1977, Boston.

A travers les vieux
quartiers pas encore rénovés, dans des rues sordides et enténébrées, un grand
Noir, âgé d’une quarantaine d’années environ, courait à perdre haleine, tentant
d’échapper à des tueurs implacables armés de couteaux et de pistolets. Il ne
s’agissait pas de simples voyous mais bel et bien de sbires au service d’un
puissant personnage.

Or, à quelque deux cents
mètres de là, dans une ruelle tout aussi mal éclairée que ses consœurs, une
somptueuse Cadillac grise stationnait près d’un trottoir envahi de papiers gras
et de divers autres détritus. A l’intérieur du véhicule, un homme de forte corpulence,
entièrement chauve, un cigare à la bouche, vêtu d’un costume Prince de Galles
froissé et mal porté,

des lunettes de soleil dissimulant la brillance et la sagacité de son regard surhumain, discutait sur le mode ironique avec un jeune homme à peine sorti de l’adolescence. Le visage de l’étrange bonhomme restait dans l’ombre mais, néanmoins, si Michaël s’était trouvé là, il aurait assurément reconnu l’un des avatars du Commandeur Suprême, incarné dans un de ces multiples clones. Quant à Stephen, il aurait lui immédiatement identifié son cousin Johann.

des lunettes de soleil dissimulant la brillance et la sagacité de son regard surhumain, discutait sur le mode ironique avec un jeune homme à peine sorti de l’adolescence. Le visage de l’étrange bonhomme restait dans l’ombre mais, néanmoins, si Michaël s’était trouvé là, il aurait assurément reconnu l’un des avatars du Commandeur Suprême, incarné dans un de ces multiples clones. Quant à Stephen, il aurait lui immédiatement identifié son cousin Johann.
Mais les tueurs s’en
revenaient, leur mission accomplie. Alors, le gros homme, écrasant son cigare
dans le cendrier jeta, glacial :
- Il ne me gênera
plus !
- Ah ! Mais de quel
droit assassinez-vous les gens ? Cracha le jeune Johann avec dégoût. Ce
Chelton

était-il donc si dangereux qu’il vous fallait l’éliminer ? L’envoyé de la FAO mort, je prends sa relève. Or, je suis bien plus à craindre que lui, monsieur Grover, soyez-en persuadé.
était-il donc si dangereux qu’il vous fallait l’éliminer ? L’envoyé de la FAO mort, je prends sa relève. Or, je suis bien plus à craindre que lui, monsieur Grover, soyez-en persuadé.
- Pff ! Ne me fais
pas rire, mon garçon. Tu ignores à qui tu t’attaques.
- Apprenez que je vous ai
dénoncé à la police des fraudes. Dès demain matin, à l’heure légale, elle
viendra vous appréhender.
- Ah ! Mon petit, tu
oses donc me lancer un défi de front ? Ricana Grover. Tu ignores ma
puissance… mais un Homo Sapiens si importun, je l’efface avec un simple
claquement de doigts !
Instantanément, un éclair
orangé sorti de nulle part enveloppa la luxueuse automobile et, lorsque la
lumineuse lueur, aussi puissante que cent flashs, disparut, s’estompa,
regagnant on ne sait quel espace, le gros homme avait en face de lui la
réplique parfaite de Johann van der Zelden.
- Commandeur Suprême, je
suis à vos ordres, murmura le clone.
- Moui… De petits
ajustements sont encore nécessaires. Mais voici qui est fait. Clone 0001 de
Johann van der Zelden, vous êtes dorénavant fonctionnel à 100%.
- L’élimination du
dénommé Peter Chelton était inévitable, incontournable… en fait, j’ai bien fait
de vous prévenir… ainsi, vous pourrez prendre toutes les dispositions
nécessaires afin d’échapper à cette ridicule police composée de vulgaires et
tout à fait ordinaires Homo Sapiens.
- Johann, attention à la
façon dont vous vous exprimez. Bien que vous soyez en quelque sorte en rodage,
parlez comme un homme du XXe siècle.

- Oui, Commandeur
Suprême. Je suis Johann van der Zelden, aucun doute n’est possible. Je suis né
en 1956 et mon père, Richard van der Zelden est le fils de Johanna van der
Zelden et de David, son légitime époux. Quant à ma mère, Gladys, elle s’est
remariée. Georges Athanocrassos a fait de moi son seul héritier. Je me retrouve
donc à la tête d’un véritable empire financier et industriel.

- Voilà qui est mieux.
Regagnez au plus vite votre appartement, Johann. Je vous donnerai de nouveau
ordres en temps utile.
- Bien, Commandeur
Suprême, j’attendrai donc de nouvelles instructions.
- Que personne, je dis
bien personne ne remarque le moindre changement…
- Oui, c’est entendu.
Alors, satisfait, le gros
homme sortit de la puissante voiture pour disparaître dans la nuit. Conduite
par Johann, la Cadillac s’éloigna à son tour. Il s’agissait d’un modèle baptisé
la De Ville, équipée d’un moteur V8.
Ce qui distinguait cet exemplaire des précédents, c’étaient ses dimensions plis
réduites. La carrosserie était gris métallisé et les sièges de teinte bordeaux,
en cuir véritable.


*****
Paris, 5 Floréal an II.
Après sa promenade
quotidienne au bois, effectuée comme à l’accoutumée en compagnie d’Eléonore
Duplay, Maximilien de Robespierre

monta les escaliers conduisant à sa chambre bleue, chaussa ses lunettes teintées, prit une plume, la tailla sereinement, se saisit de quelques feuilles de papier qui traînaient sur la petite table, puis trempant sa plume dans un flacon d’encre, commença à écrire d’une de ces écritures nerveuses et minuscules, un discours… les crissements de la plume d’oie sur le papier avaient de quoi agacer celui qui n’y aurait pas été habitué. Mais ce n’était pas le cas du Conventionnel. Les heures s’écoulèrent sans que Maximilien s’en rendît compte.

monta les escaliers conduisant à sa chambre bleue, chaussa ses lunettes teintées, prit une plume, la tailla sereinement, se saisit de quelques feuilles de papier qui traînaient sur la petite table, puis trempant sa plume dans un flacon d’encre, commença à écrire d’une de ces écritures nerveuses et minuscules, un discours… les crissements de la plume d’oie sur le papier avaient de quoi agacer celui qui n’y aurait pas été habitué. Mais ce n’était pas le cas du Conventionnel. Les heures s’écoulèrent sans que Maximilien s’en rendît compte.
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