1498. Milan.


Leonardo da Vinci
venait de commencer à brosser le tableau de la Sainte Cène. Il avait en tête d’appliquer de nouveaux pigments,
plus naturels. La fresque devait être son chef d’œuvre…

mais lesdits pigments, fort fragiles, allaient mal résister au temps.

mais lesdits pigments, fort fragiles, allaient mal résister au temps.
*****
40 120.
Les Douze Sages,
supérieurs du Commandeur Suprême, recevaient un SOS de leur agent temporel en
exercice.
-Suis tombé entre les
mains des Soviétiques… le dénommé Johann van der Zelden leur a fourni un
annihilateur d’énergie… Impossibilité de m’approvisionner… Déclenchement de la
Troisième Guerre mondiale dans H moins deux heures et cinquante-trois minutes…
du XXe siècle… Attends instructions… ceci est mon unique et ultime message…
Dans l’obligation de
délibérer sur le champ, les Douze Sages devaient en convenir : il y avait
un traître parmi eux… mais qui ?
- Si Johann van der
Zelden, surnommé l’Ennemi, a réussi à fournir un annihilateur d’énergie aux
Russes, c’est manifestement qu’il y a ici quelqu’un qui veut notre disparition.
Nous savons tous que ce n’est pas un Homo Sapiens ordinaire du XXe siècle qui
peut ainsi tromper et emprisonner un de nos agents temporels…, assena S1.
- Dans ce cas,
qui ? Un autre agent ? Un S ?
- C’est
stupide ! S3, vous ne proférez que des sottises, gronda S5.
- Moi, je dirais
qu’il s’agit plutôt d’un Maître du Temps… ou alors…, commença S2.
- Allez jusqu’au bout
de votre pensée, reprit S1.
- Le Commandeur
Suprême…
- Notre régisseur de
la bonne marche de notre civilisation ? Je n’y crois pas… pas du tout,
formula S3.
- Oui, cela
reviendrait à dire que notre Super IA est atteinte de schizophrénie, enchaîna
S5. Or, cela est impossible.
- Une IA aussi
sophistiquée qu’elle ne peut vouloir se suicider. Il en va de même pour tout
agent temporel ou encore pour l’un d’entre nous, argumenta S1. Une réplique
précédente de notre exemplaire actuel ne peut logiquement vouloir assassiner
son duplicata futur amélioré encore et encore… S3…
- Oui, S1 ?
- Il vous revient de
vous rendre en 1993 afin de porter secours à l’agent terminal M 22 435 X
71 642. Vous avez une picoseconde.
S3 disparut pour
reparaître presque instantanément. Aussi courte qu’avait été son absence, le
leader des Douze Sages avait eu le temps de penser à l’égard de ses confrères.
- J’espère qu’ils ne
l’auront pas trop abimé, notre agent terminal temporel. Jamais nous n’en
pourrons programmer un autre… jamais… il est la perfection. Pousser plus loin
reviendrait à lui rendre sa conscience en son intégralité. Or, cela nous ne
pouvons nous le permettre… car nous ne serions plus rien…
*****
Québec, 23 août 1993.
Johann van der Zelden
– celui de 1995 – rencontrait Piotr Balankhinov, chef du KGB,

dans un motel discret des faubourgs de la ville. Immédiatement, les deux hommes en vinrent au vif du sujet, le translateur qui connaissait les problèmes techniques que l’on sait.

dans un motel discret des faubourgs de la ville. Immédiatement, les deux hommes en vinrent au vif du sujet, le translateur qui connaissait les problèmes techniques que l’on sait.
- Piotr, fit durement
le financier, vos chercheurs et ingénieurs ne sont que des imbéciles. J’ai
pourtant fourni les plans détaillés des micro mémoires manquantes à
l’ordinateur principal. De plus, tous les calculs avaient été refaits et
vérifiés maintes fois. Je croyais seulement que vous aviez besoin de davantage
d’éclairage sur l’annihilateur d’énergie. Vous m’avez menti !
- Le module sera
bientôt fonctionnel, monsieur van der Zelden, répondit le dénommé Balankhinov
humblement. Le chef de nos techniciens vient de me confirmer la chose il n’y a
pas une heure. Les difficultés majeures sont derrière nous.
- Oui, mais ?
- Construire
l’annihilateur parapsychique dépasse notre technologie et notre savoir-faire
actuels. Oubliez-vous donc que la structure de l’appareil repose sur le
cristal ?
- Très bien, reprit
Johann avec un soupçon en moins de colère. Je comprends. Il ne me reste plus
qu’à faire venir la personne adéquate pour tout régler.
- Euh… oui, monsieur…
mais qui donc ?
- Le Commandeur
Suprême, mon cher !
A peine van der
Zelden eut-il prononcé le nom du très haut personnage qu’il se saisit d’un
micro miniature dissimulé sous le revers de son veston et qu’il l’actionna de
manière à déclencher un signal sonore, une modulation trillée tout juste
audible pour des oreilles humaines, trille traversant les millénaires, que l’IA
de la Quatrième Civilisation post-atomique assimila. Aussitôt, le Commandeur
envoya un de ses clones résoudre le problème de Johann.
Alors,
instantanément, un gros homme atteint d’alopécie, imberbe, de taille médiocre,
revêtu d’un costume beige clair enveloppant sa bedaine proéminente, se
matérialisa dans le pavillon loué par le Soviétique au grand dam de Piotr. Le
clone n’avait pas eu même besoin de franchir le seuil de la chambre. D’un pas
lourd et chaloupé, il s’avança jusque devant l’agent du KGB.
- Oh !
Déjà ? Quelle stupéfiante rapidité, vraiment ! S’extasia Balankhinov.
Mais cet exemplaire
du Commandeur Suprême n’avait pas le cœur à plaisanter.
- Je n’ai pas de
temps à perdre, dit-il d’un ton courroucé dans un russe parfait. Voici le
contrôleur électronique qui stabilisera les molécules du cristal. Avec, en
prime, la notice de fonctionnement. Ne me dérangez plus pour de telles
broutilles à l’avenir.
D’une main
tremblante, Piotr prit le tout avec un remerciement.
Moins de dix secondes
après sa venue, le clone était déjà reparti.
- Il n’a pas l’air
commode, votre supérieur, monsieur van der Zelden.
- Parce que vous l’avez
obligé à délaisser une tâche importante…
Balankhinov se garda
bien de demander laquelle.
*****
1er
Décembre 1805.
Veille de la célèbre
bataille d’Austerlitz.

L’Empereur Napoléon
Premier examinait une fois encore son plan d’attaque. A ses côtés, sous la
tente qui laissait passer un air froid malgré les braseros qui tentaient de
réchauffer l’atmosphère, se tenaient Ney, Murat, Lannes,

Soult, tous les grands noms des fastueux et remuants maréchaux du Premier Empire.

Soult, tous les grands noms des fastueux et remuants maréchaux du Premier Empire.
Avec son accent corse
caractéristique, Napoléon donna ses dernières recommandations. Le souverain
s’inquiétait du temps annoncé pour le lendemain. Il fallait absolument que le
brouillard se dissipât afin d’assurer la victoire de son armée. Mais pas trop
tôt toutefois. Ainsi l’ennemi ne connaîtrait que trop tard la position des
Français.
Un peu plus tard, le petit tondu passait ses troupes en
revue avec des mots encourageants. Alors que les fantassins étaient tous
attentifs, il leur fit cette confidence :
- Cette soirée est la
plus belle de ma vie.

Sous les bivouacs, ce
ne furent ensuite qu’acclamations.
*****