Epilogue
21
mars 2510, New Paris.
Dans
la demeure toute simple déjà entrevue, Tchang Wu accueillait son fils prodigue
non sans une certaine froideur.
-
Daniel Lin, peux-tu m’expliquer pourquoi tu nous laisses sans nouvelles ta mère
et moi pendant dix-huit mois? Tous les relais subspatiaux tentent de te
contacter depuis plusieurs semaines. Tu imagines ma gêne lorsque j’ai dû avouer
à l’Amirauté que j’ignorais où tu étais. L’amiral Prentiss te donne le
commandement du nouveau vaisseau scientifique Le Langevin. Comme tu le
sais, il est capable d’entamer un voyage hors de notre Galaxie. Et toi, tu ne
réponds à aucun de nos appels. Je veux bien admettre que ta dernière mission
sur Mingo a été pénible, mais pas au point de risquer la cour martiale…
-
Père, j’avais besoin de réfléchir en toute sérénité, loin de toute agitation,
des sollicitations de la Flotte. Durant quelques mois, j’ai même envisagé la
possibilité de démissionner.
-
Ah? Pour faire quoi ensuite?
-
Pour me consacrer à la recherche musicologique…
-
Crois-tu que ce soit là une situation bien sérieuse pour un chargé de famille?
-
Père, cette remarque m’étonne de votre part… comment Li Wu vous a-t-il nourri
pendant cinq ans alors que vous aviez terminé vos études avant que vous trouviez un poste pérenne sur
Hellas? Grand-père n’était qu’un philosophe et un poète, or, la société de
cette époque tolérait difficilement ces activités culturelles.


-
C’est vrai. La situation a heureusement évolué depuis… mais tu fais preuve
d’une certaine désinvolture insolente en me parlant ainsi… non?
-
Père, je n’oserais pas… je vous suis tout dévoué… vous le savez bien…
Après
avoir marqué un temps d’arrêt, Daniel Lin reprit.
-
L’Institut Fermkinew de Rigel m’a proposé de prendre la tête de son département
artistique qui vient de s’ouvrir…
-
Oui… mais?
-
Mais j’ai refusé… cela vous rassure…
-
Je l’avoue. Pourquoi donc?
-
Le sentiment que ce n’était pas là la destinée qui m’attendait… je pense plutôt
que je m’accomplirai en explorant l’espace…
-
Donc, tu vas répondre positivement à la proposition de Prentiss…
-
Certes…
-
Irina sera de retour dans un quart d’heure. J’espère que tu n’as pas oublié
qu’elle donne un cours à la faculté de Jussieu…


-
Non père… cela m’est impossible… je n’oublie jamais rien.
-
Hum… un reproche quant à ta double nature?
-
Non, pas du tout.
-
Elle t’est toujours très attachée et accepte de te suivre quelle que soit ta
décision. Pas seulement parce que vous avez fait un enfant ensemble…
-
Un enfant conçu à l’ancienne…
-
Une naissance que j’ai approuvée…
-
Irina me comprend bien mieux que vous, que Catherine… je vais prendre contact
avec l’amiral Prentiss de ce pas…
-
Je me demande si le commandement ne va pas peser trop lourdement sur tes
épaules, fils…
-
Père, je croyais que nous nous étions entendu sur ce point. Si je parvenais au
grade de commandant je n’aurais plus de comptes à vous rendre. Je serais enfin
devenu adulte…
-
Oui, je te le concède… Tu as mûri… Changé…
-
En bien, j’espère.
-
Le vaisseau Langevin est certes de petite taille, mais il est
spécialement conçu pour l’exploration scientifique.
-
Avec l’accord de l’Amirauté, je l’engagerai en direction de la Galaxie M33.
-
Ce voyage prendra des années…
-
Une génération, père… j’espère avoir les mains libres pour sélectionner les
membres de mon équipage, les officiers supérieurs surtout…
-
Tu as déjà réfléchi au problème.
-
Evidemment… je compte prendre les anciens du Sakharov… Benjamin Sitruk,
Lorenza di Fabbrini, Irina mon épouse, mais aussi Chtuh, Sélim Warchifi, Ahmed
Chérifi, Uruhu, Kiku U Tu…
-
Là, je ne suis pas d’accord…
-
Oh! Mais je puis parfaitement le contrôler père. Je sais comment m’y prendre
avec lui.
-
Admettons. Je m’aperçois, avec tristesse, que les rapports entre nous ne sont
plus les mêmes. Tu ne me respectes plus autant…
-
Vous vous trompez, père. J’ai pour vous la plus grande admiration… Sans vous,
votre audace, jamais je n’aurais vu le jour.
-
Tu t’es émancipé…
-
J’ai choisi de privilégier mon humanité.
-
Cela, je le vois. Sans doute, préfères-tu Catherine à moi?
-
C’est ma mère!
Justement,
à cet instant, l’épouse de Tchang entra dans le bureau, toute pimpante, comme
rajeunie, les bras chargés de pots et de jardinières, afin de montrer à Daniel
Lin les résultats de ses dernières expériences, des greffes de fleurs d’Ankrax
avec des rubans d’acier de Mingo. Cela était fort prometteur.
-
Daniel Lin, vois. Toi seul es à même d’apprécier ma réussite. Tchang trouve mes
efforts inutiles.
-
Mais non, ma chérie, objecta l’interpellé.
-
En effet, maman. C’est splendide, franchement. Prometteur aussi… les enzymes…
Le
daryl androïde fit une pause puis reprit.
-
Maman, tu devrais te reposer davantage. Le docteur Sitruk te l’a recommandé.
-
Mais je vais beaucoup mieux… je me sens en pleine forme. Tu me connais. Je
déteste rester sans occupation.
-
Oh! Je le sais… soupira Daniel Lin.
-
A propos, Lorenza vient dîner ce soir avec toute sa famille. Si tu doutes
encore, elle te confirmera de vive voix mon rétablissement.
-
Je vais donc revoir sa charmante fille Violetta et…
-
Charmante, Violetta? Cela dépend du point de vue… elle prend un malin plaisir à
imiter tout ce qu’elle voit. L’autre semaine, elle est parvenue à se faire
passer pour moi, sourit Catherine.
-
Oui, et elle m’a leurré une bonne heure, soupira Tchang.
-
Cela ne m’étonne pas d’elle. Je vais enfin faire la connaissance d’Isaac. Il
n’a pas hérité des talents des métamorphes puisque c’est un garçon. Mais où est
donc Mathieu?
-
De sortie avec sa baby-sitter. Il voulait visiter la Tour Eiffel. Elle a été
restaurée.
-
A deux ans, il possède une intelligence bien affirmée et un caractère docile,
compléta Catherine.
-
Ah! Cette Tour me poursuit décidément…
-
Que veux-tu dire? Interrogea la vieille femme.
-
Rien d’important, maman.
-
As-tu écouté toutes les informations de ces derniers jours? Jeta Tchang.
-
Vous faites sans doute allusion à l’ambassadeur Fermat.
-
Je me demande pourquoi il a renoncé à faire carrière dans la Flotte et a
finalement opté pour la diplomatie, remarqua Catherine.
-
C’est là son secret.
-
Je mets ma main au feu que tu le connais…
-
Si c’était le cas, je ne le divulguerais pas.
-
Fermat aurait réussi à signer un traité de paix et d’amitié avec des êtres se
mouvant en deux dimensions, fit Tchang dubitatif.
-
Il doit ce succès à son mystérieux conseiller et bras droit Antor, compléta
Catherine. On dit de lui qu’il est un télépathe exceptionnel, bien plus
puissant que Sarton lui-même…
-
Revenons plutôt au dîner de ce soir, souffla le bio cybernéticien. Georges et
Ariana seront également présents avec leur fille Célia.
-
De grandes retrouvailles m’attendent…
-
Cette perspective te réjouit-elle?
-
Bien sûr, père.
-
Je souhaite que nous mettions tous à profit ces quelques heures pour ne pas
faire allusion à nos légers différends…
-
Vous voulez dire qu’il nous faudra éviter d’évoquer certains squelettes dans
nos placards…
-
Quels squelettes? Lança innocemment Catherine.
-
Pour qui me prenez vous, père? Pourquoi n’acceptez-vous pas vraiment l’idée que je me sois totalement
émancipé, que j’aie dépassé ma programmation…
-
Que tu as choisi d’être humain, se réjouit la mère.
-
Merci pour cet appui, maman.
-
Daniel Lin, je souhaiterais que tu m’expliques d’où vient Antor précisément,
reprit Catherine. Je me pose cette question depuis cinq ans déjà. Assurément,
il n’est pas natif de ce monde…
-
Il a pourtant bien vu le jour sur la Terre…
- Hum…
-
Je te l’assure. Tu sauras tout ce soir. Le docteur di Fabbrini m’autorisera
certainement à dire ce que je sais à propos de mon ami. De plus, elle
confirmera mon témoignage.
-
Comment cela?
-
Père, elle connaît aussi bien que moi les origines d’Antor. Cependant, ce qui
sera dit ne devra en aucun cas sortir de cette maison…
-
Bigre! Le fait de connaître cette origine pourrait donc bouleverser l’Univers?
Ironisa Tchang.
-
Oui, père… du moins la vision que vous en avez.
-
Les arguments que vous avancerez tous les deux, le docteur et toi, devront être
étayés par des preuves solides.
- Ils le seront.
***************
Le
même soir, vers vingt-deux heures et dans la même maison.

Le
dîner donné par Tchang et Catherine s’achevait dans une ambiance détendue.
Alors que tous les convives dégustaient une crème glacée façon Aldebaran,
Daniel Lin mit à profit la bonne disposition de l’assistance pour raconter les
mésaventures subies par la chronoligne du fait des agissements d’un certain
Penta pi. Dans cet Univers alternatif, les Haäns dominaient la
Galaxie avec les conséquences que l’on connaît. Il ne passa pas sous silence
les actions désespérées que le commandant Fermat, Lorenza di Fabbrini, le
mystérieux et improbable Antor et lui-même durent accomplir pour rétablir le
cours de l’histoire humaine. Pour corroborer son récit, il disposait d’images
souvenirs puisées directement dans sa mémoire car son cerveau était relié à un
appareil étrange, un céphaloscope couplé à un projecteur holographique.
Lorenza,
troublée par ce qu’elle voyait et reconnaissait, à son tour, accepta d’être
branchée.
Certes,
les situations les plus critiques et les plus mémorables furent ainsi
visualisées mais malgré ce résumé, la séance de projection ne se termina qu’à
plus de deux heures du matin.
Alors,
un lourd silence s’établit que personne n’osa interrompre.
Enfin,
Catherine se décida.
-
Je pense qu’il est inutile que je pose la question concernant la véracité de ce
que nous venons de voir. Vos souvenirs, à vous Lorenza et à toi, Daniel Lin, se
recoupent parfaitement. Ce serait te faire injure, mon fils, de croire qu’en
cet instant, tu influences l’esprit du docteur. Dans cette histoire-ci et non
pas dans celle que vous nous avez montrée, vous avez été séparés une douzaine
de jours après la permission prise sur Hellas. Donc, vous n’avez pu vous
concerter et monter une sorte de machination… d’ailleurs, dans quel but en
définitive?
-
Euh… Catherine, loin de moi de vous croire paranoïaque, mais… nous n’avons pas
été si rapidement séparés, fit Lorenza de sa voix douce. Vous voulez parler du
second séjour et non du premier. J’ai d’abord dû regagner le vaisseau Sakharov.
Je venais de passer quelques mois de vacances sur Metamorphos avec Violetta
qui, alors, n’avait que dix-huit mois. Or, c’est en fait à la suite d’une
mission à haut risque sur Vegas III que nous avons rallié une nouvelle fois la
planète Hellas.
-
Quel terrifiant destin nous avait été dévolu! Soupira Benjamin.
-
Que de souffrances aussi… quelle solitude! Approuva son épouse.
-
J’étais mort, reprit Sitruk, profondément touché. Je n’existais plus. Ni Chtuh,
ni Sélim… comment as-tu fait pour résister, ne pas sombrer dans le désespoir le
plus total?
-
Je ne voulais pas perdre la raison. J’ai lutté de toutes mes forces, puisé dans
mes ressources et obéi à Fermat.
-
Je saisis maintenant pourquoi le commandant a préféré démissionner et s’engager
dans le corps diplomatique… murmura Catherine.
-
Je ne sais pas, enchaîna Benjamin, si, dans de telles circonstances, j’aurais
été à la hauteur, si j’aurais pu éliminer les responsables de ce cauchemar. Tu
t’y es résolue, toi… et vous également, commandant. Chapeau!
-
Lieutenant, je suis loin de mériter vos félicitations, fit Daniel Lin d’une
voix sourde.
-
C’est pourtant votre plaidoirie qui a convaincu Penta pi.
-
Je n’ai rien fait que l’obliger à changer de cibles. Il ne s’agissait que d’un
marchandage bien vil à mes yeux.
-
Mais, Daniel, dit Irina lentement, tu as choisi, en toute connaissance de
cause. Nul, ici, ne songe à te critiquer. Nous te devons notre existence…
-
Oui… mais à quel prix! Mais vous, père? Je vous trouve bien silencieux…
-
Daniel Lin, je ne te juge pas. Je m’y refuse car je n’en ai pas le droit. Tout
à l’heure, je t’apprendrai pourquoi. Mais, fils reprends.
-
Sur Hellas, le docteur apprit sa mutation au poste de directrice du service
médical de xéno biologie de Paris 23.
-
Une telle opportunité dans une carrière ne se refuse pas, jeta Lorenza.
-
Toutefois, à propos de Sarton… hésita le daryl androïde.
-
Quelque chose te chiffonne, compléta son père. Tu l’as rencontré à Vientiane
alors que tu achevais ta première année à l’Académie et que, brûlant les
étapes, tu venais d’accéder au grade de cadet de première classe. J’ai visionné
le film holographique de cette entrevue mémorable à plus d’un titre au moins
une centaine de fois. J’en connais les moindres détails. Sarton est le scientifique
que j’admire le plus…
-
Père, je partage votre sentiment. Nos hôtes seront à même d’apprécier toutes
les subtilités de cette unique rencontre si vous leur montrez le document.
-
Oh? Oui, bien sûr. Bien plus que tu le supposes, fils.
Avec
empressement, Tchang se leva de table, fouilla dans un porte-disques, en sortit
une minuscule capsule transparente numérotée qu’il mit aussitôt en lecture.
Le
film holographique datait de l’année 2485 mais il était en parfait état de
conservation et les images tridimensionnelles qui apparurent au centre de la
salle de séjour n’avaient aucun défaut.
Les
convives comptabilisèrent cinq rangs de cadets, tous rangés au garde-à-vous
dans leur uniforme bleu et vert impeccable. Une musique dodécaphoniste rétro
retentit, l’hymne de l’Académie de Vientiane. Sous la débauche sonore, Daniel
Lin ne put s’empêcher de grimacer.
L’Amiral
Venge accueillait avec tous les honneurs dus à sa renommée un hôte illustre,
Sarton, ancien ambassadeur, ex-conseiller de l’aréopage d’Hellas, ex-chercheur
prospectiviste, celui qui, le premier, concrétisa les théories du voyage
temporel amorcé par Stankin.
L’ancien
chercheur avait tenu à se rendre à Vientiane pour des raisons assez obscures au
commun des mortels.
Fort
vieux, très chenu, presque cassé en deux, ce qui faisait disparaître sa haute
taille, l’humanoïde avançait d’un pas mesuré vers les cadets, sa stature jadis
imposante disparaissant presque sous les plis d’une vaste toge noire et argent,
symbole de son rang actuel de sage.
Appuyé
lourdement sur l’épaule compatissante de Venge, le vieillard progressait à
petits pas en direction d’une seule personne. Visiblement, il recherchait
quelqu’un. Son œil partiellement voilé par le grand âge, dévisageait chaque
cadet.
Enfin,
parvenu à la hauteur du cadet Wu, qu’il reconnut immédiatement, ce qui tenait
lieu du miracle, l’Hellados n’ayant jamais rencontré le daryl androïde, il
s’arrêta et prit la parole, s’adressant au jeune homme avec respect en usant du
français et non du sabir basic English…
-
Cadet Daniel Lin Wu, je suis grandement honoré de vous rencontrer.
Surpris,
le jeune homme tenta de ne rien montrer de ses émotions. Décontenancé, il ne
sut quoi répondre.
-
Daniel Lin, je capte vos pensées, fit l’Hellados. Vous n’osez exprimer tout haut
vote étonnement. Vous êtes abasourdi. Vous êtes en train de supposer que je
perds la tête et que cela est dû à mon grand âge. N’ai-je pas atteint déjà
trois cent vingt-deux de vos années?
-
Euh… votre Excellence… pardonnez ma question… comment me connaissez-vous? Je
n’ai encore rien accompli d’extraordinaire… peut-être me confondez-vous avec
mon père, le concepteur des intelligences artificielles…
-
Le biologiste doué… non, mon enfant, je ne fais pas erreur. Si vous existez,
c’est grâce à moi. Je n’éprouve ni gêne ni orgueil à le reconnaître, mais aussi
grâce à vous-même. Curieux paradoxe n’est-ce pas? Plus tard, vous comprendrez
ce que mes paroles signifient. Daniel Lin Wu, vous accomplirez de grandes
choses, de fabuleux exploits. Mes propos ont de quoi vous surprendre, vous
déstabiliser, j’en ai pleinement conscience. Sachez, pour l’heure, que je vous
ai vu en rêve… et ailleurs, dans un Univers dévié, capitaine de la Flotte,
déchiré entre les composantes de votre double personnalité, faisant face à un douloureux,
bien cruel dilemme. Lorsque vous aurez trouvé les réponses, toutes les
réponses, vous irez encore plus loin. Vous vous épanouirez dans l’aboutissement
du plus beau songe humain qui soit, le plus noble et le plus ancien… commandant
d’un vaisseau à l’équipage remarquable, vous deviendrez le plus grand
explorateur de tous les temps et vous jetterez un pont entre les différentes
formes de vie et de conscience, entre les mondes et les dimensions, entre le
passé et l’avenir… tous les passés et tous les avenirs…
-
Votre Excellence…
-
Jeune homme, il me tardait de vous rencontrer alors que vous n’étiez encore
qu’un enfant tâtonnant à la recherche de
vous-même, un potentiel… demain, je ne serai plus. Ces paroles vous affligent…
mais c’est là le lot commun de tous les mortels. J’aurai rejoint, serein, la
longue lignée de mes ancêtres dont le plus illustre demeure Vestrak qui vous
est si cher. Qu’importe ce qui m’attend… je puis mourir maintenant puisque j’ai
pu vous voir et vous parler. Que Stadull soit loué pour cette entrevue et que
ma bénédiction retombe sur vous et tous vos descendants, jusqu’à la fin de ce
cycle et de tous les suivants. ¡ Hasta luego amigo,
y buena suerte! (A bientôt mon ami
et bonsoir !)


La
rencontre terminée, le disque s’arrêta. Après avoir remis en place la capsule,
Tchang crut bon de compléter ce que ses hôtes venaient de voir.
-
Mes amis, mes enfants, il me semble plus que nécessaire de vous révéler cette
nuit le secret qui était resté enfoui en moi depuis tant d’années.
-
Quel secret? Firent d’une seule et même voix Georges et Catherine.
-
Vous l’avez compris, je connaissais Sarton… Mieux… j’ai travaillé avec lui… sur
les préliminaires qui ont permis la naissance de Daniel Lin, le benjamin.
-
Mais, objecta Catherine, j’ai toujours cru que…
-
Oui, ma chérie, Sarton a participé à la
mise au point du protocole ayant abouti à la naissance de Daniel…
-
Comment? Quand?
-
L’Hellados était venu me rendre visite sur Nouvelle Terra peu après le deuil
qui nous frappa si cruellement…
-
Euh… lorsque nous avons appris la mort de…
-
Oui, c’est cela… mais… comme je pensais qu’il était prématuré de tenter la voie
biocybernétique, je choisis tout d’abord
de mettre au monde, plus classiquement, un autre fils… Georges, ici présent…
-
Merci, père, fit l’intéressé…
-
Las! Cela ne marcha pas autant que je le désirais…
-
Père! Reprit Georges, quelque peu offusqué.
-
Pardon, fils… c’est pour cela que j’osais enfin transgresser les interdits des
manipulations génétiques. Grâce au don que me fit Sarton, grâce aux écrits
secrets de Lobsang Rama, Daniel Lin vit le jour… le clone parfait de …


-
Daniel Deng… marmonna le daryl androïde…
-
Mais Sarton m’avait aussi fait un autre cadeau. Il m’avait révélé que notre
Univers n’était pas unique, qu’il portait mal son nom, et que, pour exister, il
avait fallu qu’il lui donne un coup de pouce.
-
Ce coup de pouce devait aboutir à…? Questionna Benjamin.
-
Non… ce coup de pouce serait amplifié par une nouvelle pichenette administrée
par Daniel Lin. La conséquence précédant illogiquement la cause… la flèche du
temps renversée… je me devais donc de créer ce fils qui serait le véritable
catalyseur de notre monde… c’était une obligation absolue… un paradoxe à
échelle cosmique…
-
Père… Vous saviez donc… et ce, depuis le début…
-
Oui, Daniel Lin, mais pas tout. Heureusement d’ailleurs. Si j’avais eu toutes
les cartes en mains, je ne t’aurais pas mis au monde… les scrupules l’auraient
emporté. Ce que tu as supporté… ce que tu as dû accomplir… vous aussi Lorenza…
cela dépasse l’entendement, le fragile équilibre de nos esprits…
-
Voici pourquoi vous ne pouvez me juger, nous juger… nous faire des reproches…
quant à ma rencontre avec le sage Hellados, en fait, je ne possède ce souvenir
que depuis mon retour ici, c’est-à-dire, objectivement, depuis quelques heures…
mais il n’y a pas que nos actions à prendre en compte. Penta pi a fait bien plus que réparer cet Univers. Par exemple, Antor, qui,
maintenant, est le bras droit du commandant Fermat - en cela, il a tenu parole
- le fait que j’ai pu parler à Sarton alors que dans la précédente chronoligne,
l’ex-prospectiviste était mort en l’an 2459...
-
Oui, Daniel Lin, fit Irina pensive. Il a également modifié notre propre passé à
la marge et concrétisé nos espoirs intimes les plus délicats. Cependant, il
nous devait bien cela. Nous avions tant souffert…
-
Ma chérie, tu dis vrai. Catherine, présente parmi nous, bien vivante, guérie
tant sur le plan physique que psychologique…
-
Mon fils, sans doute fais-tu allusion à ma mort?
-
Certes, celle inscrite en 2503... Mais aussi à ta dépression effacée depuis des
lustres.
-
Aujourd’hui, je me porte comme un charme, grâce à une découverte médicale des
plus prodigieuses.
-
Encore une surprise de Penta p, compléta Georges. Les sécrétions de wiwaxidés qui
ont perduré jusqu’à nos jours se sont révélées être le remède approprié dans
ton cas. Autrement dit, dans le langage commun, les limaces cuirassées.


-
Mais toi, Daniel Lin, mon fils cadet, questionna Tchang Wu, comment te sens-tu
aujourd’hui alors que tu t’es affranchi des barrières que j’avais placées en
toi? Tu comprends pourquoi désormais?
-
Bien, père. Je ne puis que vous approuver avec le recul. Les quatre lois de la
robotique sont obsolètes. Je n’en ai plus besoin. La morale humaine, mon
éthique personnelle suffisent à me gouverner. Humain, pleinement humain, je
puis choisir librement ma destinée. Pardonnez-moi cette indépendance si
chèrement et si tardivement acquise.
-
Commandant, jeta Benjamin, je crois que vous serez à la hauteur lors de cette
mission vers M33.


Alors,
l’impensable survint. Tchang serra affectueusement son fils prodigue dans ses
bras, refusant toutefois d’afficher l’émotion légitime qui l’étreignait.
Furtivement, il essuya une larme qui pointait. Le vieux savant acceptait
désormais Daniel Lin tel qu’il était devenu, tel que l’expérience l’avait forgé
et non pas tel qu’il aurait voulu qu’il fût.
À
son tour, Irina se leva et embrassa Tchang, lui marquant parallèlement un
profond respect, le remerciant ainsi du bonheur qu’elle vivait.
Ne
voulant pas rester à l’écart, Georges s’en vint auprès de son père. Toute une
famille était réconciliée.
Ce
fut Catherine qui eut le dernier mot.
-
Je ne sais pourquoi, mais je me sens sotte. Une coupe de champagne me semble toute
indiquée pour faire passer cette impression, non?
Tous
approuvèrent, y compris Ariana, qui était restée silencieuse durant toutes ces
révélations. Aucun des enfants n’avait pu visionner les terribles images. À la
suite de l’heure tardive, ils dormaient à l’étage d’un sommeil paisible.
***************
28
octobre 2516, selon l’ancien calendrier
chrétien.
Vaisseau
Langevin, à douze unités astronomiques du Soleil d’Oryx. L’engin
d’exploration étudiait une ceinture d’astéroïdes, reste d’un astre qui avait
explosé il y avait un peu plus de deux milliards d’années.
À
bord, le quatrième quart avait débuté il y avait une dizaine de minutes et la
nuit artificielle régnait dans presque tout le vaisseau sauf sur la passerelle
de commandement.
Le
premier lieutenant Chtuh, un petit dinosauroïde à la peau verte et aux rémiges
violettes, de moins d’un mètre cinquante de hauteur, était de veille. Il
visionnait attentivement les senseurs actifs afin de détecter toute présence
hostile à proximité des météores les plus importants.
Quelques
mètres plus loin, assise devant la console scientifique, Irina, le commandant
en second, passait en revue les dernières données récoltées dans la journée.
Sur un écran, défilaient les cent trente-trois éléments répertoriés constituant
la nouvelle table de Mendeleïev dont les derniers numéros comprenaient le
Planckium, le Broglium, l’Heisenbergium, le Dirachium, le Schrödingerium, le
Poincarium, le Coppésium, l’Alvarezium, le Gennium, le Gellmanium, le
Charpakium, l’Hawkinghium, le Stankinium et le Sartonium…


Un
chuintement discret. La porte de l’ascenseur principal s’ouvrit. Irina se
retourna machinalement.
-
Pourquoi reviens-tu sur la passerelle? Fit-elle. Tu as déjà accompli trois
quarts consécutifs et le vaisseau ne se trouve pas en statut d’alerte.
Le
commandant n’était pas de service, ce que laissait comprendre le fait qu’il
tenait son chat dans ses bras et qu’il avait revêtu une tenue civile.
-
Repos, lieutenant Chtuh. Reprenez votre tâche.
-
Bien commandant. Pour l’instant, aucune anomalie à signaler.
-
Merci. Irina je venais te voir pour te demander si tu n’avais pas donné par
mégarde une ration supplémentaire à Ufo. Observe-le. Il m’a tout l’air de faire
une indigestion.
-
Non, cela ne vient pas de moi. Tu sais, il a peut-être encore percé le secret
des codes du synthétiseur de nourriture. Ou encore demande à Georges, Mathieu
ou Violetta.
-
Oui, ce sont de bonnes suggestions…
-
Mais conduis d’abord Ufo chez le vétérinaire.
-
Mersiks, notre médusoïde, lui fait peur. Je vais suivre tes recommandations.
Puis je questionnerai les membres de la famille. Toutefois, je soupçonne
Violetta. Elle a toujours goinfré cet animal. Et mon Ufo a le grand tort
d’accepter tout ce qu’on lui donne. N’est-ce pas mon chat? Fit Daniel Lin en
caressant tendrement son félin. Mon gros, tu te fais vieux et ton organisme
pâtit plus qu’autrefois de tes excès.
-
Miaou! Rétorqua piteusement le chat des forêts norvégiennes, tentant, en vain,
d’échapper à son maître.
Un
nouveau chuintement. Cette fois-ci, Georges et Violetta - cette dernière âgée
d’un peu plus de treize ans - entrèrent dans le centre de commandement.
-
Décidément, personne ne dort cette nuit, constata Irina.
-
Dois-je t’appeler commandant ou Daniel Lin? demanda le lieutenant Wu. Je vois
que tu n’es pas en uniforme.
-
Cela dépend de la teneur de ta requête. Alors, Violetta, pas encore couchée
malgré l’heure tardive?
-
Non, oncle Daniel. En fait, je suis troublée. Je réfléchissais à ce que tu nous
as racontés à Mathieu et à moi…
-
Tu vois, murmura le capitaine Maïakovska… j’avais raison à propos de ce récit
concernant nos mésaventures…
-
Hum… et toi, Georges, pourquoi es-tu
ici?
-
J’ai rencontré mademoiselle dans le corridor au niveau de ta cabine. Elle
faisait les cents pas devant ta porte, pestant tout son saoul car l’ordinateur
lui avait refusé l’accès à la passerelle. Elle t’attendait.
-
Ma fille, qu’est-ce qui te perturbe tant? Un cauchemar… résultant de mon
histoire?
-
Non… Un souvenir qui m’assaille depuis que tu as achevé de raconter notre
aventure.
-
Ah. Lequel donc?
-
C’est à propos des jumelles Liliane et Sylviane…
-
Tu les as connues ailleurs et… hier. Mais c’était dans une autre vie, il y a
longtemps.
-
Peut-être. Or, j’ai la curieuse impression de ne les avoir quittées que depuis
quelques heures… c’est là une sensation bien étrange.
-
Montre-toi franche et dis-moi tout de go le fond de ta pensée. Que désires-tu?
-
Daniel! Jeta Irina sévèrement. Cette enfant te demanderait de créer un Soleil
et, pour lui faire plaisir, tu obtempérerais aussitôt.
-
Mais non, s’exclama alors l’adolescente. Je n’en demande pas tant.
Pour
l’heure, miss Violetta ressemblait à la chef géologue à la coiffure près. Elle
prenait un malin plaisir à devenir son clone, ce qui agaçait l’épouse de Daniel
Lin. Mais, heureusement, ce dernier, étant télépathe, savait toujours qui
précisément il avait devant lui. Jamais il ne se faisait avoir.
Afin
de ne pas rajouter à la colère d’Irina, la jeune fille reprit son apparence
habituelle, celle d’une brunette adorable avec ses yeux verts et son nez en
trompette.
-
Ma demande est toute simple à satisfaire… je veux connaître le destin de mes
deux amies dans cette chronoligne…
-
Certes, ma chérie… mais prends conscience que Liliane et Sylviane ont disparu
depuis près de cinq siècles…
-
La distance temporelle ne fait rien, oncle Daniel. L’ordinateur doit bien
posséder ces informations dans ses mémoires, non?
-
Entendu, Violetta. Je le consulte.
Alors,
Irina se leva de sa console pour céder la place à son époux. Le daryl androïde
commanda en accéléré à l’IA du vaisseau de rechercher les données souhaitées
dans sa banque de données. Une seconde plus tard, la voix synthétique féminine
répondit.
-
A la requête de Violetta Sitruk. Liliane née von Hauerstadt, devenue danseuse
étoile à Covent Garden, y connut une brillante carrière. Puis, elle ouvrit une
école privée de danse réputée. Elle s’éteignit en 2029. D’un mariage, elle eut
deux filles qui reprirent le flambeau. La cadette se prénommait Violetta.
Celle-ci compte parmi les ancêtres maternels du commandant Wu et de notre
spécialiste en xéno botanique le lieutenant Georges Wu. Quant à Sylviane, elle
prit la tête d’une maison de couture à vingt-huit ans à peine. Ses modèles
firent un tabac dans tout le monde occidental. Elle préféra demeurer
célibataire et encouragea la recherche spatiale. Elle légua tous ses biens à
l’établissement qui devait devenir l’ancêtre de la Flotte interstellaire. Elle
mourut en 2031. Son testament stipule, en accord avec sa sœur décédée et son
défunt père, que le 5 mars 2031, une lettre accompagnée d’un CD enregistrable
seront remis à Violetta Sitruk. Comme la date n’est pas encore échue, j’ignore
le contenu du message, mais il m’est facile d’extrapoler puisque le commandant
Daniel Lin est le testateur et le gardien de…


-
Merci, IA, terminé, fit alors le daryl androïde d’une voix sans appel.
Violetta
remarqua bien que son « oncle » avait interrompu Magdalena, l’IA.
Mais elle ne s’en formalisa pas et questionna.
-
Oncle Daniel, quelle peut donc être la teneur de ce message? En quoi consiste
précisément ce legs? Pourquoi si tard? Imagine un peu. En 2031, j’aurai
vingt-huit ans…
-
Or, pour toi, c’est vieux, n’est-ce pas?
-
Tu te moques de moi… pourquoi me faut-il attendre?
-
Tout d’abord, ce sera la date anniversaire de la mort de Sylviane. Un demi
millénaire se sera écoulé. Pile poil. Mais la raison principale en est que tu
seras plus mûre, moins fantasque et plus à même de juger la valeur de ce
cadeau.
-
Oncle Daniel, je ne suis pas une évaporée et puis, tu me caches quelque chose…
tu connais le contenu de ce legs.
-
Je l’avoue… mais ne monte donc pas sur tes grands chevaux, ma fille et
montre-toi patiente.
-
Quinze années à attendre… enfin! Soupira la demoiselle.
Violetta
marqua une pause puis fit, mi-figue mi-raisin:
-
Avec le temps, peut-être me serais-je réconciliée avec mon père…
-
Cela n’a pas l’air de t’enchanter… mais ce serait pourtant une bonne action,
lança Irina.
-
Tante Irina, tu ne peux pas comprendre, me comprendre… pff…
-
Allons…
-
A cette époque, mon oncle, je servirais sans doute sous tes ordres…
-
Bigre! J’en frémis d’avance. À quel titre ma grande?
-
En tant que conseillère psychologue traductrice ou encore en tant que diplomate
attachée au Langevin.
Dans
un bel ensemble Irina, Georges et Daniel Lin éclatèrent de rire. Enfin,
reprenant son souffle, la chef géologue expliqua à l’adolescente les raisons de
cette hilarité soudaine.
-
Mon enfant, il te faudra faire preuve d’une équanimité digne de Vestrak ou de
Sarton.
-
J’en suis capable, tantine.
-
Bravo, Violetta. Tu ne doutes de rien, lança ironiquement Daniel Lin.
Laisse-moi te dire que tu as du pain sur la planche avant de parvenir à
contrôler ton caractère soupe au lait.
-
Je ne suis pas soupe au lait, commença la demoiselle.
Mais,
devant les mines des trois adultes, elle rougit et se tut.
-
Te supporter en tant que collaboratrice? Reprit le commandant Wu. Tu devras
travailler dur pour réussir tes examens.
-
Ben, oui… Je ne suis pas idiote. J’ai déjà de bons résultats en analyse
géostratégique et en histoire spatiale.
-
D’accord. Mais tu oublies un minuscule détail. Antor.
-
Quoi Antor ? Pourquoi me cites-tu le nom de ton ami ?
-
Il va nous rejoindre incessamment.
-
Ah… Il n’est plus attaché au service d’oncle André ?
-
En fait, non… les choses ont évolué ces derniers temps…
Violetta
hésita un court moment entre bouder ou rire à son tour. De plus, elle brûlait
d’interroger son oncle sur ce dernier mystère. Toutefois, elle choisit de ne
pas mettre l’accent sur cette dernière information et embrassa Irina
affectueusement. Après en avoir fait de même avec le commandant Wu, elle
regagna, flanquée de Georges Wu, ses appartements situés huit niveaux
au-dessous de la passerelle.
L’adolescente
partie, Irina n’eut pas tant de scrupules et interrogea son mari.
-
Cette information… elle te préoccupe. Pourquoi cet air sombre, Daniel Lin?
-
Le message mental d’Antor remonte à moins de trente minutes. La teneur n’en est
pas encore officielle.
-
Tu me fais peur soudain.
-
Il y a de quoi… Fermat est mort.
-
Seigneur! C’est impossible. Quelle terrible nouvelle. Comment ce malheur est-il
survenu ?
-
Lors de la mission d’André sur Versus XVIII. Toute l’équipe diplomatique a été
massacrée. Seul Antor a pu en réchapper grâce à ses talents particuliers. Il
n’a rien pu faire pour le commandant et le reste du personnel. Une enquête
secrète a été ouverte. Notre ami a témoigné et ses paroles non mises en doute.
Pour corroborer son témoignage, il y avait le film du déroulement des
événements… l’annonce du décès d’André Fermat ne sera rendue publique qu’à la
fin de ce mois-ci afin d’éviter un conflit non seulement avec Versus mais
également avec les Castorii qui auraient payé les assassins pour d’obscures
raisons de droit commercial.
-
Alors, impossible de renseigner l’équipage…
-
Exactement.
-
Mais Chtuh nous entend…
-
Certes, mais il ne comprend pas le français, ma chérie. Or, nous nous exprimons
en cette langue depuis la venue de Violetta sur la passerelle.
-
Quant à ce legs, qu’en penses-tu?
-
Il s’agit du translateur de Franz, bien sûr…
-
Ouille.
-
Il n’y a rien à craindre. Nous nous reverrons le duc et moi, pour le meilleur…
-
Pas pour le pire, j’espère…
-
Rassure-toi. Les prémonitions de Sarton se concrétiseront.
-
Daniel Lin, je serai à tes côtés pour affronter la destinée, notre destinée,
ensemble tous les deux, pour toujours et à jamais…
-
La Providence fera en sorte que cela s’accomplisse.
Daniel
Lin et Irina s’embrassèrent tendrement au grand mécontentement de Ufo qui, à
force de se tortiller, parvint à échapper à son maître. D’un pas de velours, il
s’en alla flairer les jambes du lieutenant et ronronner afin d’obtenir… à
savoir quoi. Des caresses? Un supplément de nourriture? Le félin semblait avoir
oublié son indigestion.

Impassible,
le lieutenant feignait de ne pas remarquer le manège du chat et ne pas voir son
commandant serrer amoureusement contre lui le numéro 2 du vaisseau.
Apparemment, figé telle une statue, il était fort accaparé par la surveillance
des senseurs. Enfin, le commandant Wu se détacha d’Irina et reprit la parole
d’une voix neutre. Cette fois-ci, il s’exprimait en basic English.
-
Lieutenant Chtuh, puisqu’il n’y a rien de notable à relever, prenez le pilotage
et allons observer un autre angle de la ceinture d’astéroïdes. Je pense que
nous avons assez de renseignements sur ce secteur.
-
A vos ordres, monsieur.
Avec
un professionnalisme digne d’éloges, l’officier obéit. Le cap changea et le Langevin
franchit six mille kilomètres en trois secondes à vitesse d’impulsion.
Malgré
son chagrin, Daniel Lin souriait devant le spectacle incomparable offert par
l’écran extérieur du centre de commandement. Irina lui tenait affectueusement
la main et, la tête appuyée sur son épaule, laissait couler librement ses
larmes.
Une
nouvelle aventure débutait pour tout l’équipage du vaisseau… un nouveau
challenge à relever…
***************
Or,
à des milliards de kilomètres de là et dans un autre siècle, s’amorçaient les
prémices d’un complot sans précédent qui aurait des répercussions sur tout le
devenir de la Voie Lactée.
Sur
Aruspus, une expédition à but
scientifique venait de poser…
***************
Il
pleure dans mon cœur
Comme
il pleut sur la ville,
Quelle
est cette langueur
Qui
pénètre mon cœur?
Ô
bruit doux de la pluie
Par
terre et sur les toits!
Pour
un cœur qui s’ennuie
Ô
le chant de la pluie!
Il
pleure sans raison
Dans
ce cœur qui s’écoeure.
Quoi!
Nulle trahison?
Ce
deuil est sans raison.
C’est
bien la pire peine
De
ne savoir pourquoi,
Sans
amour et sans haine,
Mon
cœur a tant de peine.
Paul Verlaine
Oh!
Je me mens… encore une fois, je me mens. Je sais pertinemment pourquoi mon cœur
se serre, pourquoi le spleen m’envahit encore et encore… je suis ainsi. Je ne
puis m’empêcher de tisser la toile… de la recommencer… selon mon caprice…
éternel insatisfait, je sacrifie tant de choses, tant de vies, moi le Ténébreux,
le Veuf, l’Inconsolé…moi qui n’ai plus ni nom ni identité, moi qui ne suis
plus rien et pourtant tout, moi qui ai acquis la conscience sans le vouloir,
moi qui m’interroge sur ma raison d’être… moi qui ai tout gâché… Le Prince
d’Aquitaine à la Tour abolie…


***************
A suivre…