Chapitre 26
Cela faisait maintenant trois jours que Bette Davis
avait rejoint Ava Gardner dans une cave d’un vieux quartier de la capitale. La
demeure, qui ne payait pas de mine, jouxtait l’ancien cimetière des Saints
Innocents, fermé depuis quelques années par ordre du roi.


La belle brune avait été torturée avec une délectation
malsaine par Ti, le factotum de Sun Wu. La Sudiste présentait donc un visage
abimé et tuméfié à sa consœur. Ses lèvres étaient vilainement boursouflées son
nez écrasé ressemblait à celui d’un boxeur groggy. Quant à ses yeux, mieux vaut
ne pas les décrire. Tous les cils avaient été brûlés et une paupière arrachée
pendait lamentablement sur ce qui restait d’une aussi belle face autrefois.
Hélas, ce n’était pas tout! Le cou portait des entailles
plus ou moins profondes. Un sein arborait de méchants bleus qui refusaient de
guérir. Les dents n’avaient nullement réchappé à l’art douteux du Thaï. Ainsi,
la mâchoire supérieure montrait deux trous fort disgracieux tandis que celle du
bas affichait des brèches irrégulières.
Voilà comment une telle beauté avait été défigurée et
massacrée.
Prostrée dans un coin, respirant bruyamment par
à-coup, Ava refusait obstinément de s’alimenter malgré les soins attentionnés
de la Davis. Bette avait pourtant tout essayé afin de persuader sa compagne
d’infortune de ne pas se laisser mourir de faim.
A cette heure, la doyenne s’était réfugiée près d’une
futaille et là, chantonnant doucement, elle tentait d’oublier ses angoisses.
Un grincement, l’huis de la geôle s’ouvrait, laissant
apparaître non pas les deux bourreaux asiatiques familiers mais Irina Maïakovska,
le visage figé, le regard vide. Sans la moindre émotion ni le plus petit
frémissement de dégoût, la Russe s’approcha d’Ava et, d’un geste brusque, lui
releva le menton.
- Alors, maintenant, on ne fait plus tant la fière!
Dit Irina d’une voix sans timbre.
Pour toute réponse, la comédienne se contenta de
renifler.
- Galeazzo semble ignorer mon message. Ce mépris me
fâche énormément. Il ne me prend pas au sérieux, hé bien, il va voir!
Bette Davis qui s’était redressée, osa jeter:
- Espèce de salope, qu’avez-vous donc manigancé?
- Tss! Tss! Tu deviens grossière, Bette!
- Vous n’allez pas encore livrer Ava à vos
tortionnaires! Qu’en retirerez-vous une fois que mon amie sera réduite à l’état
de loque humaine? Si le comte ne se montre pas, c’est qu’il ne cède pas. Cela
ne m’étonne pas de sa part.
- Tu as gardé tout le venin de ta langue de vipère,
toi. Je vais commander à Sun Wu de s’occuper de ta personne après avoir jeté la
Gardner en pâture à la police de ce gros benêt de Louis XVI. Naturellement avec
toutes les preuves nécessaires qui lui permettront de découvrir l’odieux
complot menaçant son trône. Lorsque di Fabbrini aura à ses trousses toute la
flicaille du Châtelet, ses anciens alliés sans oublier l’équipe adverse, celle
de Daniel Lin Wu, cela m’étonnerait fort qu’il ne me livrât pas alors cet
aiglon en devenir, ce Napoléon…
- Vous comptez donc tuer Ava! Vous êtes un monstre
femelle!
- Très chère, je compte surtout remporter la partie
d’un jeu dont les tenants et les aboutissants t’échappent. Dans ces conditions,
tu comprends qu’un cadavre de plus ou de moins m’importe peu.
- Je le répète, vous êtes un monstre.
- Bette, lorsque tu me suivis, tu te doutais bien que
le sort de la Sudiste était fixé, non?
- Aucun sentiment humain, aucune pitié ne peut donc
ébranler votre froide détermination.
- Là, vieille peau, tu te trompes.
- Dans ce cas, je m’offre à sa place pour mourir.
Pourquoi me conserver en vie? Je vous encombre et ne vous sers à rien.
- Hon! Hon! Bette, tu m’amuses. Il est vrai que tu ne
représentes rien aux yeux du comte. Alors, pourquoi te tuerais-je? Ava, c’est
autre chose. Galeazzo a le cœur plus tendre qu’il ne veut l’admettre. De plus,
le cadavre effroyablement martyrisé de son épouse putative lui fera comprendre
que je ne plaisante pas.
- Mais, si malgré tous vos beaux calculs Galeazzo di
Fabbrini s’obstinait dans son silence?
- J’ai les moyens de rayer Paris et Versailles de la
carte. L’antimatière…
- Vous êtes plus terrible que Von Choltitz en 1944.

- Von Choltitz? Jamais entendu ce nom.
- Cartago delenda est.
- Ici, Lutetia delenda est. Bien. Toi, tu viens avec
moi, reprit Irina à l’encontre d’Ava. Hop! Debout! Plus vite que ça. Marche
vers ta mort avec dignité.
En gémissant, Ava se releva. D’un pas hésitant et
trébuchant, s’accrochant au bras de la Russe, elle suivit tant bien que mal
cette dernière à l’extérieur de la cave.
Avant que la porte ne se refermât une fois encore, Bette
demanda:
- Comment Ava Gardner va-t-elle être exécutée? Je vous
en supplie, dites-le moi.
- Oh! D’une façon très simple et spectaculaire à la
fois. Précipitée du haut de la Tour Saint-Jacques. Cela passera d’abord pour un
suicide.
Imitant le sinistre comte, Maïakovska ricana. Son rire
forcé se termina par un grincement de dents. On sentait bien que son attitude
était artificielle, voire mécanique.
Restée seule, Bette murmura:
- Malheureuse Ava! Voilà ce qu’il va t’en coûter
d’avoir cru aux belles paroles du comte. Ah!
Frères humains qui après nous vivez,
N’ayez les cœurs contre nous endurcis,
Car, se pitié de nous pauvres avez,
Dieu en aura plus tôt de vous mercis.

***************
Villa du Larium, 7 mars 161.
L’Empereur Titus Aelius Hadrianus Antoninus Pius
agonisait depuis deux jours, des suites de ce que l’on aurait pu prendre pour
une banale indigestion. À moins que le fromage des Alpes qu’il avait mangé avec
excès n’ait été contaminé par la salmonelle. Pris de vomissements et de fièvre,
sentant son état s’aggraver, Antonin le Pieux comprit qu’il était perdu.
Instinctivement, il eut conscience qu’il s’agissait en fait d’un
empoisonnement, d’une vengeance de ceux qu’il avait combattus comme opposants à
sa divinité. Les tétra-épiphanes!

Il convoqua donc son successeur, Marc-Aurèle, qui
était également son gendre, avec son épouse Faustine la Jeune ainsi que les
deux préfets du prétoire, ceux de la Ville et de l’Annone. Il se fit aussi
apporter la statue d’or de la déesse Fortune puis il donna le mot de passe au
tribun « Sérénité ».

Ensuite, pris d’un délire fébrile, il se mit à maudire
les rois qui, croyait-il, avaient aidé ses ennemis.
- Toi, Pharasmane, roi des Ibères du Caucase, je te
maudis car tu as aidé le déviant Cléophradès à fuir mon ire! Tu as désobéi.
Crains donc le courroux des dieux.
Son délire s’accentuant, il sembla alors à
l’assistance qu’Antonin devenait un « voyant » tant ses déclarations
sur l’Etat, l’avenir de l’Urbs après sa mort, prirent le ton de la prophétie,
s’orientant vers une vision eschatologique du sort de l’Imperium.
Dressé sur son lit d’agonie, Antonin prononça ces
paroles incohérentes:
- Ô âge d’or, tu ne reviendras plus! Barbares d’entre
les Barbares, des profondeurs de l’Asie, des hordes plus innombrables que les
grains de sable de la mer ruineront la Ville! Après Carthage, Rome! Ces hordes
seront conduites par le Jupiter noir. Chronos sera dérangé puis renversé.
Anakouklesis! Roma delenda est! Roma delenda est! Ô miracle de la pluie! Tu ne
sauveras qu’un temps les légions. En faveur des arts de la plèbe basculera la
colonne du triomphe. Au plus offrant sera alors vendue la pourpre. Troianus!
César! Nous aurions dû t’écouter et écraser les hétairies des sectateurs de
Christos! Mais moi-même, pourquoi n’ai-je pas répondu à l’éloge de Justin?
Jupiter pleure des larmes de sang. Par les arts divinatoires, par Hermès
Trismégiste, l’Urbs se déplacera vers l’Orient. Des nuées de sauterelles plus
rapides que le messager des dieux ravageront les récoltes de l’Empire. Famine
et peste décimeront les provinces. César, en ce temps-là, n’aura plus le
pouvoir car destitué par les Barbares. Périra la religion de nos ancêtres!
Mourra donc le Grand Pan!
Après avoir crié cette ultime prédiction, Antonin
retomba mort sur son lit. Dans l’assistance, un procurateur d’origine étrusque
avait discrètement noté les déclarations délirantes de l’empereur moribond. Le
dénommé Quintus Severus Caero s’éclipsa subrepticement tandis que les préfets
constataient le décès de l’auguste personnage.
La barbe poivre et sel, marqué par l’embonpoint, Caero
ressemblait étrangement à une vieille connaissance de Johann. Ses yeux sombres
qui, d’habitude, reflétaient la ruse, étaient pour l’heure emplis d’inquiétude.
En tant que clone ou avatar du Commandeur Suprême, le procurateur était tenu de
faire son rapport à l’Ennemi.
Or, notre chevalier étrusque eut beau tenter une
communication mentale transdimensionnelle, il ne parvint pas à contacter son
maître. C’était comme si celui-ci s’était évaporé. Redoublant d’efforts, Caero
transporta ses pensées dans toutes les sphères de temps, dans les chronolignes
multiples, dans les déviations alternatives. Cela ne servit à rien car,
toujours, Johann se dérobait à ses appels de plus en plus pressants.
On le comprend, Caero commença à paniquer. Si toute
trace de l’entité sombre avait disparu du Pantransmultivers, cela signifiait
que, désormais, le monde de l’an 161 était isolé et enfermé dans une bulle
a-temporelle hermétique. Quel usurpateur voulait donc prendre la place de
l’Ennemi? Qui pouvait accomplir pareil exploit?
Déjà d’ailleurs, tout se délitait pour être remplacé
par un scénario non prévu par l’ordinateur final. Un peuple d’Asie centrale ou
de Mongolie, les « Hous » hephtalites, venaient d’être investis par
l’Energie Noire. Leur mission: abattre la ceinture des Empires, en finir avec
le monde antique.
De plus, ne disait-on pas qu’en Arabie, le Ying Lung
Noir s’était déjà incarné en la personne d’un immense serpent ouroboros à
crête? La divine et maléfique créature s’était empressée de dévorer la moitié
de son corps en partant de la queue. Aussitôt, la peste s’était déclarée dans
la province. Or, les signes eschatologiques se multipliaient partout dans le
monde.
Toutes ces manifestations annonciatrices de bouleversement
n’empêchèrent pas le Sénat romain d’attribuer à Antonin le titre de Divus. Dans
son testament, l’Empereur défunt avait légué à sa fille son patrimoine privé et
offert à tous les siens des legs appropriés.
***************
Dans une chambre aménagée avec goût et décorée de
peintures australiennes dans le style aborigène, Lorenza di Fabbrini recevait
celui qui avait été jadis son époux dans une autre ligne temporelle, devant une
tasse de cappuccino particulièrement crémeux pour elle et un café corsé pour
Benjamin.
Les deux êtres avaient eu du mal à établir le contact.
Ici, tout les séparait. La doctoresse ressentait toujours de l’amour pour
Sitruk. Or, ce dernier, uni légitimement à Nadine Lancet, n’éprouvait
strictement rien pour la métamorphe.
En cet instant, la brune Italienne, plus habituée à
rester sur sa réserve, osait aborder certains sujets délicats afin d’obtenir de
précieuses informations quant au fonctionnement de la société de l’Agartha.
- D’après ce que m’a dit O’Rourke, vous n’êtes point arrivé parmi les premiers
dans la cité. Les archives confirment bien sûr les propos du médecin en chef.
- Effectivement, capitaine, tout cela est vrai.
- Capitaine! Quel formalisme! Cela me fait une drôle
d’impression de m’entendre ainsi appelée par vous.
- Comment puis-je donc vous nommer?
- Hé bien, Lorenza, voilà tout. Je ne souhaite qu’être
votre amie, pas davantage. Aucun détail ne vous distingue physiquement de votre
double, le savez-vous? Mêmes yeux bleus, même barbe rousse, même timbre de
voix.
- Ah! Depuis que je réside ici, je devrais m’être
habitué aux paradoxes engendrés par les pistes temporelles multiples. Mais,
hélas, ce n’est absolument pas le cas! Laissa échapper le Britannique.
- A l’extérieur, vous commandiez votre propre vaisseau.
- Le Cornwallis.
- D’après les différents témoignages, avec panache.
- Non, je récuse ce terme. Avec arrogance, suffisance
et j’en passe. Or, ce temps est révolu. Dans l’Agartha, les qualités guerrières
sont à oublier, ou du moins, à ranger au fin fond d’un tiroir. J’ai su
m’adapter. Néanmoins…
- Néanmoins, vous avez commandé le Celsius durant
cinq années et êtes revenu vivant de ce périple mené pour le compte de la cité.
- Ce n’est pas ce que j’allais dire. À bord du Celsius,
nous étions tous égaux et extrêmement qualifiés. Ce succès doit être partagé
avec tous mes compagnons. Lorsque j’ai besoin d’exploser, je me défoule dans
les salles d’entraînement. À mon goût, cela m’arrive encore trop souvent.
- Pourtant, je n’entends sur vous que des éloges. Et
présider le conseil n’est pas dévolu à tout le monde.
- Il est vrai que Craddock n’a pas obtenu cet honneur.
Beauséjour non plus d’ailleurs. Mais Paracelse, Tellier, Albriss, Stamon,
Kilius, Chtuh et Jacinto régulièrement. Il vous faut donc relativiser mes
mérites.
- Bien. Mais Daniel Lin?
- Notre Superviseur a toujours décliné cette charge.
Il prétexte qu’il est fort accaparé, ce qui est sans doute vrai. Il ne refuse
aucune corvée d’entretien. Dernièrement, le système d’assainissement des eaux
usées a connu quelques défaillances. Hé bien, avec Chtuh, Chérifi, Belame et
Kiir, il s’en est chargé. Maintenant, tout fonctionne à la perfection.
- D’accord, Benjamin. C’est du pur Daniel Lin.
Toujours prêt à rendre service, à mettre les mains dans le cambouis…
- Dans ce cas, c’était dans la…
- J’en ai conscience. Mais les titres que quelques uns
lui donnent… préservateur? Gardien? Que cachent donc réellement ces termes?
- Hum…
- Vous hésitez à répondre… dans mon univers, le
commandant Wu était un daryl androïde, presque un supra-humain, quoi. Mais ici,
il est davantage et peut s’apparenter à un demi-dieu de la mythologie grecque…
- Capitaine, je n’ai pas le droit de vous éclairer sur
ce point. Moi-même, je n’ai appris la véritable identité du commandant que fort
tardivement. Justement, peu de temps après le retour de mon voyage
d’exploration. Je puis cependant vous dire que j’en ai été choqué. Mon esprit
n’était pas encore adapté à cette révélation. Il risque d’en aller de même pour
vous.
- Révélation! On croirait entendre un prêtre ou un
pasteur. Pui-je vous raconter un phénomène étrange dont j’ai été le témoin
involontaire?
- Les phénomènes étranges sont monnaie courante ici,
capitaine. Mais allez-y…
- Cela peut vous paraître anodin au premier abord. Il
y a cinq jours, le soir de mon arrivée à Shangri-La donc, alors qu’O’Rourke me
faisait passer différents tests pour voir si je me portais bien après mon
transfert brutal du Langevin, l’infirmerie a été victime d’une panne
plutôt bizarre. Le décor s’est mis à osciller. Oh! Cela n’a pas duré longtemps.
Puis, lorsque tout a été rétabli, la carafe d’eau qui était posée sur une table
avait perdu de son contenu. Pourtant, personne n’y avait touché. Une
manipulation du continuum temporel local, telle fut ma conclusion…
- Bien raisonné, soupira Benjamin.
- Mais pourquoi tant d’effort pour un aussi minuscule
résultat?
- Hem…
- Vous ne croyez pas en ce que je vous raconte,
Benjamin.
- En fait, il ne s’agissait nullement d’une
modification temporelle, absolument impossible dans les murs de la Cité. Daniel
Lin y veille.
- Alors, dans ce cas, à quoi ai-je assisté?
- Posez la question à qui de droit.
- Au commandant Wu donc. Apprenez que le docteur
O’Rourke a refusé d’abonder dans mon sens.
- Naturellement. O’Rourke sait garder sa langue.
- Vous reconnaissez que Denis peut mentir pour
préserver le secret de Daniel Lin…
- Si vous voulez… moi aussi, d’ailleurs.
- Il est vrai qu’il vénère le Superviseur Général.
- Or, il fait tout pour le dissimuler, croyez-moi ou
pas…
- Mais j’ai lu partiellement dans son esprit.
- Hum… Et en moi? En cet instant? S’inquiéta
subitement Benjamin.
- Mon ami, vous avez cadenassé votre esprit et je suis
trop polie pour essayer d’en forcer la serrure. Dans la piste 1721, vous étiez
dépourvu de ce talent.
- Un talent acquis, non inné.
- Comment? Grâce à qui?
- J’ai dû m’entraîner intensivement, suivre une
discipline rigoureuse. Je me suis plié à l’enseignement et aux conseils
d’Albriss.
- Peste! Pourquoi donc un tel apprentissage?
- Cet apprentissage est nécessaire lorsqu’on voyage
dans les mondes extérieurs. Nul ne doit deviner que les citoyens de l’Agartha
sont des privilégiés à l’abri de la laideur, des bassesses et des contraintes
du commun des mortels. Aux yeux de l’humanité du dehors, nous apparaîtrions
vite comme des dieux, nous susciterions alors des envies, des jalousies qui
pourraient nous nuire, certes, mais avant tout porter tort à nos frères moins
bien lotis.
- Vivre dans l’Agartha est donc perçu comme un privilège…
tiens donc. Parce que personne ici ne vieillit plus? Mais j’ai appris, en
consultant les archives autorisées qu’il y a des décès, rares, mais réguliers.
- A la demande express des volontaires… ou alors…
- Poursuivez Benjamin.
- A la suite d’un châtiment. Cependant, le condamné a
le choix entre le vieillissement, l’exil ou la mort.
- Il faut posséder une âme bien noire pour mériter un
tel sort. Dans l’Empire des 1045 Planètes, la peine de mort avait été abolie
depuis plus de quatre cents ans. Ce n’est donc pas le cas dans cette cité
merveilleuse! Je suis déçue et perçois cela comme un recul.
- Vous faites erreur, capitaine. Personne n’est mis à
mort, tué effectivement. Seulement, le coupable peut subir un vieillissement
tel qu’il le conduit inexorablement à sa fin.
- Assez! Quelle abomination!
- Attendez avant de vous récrier! Il s’agit en fait
d’une fin relative car le condamné, ayant purgé sa peine, renaît, humain ou
pas, cela dépend, et, parvenu à une
certaine maturité, il se souvient des
fautes commises lors de sa précédente incarnation.
- Vous ne me rassurez guère! Santa Maria! Benjamin,
tout cela est cruel.
- Que non pas! Telle est la justice à Shangri-La. Je
puis vous dire que le meurtrier ne recommence plus jamais. Au contraire, il
fait pénitence et devient quelqu’un d’heureux, d’agréable à vivre, partageant
sa joie et ses bonheurs avec tout le monde.
- Pensez-vous que je vais croire vos assertions?
- Capitaine, il n’y a là aucune manipulation de mon
esprit, je vous l’affirme.
- je me contenterai de cette réponse. Changeons de
sujet. J’ai pu sonder Maria. Elle se montre beaucoup plus insatisfaite de son
sort qu’O’Rourke ou que vous-même. J’ai aussi rencontré Kilius, Celsiia,
Veronica, Violetta, Albriss, Saturnin, Paracelse, Gaston de la Renardière et
j’en oublie…
- Qu’avez-vous conclu de tous ces entretiens?
- De chacun émane une douce sérénité. Y compris chez
ce mousquetaire de Louis XIII.
- Gaston s’est assagi comme chacun d’entre nous. Non
pas que nous soyons tous bouddhistes désormais…
- Craddock, lui, affiche plus de rugosité. Il ne
dissimule pas ses défauts.
- Inutile avec un télépathe du niveau du commandant
Wu. Symphorien, voyez-vous, peut céder à la violence verbale ou même physique.
Il reste porté sur l’alcool même s’il se domine la plupart du temps. Quant à
ses colères, elles sont terribles. Mais son intégrité, son courage sont
exemplaires.
- Benjamin, à Shangri-La, j’ai retrouvé une bonne
partie de l’équipage du Langevin et du
Sakharov. Certains de ses citoyens vivaient même jadis dans des
époques reculées. Uruhu aussi a trouvé un foyer dans la cité. Son épouse est
une jolie K’Toue répondant au nom de Nouria.
- Vous avez raison. Daniel Lin a recueilli la jeune
néandertalienne il y a peu. Il ne voulait pas que son ami souffrît de solitude.
L’adaptation de la rescapée du paléolithique moyen n’a posé aucun problème.
- Je m’en réjouis. Le commandant Wu affectionne
particulièrement ce rôle de bon Samaritain.
- A vrai dire, il y excelle. Nouria va prochainement
accoucher de jumeaux. Denis est fier de ce tour de force.
- Par contre, André Fermat, que j’ai entrevu hier, est
toujours aussi froid et difficile d’approche.
- Il se… protège, dirai-je.
- Je ne sais pas pourquoi mais Denis s’inquiète à son
sujet. Il a usé du terme incarné.
- Stop, capitaine! Je vous arrête! Aujourd’hui, le
vice amiral Fermat est pleinement humain, cela doit vous suffire.
- Vice amiral. Dans mon univers, il était ambassadeur.
- Dans le mien, il appartenait au service secret
français et se trouvait à la tête d’une section spéciale, la 51. Il avait pour
charge de traquer les espions adverses, les Britanniques, Russes et Chinois.
C’est lui qui a abattu Irina Maïakovska ou plutôt ce qu’il restait de la Russe.
- Vous ne craignez pas d’aborder le sujet, Benjamin.
- Pourquoi hésiterais-je à évoquer la mort de
l’espionne? Un chat est un chat! Daniel Lin s’est remis depuis longtemps de cet
amour impossible. Gwenaëlle lui a permis de trouver son centre.
- Ah! Auparavant, il me semble que cette tâche était dévolue
à Antor.
- Hum…
- Vous avez envie de rire, Benjamin.
- Lorenza, vous ne pouvez comprendre l’humour
involontaire de vos paroles.
- Je vous en prie, expliquez-vous.
- Demandez à Daniel Lin. Cela le concerne après tout.
Mais vous verrez que sa réaction sera identique à la mienne.
- Je ne manquerai pas d’interroger le Prodige de la
Galaxie sur ce mystère-ci. Cela va m’en faire des questions. Mais Georges Wu,
le frère autiste? Qu’est-il advenu de lui? Dans les limbes?
- En quelque sorte. Son cas s’apparente à celui
d’Antor en fait.
- Tout cela tourne à la farce on dirait. Mais moi, je
n’ai pas envie de rire du tout. Isaac, mon garçon, mon fils bien-aimé n’a pas
réapparu lui.
- Mathieu Wu non plus, Lorenza. Marie, ici, se
prénomme Maria et ne ressemble en rien à la petite Eurasienne que vous avez
connue.
- Oh! Je m’en suis vite rendue compte!
- Capitaine di Fabbrini, le commandant Wu a été vous
chercher dans l’Outre-Lieu. Dans les Infra-ténèbres.
- Effectivement, Daniel Lin a usé des mêmes expressions.
Que signifient-elles?
- Le Superviseur avait la liberté de sélectionner
encore un humain. Il vous a choisie. Il a donc abandonné Mathieu que, pourtant,
il chérissait, qui était le fils idéal et idéalisé dans le Non Créé, le Non
Forgé. Mesurez le sacrifice. Parce qu’il a jugé que vous seriez nécessaire à la
cité mais pas Mathieu.
- Le commandant Wu aurait aussi pu opter pour Isaac
notre enfant, notre fils!
- Non, Lorenza, le fils de Benjamin Sitruk de la
chronoligne 1721, pas le mien! Pas celui de la piste 1730. Moi aussi j’ai
souffert dû supporter la perte de mes jumeaux qui se prénommaient justement
Mathieu et Isaac. Ces innocents ont payé le prix de ma haine et de ma fureur
guerrière. Dans mon univers, j’avais épousé Irina.
- Je l’ignorais, Benjamin.
- Mais il s’agit désormais d’un passé révolu. Nadine,
ma femme, m’a donné trois enfants, William, Harry et Edith. J’ai adopté True,
issue d’une union précédente de mon actuelle épouse. Aujourd’hui, j’ai une
autre vie, d’autres bonheurs plus réels, ô combien, que ceux d’autrefois,
engendrés pour les besoins de l’Expérience.
- Expérience? Simulation donc?
- Hum… disons des anticipations calculées.
- Attendez un peu… êtes-vous en train de me faire
comprendre que ce que j’ai vécu, connu, ressenti avant mon arrivée dans
l’Agartha n’était pas… réel?
- Réel? Que signifie ce mot? Vous pensiez et vous
pensez encore. Vous parliez, vous sentiez, vous mémorisiez, vous le faites ici
présentement.
- Anticipations calculées. Dans quel but? Pour prévoir
quoi? Entraîner qui?
- Ces mises en situation bien plus abouties que tout
ce que vous pouvez imaginer n’avaient pour seul objectif que de tester un être
d’exception afin qu’émerge le pur joyau de l’Entité ultime.
- Une simulation sans cesse recommencée, avec des scénarios
différents à chaque fois… au profit de Daniel Lin Wu… j’ai bien compris
Benjamin?
- Oui, Lorenza, tout à fait. Daniel Lin, un diamant
pur en cet instant, sans tache ni défaut, débarrassé de ses scories, capable de
se sublimer, de se transcender, éprouvant désormais un Amour véritable, une
Compassion sincère pour tout ce qui existe, existera ou a existé. Il donne tout
et ne réclame rien en retour.
- Vous parlez du commandant Wu comme s’il était un
dieu. Non… Dieu! Vous vous êtes converti à sa religion…
- Vous vous trompez, Lorenza Je reste fidèle à la
religion de mes pères. Je respecte le shabbat et mange les herbes amères. Je
prie à la synagogue tous les samedis et je crois en la venue du Messie. Il
sauvera tous les hommes justes et pas seulement les quinze mille résidents de
la Cité. Il restaurera la grandeur d’Israël, punira les Méchants et ouvrira les
portes du ciel au peuple élu.

- Vous récitez là une leçon apprise depuis l’enfance.
Vos paroles ne vibrent plus de cette conviction qu’il y avait tantôt.
- Le commandant Wu n’est pas Dieu. Il se contente
d’apprendre, de progresser et d’aimer.
- J’ignore encore et toujours sa véritable nature! Ni
homme ni dieu… Ange peut-être? C’est là un terme restrictif. Chaque fois que
j’en ai eu l’occasion je l’ai observé. Je l’ai trouvé si pâle. Bien plus que
dans mes souvenirs. Trafiqués ou pas. Or, ses yeux bleu gris, ses cheveux
auburn un peu longs sont restés inchangés.
- Il est vrai que Daniel Lin présente souvent une
lividité maladive qui peut inquiéter au premier abord. Savez-vous pourquoi
capitaine?
- Je l’ai touché. Sa matérialité n’est pas un leurre.
Il respire comme vous et moi, il mange et dort aussi je suppose.
- Manger, oui, certes, j’ai déjà partagé des repas
avec lui, mais dormir, pas tout à fait. Il ne peut se le permettre car il doit
maintenir l’intégrité de la bulle entourant l’Agartha. Voilà la raison de sa
pâleur extrême. Or, cette tâche constante l’use d’autant plus qu’il s’est voulu
pleinement incarné. En fait, son Essence est emprisonnée dans un corps humain.
- User? Que mettez-vous derrière ce verbe?
- Son sens se rapproche un peu de ce que vit Daniel
Lin. Mais heureusement qu’il se ressource régulièrement.
- C’est-à-dire?
- Euh… Il a Gwenaëlle. Elle le régénère d’après ce que
j’ai compris. Il lui arrive également de se rendre en escapade à l’extérieur,
dans les différentes lignes temporelles. Parfois, les Siens acceptent sa
présence.
- Les Siens? Pas des Supra-Humains, je suppose… dans
une autre chronoligne, lors d’une expédition mouvementée dans l’un des passés
de la Terre, toujours d’après les archives, Daniel Lin, Irina, Violetta,
Geoffroy d’Evreux, Ivan et Pacal Despalions sans oublier André Fermat bien sûr,
avaient croisé la route d’un certain sire chevalier Philippe.
- Je le répète, adressez-vous au commandant Wu.
- D’après les différents témoignages et récits, ledit
chevalier aurait en fait été un être céleste. Ainsi, tout est donc possible au
sein du Pantransmultivers…
- Certes, mais sous la houlette du Grand Ordonnateur, du Chef d’orchestre par excellence. Je vous
rappelle cependant que toutes vos aventures, tous vos souvenirs sont issus
d’une Expérience.
- A ce propos justement. Gwenaëlle est-elle née aussi
d’une anticipation calculée?
- Ce que je sais c’est que Gwenaëlle aide et soutient
le Superviseur en tant que compagne. C’est là sa destinée.
- Oui, Benjamin, vous ne pouvez en révéler plus. Merci
pour vos efforts méritoires face à la curiosité toute médicale de Lorenza.
Cette voix appartenait incontestablement à Daniel Lin.
Au son de celle-ci, les deux humains sursautèrent et se retournèrent avec un
bel ensemble. Le jeune Ying Lung se tenait debout devant eux, un sourire
désinvolte dessiné sur ses lèvres pâles.
- Ah! Je ne vous ai pas entendu entrer! Souffla le Britannique.
- Moi non plus, renchérit Lorenza avec un soupçon de
reproche. Avez-vous frappé?
- Certes oui! Mais tous deux vous étiez tellement
absorbés par votre conversation… pardon si je dérange…
- Depuis l’autre jour, vous semblez remis, remarqua la
doctoresse.
- Oh! Je récupère vite. Heureusement.
- Vous voulez quelque chose, je suppose. Le Conseil
réclame-t-il ma présence?
- Non Sitruk. C’est moi qui ai besoin de parler
maintenant à Lorenza. Je vous ai troublée mon amie, je le sens bien, et je m’en
excuse.
- Comment cela?
- J’ai occulté votre mémoire. Il le fallait. Un peu…
juste un peu… mais j’ai oublié cette fameuse carafe d’eau.
- Je croyais que mon entendement était en train de
lâcher.
- En fait, après le retour du vice amiral à l’infirmerie,
détail que je vous ai aussi dissimulé, je l’ai suivi. J’avais la gorge sèche et
j’ai bu un peu d’eau. Comme je désirais également que vous oubliassiez mes
paroles et les dernières prononcées par Denis, j’ai effacé ma présence…
- Je saisis. Épuisé par je ne sais quelle épreuve…
- J’ai commis une étourderie. Pardonnez-moi pour ma
légèreté.
- J’en déduis que cette épreuve devait être assez
ardue et conséquente, Daniel Lin.
- Plutôt.
- Je suppose que les détails ne me regardent en rien.
- Exactement… non pas que je ne veuille rien vous dire
mais ce qui s’est passé Outre-Nulle-Part n’est pas à la portée de votre
compréhension… oh! Bon sang! Parfois, je deviens confus et maladroit,
Lorenza…
- Si
vous m’avouiez simplement ce que je suis autorisée à connaître, Daniel Lin?
- Je me
retire, murmura Benjamin gêné.
- Non,
restez, mon ami.
-
Reprenons depuis - oh! - le début, fit Lorenza. Votre véritable nature
m’intrigue,
Daniel Lin.
- Cela
ne m’étonne pas.
- Si
vous n’êtes ni un dieu ni un homme, ni un ange ni un démon, ni un daryl
androïde
ni un Homunculus, que vous reste-t-il?
-
Ceci: un Riu Shu, un Ying Lung, un treillis de lumière, un élément pensant et
autonome du réseau constituant le Pantransmultivers, un toron énergétique
pensant, conscient, en perpétuel devenir, en perpétuelle palpitation, en
création continuelle, du moins, à l’origine. Satisfaite?
-
Que dire? J’en reste pantoise. Prouvez-moi ce que vous avancez. Et n’usez pas
d’hypnose.
-
Lorenza, je vous jure que je ne manipule pas votre esprit en cet instant. Je
comprends votre méfiance après tout ce que vous avez subi de ma part. Présentement,
que voyez-vous par-devers moi?
-
Je scrute vos yeux devenus immenses et profonds. Derrière vos pupilles,
apparaît un maillage brillant, d’une finesse inouïe. Et… Oh! Mon Dieu!
-
N’ayez pas peur. Il ne s’agit que de la réalité du Pantransmultivers que vous
devinez.
Succombant
à la beauté indescriptible de sa découverte, Lorenza di Fabbrini tomba à
genoux, laissant couler des larmes d’émerveillement. Désormais, elle savait car
elle avait entrevue, côtoyée la pure magnificence, l’infinité et la grandeur,
le feu et l’amour. Émue, la jeune femme articula lentement:
-
Daniel Lin, merci pour cette marque de confiance. Pour cette communion.
Essuyant
ses larmes, la semi-métamorphe osa alors toucher le jeune Ying Lung. La main de
Daniel Lin lui parut tout à fait normale, à peine plus tiède que la sienne.
Le
commandant Wu aida ensuite la jeune femme à se relever. Puis, toujours aussi
apparemment désinvolte, il lui demanda:
-
Lorenza, j’ai besoin que vous me rendiez service. Rien qui ne soit dans vos
cordes.
-
Si je puis me rendre utile, volontiers.
-
O’Rourke prend des vacances. Elles dureront deux ans si j’anticipe bien.
Remplacez-le.
-
Avec joie. Des vacances? Seul?
-
Pour qui me prenez-vous? Un père fouettard? Kilius l’accompagnera à Venise en
1900, sur le Terre 1720. J’ai finalement accepté leur demande à tous deux. Il y
a longtemps que l’irlandais rêvait de ce séjour dans l’un des mondes extérieurs.
Il compte y étudier la tuberculose, le choléra, la grippe et bien d’autres
maladies ignorées par les résidents de l’Agartha.
-
Ah! Denis ne s’ennuiera pas! Émit Benjamin en se retenant de rire.
-
Êtes-vous remise par la Révélation, Lorenza? S’enquit l’ex-daryl androïde. Un
autre détail vous tracasse. Oh! Là, vous m’embarrassez.
-
Excusez-moi. Vous lisez dans mes pensées…
-
Je ne puis m’empêcher bien que je fasse tout pour rester à la périphérie de
celles-ci. Oui, Gwenaëlle est bien enceinte par mon œuvre et non par le
Saint-Esprit ou supposé tel. Je suis pleinement incarné. Si je ne l’épouse pas
officiellement, hé bien, comment l’exprimer? C’est parce que je suis uni à elle
pour l’éternité… je ne puis me passer d’elle et elle de moi…
-
Mais une cérémonie…
-
Un protocole fort humain… bah! Enfin… Vous le souhaitez, Lorenza. Vous savez,
vous êtes traditionaliste dans l’âme, ma chère. Qu’est-ce que cela me coûte de
me plier à ce rite, après tout? Qui vais-je pouvoir choisir comme témoins? Pour
un élu, combien de déçus? Craddock? Tellier? Gaston? Albriss? Vous Benjamin?
-
Je comprends pourquoi vous avez remis cette formalité.
-
Quel embarras aussi du côté des filles d’honneur de la mariée! Mais je pense
avoir résolu le problème. Il n’y aura pas une cérémonie mais vingt-et-une! Dans
un mois. Personne ne restera sur la touche.
-
Pourquoi un tel délai?
-
Anaëlle sera née…
-
Daniel Lin, surtout, ne vous sentez pas obligé…
-
J’avoue que je vous attendais pour régulariser, mon amie.
-
Je suis confuse…
-
Oubliez votre gêne. Tenez, je vous invite dès ce soir à un souper musical. Chez
moi, dans mon salon. Aure-Elise s’y produit en petit comité. Elle y
interprètera au piano le concerto pour la main gauche de Maurice Ravel
ainsi que trois Gymnopédies d’Erik Satie.

-
Aure-Elise? Vous voulez plaisanter!
-
Elle joue d’une manière fort acceptable, je vous l’assure. Or, je n’interviens
d’aucune sorte dans son talent.
-
Je vous crois. Vous n’avez pas à vous justifier, Daniel Lin. Mais vous?
-
Moi? Oh! La la! Je n’ai guère eu le temps de m’exercer ces derniers jours. Or,
comme je ne tiens pas à tricher, je n’exécuterai - dans le bons sens du terme -
que quelques pièces de Scarlatti et de Beethoven… rien de transcendant.
Alors,
Daniel Lin ne retint plus sa gaieté. Joyeux, il se mit à rire en toute
sincérité, satisfait d’avoir retrouvé une amie chère à son souvenir.
Contaminée, Lorenza l’imita bientôt suivie aussitôt par Benjamin. Lorsque tous
trois recouvrèrent leur sérieux, Dan El lâcha, mine de rien:
-
Gana-El sera parmi nous. Il va mieux.
-
Gana-El? S’enquit innocemment la métamorphe.
-
Mon véritable père, André Fermat.
Tandis
que la jeune femme levait un sourcil étonné, Benjamin retint ses réflexions.
Sous les yeux moqueurs du Ying Lung, il faillit piquer un fard.
-
Vous savez, Benjamin, Gana-El n’est pas aussi coincé qu’il en a l’air, répondit
Dan El à haute voix. Il vous surprendra.
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