1904
France, printemps 1904.
Le lieutenant d’infanterie de ligne
Arthur de Mirecourt publiait un ouvrage qui allait provoquer de sérieux remous
dans les états-majors. Le jeune officier imaginait le scénario suivant :

En 1950, l’Empire allemand
engloberait l’Autriche-Hongrie, la péninsule balkanique, - Grèce exceptée –, la
Pologne – russe en 1904, il est bon de le rappeler –, ainsi que la Biélorussie.
Devenue la première puissance mondiale tant sur le plan militaire
qu’économique, son domaine colonial se serait accru en Afrique et en Asie, et
ce, aux dépens de la France.
Arthur émettait l’hypothèse d’un
conflit généralisé de l’Europe au Japon en passant, bien sûr, par les colonies
africaines, conflit qui aurait lieu vers 1950. L’Empereur Frédéric IV, voulant
absorber toute la Russie d’Europe, la France et la Grande-Bretagne, afin de
parfaire son hégémonie planétaire, déclencherait alors une guerre sur deux
fronts, fort de ses immenses richesses humaines et agricoles et de son
potentiel industriel. Seuls les Etats-Unis seraient à même de lui disputer la
première place puisque le lieutenant prévoyait l’existence d’une confédération
américaine d’un seul tenant, s’étendant du Canada à l’Argentine. Mais il
fallait pour cela que la doctrine Monroe fût revue et corrigée.


Il apparaissait donc que la France,
la Grande-Bretagne et la Russie n’étaient plus que des puissances de second
ordre dans ce scénario.
Arthur de Mirecourt envisageait
également la tactique de la France afin de tenter d’enrayer le danger allemand.
Sa population trop peu nombreuse, la qualité de l’armement et son avancement
technologique prévaudraient dans cette guerre sur les effectifs humains. Le
jeune officier pensait à une guerre mobile, une « guerre éclair » de
courte durée donc, dans laquelle les populations civiles seraient plus visées
et touchées que les combattants. Bombardements aériens par dirigeables et
aéroplanes, usage de la guérilla, mais aussi des troupes de choc, des
commandos, gaz asphyxiants, automobiles blindées,

forteresses roulantes et canons télécommandés, bombes bactériologiques semant la peste, le choléra et le typhus (ce seraient là les armes secrètes de la France ), camps de concentration où l’on entasserait les civils faits prisonniers, où on les ferait mourir à petit feu ou encore où on les assassinerait en masse, telles étaient les joyeusetés annoncées de la guerre de 1950 selon Arthur de Mirecourt.

forteresses roulantes et canons télécommandés, bombes bactériologiques semant la peste, le choléra et le typhus (ce seraient là les armes secrètes de la France ), camps de concentration où l’on entasserait les civils faits prisonniers, où on les ferait mourir à petit feu ou encore où on les assassinerait en masse, telles étaient les joyeusetés annoncées de la guerre de 1950 selon Arthur de Mirecourt.
Le lieutenant avançait le chiffre
faramineux de cent millions de morts dans cette guerre totale. Pour vaincre
l’adversaire, il faudrait détruire ses centres industriels par bombardements
aériens systématiques. Mirecourt envisageait également des modèles de fusils
automatiques à tir ininterrompu, des mitrailleuses multiples, des mortiers
électriques, des orgues de Staline avant l’heure, des fusées téléguidées destinées
à détraquer le climat des territoires de l’ennemi afin de réduire ses récoltes,
voire de les détruire.
Cependant, son livre d’anticipation
prévoyait malgré toutes ces armes et destructions la victoire de l’Allemagne
après un désastre sans précédent supporté par les armées russes et françaises
encerclées et ravagées par les épidémies provoquées par les bombes bactériologiques
dont les savants du Reich avaient fini par percer le secret. Ainsi, le coq
gaulois finirait par succomber malgré sa supériorité technique.
Arthur était persuadé que les
réseaux d’espionnage allemand étaient responsables de cette déroute militaire
française. Il achevait le livre par une réflexion, que deviendra l’esprit humaniste dans un tel cauchemar ? le XXe
siècle, à n’en pas douter, sera le siècle de l’horreur absolue. Il nous faut
éviter cela. Alors, prônons la guerre humaine et non la guerre totale, dépeinte
avec tant de réalisme qu’elle semble proche de nous et possible. Evitons la
surenchère en matière d’armements. Nous devons vivre, notre civilisation
perdurer, sinon c’en sera fini de nous.
A la suite du remue-ménage provoqué
par son livre, le lieutenant fut convoqué au ministère de la guerre par le
général André. Pris pour un illuminé, Arthur de Mirecourt se vit contraint de
retirer son œuvre. De plus, il reçut un blâme qui fit tache dans son dossier et
il fut muté dans une garnison algérienne, en plein bled saharien, à fort
Djerba.


Or, les hommes de la garnison
devaient faire face aux pillages réguliers des tribus itinérantes, c’est ce que
l’armée coloniale qualifiait de pacification
douce.
La vie de camp s’avéra vite
ennuyeuse et médiocre pour un officier de la trempe d’Arthur de Mirecourt. Le
confort laissait à désirer, la nourriture était mauvaise. Sous une chaleur accablante,
les patrouilles tentaient d’assurer la sécurité des caravanes marchandes.
Fort Djerba fut attaqué plusieurs
fois par des bandes montées sur des dromadaires, ces vaisseaux du désert,
armées de fusils et de carabines. Les assauts étaient à chaque fois repoussés
mais à cause de la pestilence, il fallait enterrer les morts rapidement.




Après les combats, l’inaction
succédait. De longues semaines s’écoulaient avant qu’encore, les pillards
n’apparaissent à l’horizon.
Arthur tentait de correspondre avec
son père en métropole. Mais le courrier s’égarait le plus souvent ou ne
parvenait qu’avec un retard conséquent.
Pendant trois longs mois, aucune
attaque de caravane ne fut signalée. Touareg et Berbères se tenaient
inexplicablement tranquilles. Les soldats de la coloniale sombrèrent alors dans
l’hébétude. Ils n’avaient plus que l’alcool pour se distraire. Malgré les
rappels à l’ordre du colonel, les beuveries se succédaient et les punitions
pleuvaient. Cependant, les officiers parvinrent à ramener le calme tant bien
que mal en contrôlant la consommation de vin et en détruisant un alambic
clandestin.
La chaleur se faisait insoutenable
et la sécheresse détruisait tout ou presque. Les puits se tarissaient progressivement
et les montures, chevaux et même dromadaires, souffraient désormais de la soif.
L’oasis ne suffisait plus au ravitaillement en eau des hommes du fort et
l’oued, asséché, ne pouvait suppléer aux puits.
Alors, les têtes brûlées
s’adonnèrent à des paris absurdes. Il fallait coûte que coûte rompre l’ennui et
la lassitude qui s’emparaient des esprits. Les soldats s’exerçaient vaille que
vaille au tir sur des mannequins de chiffons, tentant de placer le plus de
cartons. D’autres pariaient stupidement sur le fait de tenir le coup sans boire
ni dormir durant deux jours. Le capitaine Gerbier fit cesser ces jeux.
A l’automne, ce fut le temps des
manœuvres dans le désert. La pluie était revenue et l’atmosphère s’était
détendue. Les hommes apprirent à contrer les embuscades tendues dans les
défilés rocheux et étroits. Pour cela, ils utilisaient la tactique en vigueur
chez les Touareg, montés sur des dromadaires. Ainsi, eurent lieu de véritables
charges de cavalerie et d’escadrons de méharistes.


Puis, une tribu voisine, amie de la
France, s’en vint offrir une fantasia au colonel commandant fort Djerba.
L’humeur des soldats, au beau fixe, allait vite s’assombrir. En effet, lors de
la reprise des manœuvres dans le désert, le capitaine Gerbier et son escorte,
victimes d’une tempête de sable, se perdirent dans la vaste étendue jaune et
cruelle. Le sirocco soufflait avec colère, ensablant les militaires et les
étouffant. Lorsqu’enfin, la tempête s’apaisa, le paysage était bouleversé. On
n’y reconnaissait plus rien. Le capitaine et sa troupe errèrent durant plusieurs
jours, complètement perdus. Un caporal mourut, victime d’une insolation.
Ensuite, Gerbier lui-même, piqué par un scorpion noir, dut être transporté en
litière. Mais les hommes tournaient en rond.
Toutefois, l’expédition fut enfin
retrouvée par des soldats venus du fort. Il s’était écoulé une semaine depuis
le départ du capitaine. Celui-ci, conduit à l’infirmerie, était dans un sale
état. Le médecin major avoua son impuissance au lieutenant de Mirecourt. Arthur
assista, le cœur serré, à l’agonie de son ami. Jean-Baptiste expira après avoir
lutté contre la mort durant de longs jours. Il n’avait pas même eu conscience
de la présence du lieutenant à ses côtés. L’officier n’avait pas trente ans.
Dès lors, terriblement affecté,
Arthur demandera au colonel d’intercéder en sa faveur pour être rapatrié en
métropole.
Durant l’hiver 1904/1905, les puits
se métamorphosèrent en mares d’eau croupie, où les moustiques venaient pondre. Or, le lieutenant de Mirecourt, de retour
d’une patrouille en décembre dans la zone des puits contaminés, apparut changé
par ses supérieurs. Fiévreux et amaigri, il délira même durant deux jours
entiers. Une crise de paludisme fut diagnostiquée par le médecin major. Arthur
dut quitter Fort Djerba et être rapatrié dans la capitale algérienne pour y
recevoir des soins intensifs.
Puis, plus ou moins rétabli, mais
restant fragile, il s’embarqua pour Marseille. Ensuite, ce fut le train qui le
conduisit sur la Côte d’Azur afin de profiter d’une cure de trois mois aux
frais de l’armée.
A peine guéri, le jeune homme
regagna l’Afrique du Nord, et se retrouva à Tanger en mars 1905. Il avait reçu
de nouveaux ordres et une nouvelle affectation.
*****
Berlin, 10 décembre 1904.


La fille de Wilhelmine, Martha, née
en septembre, mourut de la diphtérie à l’âge de trois mois.
Le couple fut profondément affecté
par cette perte cruelle. De retour de l’Université, Waldemar trouva son épouse
en pleurs, penchée sur un berceau vide. La jeune femme, inconsolable, ne
parvenait pas à articuler des phrases cohérentes. Le jeune chercheur comprit
qu’il devait changer de cadre au plus vite afin que Wilhelmine ne sombrât pas
dans la dépression, voire la folie. Alors, Waldemar prit une terrible décision.
Tant pis pour sa carrière. Il retournerait au Wurtemberg au plus tôt, soit au
printemps 1905. En effet, une possibilité s’offrait à lui, une possibilité
intéressante mais pas aussi rémunératrice et glorieuse que sa situation
actuelle. Un institut de hautes études scientifiques venait de voir le jour
dans sa ville natale. L’institut avait bénéficié du patronage du baron von
Möll. Le fils cadet de Rodolphe pourrait donc y enseigner la physique.
Pour l’heure, Waldemar ne pensait
qu’à la douloureuse perte subie et à la santé de sa femme.
- Le malheur nous touche, Wilhelmine,
faisait-il ce soir-là.
- Je ne puis accepter ce décès,
Waldemar… il y a une sorte d’injustice dans la mort de Martha. Le sort
s’acharne sur nous. Et ce, depuis que nous nous sommes installés ici, à Berlin…
- C’est pour des raisons
professionnelles que nous sommes venus dans la capitale. Mais, tu sais, ma
chérie, je regrette maintenant d’avoir visé trop haut… je vois bien que tu ne
te sens pas à l’aise… que ta santé est chancelante…
- L’atmosphère malsaine de Berlin a
tué Martha. Mon pauvre bébé ! les hivers y sont trop rudes. Je ne supporte
plus cette ville, son ambiance hypocrite et guindée, les mensonges de tes
confrères, les gens que nous sommes obligés de fréquenter. Ces masques que nous
sommes contraints de porter.
- Wilhelmine, toi-même, tu désirais
côtoyer le grand monde, les élites intellectuelles de la capitale.
- Le prix que nous payons est trop
lourd, Waldemar. Quittons Berlin. Je sens que je mourrai si je reste ici.
- Ce que tu me demandes là,
Wilhelmine, est délicat.
- Tu t’obstines donc, mon
mari ? Comme autrefois lorsque je te demandais de ne pas t’acharner à
conduire une automobile de sport ?
- Non, je cède à ton désir, ma
chérie. Jamais je ne te sacrifierais pour satisfaire mon ambition personnelle.
Waldemar était à la fois un homme de
parole et de cœur. Pour conserver tout l’amour de son épouse, pour que celle-ci
ait une chance de recouvrer la santé, alors que les sommités scientifiques
commençaient à s’intéresser à lui, le cadet des von Möll, se résignait à voir
les portes de la renommée se fermer définitivement devant lui. Ce geste
profondément désintéressé allait inspirer Otto beaucoup plus tard. La passion
scientifique de Waldemar n’était sujette à aucune scorie. L’argent que la
gloire à laquelle il aurait pu prétendre lui aurait apporté, il s’en moquait. Ainsi,
dès l’année 1905, Waldemar von Möll ne serait plus qu’un modeste professeur de
physique exerçant en province.
Toutefois, les espoirs du fils cadet
n’étaient pas entièrement éteints. En effet, malgré son jeune âge, les qualités
intellectuelles d’Otto s’affirmaient déjà. L’esprit curieux de l’enfant lui
permettait de s’intéresser à tout et, particulièrement, aux engins modernes et
à la technique qui leur permettait d’exister. Le garçonnet passait ses loisirs
à démonter ses trains et ses voiturettes afin de voir comment ses jouets
fonctionnaient.
*****
Los Angeles, 17 Mai 1993.
L’ambition d’Otto, plus grande que
celle de Waldemar, allait profiter à son petit-fils, Stephen. En effet, ce
dernier, en bon Américain, savait que l’argent était indispensable à la
poursuite de ses expériences.
Mais, pour l’heure, la croisière
japonaise envisagée se préparait fébrilement. Tamira était parvenue à arracher
à son amant la date de leur départ, celle du 20 mai. Le voyage devait durer
subjectivement quelques semaines, voire quelques mois. Mais un contretemps
faillit faire capoter ces vacances de rêve. Un contretemps de taille.
Trois jours seulement avant
d’effectuer un nouveau saut dans le temps afin de gagner l’année 1907, le professeur
Möll fut enlevé par des agents de la CIA au saut du lit alors que Michaël avait
disparu fort à propos.
Malgré ses éructations et ses
insultes, Stephen fut conduit manu militari devant le Président Drangston dans
un lieu secret, connu d’une poignée de personnes. L’interrogatoire promettait
d’être serré.
Cependant, le chercheur savait que
l’agent temporel s’était rendu en 1903. Mais il n’avait fourni aucune
explication à son hôte.
*****
La confrontation avec le Président
ne donna rien. Stephen se mura dans le silence. Au bout de quelques heures, las
de voir que le professeur Möll était têtu et refusait de répondre à des
questions élémentaires, Drangston ordonna que l’on conduisit le chercheur dans
un lieu approprié afin de l’interroger dans les règles. Tant pis pour l’Habeas Corpus !


Pendant ce temps, Gregory
Williamson, de passage dans la capitale des Etats-Unis, était reçu dans le
bureau ovale par Drangston. Il fit part sans langue de bois de ses idées
va-t-en-guerre au Président.
- Monsieur le Président, il faut
avoir conscience du danger qui menace notre pays. Pour freiner la marée
montante du Tiers Monde, mais aussi l’impérialisme soviétique qui, justement,
travaille au corps toutes ces masses incultes et va-nu-pieds de ces régions, il
vous faut refuser tout dialogue et donc tout compromis avec ces gens-là !
Notre nation doit faire en sorte que l’URSS et la Chine communiste en viennent
à se détruire dans un conflit où nous, bons Américains, resterions neutres.
Tout cela pour la galerie, bien entendu.
- Ah oui ? Intéressant. Quels
en seront pour nous les avantages immédiats ? Interrogea le Président avec
une fausse naïveté.
- Une fois nos deux ennemis hors de
combat, le mythe américain sera plus fort, plus puissant que jamais. Alors, les
pays en développement se plieront à nos lois et, en premier lieu, à la loi du
marché.
Drangston acquiesça, approuvant ce
discours cynique.
Or, parallèlement, le malheureux
Stephen Möll, était interrogé sans relâche par des agents de la CIA. C’était à
peine si on le nourrissait et si on lui laissait le temps de dormir. Il fallait
vaincre sa volonté par la tactique de l’épuisement. Tous les moyens classiques
des interrogatoires en règle y passèrent. Détecteurs de mensonges branchés,
penthotal, illégal, tortures mentales et ainsi de suite.
Aucune personne non entraînée ne
pouvait supporter pareil traitement. Le 23 mai, Stephen craqua. Dans la petite
salle insonorisée et impersonnelle, dépourvue de fenêtre, le professeur dégoisa
tout ce qu’il savait. Les expériences temporelles, dans leurs moindres détails,
les accidents qui en résultèrent, ses erreurs de calcul, les principes de
fonctionnement sur lesquels reposait le translateur, les premiers échecs, son
obstination presque puérile de vouloir modifier le cours de l’histoire, la
lutte sourde avec une personne qui disposait de moyens technologiques dépassant
l’entendement -là, il n’alla point jusqu’à nommer qui il supposait être
l’Ennemi – l’arrivée de Michaël, un individu appartenant à l’espèce des Homo
Spiritus, son aide précieuse, le fait que, désormais, le translateur était
inféodé à l’agent temporel et que lui, simple mortel, était désormais dans
l’incapacité de le piloter et de dire dans quel interstice de la réalité était
garé l’engin improbable, et ainsi de suite.
A bout de nerfs, l’épuisement, le
faisant bégayer, le chercheur conclut :
- Les gars, je vous jure que je vous
ai tout dit. Je ne sais rien de plus.
- Ah oui ? vraiment ? Jeta
un des agents sur le mode sarcastique. Si nous reprenions depuis le début,
mister Möll ?
- Je vous en supplie. Laissez-moi
sortir…
- Tu rêves, l’ami. Bon. Reprenons.
Nous t’écoutons.
Après les aveux de Stephen, une
armada d’agents en civil fut envoyée traquer l’homme du futur. Mais Michaël ne
se laisserait pas capturer aussi facilement que le professeur.
Pendant les six jours que dura
l’enlèvement de Stephen, l’agent temporel commença par ne pas s’inquiéter outre
mesure de l’absence du chercheur. Mais enfin, il finit par réagir. Après avoir
questionné Tamira, Cynthia et Mohammed, il comprit que l’heure était grave et
que la disparition de son ami n’était pas du tout volontaire. Depuis près d’une
semaine, le professeur n’assurait plus ses cours à l’Institut. D’habitude, il
prévenait toujours ses supérieurs. Or, cette fois-ci, cela n’avait pas été le
cas.
Alors, l’homme du futur prit une
décision. Usant de ses talents télépathiques, il tenta de localiser Stephen
dans ce continuum espace-temps. Après quelques heures d’effort, il parvint à
savoir où son ami se trouvait. Ses pensées lui parvenaient confuses et
décousues. Cela signifiait que le professeur avait été torturé et que son
mental était perturbé.
- Aïe ! Stephen va mal. Très
mal. Ces idiots l’interrogent sans arrêt. Si cela dure, il va finir par devenir
fou. Je dois intervenir. Voyons. Il est détenu dans le Nevada… sous terre. Aucun
obstacle sérieux. Je puis venir à bout très facilement des armes et autres
appareils dont ces messieurs disposent.
Aussitôt dit, aussitôt fait. L’Homo
Spiritus, sans user du translateur, se retrouva, comme par un simple claquement
de doigts, au cœur même de la base secrète de la CIA. Mais Michaël avait fait
preuve d’imprudence. Il avait sous-estimé les agents. Alors que l’homme du
futur venait juste de pénétrer dans la cellule dans laquelle Stephen, à demi
conscient, reposait, il fut soudainement entouré par six types armés de tasers
et leur esprit protégé par des isolateurs télépathiques. Inutile de dire qui
leur avait fourni lesdits derniers appareils.
- Bastard ! lève les mains en
l’air, espèce d’enfoiré.
- Oh ! Oh ! vous
m’attendiez à ce que je vois, répliqua Michaël sur le mode ironique. Et vous
vous êtes munis de boucliers mentaux. Bravo ! vous devenez très forts,
messieurs. Alors, n’abusez plus de votre supériorité et relâchez monsieur Möll
puisque vous m’avez, moi. D’ailleurs, c’est ce que vous vouliez, non ?
- Tout à fait…
- Voilà à quoi rimait l’enlèvement
de Stephen.
- Bien. Vous comprenez qu’il serait
stupide de résister, monsieur Michaël.
- Naturellement. Mais j’aimerais
savoir à qui j’ai affaire…
- Capitaine Seamus Langtry.
- Merci. Mais vous devriez ranger
vos armes. Je n’aime pas céder à la menace, vous savez.
- Non, il n’en est pas question.
- Vous n’avez rien à craindre de
moi. Vos isolateurs vous protègent. Ainsi que cette cage de Faraday,
d’ailleurs.

- Ah ! Vous avez remarqué.
- Ne me prenez pas pour un idiot,
capitaine. Maintenant que vous me détenez, conduisez-moi à votre Président.
- Vous voulez plaisanter, sans
doute ?
- Non, pas du tout, capitaine.
Prenez ma demande pour ce qu’elle est, un ordre.
- Comment ?
- Oui, un ordre. Votre cage de
Faraday, je puis parfaitement la désactiver. Quant à vos boucliers mentaux
artificiels, pareillement. La preuve ? Observez votre bras droit.
- Kenneth ! Que
t’arrive-t-il ? s’exclama Langtry.
- Je viens de pénétrer son mental,
répondit innocemment Michaël. Maintenant, il croit se trouver sur Mars, sans
scaphandre et sans oxygène, subissant le froid mordant. Si je poursuis, votre
subordonné sera mort dans trois minutes.
- Cessez, sinon, nous tirons, hurla
le capitaine.
- Seulement si vous libérez Stephen.
Ensuite, vous me conduirez à la Maison Blanche. Compris ?
Alors que le délai de l’espérance de
vie de Kenneth se réduisait et que l’agent devenait bleu et suffoquait de plus
belle, le capitaine, blême de colère, regarda ses hommes et fit :
- Puisque notre prisonnier veut
parler à notre président, dans ce cas, accordons-lui ce caprice. Baissez vos
tasers, les gars.
- Enfin ! sourit Michaël.
Stephen Möll fut donc relâché et
l’agent temporel emprunta un avion spécial afin d’être amené à la Maison
Blanche. Durant tout le trajet, l’homme du futur ne fit que rire et se moquer
de ses gardiens. Il alla même jusqu’à réclamer de visionner son feuilleton
favori Star Trek, the next Generation.

Langtry dut céder une fois encore au désir de Michaël.

Langtry dut céder une fois encore au désir de Michaël.
*****