsque la trajectoire s’acheva par la chute du corps, le policier était mort et il ne restait pas grand-chose de lui.
Sans qu’il ait eu véritablement le choix, Daniel Lin était passé à l’action.
Ensuite, sans effort apparent, le daryl androïde releva à la fois Craddock et sa fille, les installa tous deux à moitié sonnés dans le dernier cab qui restait et ordonna d’une voix sèche à Germain la Chimène de foncer tout droit en ignorant les obstacles.
Dehors, cela canardait toujours autant. Le Cachalot du système Sol gémissait à qui mieux mieux.
- Ouille! Ma nuque! Mes reins! Mes omoplates! Je suis passé dans un laminoir ou quoi? Ce que j’ai mal! Bon, les gars, les balles sifflent bougrement autour de nous. Il faudrait déguerpir!
- Taisez-vous!Ordonna le daryl androïde glacial. Vos geignements m’empêchent de me concentrer.
Cette attitude était inhabituelle de la part du commandant Wu qui contrôlait toujours son humeur face à ses amis. Ce fut pour cela que Symphorien se redressa, prenant le risque de raviver davantage ses douleurs afin d’observer de plus près son sauveteur. Celui-ci, d’une lividité rare, avait fermé les yeux.
Mais il y avait plus surprenant encore. Désormais, plus aucune balle n’atteignait les trois cabs gaz. De même, il semblait que lesdits véhicules se déplaçaient dans un ailleurs ouaté dans lequel aucun son ne parvenait aux oreilles humaines.
- Que signifie ce tour de caf’conc’ à la noix de cajou?
Renfermé, préoccupé même, Daniel Lin ne daigna pas répondre.
Après un temps indéterminé et de toute manière non mesurable, tout redevint normal. Violetta reprit conscience. Elle se frotta la joue gauche, celle qui avait heurté rudement le pavé.
- Ce que ça fait mal! Nom d’une gomme à mâcher! Je parie que maintenant, j’ai un vilain bleu qui me défigure! Je vais être à faire peur durant des jours. Tiens donc. Devant nous, les voitures se sont arrêtées. Et le vice amiral qui sort de son véhicule. Il arbore sa tête des mauvais jours… je ne vois pas pourquoi il est si furieux puisque tout va bien et que personne n’a sérieusement été blessé…
- Jeune fille, dit André qui était venu à la hauteur du cab gaz de Daniel Lin, que vous a-t-il donc pris d’assister à notre hold-up? Vous méritez une gifle carabinée!
- Ah! Mais vous n’avez pas le droit de me frapper! Vous n’êtes pas mon père! Et, ici, plus personne ne sert dans la flotte..;
- Violetta, murmura alors Daniel Lin doucement, je t’avais donné un ordre. Et tu m’as désobéi. Naturellement, j’aurais dû m’y attendre…
- Pff! Si toi aussi tu t’y mets! Que je sache, tout le monde est sain et sauf…
- A quel prix! Ma fille, apprends que j’ai dû recourir à user de l’interdimensionnalité.
- Euh… balbutia Craddock. Expliquez-vous. Ça m’a l’air d’un fichu bastringue.
- Je m’en charge, proféra Fermat sur un ton impossible à rendre. En bref, Daniel Lin nous a projetés dans les interstices du Pantransmultivers et ce, sans translateur.
- C’est possible un tour de ce genre? Reprit le Cachalot du système Sol.
- Apparemment, rétorqua le vice amiral.
- Tous, y compris les trois véhicules? Fit naïvement Violetta.
- Oui, petite sotte, tête de bois et j’en passe, répliqua le daryl androïde d’un air las. Alors que je venais de tuer de sang-froid un pauvre homme afin de te sauver la vie. Or, ce crime a fait vibrer toutes les cellules de mon corps mais à contretemps.
- Où sommes-nous? Demanda prosaïquement Joël Mc Crea.
- A Belleville, renseigna André qui n’expliqua pas cependant comment il détenait la réponse. Les policiers ont perdu notre trace bien évidemment.
- Ouf! Cela me rassure bigrement! Jeta Symphorien avec une mimique exagérée marquant son soulagement.
- Maintenant, nous allons changer de véhicule comme il était prévu initialement et rejoindre illico l’hôtel particulier de la comtesse de Frontignac.
- Bien, répondit le capitaine dompté.
Mais Pierre Fresnay objecta:
- Amiral, nous avons été filmés. Nos portraits vont être diffusés partout.
- Nous n’avons rien à craindre de ce côté,articula Daniel Lin lentement, comme à bout de force. Avant de quitter la banque, j’ai voilé les clichés grâce à une certaine faculté que je possède.
- Décidément, mon gars, tu es quelqu’un d’incontournable, émit Craddock un poil admiratif. Ça me rappelle ce fichu saut…
Mais Symphorien n’en dit pas plus car Fermat l’interrompit d’un air sévère.
- Inutile de s’attarder davantage. Commandant, vous avez manifestement besoin de repos. En route, et plus vite que jamais! Tant pis pour les éventuelles limitations de vitesse. Germain, je conduis.
Subjugué par le ton d’André, l’ami de cœur du Piscator obtempéra sans discuter.
Le retour au bercail se déroula sans incident notable.
Ce que Fermat et Daniel Lin avaient tu au reste de l’équipe c’était que le daryl androïde - ou plutôt celui qui croyait l’être - avait accompli ce prodige alors qu’il avait été blessé et qu’entré en phase de régénération, il avait expulsé le projectile de son organisme tout en restant totalement conscient.
***************
Un peu plus de vingt-quatre heures après cette folle et mouvementée équipée, alors que toute la presse s’emparait de l’affaire et titrait sur cinq colonnes « Le cambriolage du siècle », y compris le journal dont Tellier était le directeur, et emplissait des pages et des pages afin de tenter d’expliquer comment les malfaiteurs avaient pu disparaître au vu et au su de la police dans les rues de la capitale, les préparatifs de nos amis pour le voyage vers 1825 s’accéléraient.Ainsi, Louise avait pris en charge de faire faire les costumes adéquats avec le souci constant de l’authenticité. André Levasseur, qui ne serait pas de la partie, se contentait de fournir une foule d’informations sur la manière de vivre et de se comporter dans ce premier quart du XIXe siècle.
Les comédiens,quant à eux perfectionnaient leur français mais aussi leur argot de l’époque. De leur côté, Fermat, Tellier et le commandant Wu étudiaient les plans des quartiers de Paris avant l’intervention du baron Haussmann qui, ici aussi, avait œuvré à la modernisation de la capitale. Les biographies de certains personnages plus ou moins célèbres n’étaient pas non plus oubliées.
Il va de soi que l’or volé avait été discrètement converti en napoléons à l’effigie de l’Empereur premier du nom.
Paracelse enthousiaste, avait demandé et obtenu de faire partie de l’expédition.
- Alors, tout est il retenu, emmagasiné et compris? Interrogea le danseur de cordes après plusieurs heures de confrontation de plans, de cartes et d’échanges de points de vue quant aux actions à mener.
- Sans problème, répondit le maître espion en souriant sincèrement. Mon métier m’a entraîné à enregistrer le moindre détail et à le graver une bonne fois pour toute dans ma mémoire.
- Entendu. Mais vous, Daniel Lin? Comment dirais-je? Il m’a semblé que vous avez montré moins de concentration.
- Aucune crainte à avoir Frédéric. Je possède une mémoire photographique grâce à ma nature de daryl androïde.
- Parfait. Je crois que nous avons tous mérité un peu de détente. Nous effectuerons le grand saut dans quelques heures et il est bon de se changer les idées. En tout cas, c’est comme cela que je me prépare. Que diriez-vous d’assister à une représentation de La Vie parisienne à l’Opéra comique? On y redonne actuellement cet incontournable d’Offenbach.
- Ah? Très peu pour moi, fit André après avoir consulté Daniel Lin du regard. Je préfèrerais me reposer…
- Moi de même,acquiesça le commandant Wu.
- Je comprends.Mais je vais toutefois proposer cette distraction à nos amis Erich, Charles,Pierre, Victor et à nos compagnes.
- Aure-Elise appréciera sûrement cette invitation. Mais insistez auprès de Violetta pour qu’elle porte une voilette, murmura le daryl androïde sur un ton mi-figue mi-raisin. Naturellement, il serait beaucoup plus prudent pour nous tous qu’elle n’y allât point, mais je ne désire pas envenimer davantage les choses.
- Oh! Elle acceptera la voilette de bon cœur avec sa joue meurtrie.
- Tant mieux! Soupira Daniel Lin soulagé.
Tandis que l’Artiste se retirait, André, qui bouillait d’impatience depuis deux minutes, s’assit sur un sofa, attendant que le commandant Wu lui parlât à cœur ouvert, ce qui advint peu après.
Après s’être allongé sur un lit de repos, Daniel Lin s’exprima lentement, avec un rien d’amertume et de lassitude dans la voix.
- Si, à chacune de mes actions, je dois me comporter en saint-Bernard, je vais finir cette aventure totalement lessivé.
- Hum… j’espère grandement que ce ne sera pas le cas.
- Je pense que vous savez ce qui nous attend. Mais inutile de vous le demander…
- Exactement. Hier,ce n’était pas la première fois que vous débridiez votre interdimensionnalité.
- Vous avez remarqué…
- Oui. Autrefois,vous faisiez appel à l’un des miens…
- Lors du Palais des mirages, en effet…
- Mais nous transférer tous dans l’interdimensionnalité, plus précisément ouvrir une voie interdimensionnelle… vous êtes en train de dépasser ce que vous pouviez accomplir dans les autres pistes temporelles.
- Non, André. Ce que l’Homunculus pouvait faire.
- Depuis, vous êtes troublé et peu sûr de vous.
- Parce que j’ai entrevu quelque chose d’effrayant, d’indicible, de totalement abject. Une spirale sombre, inversée, composée de bras à l’infini, se perdant dans un infra sombre. Une supra entité qui tentait de s’insinuer à l’intérieur de mon être, de s’accaparer de mes pensées. J’ai alors senti un désespoir sans fin, un désir de vengeance, une faim inassouvie, une vacuité immense qui voulait m’aspirer, m’engloutir dans le Rien. Terrifié, je n’en ai pas moins lutté et je suis parvenu à repousser cette abomination.
- Daniel Lin, fit André plus qu’ému, qu’avez-vous compris?
- Cette chose, cette obscure ante pré entité incarnait, si je puis m’exprimer ainsi, mon côté négatif, puéril et infantile.Elle chantait comme les sirènes des ténèbres. C’était à la fois tentant, envoûtant et repoussant. Lorsque je me suis enfin détourné de cette insidieuse séduction, j’ai capté un cri, un appel inaudible pourtant. Antor…
- Encore?
- Je pense pouvoir le délivrer du lieu sans nom dans lequel il est prisonnier; mais pas tout de suite. Lorsque nous en aurons terminé avec cette expédition en 1825.
- Tout de même.Vous ne perdez donc pas de vue notre objectif. Neutraliser Galeazzo et Johann.
- Bien sûr. Mais pourquoi cette hostilité envers mon ami? Ailleurs, vous sembliez l’apprécier… un de vos semblables ne l’a-t-il pas aidé lors de l’affaire avec les Alphaego?
- Antor peut vous affaiblir ici ou dans l’Agartha.
- C’est dit sur un ton sans réplique. Soit. Je n’aborderai plus le problème. Je pense que je vais sommeiller un peu. J’en ai grandement besoin, André. Il me faut hâter ma guérison.
- Je vais prévenir Louise qu’il ne faut pas vous déranger.
Avec précaution,Fermat quitta le salon de musique et gagna les appartements de la comtesse de Frontignac. Pendant ce temps, les paupières closes, le daryl androïde se posait des questions.
« Que me dissimules-tu, Homo Spiritus? Tu sembles craindre quelque chose… pour moi? Pour l’équipe? Pour le devenir de l’humanité? Ah! J’ai pu établir le contact avec Gwen. Cette fois-ci, cela a été difficile. Ma douce et tendre sait que j’ai été blessé. Elle se morfond d’inquiétude. Je me dois de la rassurer au plus vite ».
**************
En cette année1825, en exil dans la nouvelle Amérique, Joseph Bonaparte,

le frère aîné de Napoléon le Grand faisait son beurre. Planteur et homme d’affaires à la fois, il partageait son temps entre La Nouvelle Orléans et Bâton Rouge. Sa femme, née Julie Clary, l’avait suivi dans ce lointain pays plein d’opportunités et ne le regrettait pas. Elle préférait nettement cette tranquillité cossue à l’agitation de la terrible et indomptable Espagne où son époux avait failli. Ainsi, Joseph et sa moitié étaient à l’abri de l’ire de Napoléon.
De même, Lucien,qui, dans l’histoire de la piste 1721 avait aidé son frère lors du coup d’Etat des 18 et 19 Brumaire An VIII, ici, opposant politique dangereux, avait dû également s’éloigner. Mais il n’avait pas choisi l’Amérique. Installé en Egypte, il s’était rendu si indispensable qu’il avait fini par être porté officiellement au pouvoir. En tant que Satrape, il avait su s’attacher la personne de Méhémet Ali.

Désormais, ce dernier le servait comme vizir en Palestine et dans l’ancien pays de Kemi. Tout naturellement, Lucien monnayait chèrement son appui au grand Empereur. De plus, par son habileté politique, il faisait prospérer sa nouvelle patrie, la modernisant avec une rapidité remarquable.
Louis Bonaparte, l’atrabilaire et le jaloux, intronisé roi des Pays-Bas et du Danemark, essayait de ne pas être simplement la courroie de transmission de Napoléon. Rappelé à l’ordre environ deux à trois fois par an en moyenne, Louis le ténébreux rageait et, humilié, venait à Canossa, se tenait coi quelques semaines puis recommençait. Pour résumer, la couronne penchait dangereusement sur sa tête.
Le plus chanceux mais aussi le plus docile, l’un expliquant cela, restait le benjamin, Jérôme, roi de Westphalie et de Bavière. L’homme manquait-il donc de caractère pour ainsi se contenter de n’être que la marionnette du grand Empereur? En fait, le plus jeune des Bonaparte admirait son aîné et lui vouait une adoration sans borne. Ce que celui-ci lui disait, lui ordonnai tavait pour lui valeur d’Évangiles.
Dans cette famille d’agités, il ne nous faut pas omettre le beau-frère, le dénommé Murat.
Oui, le magnifique Murat. Il n’y avait pas si longtemps encore, l’époux de Caroline était roi de Naples. Mais le trouvant dangereux et incontrôlable, le fondateur de la dynastie des Napoléonides l’avait nommé à la tête d’une expédition des plus risquées.

Oui, le magnifique Murat. Il n’y avait pas si longtemps encore, l’époux de Caroline était roi de Naples. Mais le trouvant dangereux et incontrôlable, le fondateur de la dynastie des Napoléonides l’avait nommé à la tête d’une expédition des plus risquées.
Cette expédition,des plus populaires auprès de la jeunesse avide de gloire, avait pour but deux objectifs officiels:
- Libérer la Grèce du joug des Ottomans;
- Affaiblir la Turquie par ricochet.
Mais officieusement,Napoléon Premier avait surtout besoin de détourner l’attention de l’opinion publique des difficultés économiques qui s’accumulaient.
L’armée turque, sous- équipée, mal commandée, ayant trois guerres de retard, fut battue avec une facilité déconcertante par le vaillant Murat en Épire.
Comme nous le remarquons, l’Empire ottoman de ce XIXe siècle bouleversé était toujours « l’homme malade de l’Europe ».
On comprend qu’à ce compte là, Murat devint en deux coups de cuiller à pot roi de Grèce et d’Albanie à la grande colère des Britanniques. Et tout naturellement, Napoléon en profita pour remettre la main sur le royaume de Naples qu’il administra directement d’une poigne de fer. Les Napolitains ne gagnèrent donc pas au change et se mirent à regretter les fastes du prévisible et flamboyant Murat.
Dans ce passage en revue, il manque encore cependant quelqu’un et pas des moindres. Le rejeton, la progéniture issue du mariage mal assorti entre l’Empereur des Français et d’autres peuples et l’archiduchesse autrichienne, fille de l’Empereur d’Autriche François Ier, Marie-Louise. Présentement âgé de quatorze ans, le blond adolescent, couronné depuis quinze jours Empereur d’Autriche sous le nom de François II et de François III en tant qu’Empereur du Saint Empire, menait un train étourdissant à Vienne, éblouissant les autochtones par ses fêtes incessantes, ses bals tourbillonnants, et ses maîtresses innombrables.
Brûlant la vie par les deux bouts, il ne durerait pas. Qui allait tirer les marrons du feu? Les cousins, et parmi eux, Louis Napoléon Bonaparte, le fils cadet d’Hortense de Beauharnais, plus connu sous le nom de Napoléon III ou Napoléon IV. Son frère aîné qui aura eu le temps de régner quelques mois, Napoléon François, mourra sans descendance légitime.

Brûlant la vie par les deux bouts, il ne durerait pas. Qui allait tirer les marrons du feu? Les cousins, et parmi eux, Louis Napoléon Bonaparte, le fils cadet d’Hortense de Beauharnais, plus connu sous le nom de Napoléon III ou Napoléon IV. Son frère aîné qui aura eu le temps de régner quelques mois, Napoléon François, mourra sans descendance légitime.
Après ce bref cours d’histoire déviée, reprenons le fil de notre intrigue et retournons dans ce 2517 dominé, mais pour combien de temps encore, par les Napoléonides.
***************
Octobre 2517.
Dans une de ses nombreuses folies secrètes en orbite autour d’un planétoïde, Louis Jérôme Napoléon IX, le lointain descendant de tout ce beau monde, déjeunait en petit comité privé entouré d’amis triés sur le volet.
Parmi ces privilégiés qui partageaient l’intimité du souverain, il y avait l’idéologue officiel du régime, un être abject, qui répondait au nom de Gilles Grenoble. Imaginez un grand type aux cheveux teints en brun soigneusement, aux yeux bleus, à la moustache démodée en crocs. Parmi ses faits d’armes les plus remarquables, il fallait noter qu’il était le théoricien du césarisme de marché et l’auteur immortel d’un article célèbre,intitulé Marché, dans l’incontournable Encyclopaedia Napoleonica, XXVIIIe édition ( 2512).
Sa pensée ressemblait à une resucée de Giovanni Gentile
- un idéologue de la piste 1721-. Le mot Etat, devenu une incongrue grossièreté, était remplacé par celui de Marché, avec un M majuscule s’il vous plaît!

- un idéologue de la piste 1721-. Le mot Etat, devenu une incongrue grossièreté, était remplacé par celui de Marché, avec un M majuscule s’il vous plaît!
Tout devait lui être assujetti, y compris le vivant, et l’humanité tout entière. Les humains ordinaires d’ailleurs n’apparaissaient plus que sous le terme de matériel animé ou dans le meilleur des cas, matériel humain! on se serait cru de retour sous l’Antiquité grecque, au IVe siècle,là où Aristote avait tenté de justifier maladroitement l’esclavage.
Gilles Grenoble avait osé écrire, et depuis, il était encensé pour cette trouvaille:
« Nul individu ne peut et ne doit exister en dehors du Marché ». Cela était devenu le slogan clé de l’ultralibéralisme qui avait cours sous les Napoléonides, dans une espèce de globalisation interstellaire heureuse!
Après l’homme machine de Descartes et La Métrie, était donc venu le temps de « l’homme marchandise ». Celui-ci n’avait plus le choix. Totalement asservi et décérébré, il devait absolument se plier aux diktats de la flexibilité et de la rentabilité.
Pour donner entièrement satisfaction au pape du césaro-libéralisme, l’esclavage avait donc été réhabilité bien que les différentes églises s’y étaient opposées. Dédouanés, les entrepreneurs, n’éprouvaient désormais plus aucune honte à user et à abuser d’une main-d’œuvre gratuite et corvéable à merci.
Il en allait de même chez les adversaires des Napoléonides. Ceux-ci devaient rester concurrentiels,n’est-ce pas?
Pour tout économiste digne de ce nom, pour celui qui voulait être écouté et reconnu, la référence historique absolue était la décennie 1860-1870, celle où Napoléon IV avait libéralisé justement l’économie et supprimé toutes les barrières douanières existant aux frontières de la France et permis ainsi la libre circulation des biens, des marchandises et des hommes… ah! Pardon!Nous voulons dire du matériel humain…
Il va de soi que, désormais, il fallait faire le distinguo entre les hommes ordinaires et les privilégiés.Touts n’avaient donc pas vocation à naître avec le statut d’outil jetable.
Dans cette société amorale, régie par le Profit, les nantis ne s’embarrassaient d’aucune éthique. Qu’elle fût financière ou autre.
Mais comment pouvait-on s’enrichir davantage encore dans ce monde où les castes étaient réapparues au vu et au su de tous?
Les règles de l’enrichissement reposaient sur trente propositions ultra simples. Les Otnikaï s’en étaient inspirés pour améliorer le fonctionnement de leur gouvernement. C’est dire l’efficacité de celles-ci!
Il était devenu courant de ne plus enterrer ou incinérer les morts. Ces derniers étaient transformés en engrais pour amender les sols des planètes en terraformation.Quelques hautes pontes du régime avaient le monopole de ce pactole. Chez l’ennemi, on se disputait les retombées de cette activité particulièrement lucrative. La propre tante de l’Empereur, Héloïse, ainsi que son jeune frère, comptaient parmi les heureux actionnaires de ce monopole. Victor Léon Napoléon, grâce à ces revenus tirés de la terre et des cadavres pouvait passer son temps en bamboches continuelles hormis lorsqu’il était trop malade à cause de ses excès de toutes sortes. Les médecins avaient beau le mettre en garde, rien n’y faisait. En dix ans, il avait usé cinq clones et huit organes vitaux.
Dans cette clique de profiteurs et de nuisibles, Gilles Grenoble était loin d’être le dernier placé.
Dans de telles conditions, on comprend que la plupart des miséreux, salauds de pauvres,essayaient de monnayer leurs cadavres aux plus offrants; ainsi, l’argent récolté permettait aux familles de ne pas crever de faim durant un mois au minimum. Il n’était pas rare que des parents tuassent leurs enfants en surnombre afin de s’alimenter. Société amorale vous dit-on. Cette gangrène avait atteint toutes les couches, tous les individus, sur tous les mondes ou presque.
Autre signe révélateur: l’esclavage n’affectait pas seulement les humains, pardon pour ce lapsus, mais nous voulions écrire le matériel animé, mais aussi les laissés pour compte chez les alliés des Napoléonides ou des Anglo-russes.
Les chevaliers d’industrie prospéraient sur un millier de planètes au bas mot. Naor, crucifiée, exsangue, avait été mise au pas en quelques mois à peine.
La pollution rongeait déjà une centaine de mondes au bas mot. Les perdants, les loosers en étaient venus à payer leur ration d’oxygène pour survivre une journée de plus quel que soit le moyen d’échange. Heureux celui qui dînait une fois par jour!
Dans les bas-fonds de cette globalisation magnifique, dans les ruelles sordides des grandes villes autrefois florissantes, merveilles de raffinement et de beauté, on se serait cru retourné au tout début des premiers Empires terrestres. En pis!
Pas d’eau courante mais des cloaques, des pandémoniums, des enfers, où les épidémies, les épizooties étaient les moindres maux, où les trafics en tout genre pullulaient.
Ainsi, il n’était pas rare qu’une mère vendît un enfant encore chaud et entouré du placenta fraîchement sorti de ses entrailles pour se payer sa provision nécessaire non pas de dope mais tout simplement d’air, d’eau et de nourriture pour une semaine. Trois litres d’eau par jour et par personne, deux cents grammes de céréales ou de tablettes protéinées, un mètre cube d’oxygène.
Beaucoup, réduits à la désespérance, sombraient dans les paradis les plus artificiels et en oubliaient de se sustenter. C’était pain bénit pour les richards qui trouvaient à bon compte de quoi nourrir les sols de leurs terres.
Tout était utile dans l’homme comme dans le bison pour l’Amérindien. Les organes, bien sûr, mais aussi le génome, les cellules qui permettaient le clonage. Pour les moins regardants et les plus avilis, le cannibalisme faisait fureur. Certains allaient même jusqu’à pratiquer la nécrophagie lorsque les cadavres n’étaient pas jugés bons pour amender les sols.
On retrouvait l’Empereur à la tête du consortium le plus puissant du sexe et de la drogue. Celui-ci sévissait sur dix-huit parsecs. Louis Jérôme Napoléon IX ne s’en cachait pas et s’en faisait une gloire. Ses adversaires le critiquaient mais, de leur côté, pratiquaient la même chose, payant leur armement grâce à l’asservissement des corps et des âmes de leurs sujets.
Tandis que l’Empereur dégustait des authentiques écrevisses à la nage façon Aldébaran,

c’est-à-dire trempant dans une sauce verte aromatisée à la menthe, à la pistache et à la réglisse,bonjour le mélange, Gilles, sans façon, énonçait quelques conseils tout en dévorant prosaïquement une salade de veau aux fruits rouges, le tout garanti bio.

c’est-à-dire trempant dans une sauce verte aromatisée à la menthe, à la pistache et à la réglisse,bonjour le mélange, Gilles, sans façon, énonçait quelques conseils tout en dévorant prosaïquement une salade de veau aux fruits rouges, le tout garanti bio.
Ce repas était arrosé par les vins provenant directement de la réserve personnelle de Louis Jérôme Napoléon. Le souverain possédait des milliers d’hectares de vignes en Laponie. Ces vignes étaient apparues à la suite des profonds changements climatiques que la Terre avait subis entre les XXIe et XXIIIe siècles. Préservées jalousement, elles faisaient le bonheur des palais impériaux. Les crus les plus recherchés équivalaient à douze mille ans du revenu moyen d’un citoyen libre de Sa Majesté,à condition que ledit individu travaillât sans prendre une seule minute de repos.
Ces vins avaient la particularité de présenter une jolie couleur ambrée et de tirer quinze degrés d’alcool. L’Empereur n’en buvait pas d’autres. Généreux envers ses amis et ses proches, il leur octroyait volontiers dix ou quinze jéroboams à chacune de leurs visites.
- Donc, Votre Majesté, poursuivait Gilles, si vous m’en croyez, vous pouvez étendre notre système de participation volontaire du matériel animé sur les mondes QAGF, avec l’aval, sincère, de Mondani, de Mingo et du peuple Otnikaï.
- Hum… cela fait vingt planètes, non? Pas mal. Mais quels bénéfices sont attendus?
- Oh! Aucun frais!Cent pour cent et ce dans la monnaie de votre choix, Sire. Pour vous donner un ordre de grandeur, disons, la première année quinze milliards d’unités Sol…
- Intéressant. Je pourrais donc m’acheter un autre planétoïde.Mais… mes rivaux?
- Je ne dois pas vous le cacher. Ils viennent d’acquérir le monopole de dépollution de Sestriss, Lamii et Amara.
- Diable! Pourquoi avons-nous raté ce marché juteux? Fit sévèrement l’Empereur. Aux yeux de mes pairs, je ne veux pas apparaître pour un laissé pour compte!
- Je dois reconnaître que notre négociateur Castorii s’est montré quelque peu pusillanime dans la distribution et la répartition des pots de vin.
- J’espère grandement qu’il a été remercié! Déclara sèchement le souverain.
- Tout à fait,Votre Majesté. Je n’ai pas laissé impunie pareille impéritie! Toute sa famille, neveux compris, a été déportée sur Pluton sur mes ordres. Dorénavant, elle travaille avec un enthousiasme marqué et un zèle signalé dans les mines de l’astre à en extraire le fer et le titane. Quant à Sarmin Vectus… comment dire? Il a eu un malheureux accident. Il est tombé fort malencontreusement dans une cuve de trois mètres cube dans laquelle il moulait des parois de duracier.
- Gilles, vous m’en voyez soulagé! Tantôt, cela vous dirait-il de partager mon… digestif?
- C’est-à-dire? Je répugne à absorber de la poudre hallucinogène, vous le savez.
- Il n’est nullement question de cela. C’est bon pour mon frère d’abuser de ces douceurs. Je viens d’acheter trois Mandas femelles fort expertes en jeux variés pour adultes.
- Euh, Sire, ce serait volontiers, mais permettez-moi de vous rappeler que j’appartiens entièrement à l’autre bord.
- Mais mon cher, vous ne serez pas troublé. Les Mandas sont avant tout hermaphrodites.
- Dans ce cas… ce sera mon divertissement exotique de la soirée.
- Mon épouse a ses vapeurs depuis bientôt deux semaines. Elle abuse, vous ne trouvez pas? Et je ne puis me contenter de l’ordinaire du palais. Je ne suis pas un vulgaire notable, le dernier de mes sujets!
- Votre Majesté, je compatis…
- Merci pour votre sollicitude… messieurs, voyez quel heureux mortel je suis! Clama alors Louis Jérôme Napoléon à l’adresse de ses invités. Un conseiller aimable, compréhensif, que j’ai plaisir à voir,un Empire toujours prospère malgré la guerre qui débute…
- Oui, Sire,approuva en choeur la masse des courtisans.
- Sire, vous avez tout à fait raison de vous montrer optimiste, salua Gilles Grenoble avec obséquiosité.
Puis, nullement dégoûté,comme s’il s’agissait du geste le plus naturel qui soit, il essuya soigneusement ses lèvres purpurines sur la chevelure d’un Noir Mandingue. Enfin, très à l’aise, et n’y tenant plus, afin de parachever ce repas sublime, son désir exacerbé, ses sens en feu, sans sourciller, il demanda:
- Votre Majesté, je connais votre bonté… puis-je me débonder d’ici trois minutes au plus tard avec ce bel objet? Mon gland me brûle et je dois l’apaiser au plus tôt.
- Oh! Oh! Pourquoi pas? Ce sera une distraction après tout. En échange de ma générosité, je veux assister aux ébats… cela me donnera des idées pour mes trois Mandas…
- Sire, je suis particulièrement honoré.
- Mes amis, reprit l’Empereur pour ses invités,laissez-nous seuls avec cet objet d’ébène particulièrement sculptural.
Louis Jérôme désignait ainsi l’esclave qui avait l’heur de plaire au conseiller.
En s’inclinant fort bas, les hôtes impériaux se retirèrent, abandonnant leurs couverts et assiettes sans un mot ou murmure de reproche.
Pendant ce temps,le Mandingue, résigné, ôtait son pagne et se mettait en position afin d’être sodomisé. Apparemment, il avait l’habitude de servir de jouet aux invités de Sa Majesté.
Eh oui, cela se passait ainsi chez Louis Jérôme Napoléon IX. Foin d’une quelconque pudibonderie en cette année 2517. Cela était bon chez les loyaux serviteurs de la flotte, les sujets les plus dévoués et les plus sincères. En fait, seule l’impératrice faisait mine d’ignorer les frasques de son époux. Mais par rapport à son frère, il gardait la mesure.
Chez les Anglo-russes, il en allait de même. Quant au nouvel allié Qin, sa sexualité restait le mystère le mieux gardé.
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Une nuit de l’an de grâce 1825, dans les ruelles mal famées de l’Île de la Cité.
Onze heures venaient de sonner au clocher de l’église Saint-Merri. Dans la semi pénombre, une silhouette jeune se profilait sur les vieux murs moussus de pierre. L’ombre évitait soigneusement les détritus de toute sorte éparpillés sur la chaussée grasse et humide. Perchés sur des toits ou des balcons, des chats en mal d’amour miaulaient leur lugubre chant, prenant tout le quartier à témoin de leur insupportable solitude.
L’inconnu qui avançait aussi rapidement que possible dissimulait son visage aux traits juvéniles et réguliers derrière un ample foulard de laine de teinte anthracite. Malgré le chiche éclairage - ici, le gaz n’avait pas encore atteint ces ruelles abandonnées de Dame Fortune - le jeune homme avait l’air de connaître son chemin. Ce n’était sans doute pas la première fois qu’il s’aventurait au cœur de la capitale.
Sur ses gardes, il tournait parfois la tête de côté écoutant si ses pas ne produisaient pas un inquiétant écho. Par instant, il s’arrêtait, scrutant de ses yeux bleus les ténèbres d’une nuit sans étoiles.Sa main droite tenait fermement non pas un mignon pistolet de femme à un coup mais bel et bien un colt qu’il s’était procuré depuis quelques temps déjà. Sa senestre,quant à elle, serrait une dague de grand prix héritée d’un de ses lointains ancêtres qui avait servi sous les ordres du connétable Du Guesclin.

« Je vais être en retard à mon rendez-vous, s’inquiétait le comte de Kermor. Le Prétendant ne me pardonnera pas cette impolitesse. Son Altesse royale est très à cheval sur ce point. Mais comme je suis toutefois porteur de bonnes nouvelles… par l’intermédiaire des on fils Berry, j’ai en ma possession cent mille livres. De plus, deux régiments se rangent à sa cause. Si les Tuileries sont réellement infiltrées par des espions au service de Charles X, l’usurpateur corse n’a plus que quelques jours à vivre! Cet ogre ira bientôt rôtir en enfer ».
Rapidement, Alban se signa tout en poursuivant son chemin dans l’étroite ruelle toujours aussi pauvrement éclairée.
Dans un âge aussi tendre, le comte ne s’étonnait pas de la manière dont il avait pu gagner Paris alors que la Sûreté de François Vidocq était partout et savait tout sur tous.
Après cinq minutes, Kermor s’arrêta devant le porche d’une maison dont le montant était orné d’une statue de la Vierge à laquelle il manquait la tête.Là, il frappa cinq coups brefs suivis de deux longs à l’aide d’un heurtoir à demi rouillé, puis attendit que l’huis s’ouvrît. Une sorte de majordome vêtu d’une livrée verte et coiffé d’une perruque poudrée se terminant en catogan, coiffure qui sentait la vieille France d’une lieue, actionna la lourde porte et l’accueillit sans cérémonie,à son grand soulagement.
- Sa Majesté vous attend là-haut dans le petit salon. Je vous ouvre le chemin.
Éclairant l’étroit escalier à l’aide d’un chandelier en argent supportant une bougie déjà bien coulante, le domestique devança le jeune homme. Après quelques instants, pénétrant dans ladite pièce, Alban remarqua que Charles X
se tenait assis dans un fauteuil Voltaire placé devant la cheminée, douillettement emmitouflé d’une couverture. Le vieil homme - le prince était largement sexagénaire - chaussé de lunettes à verres grossissants, lisait un roman libertin, se remémorant ainsi sa folle jeunesse avec une amère mélancolie.S’avisant enfin de la présence du messager tant attendu, il releva la tête.
se tenait assis dans un fauteuil Voltaire placé devant la cheminée, douillettement emmitouflé d’une couverture. Le vieil homme - le prince était largement sexagénaire - chaussé de lunettes à verres grossissants, lisait un roman libertin, se remémorant ainsi sa folle jeunesse avec une amère mélancolie.S’avisant enfin de la présence du messager tant attendu, il releva la tête.
- Votre Majesté,fit timidement le comte de Kermor.
L’adolescent s’approcha, son chapeau à la main, s’inclina cérémonieusement et baisa la main droite du souverain putatif.
- Laissons là le cérémonial comte, dit gracieusement Artois. Alors quelles nouvelles de l’autre côté de la Manche?
- Des nouvelles excellentes, Sire. Je pense que tous vos espoirs vont se concrétiser. L’usurpateur a fin son temps.
- Hé bien, je m’en réjouis. Donnez-moi tous les détails.
Alban, toujours debout, s’exécuta. Le prince écoutait,hochant parfois sa tête chenue, approuvant les propos de son envoyé. Enfin, il donna ses dernières instructions.
- Le vicomte de Chateaubriand doit prendre la tête de ses troupes fraîches.
- Il en sera fait selon votre volonté, votre Majesté.
- Mon fils Berry doit-il venir me rejoindre bientôt?
- Effectivement. Son départ est prévu le mois prochain.
- Hum… Il se montre prudent. La police politique de ce Buonaparte est sans cesse sur les dents et traque sans relâche mes plus fidèles serviteurs. Tenez, voici quelques lettres qui doivent être remises en mains propres à mon cousin d’Angleterre.
- Sire, merci pour cette marque de confiance. Je serai à Londres dans trois jours.
Alors, Charles d’Artois se leva et attendit l’hommage de son dévoué Kermor. Après une dernière révérence,le comte regagna la sombre ruelle par laquelle il était venu, son cœur battant quelque peu irrégulièrement sous le coup de l’émotion. Allons. Maintenant, l’enjeu était plus grand. Il ne fallait surtout pas qu’il fût pris par les sbires de Fouché

et du sinistre Vidocq.

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