vendredi 18 mai 2012

Le Nouvel Envol de l'Aigle 2e partie : De l'origine des Napoléonides chapitre 11 2e partie

Encore davantage sur ses gardes si possible, le Breton progressa dans les sombres lacis de lÎle de la Cité avec un but: regagner la rive gauche de la Seine. Il lui fallait rejoindre dans les plus brefs délais le Quartier latin où il avait loué une soupente assez sordide. La vieille qui lui avait octroyé ce taudis nétait pas trop regardante quant à la provenance de ses locataires.
Point si sot, le jeune homme évitait de circuler en uniforme de la Royal Navy. Et, comme il avait passé les huit premières années de son enfance en France, il navait aucun accent étranger lorsquil sexprimait dans la langue de Voltaire et de Montesquieu. Pendant longtemps, Kermor père avait joué un double jeu auprès de lEmpereur,travaillant en fait en sous-main pour le Hanovre.
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Notre Alban franchit sans histoire le Pont Neuf. Il lui tardait de gagner un lieu mieux éclairé.Dun pas qui se voulait feutré et discret, il se retrouva à quelques toises du Panthéon. Malgré lui, il leva les yeux et soupira:
- Cest ici que devrait reposer ce malheureux souverain qui fit trop confiance au renard corse. Mais à quoi bon se lamenter sur le passé?
Fortement ému, le jeune comte ne put sempêcher de frôler discrètement une pierre qui représentait à ses yeux la chose la plus sacrée au monde. Cétait là, à cet endroit précis,que son père était tombé dans une embuscade sept années auparavant. Les sbires de Fouché lavaient éliminé. Malgré sa volonté de rester impassible, ses yeux shumidifièrent.
Kermor allait reprendre son chemin lorsquil fut rejoint par une patrouille de la brigade de nuit. Lévocation dun douloureux passé lui avait fait perdre son temps et risquait de lui être fatale.
- Halte! Qui vive? Sécria le plus grand des hommes qui se trouvait en tête de la troupe.
Il sagissait dun gaillard imposant et moustachu qui portait une capote couleur muraille sur laquelle sentrecroisaient des buffleteries chamois. Coiffé dun bicorne, ce dernier était à demi camouflé par une housserie noire.
Un peu en retrait,le reste de la troupe était armé de sabres, de colts à double canon et de grenades. Cela était la preuve que le régime nétait plus aussi populaire que jadis.
Par instant, une lanterne équipée et levée à bout de bras révélait quelques éclats dacier ou quelques ornements et galons duniformes. Ces lanternes bien pratiques fonctionnaient à laide de piles Volta et de mini bobines dynamos à manivelle; à lintérieur, était renfermée une lampe à arc miniature, ainsi protégée des intempéries. Ici, dans ce monde repensé par Johann, la technologie progressait à grands pas. Nous avions là un compromis entre la lampe de poche et la lampe de mineur système Ruhmkorff de lépoque de Jules Verne.
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- Ah! Mais jai là un tout jeune oison! Sexclama le sergent avec laccent du Berry.
Pour renseignements, notre légitimiste, blond aux yeux bleus, avait conservé la rondeur de lenfance sur ses joues. À quinze ans, il navait pas encore besoin de se raser. De loin, seule sa haute taille relative, un mètre soixante-quinze,pouvait faire croire quil était adulte.
- Votre passeport,jeune homme, ordonna le sous-officier dune voix ferme.
Alban rageait intérieurement.Mais il choisit de ne pas résister. Il tendit donc au sergent une lettre estampillée par la préfecture de police. Ce pli donnait son signalement détaillé.Tout était en règle, la description, le tampon, les signatures, la fausse identité.
- Jacques Rigaud,natif de Chartres.
Toutefois, il ne manquait quun léger détail, exigé depuis trois mois à peine pour quAlban sen tirât sans heurt, le fameux niepçotype.
- Tiens donc! À Chartes, on ne suit pas les ordres de Fouché et de Savary? Monsieur Rigaud, vos papiers ne sont pas en règle. Vous devez nous suivre jusquau commissariat de larrondissement.
Tandis quil disait cela, le sergent adressait un clin dœil à ses hommes. Peut-être savait-il à qui il avait affaire précisément.
À deux cents mètres de la scène, un ombre dissimulée contre une encoignure de porte, ne ratait rien de ce qui se passait.
Malgré tout son sang-froid, aux paroles du chef de patrouille, le comte de Kermor pâlit. Il savait pertinemment quune fois arrivé au commissariat, il serait minutieusement fouillé. Or, il ne fallait pas que le courrier dont il était porteur atterrît sur le bureau du redoutable Fouché.
Bouillant de rage de ne pas avoir dépée, le jeune Alban se rassura néanmoins en se rappelant quil possédait un colt et une dague. Alors, sa décision prise, il fit mine dobtempérer. Cependant, il arma subrepticement son arme de poing, tendit son poignard et, sans remord aucun, en enfonça la lame aiguisée dans le flanc du sergent.
Surpris, celui-ci grogna:
- Le bougre! Il ma tué!
Puis, le gaillard sabattit comme une masse sur les pavés noirâtres. En chutant, son corps émit un ouf. Les autres membres de la brigade réagirent aussitôt à lagression de leur chef. Ils chargèrent, prêts à faire un sort à laudacieux mais larme de poing du jeune légitimiste cracha ses projectiles mortels en direction des assaillants avec une rapidité époustouflante. Décidément, Alban était plein de ressources et très entraîné.
Toutes les balles atteignirent leur cible mais il restait encore quatre hommes à abattre qui, àleur tour, firent gronder leurs colts.
Si ladolescent avait pu récupérer sa dague, il navait toutefois pas eu le temps de recharger son arme àfeu.
Tout courageux quil fût, il prit néanmoins la fuite. Il nétait pas suicidaire.
Une poursuite échevelée sengagea aussitôt. Tandis quela course saccélérait, lun des rescapés, muni dun sifflet, appela des renforts. Bientôt, le comte de Kermor eut à ses trousses une vingtaine de policiers déterminés.
Les minutes deliberté du comploteur étaient désormais comptées.
Alors quil courait à perdre haleine, Alban pensait:
« Décidément, Dame Fortune mabandonne ».
Cependant, comme Kermor ne renonçait jamais et voulait vivre à tout prix, il accéléra ses enjambées.Tout à lidée déchapper à la horde furieuse, il ne prit pas garde à la silhouette qui sétait détachée de la pénombre. Ce fut pourquoi il se jeta littéralement dans les bras dun grand individu sec, à lallure quelque peu militaire, un soldat dâge moyen, blanchi sous le harnais, au visage aussi inexpressif que la face impavide dune statue.
- Holà, jeune homme, du calme. Pas daffolement. Reprenez votre souffle. Désormais, vous êtes tiré daffaire.
Tandis que Fermat terminait sa phrase, un rayon verdâtre entourait les deux hommes. Malgré lui, devant la mine effarée de Kermor, le vice amiral esquissa un sourire. Alban, dépassé par les événements, ne comprit pas où il se trouvait, ce qui venait de se passer.
- Quest-ce à dire ? Quelle est cette sorcellerie ? Marmonna le jeune homme.
Une voix bourrue, rocailleuse, mâtinée daccent écossais, lui répondit:
- Je vous souhaite la bienvenue à bord de mon vaisseau, monsieur de Kermor.
- Vous connaissez mon nom? Comment cela est-il possible? Je ne vous ai jamais vu.
- Bien évidemment.Moi, je me nomme Symphorien Nestorius Craddock, pour vous servir.
Avec une grâce outrancière, le Cachalot du Système Sol, surjouant comme un bateleur sur lestrade, sinclina.

***************

Quarante-huit heures plus tard, après la rencontre mouvementée entre Alban de Kermor, André Fermat et linénarrable capitaine du Vaillant, le Piscator, Germain la Chimène, Jules Souris et toute la bande de Tellier prenaient un en-cas roboratif chez le célèbre Katcomb, le fameux fricot de la pègred e la Rue Neuve des Petits Champs.
Pour vingt sous, soit un franc, les estomacs les plus blindés et les palais peu raffinés pouvaient se régaler de tranches de bœuf ou de mouton, de salmigondis de rognons de veau, de lapin et de rat, de soupe à loseille ou au cresson, de tord-boyaux, deau de vie de coloquinte et de bien dautres gâteries encore.
Pour distraire ces messieurs, deux chanteuses, fort jeunes et fort dépoitraillées, goualaient des airs à la mode. Lun des refrains clamait:
- Napo a conquis toute lEurope;
Napo a conquis toutes les femmes;
Mais il a perdu sa flamme
Devant cette salope,
La pisse chaude! (bis)
Lune des goualeuses était rousse et aguichait en vain le beau Germain.
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Lautre, la brune, lorgnait Jules Souris. Un clin dœil en retour luif it comprendre que laffaire serait réglée le soir même. Paracelse le tombeur de la bande, était toujours partant pour ce genre de virée. Les récréations quil saccordait lui permettaient ensuite de consacrer son inventivité et son génie à la mise au point dengins plus fabuleux les uns que les autres. Ladage « une femme dans chaque port » sappliquait parfaitement à cet individu à lallure louche, au cheveu gominé et à la barbe soigneusement entretenue. Seul son regard perçant dénonçait quil était bien plus quun maquereau.
Tandis que le Piscator mangeait avec les doigts ce que le patron avait pompeusement baptisé platée danguilles au jus de la Seine,Germain bâfrait et rongeait sans façon la carcasse dun demi bœuf. Face à lui, Marteau-pilon et Bonnet Rouge se partageaient une fricassée de lapin qui baignait dans une sauce pourpre au parfum puissant. Pour un naïf, un cave, cette fricassée avait été assaisonnée avec des champignons. Tellier se contentait de la classique tête de veau piquetée dail. Ce repas simple lui rappelait une adolescence plus quagitée. Toutefois,la nostalgie ne lempêchait pas de faire le point avec ses fidèles et de rassembler quelques informations très précieuses.
Beauséjour, qui venait de recevoir une mission importante, se pavanait comme un coq.
- Ainsi donc, je dois écumer tous les restaurants russes afin de remonter la piste de cette grande sauterelle dIrina Maïakovska et du baron Paul Danikine? Cela me va tout à fait!
Tellier sourit:
- Il ne pouvait en être autrement. Je connais votre appétit. Je vous ai choisi pour cela. Toutefois, je me permets de vous rappeler quil faut vous montrer prudent. Certes, ni Danikine ni Irina ne vous ont rencontré, maisGaleazzo est capable de vous identifier sous nimporte quelle pelure. Il en va de votre faute Saturnin. Votre ventre trop proéminent est votre signe distinctif. Donc, si vous men croyez, dès que vous apercevez le Lombard, illico presto, prenez la tangente.
Beauséjour ne savait plus sil devait afficher son dépit ou faire comme si de rien nétait devant le ton ironique de lArtiste. Finalement, il opta pour la dernière solution.
- Jai compris lavertissement, mon ami. Vous pouvez compter sur moi. Totalement. Bonnet Rouge et le Piscator simpatientaient. Manifestement, ils ne voulaient pas rester sur le carreau.
- Et nous, maître,quelle tâche nous avez-vous réservée?
- Vous allez vous rendre dans les bureaux de placement pour y être embauchés comme cochers,palefreniers ou chauffeurs; vous savez conduire un cabgaz?
- Sans difficulté,rétorqua Bonnet Rouge qui, avant dêtre condamné àvingt ans de bagne pour meurtre avait conduit un tilbury et avait fréquenté labonne bourgeoisie.
- Toi,Marteau-pilon, tâche dentrer dans lacompagnie des vidangeurs. Ainsi, à vous trois, il vous sera plus facile deremarquer sil ny a pas des étrangers exotiques qui sillonnent Parisjour et nuit.
Pieds Légers sétonna.
- Maître,expliquez.
- Galeazzo diFabbrini affectionne particulièrement les domestiques indigènes. Des Tatars,des Indiens, des Lapons, des Aborigènes… que sais-je encore? Il lui arrive mêmedapprécier certains serviteurspeu gâtés par la nature. Je pense à des nains ou à des colosses, à des géantsou bien à des hommes poissons ou alligators, à des velus… il transmettra ce goûtà son dernier élève, cela ne fait pas un pli. Je tire ce dernier renseignementde Daniel Lin qui sest heurté à lépigone par le passé.
Doigts de fée quiavait grignoté ou plutôt chipoté sa nourriture, lança:
- Quel est mon rôleexactement? Je ne puis me satisfaire de rester simplement au service de madamela comtesse de Frontignac.
- Jai tout prévu. Entre comme lavandière dans lablanchisserie de la rue des Blancs Manteaux.
- Ah! Je nen vois pas lutilité.
- Mais là-bas, tuvas laver le linge de ces messieurs de la police secrète! La bande à Vidocq. Enprime, arrange-toi pour donner un câlin par-ci par-là aux plus attirants. Etsoutire-leur des informations. Un maximum. Et si, en sus, tu parviens àalpaguer François Vidocq en personne, bravo, ma belle! Ta fortune est faite.
- Dans ce cas, jaccepte.
Pieds Légers etParacelse firent enfin le lien.
- Non seulement, ilnous faut contrer ce maudit comte piémontais ou lombard, mais en plus, nousdevons protéger Alban de Kermor. Peut-être même ce baudet de Charles X dArtois.
- En gros, cest cela, Jules. Si je me souviens bien, tu naimes pas le Breton…
- Il y a de quoi, maître. Lorsque vous lecombattiez, je lui dois un séjour à Rochefort.
- Celui-ci ne ta encore rien fait.
- Au fait, commentse comporte notre oison à bord du Vaillant de Craddock?
À cette question,Frédéric afficha une certaine lassitude, ce qui lui était inhabituel.
- Comme moi, tu leconnais collet monté et têtu. Hé bien, dans ses jeunes années, Kermor étaitencore plus imbu de son bon droit et de sa mission. Cela na pas été facile de le convaincre que nous agissionspour son bien. Il sest tout dabord étonné de notre connaissance concernant sapersonne et ses faits et gestes. Mais comme Craddock et Fermat venaient justede lui sauver la vie, il sest amadoué, arenoncé ensuite à livrer je ne sais quel message à Berry et, enfin, a reconnunous devoir un service. Cependant, notre doux jeune homme simpatiente. Il ne lui vient même pas à lidée que sil conservait ainsiles coudées franches, cétait parce que lalonge tenue par Fouché et consorts était dune bonne longueur!
Jules Souris fronçases sourcils épais tout en tirant les poils de sa barbe.
- Ne sommes-nouspas en train de changer, premièrement le destin de Kermor deuxièmement debouleverser le cours de lHistoire?
- Ah! Ça! Assurément.Mais, selon Daniel Lin, ces modifications restent dans les paramètresacceptables. Alban de Kermor celui qui nous a mis tant de bâtons dans lesroues, est encore vivant dans notre 1868 ainsi que dans celui que nous nommonsle modèle source; quant au comte di Fabbrini, si dans ce temps-ci, il na aucun lien de parenté avec le Breton, au contraire,dans la temporalité originale, il est son demi-frère utérin. Dans le premiercas, une sombre mais ordinaire affaire de captation dhéritage survenue après la trahison du père Kermorvis-à-vis de lEmpereur Napoléon, dans ladeuxième configuration une tragédie grecque digne dEuripide et de Sophocle modernisée par Racine!

***************

Après la mort ducomte de Provence en 1821, son testament fut rendu public. Sans surprise, il déshéritaitson frère cadet, le comte dArtois ettransmettait ses droits à la couronne de France non à laîné de ses neveux, le duc dAngoulême, mais bel et bien au tonitruant duc deBerry.
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Pourquoi lesouverain putatif avait-il agi ainsi? Primo, il connaissait la sottise et larancœur de Charles. Il estimait, à juste titre apparemment, son frère tout àfait incapable de recouvrer le trône de France. Secundo, il naccordait aucune confiance à Angoulême.
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Laîné de ses neveux impuissant, se trouvait sansdescendance et nen aurait jamais. Or, ce nétait pas le cas du tumultueux et flamboyant filscadet du comte dArtois.
Laissant passerquelques jours, Charles cassa le testament du défunt et se proclama urbi etorbi roi de France. George IV lappuya sans réserve.Comme lot de consolation, Angoulême reçut le titre de Dauphin. Cela ne coûtaitrien au monarque in partibus. Échaudé et rancunier, vouant une haine rentrée àson puîné, le fils aîné dArtois sengagea alors dans une correspondance secrète avec leduc de Bénévent, autrement dit Talleyrand. Fort intelligent et fort habile, leministre de Napoléon le Grand parvint à convaincre le Bourbon de se rendre enFrance incognito afin de parachever les négociations secrètes entamées épistolairement.
Angoulême se hâtade tomber dans le piège tendu par le rusé ministre.
Se faisant passerpour un lord écossais, roulant carrosse sur la route de Rouen, le Bourbon ne réchappaque de justesse à la mort. Tandis que le cortège protégé par un demi corps de régimentdont les soldats étaient vêtus de blanc et de saumon et chaussés de bottes àvapeur, armés de mitrailleuses à chargeur camembert, progressait à un trotrapide, soudain, une explosion vint renverser les chevaux descorte, ceux de léquipage ainsi queceux qui tiraient le carrosse dans lequel Angoulême somnolait.
Cependant, malgréla puissance de la bombe, le prince ne fut que légèrement « sonné ».
Un pareil miraclefut expliqué plus tard par le soubassement de son véhicule, blindé et renforcépar des plaques daluminium. Était-cele hasard ou la chance qui avait sauvé ainsi Angoulême? En fait, un bienheureuxconcours de circonstance avait eu lieu au grand dam de Talleyrand. Jugez unpeu. Imbu de lui-même, de son rang et de la légitimité quil incarnait, Angoulême avait exigé de rouler dans unvéhicule digne de sa personne royale. Les aides du prince de Bénévent
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avaientdonc cru bon de satisfaire les revendications orgueilleuses du Bourbon enmettant à sa disposition un des carrosses spéciaux dont Napoléon en personneusait pour ses déplacements officiels. La voiture avait été simplement repeintepour dissimuler les armoiries du Bonaparte.
Talleyrand aurait dûprévoir la chose. Toutefois, il saurait se souvenir de ce coup manqué.
Lorsque la nouvellese répandit, il se passa trois événements importants. Angoulême, discréditéauprès du Hanovre et de son père, dut se contenter de devenir le prisonnier deNapoléon le Grand. Enfermé au fort Saint Jean à Marseille, il ne fit pas devieux os. Charles Maurice de Talleyrand-Périgord connut, quant à lui, une disgrâcedune année. Exilé en Italie, ileut tout le loisir de renforcer ses liens avec sa nièce la délicieuse et tendreDorothée, experte en jeux de lamour. Berry,enfin, hérita une fois pour toutes du titre envié et vain de Dauphin de France.Son épouse Marie-Caroline de Naples,
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fort ravie, se fit encore plus mutine etplus excitante. Neuf mois après cet incident, la princesse donnait le jour à ungros garçon bien conformé, le duc de Bordeaux.
Comme nous pouvonsle constater, par rapport aux événements de la chronoligne 1721, tout étaitemberlificoté. Une véritable macédoine royale. Dans ce temps manipulé, Johannet son compère Galeazzo faisaient ce quils voulaient, samusant à enrouler les ficelles des faits, décidantqui devait vivre, prospérer, péricliter ou mourir.

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Cependant, en 1825,Galeazzo avançait ses pions sur le vaste échiquier du monde. Rue aux Fers, dansun petit restaurant sympathique, le célébrissime Paul Niquet, le lieu le plus réputéde la pègre,
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un Corse en exil avalait le plat typique de la maison qui avaitcuit dans une marmite en cuivre au fond bien culotté. Le vaste récipientcontenait pêle-mêle du poulet avec des choux de Bruxelles, du lieu, despiments, des tranches de gâteau au citron, des petits pois, du fromage de tête,de la sauce au vin, des oignons, de lail, du persil, descoings, du miel, des anchois au sel et ainsi de suite. Tout cela formait unsacré fricot baptisé arlequin. Or, chaque jour, la recette de cet arlequinchangeait selon larrivage. Desdomestiques venaient en effet fourguer au patron restaurateur les restes denourriture non consommés de leurs maîtres appartenant à la moyenne bourgeoisie.Ils arrondissaient ainsi leurs émoluments plutôt chiches.
Fieschi avait payédix sous ce plantureux repas quil faisaitdescendre dans son gosier avec une eau-de-vie bonne à vous décaper les boyaux.
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Mais ce soir-là, leCorse en exil navait pas le cœur à se régaler.Mélancolique, il soupirait. À linverse de laplupart de ses compatriotes, il nétait pasbonapartiste. Au plus profond de lui-même, inexplicablement, il ressentait unmal-être, la nostalgie dune république quil navait pourtantpoint connue. Autrefois, dans ses jeunes années, il avait été lié avec Babeuf.Ce dernier avait lu dun peu trop près lhistoire des Gracques. Or, dans la piste temporellequi nous est familière, ledit Babeuf avait combattu et était mort pour une Républiquedes Égaux. arrêté sous le Directoire, il avait été condamné à mort et guillotiné.Quant à Fieschi, pur bonapartiste, il attenterait à la vie de Louis-Philippe.
Mais reprenons lecours de notre récit.
Notre Latin étaitfasciné par les Carbonari italiens qui, ici, étaient pratiquement les seuls àlutter contre la dynastie qui senracinait enFrance, la dynastie des Napoléonides. Or, le comte di Fabbrini connaissait toutce qui concernait ce comploteur né.
Ce soir-là, uninconnu de bonne taille vint sasseoir aux côtésde Fieschi. Lhomme avait des yeux bleu nuitextraordinaires. Il sadressa à notrenostalgique en langue corse, telle quon la pratiquait ducôté de Bastia. Sur ses gardes, Giuseppe nen écouta pas moinsles propos si tentateurs.
- … inutile de vousle dissimuler davantage, mon cher Fieschi, faisait Galeazzo, je ne suis pointun admirateur zélé de notre usurpateur. Lorsque ce dernier sest proclamé Empereur, jai juré sa perte.
- Napoléon le Grandrègne depuis déjà vingt-cinq ans, monsieur! Pourquoi donc maborder ainsi, maintenant? Qui plus est, dans votremain, je reconnais Le Moniteur, lorgane officiel durégime.
- Cest pour donner le change. Bien évidemment, vous navez pas confiance…
- Je ne vousconnais ni dÈve ni dAdam. Mettez-vous donc à ma place. La police secrète abien des ruses pour attraper les naïfs quidams qui gobent le premier mensongevenu.
- Certes. Mais cesigne, le reconnaissez-vous?
- Cest celui des affiliés de Milan et de Turin! Sexclama Giuseppe.
- Bien. En êtes-vous?
- Non, bien sûr!Mentit Fieschi. Quest-ce qui vouspermet de croire que jaie de tellessympathies pour la … cause?
- Réfléchissez. Lapolice secrète que vous évoquiez tantôt si âcrement est gangrenée par desmouches amies.
- Des mouches?
- Voyons! Desespions, des oreilles dévouées à la République. Mais nous ne pouvons poursuivreici, plus avant notre conversation.
- Pourtant je nevois personne qui nous écoute. Et nul « pays » capable de comprendrenos propos.
- Hum… regardezmieux; là, près de la fenêtre, légèrement en retrait, ce mal blanchi.
Discrètement,Galeazzo indiquait du menton un jeune homme dégingandé au teint bistre, auxyeux bleus et aux cheveux crépus qui, avec gourmandise et un solide appétit,faisait un sort à larlequin servi parle patron. Il sagissait en fait de cet obscurfonctionnaire déjà entraperçu dans le prologue de ce récit, Alexandre Dumas enpersonne.
Notre écrivain enherbe griffonnait sur un bout de table des vers encore maladroits. Son attitudelaissait à penser quil sintéressait au comte di Fabbrini et à soninterlocuteur. En effet, parfois, son regard sattardait sur ces deux étranges convives qui délaissaient leur fricot etchuchotaient dans une langue qui ressemblait à de litalien mais qui nen était pas.
Une étrange penséevint alors traverser lesprit dAlexandre qui possédait une imagination débordante.
« Ces deux-là,cet homme au regard bleu nuit, à lhabit taillé etcoupé à la perfection, et cet autre vêtu de fripes de deuxième main, quepeuvent-ils se dire? Tout cela a lodeur dun complot. Mais je ne suis pas là pour moucharder. Jai cette ode à terminer ».
Un peu plus loin,près de lâtre qui crépitaitjoyeusement, six fripiers qui tenaient boutique sur le carreau des Halles et duTemple, dévoraient leur assiettée arrosée de pichets de piquette mûrie dans desfûts de bois trop jeunes. Ils riaient, parlaient haut et fort, se donnaient degrandes claques sonores dans le dos, sesclaffaient et pinçaientles fesses des servantes accortes qui sapprochaient de latablée, portant des brocs de vin afin de ravitailler ces soiffards.
Les goualeuses,debout sur un comptoir, changeaient de registre. Elles entamaient une chansontendre tandis que Paul Niquet faisait accélérer le service. Peut-êtrecraignait-il une descente des roussins? Ou bien une réunion devait bientôt setenir avec un passé-singe pour la présider. En effet, lassemblée des consommateurs regroupait les malfratsqui tenaient Paris entre leurs mains malpropres et avides, jamais satisfaites.
Maintenant, lesfripiers qui oeuvraient également en tant que receleurs, observateurs etinformateurs du quart dœil, sempressaient dengloutir leurdernière chope.
Puis, quelque peuavinés, ils montèrent bruyamment à létage par unescalier aux marches à demi branlantes. Trois jeunes femmes dépoitraillées, lamine rubiconde et les joues passées au blanc de céruse les accompagnèrent.
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- Titine, tu mfras ton truc spécial?
- Oh! Comme tu yvas! Tout doux le Fernand. Offre-moi dabord un jupon depremière main et pas de cinquième fripe. Après, on verra…
- Mais je ne refileque de la bonne marchandise! Soffusqua Fernand,un géant blond au cou de taureau, au visage déjà bouffi par lalcool.
- Pas sûr! Tes peut-être salé!
Désormais, la sallede restauration était presque déserte; lobscur fonctionnaire venait de quitter les lieux tandis que Galeazzo di Fabbrini quiavait fini par se montrer fort persuasif, conduisait Fieschi dans un appartementsitué dans un immeuble de rapport discret du côté des Invalides. Giuseppe nallait donc pas tarder à se retrouver embarqué dans uncomplot aux multiples rebondissements.

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samedi 12 mai 2012

Le nouvel envol de l'Aigle : 2e partie : De l'origine des Napoléonides chapitre 11 1ere partie.

Deuxième partie



De lorigine des Napoléonides


Chapitre onze

Munis de bottes àvapeur et à hélices capable de les faire voler à près de cinquante kilomètres àlheure, les pandores, armés demitraillettes Thomson à chargeur à camembert, commençaient à tirer sur les cabsà gazogène qui encombraient la chaussée
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devant la grande porte tournante de labanque tout en atterrissant plus ou moins gracieusement sur les trottoirs. Ettant pis pour les innocents badauds qui déambulaient dans le quartier.
- Ouche! Çachauffe! Sécria Marteau-pilon dont legras du bras gauche venait dêtre éraflé par uneballe pas si perdue que cela.
- Grouillons! RenchéritMonte-à-regret. Nous ne sommes pas armés et nous ne pouvons donc pas répliqueraux roussins!
- Passez-moi levolant, chiffe molle! Rugit Von Stroheim à légard de Craddock.
- Chiffe mollevous-même!
LAméricano-autrichien poussa alors vivement Symphorienhors du véhicule alors que le capitaine tenait encore fermement Violetta par lataille. Inévitablement, ladolescente et lebaroudeur décati de lespace roulèrentdurement sur les pavés irrégulier, se meurtrissant les chairs.
Cependant, toujoursprotecteur, le vieux loup de lAltiplano tentait defaire un rempart de son corps afin que MissCatastrophe ne fût blessée grièvement. Las! Nestorius ne vit pas à temps lepied lourdement chaussé écraser sa nuque sauvagement. Il sen fut de peu que le sexagénaire ne trépassât.
Toutefois, le flicne put aller plus loin dans la violence. Sans quil comprît comment, il se retrouva en train de voltiger à trente mètresde hauteur. Poussant un hurlement de terreur, il alla saplatir contre la devanture dune boulangerie, défonçant à la fois la porte, lecomptoir et le four à pains. Évidemment, lorsque la trajectoire sacheva par la chute du corps, le policier était mortet il ne restait pas grand-chose de lui.
Sans quil ait eu véritablement le choix, Daniel Lin étaitpassé à laction.
Ensuite, sanseffort apparent, le daryl androïde releva à la fois Craddock et sa fille, lesinstalla tous deux à moitié sonnés dans le dernier cab qui restait et ordonna dune voix sèche à Germain la Chimène de foncer toutdroit en ignorant les obstacles.
Dehors, celacanardait toujours autant. Le Cachalot du système Sol gémissait à qui mieuxmieux.
- Ouille! Ma nuque!Mes reins! Mes omoplates! Je suis passé dans un laminoir ou quoi? Ce que jai mal! Bon, les gars, les balles sifflent bougrementautour de nous. Il faudrait déguerpir!
- Taisez-vous!Ordonna le daryl androïde glacial. Vos geignements mempêchent de me concentrer.
Cette attitude étaitinhabituelle de la part du commandant Wu qui contrôlait toujours son humeurface à ses amis. Ce fut pour cela que Symphorien se redressa, prenant le risquede raviver davantage ses douleurs afin dobserver de plus prèsson sauveteur. Celui-ci, dune lividité rare,avait fermé les yeux.
Mais il y avaitplus surprenant encore. Désormais, plus aucune balle natteignait les trois cabs gaz. De même, il semblaitque lesdits véhicules se déplaçaient dans un ailleurs ouaté dans lequel aucunson ne parvenait aux oreilles humaines.
- Que signifie cetour de cafconc à la noix de cajou?
Renfermé, préoccupémême, Daniel Lin ne daigna pas répondre.
Après un temps indéterminéet de toute manière non mesurable, tout redevint normal. Violetta repritconscience. Elle se frotta la joue gauche, celle qui avait heurté rudement lepavé.
- Ce que ça faitmal! Nom dune gomme à mâcher! Je parieque maintenant, jai un vilain bleuqui me défigure! Je vais être à faire peur durant des jours. Tiens donc. Devantnous, les voitures se sont arrêtées. Et le vice amiral qui sort de son véhicule.Il arbore sa tête des mauvais jours… je ne vois pas pourquoi il est si furieuxpuisque tout va bien et que personne na sérieusement étéblessé…
- Jeune fille, ditAndré qui était venu à la hauteur du cab gaz de Daniel Lin, que vous a-t-ildonc pris dassister à notre hold-up? Vousméritez une gifle carabinée!
- Ah! Mais vous navez pas le droit de me frapper! Vous nêtes pas mon père! Et, ici, plus personne ne sert dansla flotte..;
- Violetta, murmuraalors Daniel Lin doucement, je tavais donné unordre. Et tu mas désobéi. Naturellement, jaurais dû my attendre…
- Pff! Si toi aussitu ty mets! Que je sache, tout lemonde est sain et sauf…
- A quel prix! Mafille, apprends que jai dû recourir àuser de linterdimensionnalité.
- Euh… balbutiaCraddock. Expliquez-vous. Ça ma lair dun fichubastringue.
- Je men charge, proféra Fermat surun ton impossible à rendre. En bref, Daniel Lin nous a projetés dans lesinterstices du Pantransmultivers et ce, sans translateur.
- Cest possible un tour de cegenre? Reprit le Cachalot du système Sol.
- Apparemment, rétorqua le vice amiral.
- Tous, y compris les trois véhicules? Fit naïvement Violetta.
- Oui, petite sotte, tête de bois et jen passe, répliqua le daryl androïde dun air las. Alors que je venais de tuer de sang-froid un pauvre hommeafin de te sauver la vie. Or, ce crime a fait vibrer toutes les cellules de moncorps mais à contretemps.
- Où sommes-nous? Demanda prosaïquement Joël Mc Crea.
- A Belleville, renseigna André qui nexpliqua pascependant comment il détenait la réponse. Les policiers ont perdu notre tracebien évidemment.
- Ouf! Cela me rassure bigrement! Jeta Symphorien avec une mimique exagéréemarquant son soulagement.
- Maintenant, nous allons changer de véhicule comme il était prévuinitialement et rejoindre illico lhôtel particulierde la comtesse de Frontignac.
- Bien, répondit le capitaine dompté.
Mais Pierre Fresnay objecta:
- Amiral, nous avons été filmés. Nos portraits vont être diffuséspartout.
- Nous navons rien à craindre de ce côté,articula Daniel Lin lentement, comme à bout de force. Avant de quitter labanque, jai voilé les clichés grâce àune certaine faculté que je possède.
- Décidément, mon gars, tu es quelquun dincontournable, émit Craddock un poil admiratif. Ça merappelle ce fichu saut…
Mais Symphorien nen dit pas plus carFermat linterrompit dun air sévère.
- Inutile de sattarder davantage. Commandant, vous avezmanifestement besoin de repos. En route, et plus vite que jamais! Tant pis pourles éventuelles limitations de vitesse. Germain, je conduis.
Subjugué par le tondAndré, lami de cœur du Piscator obtempéra sans discuter.
Le retour aubercail se déroula sans incident notable.
Ce que Fermat etDaniel Lin avaient tu au reste de léquipe cétait que le daryl androïde - ou plutôt celui quicroyait lêtre - avait accompli ceprodige alors quil avait été blessé et quentré en phase de régénération, il avait expulsé leprojectile de son organisme tout en restant totalement conscient.

***************

Un peu plus devingt-quatre heures après cette folle et mouvementée équipée, alors que toutela presse semparait de laffaire et titrait sur cinq colonnes « Lecambriolage du siècle », y compris le journal dont Tellier était ledirecteur, et emplissait des pages et des pages afin de tenter dexpliquer comment les malfaiteurs avaient pu disparaîtreau vu et au su de la police dans les rues de la capitale, les préparatifs denos amis pour le voyage vers 1825 saccéléraient.Ainsi, Louise avait pris en charge de faire faire les costumes adéquats avec lesouci constant de lauthenticité. AndréLevasseur, qui ne serait pas de la partie, se contentait de fournir une foule dinformations sur la manière de vivre et de secomporter dans ce premier quart du XIXe siècle.
Les comédiens,quant à eux perfectionnaient leur français mais aussi leur argot de lépoque. De leur côté, Fermat, Tellier et le commandantWu étudiaient les plans des quartiers de Paris avant lintervention du baron Haussmann qui, ici aussi, avait œuvréà la modernisation de la capitale. Les biographies de certains personnages plusou moins célèbres nétaient pas nonplus oubliées.
Il va de soi que lor volé avait été discrètement converti en napoléons àleffigie de lEmpereur premier du nom.
Paracelseenthousiaste, avait demandé et obtenu de faire partie de lexpédition.
- Alors, tout estil retenu, emmagasiné et compris? Interrogea le danseur de cordes aprèsplusieurs heures de confrontation de plans, de cartes et déchanges de points de vue quant aux actions à mener.
- Sans problème, réponditle maître espion en souriant sincèrement. Mon métier ma entraîné à enregistrer le moindre détail et à legraver une bonne fois pour toute dans ma mémoire.
- Entendu. Maisvous, Daniel Lin? Comment dirais-je? Il ma semblé que vousavez montré moins de concentration.
- Aucune crainte àavoir Frédéric. Je possède une mémoire photographique grâce à ma nature dedaryl androïde.
- Parfait. Je croisque nous avons tous mérité un peu de détente. Nous effectuerons le grand sautdans quelques heures et il est bon de se changer les idées. En tout cas, cest comme cela que je me prépare. Que diriez-vous dassister à une représentation de La Vie parisienneà lOpéra comique? On y redonneactuellement cet incontournable dOffenbach.
- Ah? Très peu pourmoi, fit André après avoir consulté Daniel Lin du regard. Je préfèrerais mereposer…
- Moi de même,acquiesça le commandant Wu.
- Je comprends.Mais je vais toutefois proposer cette distraction à nos amis Erich, Charles,Pierre, Victor et à nos compagnes.
- Aure-Elise apprécierasûrement cette invitation. Mais insistez auprès de Violetta pour quelle porte une voilette, murmura le daryl androïde surun ton mi-figue mi-raisin. Naturellement, il serait beaucoup plus prudent pournous tous quelle ny allât point, mais je ne désire pas envenimerdavantage les choses.
- Oh! Elleacceptera la voilette de bon cœur avec sa joue meurtrie.
- Tant mieux!Soupira Daniel Lin soulagé.
Tandis que lArtiste se retirait, André, qui bouillait dimpatience depuis deux minutes, sassit sur un sofa, attendant que le commandant Wu luiparlât à cœur ouvert, ce qui advint peu après.
Après sêtre allongé sur un lit de repos, Daniel Lin sexprima lentement, avec un rien damertume et de lassitude dans la voix.
- Si, à chacune demes actions, je dois me comporter en saint-Bernard, je vais finir cetteaventure totalement lessivé.
- Hum… jespère grandement que ce ne sera pas le cas.
- Je pense que voussavez ce qui nous attend. Mais inutile de vous le demander…
- Exactement. Hier,ce nétait pas la première fois quevous débridiez votre interdimensionnalité.
- Vous avez remarqué…
- Oui. Autrefois,vous faisiez appel à lun des miens…
- Lors du Palaisdes mirages, en effet…
- Mais nous transférertous dans linterdimensionnalité, plus précisémentouvrir une voie interdimensionnelle… vous êtes en train de dépasser ce que vouspouviez accomplir dans les autres pistes temporelles.
- Non, André. Ceque lHomunculus pouvait faire.
- Depuis, vous êtestroublé et peu sûr de vous.
- Parce que jai entrevu quelque chose deffrayant, dindicible, detotalement abject. Une spirale sombre, inversée, composée de bras à linfini, se perdant dans un infra sombre. Une supraentité qui tentait de sinsinuer à lintérieur de mon être, de saccaparer de mes pensées. Jai alors senti un désespoir sans fin, un désir devengeance, une faim inassouvie, une vacuité immense qui voulait maspirer, mengloutir dans leRien. Terrifié, je nen ai pas moinslutté et je suis parvenu à repousser cette abomination.
- Daniel Lin, fitAndré plus quému, quavez-vous compris?
- Cette chose,cette obscure ante pré entité incarnait, si je puis mexprimer ainsi, mon côté négatif, puéril et infantile.Elle chantait comme les sirènes des ténèbres. Cétait à la fois tentant, envoûtant et repoussant. Lorsque je me suisenfin détourné de cette insidieuse séduction, jau capté un cri, un appel inaudible pourtant. Antor…
- Encore?
- Je pense pouvoirle délivrer du lieu sans nom dans lequel il est prisonnier; mais pas tout desuite. Lorsque nous en aurons terminé avec cette expédition en 1825.
- Tout de même.Vous ne perdez donc pas de vue notre objectif. Neutraliser Galeazzo et Johann.
- Bien sûr. Maispourquoi cette hostilité envers mon ami? Ailleurs, vous sembliez lapprécier… un de vos semblables ne la-t-il pas aidé lors de laffaire avec les Alphaego?
- Antor peut vousaffaiblir ici ou dans lAgartha.
- Cest dit sur un ton sans réplique. Soit. Je naborderai plus le problème. Je pense que je vaissommeiller un peu. Jen ai grandementbesoin, André. Il me faut hâter ma guérison.
- Je vais prévenirLouise quil ne faut pas vous déranger.
Avec précaution,Fermat quitta le salon de musique et gagna les appartements de la comtesse deFrontignac. Pendant ce temps, les paupières closes, le daryl androïde se posaitdes questions.
« Que medissimules-tu, Homo Spiritus? Tu sembles craindre quelque chose… pour moi? Pourléquipe? Pour le devenir de lhumanité? Ah! Jai pu établir lecontact avec Gwen. Cette fois-ci, cela a été difficile. Ma douce et tendre saitque jai été blessé. Elle se morfonddinquiétude. Je me dois de larassurer au plus vite ».

**************


En cette année1825, en exil dans la nouvelle Amérique, Joseph Bonaparte,
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le frère aîné deNapoléon le Grand faisait son beurre. Planteur et homme daffaires à la fois, il partageait son temps entre LaNouvelle Orléans et Bâton Rouge. Sa femme, née Julie Clary, lavait suivi dans ce lointain pays plein dopportunités et ne le regrettait pas. Elle préféraitnettement cette tranquillité cossue à lagitation de laterrible et indomptable Espagne où son époux avait failli. Ainsi, Joseph et samoitié étaient à labri de lire de Napoléon.
De même, Lucien,qui, dans lhistoire de la piste 1721 avait aidé son frère lors du coup dEtat des 18 et 19 Brumaire An VIII, ici, opposant politique dangereux, avait dû également séloigner. Mais il navait pas choisi lAmérique. Installé en Egypte, il sétait rendu si indispensable quil avait fini par être porté officiellement aupouvoir. En tant que Satrape, il avait su sattacher lapersonne de Méhémet Ali.
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Désormais, ce dernier le servait comme vizir enPalestine et dans lancien pays deKemi. Tout naturellement, Lucien monnayait chèrement son appui au grandEmpereur. De plus, par son habileté politique, il faisait prospérer sa nouvellepatrie, la modernisant avec une rapidité remarquable.
Louis Bonaparte, latrabilaire et le jaloux, intronisé roi des Pays-Baset du Danemark, essayait de ne pas être simplement la courroie de transmissionde Napoléon. Rappelé à lordre environ deux àtrois fois par an en moyenne, Louis le ténébreux rageait et, humilié, venait àCanossa, se tenait coi quelques semaines puis recommençait. Pour résumer, lacouronne penchait dangereusement sur sa tête.
Le plus chanceuxmais aussi le plus docile, lun expliquant cela,restait le benjamin, Jérôme, roi de Westphalie et de Bavière. Lhomme manquait-il donc de caractère pour ainsi secontenter de nêtre que la marionnette dugrand Empereur? En fait, le plus jeune des Bonaparte admirait son aîné et luivouait une adoration sans borne. Ce que celui-ci lui disait, lui ordonnaitavait pour lui valeur dÉvangiles.
Dans cette familledagités, il ne nous faut pas omettrele beau-frère, le dénommé Murat.
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Oui, le magnifique Murat. Il ny avait pas si longtemps encore, lépoux de Caroline était roi de Naples. Mais letrouvant dangereux et incontrôlable, le fondateur de la dynastie des Napoléonideslavait nommé à la tête dune expédition des plus risquées.
Cette expédition,des plus populaires auprès de la jeunesse avide de gloire, avait pour but deuxobjectifs officiels:
- Libérer la Grècedu joug des Ottomans;
- Affaiblir laTurquie par ricochet.
Mais officieusement,Napoléon Premier avait surtout besoin de détourner lattention de lopinion publiquedes difficultés économiques qui saccumulaient.
Larmée turque, sous- équipée, mal commandée, ayanttrois guerres de retard, fut battue avec une facilité déconcertante par levaillant Murat en Épire.
Comme nous leremarquons, lEmpire ottoman de ce XIXe sièclebouleversé était toujours « lhomme malade de lEurope ».
On comprend quà ce compte là, Murat devint en deux coups de cuiller àpot roi de Grèce et dAlbanie à la grandecolère des Britanniques. Et tout naturellement, Napoléon en profita pourremettre la main sur le royaume de Naples quil administradirectement dune poigne de fer. LesNapolitains ne gagnèrent donc pas au change et se mirent à regretter les fastesdu prévisible et flamboyant Murat.
Dans ce passage enrevue, il manque encore cependant quelquun et pas desmoindres. Le rejeton, la progéniture issue du mariage mal assorti entre lEmpereur des Français et dautres peuples et larchiduchesseautrichienne, fille de lEmpereur dAutriche François Ier, Marie-Louise. Présentement âgéde quatorze ans, le blond adolescent, couronné depuis quinze jours Empereur dAutriche sous le nom de François II et de François IIIen tant quEmpereur du Saint Empire,menait un train étourdissant à Vienne, éblouissant les autochtones par ses fêtesincessantes, ses bals tourbillonnants, et ses maîtresses innombrables.
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Brûlantla vie par les deux bouts, il ne durerait pas. Qui allait tirer les marrons dufeu? Les cousins, et parmi eux, Louis Napoléon Bonaparte, le fils cadet dHortense de Beauharnais, plus connu sous le nom deNapoléon III ou Napoléon IV. Son frère aîné qui aura eu le temps de régnerquelques mois, Napoléon François mourra sans descendance légitime.
Après ce bref coursdhistoire déviée, reprenons lefil de notre intrigue et retournons dans ce 2517 dominé, mais pour combien detemps encore, par les Napoléonides.

***************

Octobre 2517.
Dans une de sesnombreuses folies secrètes en orbite autour dun planétoïde, Louis Jérôme Napoléon IX, le lointain descendant de toutce beau monde, déjeunait en petit comité privé entouré damis triés sur le volet.
Parmi ces privilégiésqui partageaient lintimité dusouverain, il y avait lidéologue officieldu régime, un être abject, qui répondait au nom de Gilles Grenoble. Imaginez ungrand type aux cheveux teints en brun soigneusement, aux yeux bleus, à lamoustache démodée en crocs. Parmi ses faits darmes les plus remarquables, il fallait noter quil était le théoricien du césarisme de marché et lauteur immortel dun article célèbre,intitulé Marché, dans lincontournableEncyclopaedia Napoleonica, XXVIIIe édition ( 2512).
Sa penséeressemblait à une resucée de Giovanni Gentile
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- un idéologue de la piste 1721-. Le mot Etat, devenu une incongrue grossièreté, était remplacé par celui deMarché, avec un M majuscule sil vous plaît!
Tout devait lui êtreassujetti, y compris le vivant, et lhumanité tout entière.Les humains ordinaires dailleurs napparaissaient plus que sous le terme de matérielanimé ou dans le meilleur des cas, matériel humain! on se serait crude retour sous lAntiquité grecque, au IVe siècle,là où Aristote avait tenté de justifier maladroitement lesclavage.
Gilles Grenoble avait osé écrire, et depuis, il était encensé pour cette trouvaille:
« Nul individu ne peut et ne doit exister en dehors du Marché ». Cela était devenu le slogan clé de lultralibéralisme qui avait cours sous les Napoléonides, dans une espèce de globalisationinterstellaire heureuse!
Après lhomme machine de Descartes et La Métrie, était donc venu le temps de « lhomme marchandise ». Celui-ci navait plus lechoix. Totalement asservi et décérébré, il devait absolument se plier auxdiktats de la flexibilité et de la rentabilité.
Pour donner entièrementsatisfaction au pape du césaro-libéralisme, lesclavage avait donc été réhabilité bien que les différentes églises sy étaient opposées. Dédouanés, les entrepreneurs, néprouvaient désormais plus aucune honte à user et àabuser dune main-dœuvre gratuite et corvéable à merci.
Il en allait de mêmechez les adversaires des Napoléonides. Ceux-ci devaient rester concurrentiels,nest-ce pas?
Pour tout économistedigne de ce nom, pour celui qui voulait être écouté et reconnu, la référencehistorique absolue était la décennie 1860-1870, celle où Napoléon IV avait libéraliséjustement léconomie et supprimé toutesles barrières douanières existant aux frontières de la France et permis ainsila libre circulation des biens, des marchandises et des hommes… ah! Pardon!Nous voulons dire du matériel humain…
Il va de soi que, désormais,il fallait faire le distinguo entre les hommes ordinaires et les privilégiés.Touts navaient donc pas vocation à naîtreavec le statut doutil jetable.
Dans cette sociétéamorale, régie par le Profit, les nantis ne sembarrassaient daucune éthique. Quelle fût financière ou autre.
Mais commentpouvait-on senrichir davantage encore dansce monde où les castes étaient réapparues au vu et au su de tous?
Les règles de lenrichissement reposaient sur trente propositionsultra simples. Les Otnikaï sen étaient inspiréspour améliorer le fonctionnement de leur gouvernement. Cest dire lefficacité decelles-ci!
Il était devenucourant de ne plus enterrer ou incinérer les morts. Ces derniers étaienttransformés en engrais pour amender les sols des planètes en terraformation.Quelques hautes pontes du régime avaient le monopole de ce pactole. Chez lennemi, on se disputait les retombées de cette activitéparticulièrement lucrative. La propre tante de lEmpereur, Héloïse, ainsi que son jeune frère, comptaient parmi lesheureux actionnaires de ce monopole. Victor Léon Napoléon, grâce à ces revenustirés de la terre et des cadavres pouvait passer son temps en bambochescontinuelles hormis lorsquil était tropmalade à cause de ses excès de toutes sortes. Les médecins avaient beau lemettre en garde, rien ny faisait. En dixans, il avait usé cinq clones et huit organes vitaux.
Dans cette clique de profiteurs et de nuisibles, Gilles Grenoble était loin dêtre le dernier placé.
Dans de tellesconditions, on comprend que la plupart des miséreux, salauds de pauvres,essayaient de monnayer leurs cadavres aux plus offrants; ainsi, largent récolté permettait aux familles de ne pas crever de faim durant un mois au minimum. Il nétait pas rare que des parents tuassent leurs enfants en surnombre afin de salimenter. Société amorale vous dit-on. Cette gangrène avait atteint toutes les couches, tous les individus, sur tous les mondes ou presque.
Autre signe révélateur:lesclavage naffectait pas seulement les humains, pardon pour celapsus, mais nous voulions écrire le matériel animé, mais aussi les laisséspour compte chez les alliés des Napoléonides ou des Anglo-russes.
Les chevaliers dindustrie prospéraient sur un millier de planètes aubas mot. Naor, crucifiée, exsangue, avait été mise au pas en quelques mois àpeine.
La pollutionrongeait déjà une centaine de mondes au bas mot. Les perdants, les loosers en étaientvenus à payer leur ration doxygène poursurvivre une journée de plus quel que soit le moyen déchange. Heureux celui qui dînait une fois par jour!
Dans les bas-fondsde cette globalisation magnifique, dans les ruelles sordides des grandes villesautrefois florissantes, merveilles de raffinement et de beauté, on se seraitcru retourné au tout début des premiers Empires terrestres. En pis!
Pas deau courante mais des cloaques, des pandémoniums, desenfers, où les épidémies, les épizooties étaient les moindres maux, où lestrafics en tout genre pullulaient.
Ainsi, il nétait pas rare quune mère vendît unenfant encore chaud et entouré du placenta fraîchement sorti de ses entraillespour se payer sa provision nécessaire non pas de dope mais tout simplement dair, deau et denourriture pour une semaine. Trois litres deau par jour et parpersonne, deux cents grammes de céréales ou de tablettes protéinées, un mètrecube doxygène.
Beaucoup, réduits à la désespérance, sombraient dans lesparadis les plus artificiels et en oubliaient de se sustenter. Cétait pain bénit pour les richards qui trouvaient àbon compte de quoi nourrir les sols de leurs terres.
Tout était utiledans lhomme comme dans le bison pourlAmérindien. Les organes, biensûr, mais aussi le génome, les cellules qui permettaient le clonage. Pour lesmoins regardants et les plus avilis, le cannibalisme faisait fureur. Certainsallaient même jusquà pratiquer la nécrophagielorsque les cadavres nétaient pas jugésbons pour amender les sols.
On retrouvait lEmpereur à la tête du consortium le plus puissant dusexe et de la drogue. Celui-ci sévissait sur dix-huit parsecs. Louis JérômeNapoléon IX ne sen cachait pas et sen faisait une gloire. Ses adversaires le critiquaientmais, de leur côté, pratiquaient la même chose, payant leur armement grâce à lasservissement descorps et des âmes de leurs sujets.
Tandis que lEmpereur dégustait des authentiques écrevisses à lanage façon Aldébaran,
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cest-à-dire trempantdans une sauce verte aromatisée à la menthe, à la pistache et à la réglisse,bonjour le mélange, Gilles, sans façon, énonçait quelques conseils tout en dévorantprosaïquement une salade de veau aux fruits rouges, le tout garanti bio.
Ce repas étaitarrosé par les vins provenant directement de la réserve personnelle de Louis JérômeNapoléon. Le souverain possédait des milliers dhectares de vignes en Laponie. Ces vignes étaient apparues à la suitedes profonds changements climatiques que la Terre avait subis entre les XXIe et XXIIIe siècles. Préservées jalousement, elles faisaient le bonheur des palaisimpériaux. Les crus les plus recherchés équivalaient à douze mille ans durevenu moyen dun citoyen libre de Sa Majesté,à condition que ledit individu travaillât sans prendre une seule minute derepos.
Ces vins avaient laparticularité de présenter une jolie couleur ambrée et de tirer quinze degrés dalcool. LEmpereur nen buvait pas dautres. Généreuxenvers ses amis et ses proches, il leur octroyait volontiers dix ou quinze jéroboamsà chacune de leurs visites.
- Donc, VotreMajesté, poursuivait Gilles, si vous men croyez, vouspouvez étendre notre système de participation volontaire du matériel animé surles mondes QAGF, avec laval, sincère, deMondani, de Mingo et du peuple Otnikaï.
- Hum… cela faitvingt planètes, non? Pas mal. Mais quels bénéfices sont attendus?
- Oh! Aucun frais!Cent pour cent et ce dans la monnaie de votre choix, Sire. Pour vous donner un ordrede grandeur, disons, la première année quinze milliards dunités Sol…
- Intéressant. Jepourrais donc macheter un autre planétoïde.Mais… mes rivaux?
- Je ne dois pasvous le cacher. Ils viennent dacquérir lemonopole de dépollution de Sestriss, Lamii et Amara.
- Diable! Pourquoiavons-nous raté ce marché juteux? Fit sévèrement lEmpereur. Aux yeux de mes pairs, je ne veux pas apparaîtrepour un laissé pour compte!
- Je dois reconnaîtreque notre négociateur Castorii sest montré quelquepeu pusillanime dans la distribution et la répartition des pots de vin.
- Jespère grandement quil a été remercié! Déclara sèchement le souverain.
- Tout à fait,Votre Majesté. Je nai pas laisséimpunie pareille impéritie! Toute sa famille, neveux compris, a été déportéesur Pluton sur mes ordres. Dorénavant, elle travaille avec un enthousiasmemarqué et un zèle signalé dans les mines de lastre à en extraire le fer et le titane. Quant à Sarmin Vectus… commentdire? Il a eu un malheureux accident. Il est tombé fort malencontreusement dansune cuve de trois mètres cube dans laquelle il moulait des parois de duracier.
- Gilles, vous men voyez soulagé! Tantôt, cela vous dirait-il departager mon… digestif?
- Cest-à-dire? Je répugne à absorber de la poudrehallucinogène, vous le savez.
- Il nest nullement question de cela. Cest bon pour mon frère dabuser de ces douceurs. Je viens dacheter troisMandas femelles fort expertes en jeux variés pour adultes.
- Euh, Sire, ceserait volontiers, mais permettez-moi de vous rappeler que jappartiens entièrement à lautre bord.
- Mais mon cher,vous ne serez pas troublé. Les Mandas sont avant tout hermaphrodites.
- Dans ce cas… cesera mon divertissement exotique de la soirée.
- Mon épouse a sesvapeurs depuis bientôt deux semaines. Elle abuse, vous ne trouvez pas? Et je nepuis me contenter de lordinaire dupalais. Je ne suis pas un vulgaire notable, le dernier de mes sujets!
- Votre Majesté, jecompatis…
- Merci pour votresollicitude… messieurs, voyez quel heureux mortel je suis! Clama alors Louis JérômeNapoléon à ladresse de ses invités. Unconseiller aimable, compréhensif, que jai plaisir à voir,un Empire toujours prospère malgré la guerre qui débute…
- Oui, Sire,approuva en choeur la masse des courtisans.
- Sire, vous aveztout à fait raison de vous montrer optimiste, salua Gilles Grenoble avec obséquiosité.
Puis, nullement dégoûté,comme sil sagissait du geste le plus naturel qui soit, il essuyasoigneusement ses lèvres purpurines sur la chevelure dun Noir Mandingue. Enfin, très à laise, et ny tenant plus, afinde parachever ce repas sublime, son désir exacerbé, ses sens en feu, sanssourciller, il demanda:
- Votre Majesté, jeconnais votre bonté… puis-je me débonder dici trois minutesau plus tard avec ce bel objet? Mon gland me brûle et je dois lapaiser au plus tôt.
- Oh! Oh! Pourquoipas? Ce sera une distraction après tout. En échange de ma générosité, je veuxassister aux ébats… cela me donnera des idées pour mes trois Mandas…
- Sire, je suisparticulièrement honoré.
- Mes amis, repritlEmpereur pour ses invités,laissez-nous seuls avec cet objet débène particulièrementsculptural.
Louis Jérôme désignaitainsi lesclave qui avait lheur de plaire au conseiller.
En sinclinant fort bas, les hôtes impériaux se retirèrent,abandonnant leurs couverts et assiettes sans un mot ou murmure de reproche.
Pendant ce temps,le Mandingue, résigné, ôtait son pagne et se mettait en position afin dêtre sodomisé. Apparemment, il avait lhabitude de servir de jouet aux invités de Sa Majesté.
Eh oui, cela sepassait ainsi chez Louis Jérôme Napoléon IX. Foin dune quelconque pudibonderie en cette année 2517. Cela étaitbon chez les loyaux serviteurs de la flotte, les sujets les plus dévoués et lesplus sincères. En fait, seule limpératrice faisaitmine dignorer les frasques de son époux.Mais par rapport à son frère, il gardait la mesure.
Chez lesAnglo-russes, il en allait de même. Quant au nouvel allié Qin, sa sexualitérestait le mystère le mieux gardé.


***************

Une nuit de lan de grâce 1825, dans les ruelles mal famées de lÎle de la Cité.
Onze heuresvenaient de sonner au clocher de léglise Saint Meri.Dans la semi pénombre, une silhouette jeune se profilait sur les vieux mursmoussus de pierre. Lombre évitaitsoigneusement les détritus de toute sorte éparpillés sur la chaussée grasse ethumide. Perchés sur des toits ou des balcons, des chats en mal damour miaulaient leur lugubre chant, prenant tout lequartier à témoin de leur insupportable solitude.
Linconnu qui avançait aussi rapidement que possibledissimulait son visage aux traits juvéniles et réguliers derrière un amplefoulard de laine de teinte anthracite. Malgré le chiche éclairage - ici, le gaznavait pas encore atteint cesruelles abandonnées de Dame Fortune - le jeune homme avait lair de connaître son chemin. Ce nétait sans doute pas la première fois quil saventurait au cœurde la capitale.
Sur ses gardes, iltournait parfois la tête de côté écoutant si ses pas ne produisaient pas uninquiétant écho. Par instant, il sarrêtait, scrutantde ses yeux bleus les ténèbres dune nuit sans étoiles.Sa main droite tenait fermement non pas un mignon pistolet de femme à un coupmais bel et bien un colt quil sétait procuré depuis quelques temps déjà. Sa senestre,quant à elle, serrait une dague de grand prix héritée dun de ses lointains ancêtres qui avait servi sous lesordres du connétable Du Guesclin.
http://upload.wikimedia.org/wikipedia/commons/3/3f/Bertrand_du_Guesclin_P1210353.jpg
« Je vais êtreen retard à mon rendez-vous, sinquiétait le comtede Kermor. Le Prétendant ne me pardonnera pas cette impolitesse. Son Altesse royale est très à cheval sur ce point. Mais comme je suis toutefois porteur debonnes nouvelles… par lintermédiaire deson fils Berry, jai en ma possessioncent mille livres. De plus, deux régiments se rangent à sa cause. Si lesTuileries sont réellement infiltrées par des espions au service de Charles X, lusurpateur corse na plus que quelquesjours à vivre! Cet ogre ira bientôt rôtir en enfer ».
Rapidement, Albanse signa tout en poursuivant son chemin dans létroite ruelle toujours aussi pauvrement éclairée.
Dans un âge aussitendre, le comte ne sétonnait pas de lamanière dont il avait pu gagner Paris alors que la Sûreté de François Vidocq étaitpartout et savait tout sur tous.
Après cinq minutes,Kermor sarrêta devant le porche dune maison dont le montant était orné dune statue de la Vierge à laquelle il manquait la tête.Là, il frappa cinq coups brefs suivis de deux longs à laide dun heurtoir à demirouillé, puis attendit que lhuis souvrît. Une sorte de majordome vêtu dune livrée verte et coiffé dune perruque poudrée se terminant en catogan, coiffurequi sentait la vieille France dune lieue, actionnala lourde porte et laccueillit sans cérémonie,à son grand soulagement.
- Sa Majesté vousattend là-haut dans le petit salon. Je vous ouvre le chemin.
Éclairant létroit escalier à laide dun chandelier en argent supportant une bougie déjàbien coulante, le domestique devança le jeune homme. Après quelques instants, pénétrantdans ladite pièce, Alban remarqua que Charles X
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se tenait assis dans unfauteuil Voltaire placé devant la cheminée, douillettement emmitouflé dune couverture. Le vieil homme - le prince étaitlargement sexagénaire - chaussé de lunettes à verres grossissants, lisait unroman libertin, se remémorant ainsi sa folle jeunesse avec une amère mélancolie.Savisant enfin de la présence du messager tant attendu, il releva la tête.
- Votre Majesté,fit timidement le comte de Kermor.
Ladolescent sapprocha, sonchapeau à la main, sinclina cérémonieusementet baisa la main droite du souverain putatif.
- Laissons là le cérémonialcomte, dit gracieusement Artois. Alors quelles nouvelles de lautre côté de la Manche?
- Des nouvellesexcellentes, Sire. Je pense que tous vos espoirs vont se concrétiser. Lusurpateur a fin son temps.
- Hé bien, je men réjouis. Donnez-moi tous les détails.
Alban, toujoursdebout, sexécuta. Le prince écoutait,hochant parfois sa tête chenue, approuvant les propos de son envoyé. Enfin, ildonna ses dernières instructions.
- Le vicomte deChateaubriand doit prendre la tête de ses troupes fraîches.
- Il en sera faitselon votre volonté, votre Majesté.
- Mon fils Berrydoit-il venir me rejoindre bientôt?
- Effectivement.Son départ est prévu le mois prochain.
- Hum… Il se montreprudent. La police politique de ce Buonaparte est sans cesse sur les dents ettraque sans relâche mes plus fidèles serviteurs. Tenez, voici quelques lettresqui doivent être remises en mains propres à mon cousin dAngleterre.
- Sire, merci pour cette marque de confiance. Je serai à Londres dans trois jours.
Alors, Charles dArtois se leva et attendit lhommage de son dévoué Kermor. Après une dernière révérence,le comte regagna la sombre ruelle par laquelle il était venu, son cœur battant quelque peu irrégulièrement sous le coup de lémotion. Allons. Maintenant, lenjeu était plus grand. Il ne fallait surtout pas quil fût pris par les sbires de Fouché
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et du sinistre Vidocq.
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