dimanche 10 juin 2012

Le Nouvel envol de l'Aigle 2e partie : De l'origine des Napoléonides chapitre 12 2e partie.


Le même jour, André Fermat et les tempsnautes du futur apprirent la déconvenue du sieur de Beauséjour. Le vice-amiral qui, ici, n’usait point de ses pouvoirs de Ying Lung, fut donc autant surpris que le commandant Wu et Craddock. Dépité, il eut du mal à dissimuler sa colère. Mais il fallait reprendre la piste Maïakovska au plus vite. 

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Sollicité, le chrono vision ne dévoilait pas tout ce qu’il aurait dû. Le talent humain devait suppléer la machine.
Qui charger de la délicate et dangereuse besogne? Dangereuse d’autant plus que Johann Van der Zelden restait invisible, inappréhendable sur l’écran sphérique de la télévision temporelle.
La solution Pieds Légers fut vivement écartée pour une raison plus qu’évidente. Certes, l’adolescent se montrait habile et plein de ressources. Mais voilà: il était bien trop jeune et trop inexpérimenté face à Irina et à la technologie dont celle-ci disposait. Il n’était pas question de sacrifier Guillaume Mortot en cas d’entrevue fatale avec l’espionne russe.
Alors? Marteau-pilon? Le Piscator? Ces deux hypothèses furent rejetées pour pratiquement les mêmes raisons. Paracelse? Mais le mécanicien et ingénieur de Tellier était trop précieux. Ses talents seraient bientôt utiles ailleurs et bientôt.
Pourquoi pas Pierre Fresnay?
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 Avec son panache habituel, le comédien se porta volontaire. Le maître espion refusa cependant tout net la généreuse proposition arguant du fait qu’il gardait l’Alsacien en réserve. Hormis lui-même, il ne voyait personne d’autre. Et inutile d’envisager Brelan ou encore Violetta dans le rôle ingrat de pisteur et rabatteur.
- Dans ce cas, j’irai moi, lança Craddock fièrement, bombant le torse.
- Que non pas! Lui rétorqua André rudement. Vous surveillez la maintenance et la logistique du Vaillant. cela suffit largement à votre peine.
- André, fit alors Daniel Lin avec douceur. Je puis accomplir cette tâche. Dans cette chronoligne, Irina ne m’a jamais rencontré en chair et en os. Grâce à un maquillage holographique idoine, je puis me rendre méconnaissable et donc insoupçonnable.
- Commandant, je refuse catégoriquement à ce que vous vous exposiez! Jeta Fermat sèchement. Pourquoi ce refus catégorique? Parce que vous êtes en train de faire abstraction de trois éléments. Primo: êtes-vous entièrement remis de notre équipée de 1868?
- Ah? L’affaire du Crédit Lyonnais? Oui, je m’auto régénère rapidement.
- Je veux bien vous croire sur ce point. Il reste cependant Van der Zelden, l’insaisissable. Le concernant, nous sommes totalement aveugles.
- Je vous l’accorde. Johann connaît bien mieux que nous tous les possibles; il lui est donc facile de nous devancer et de nous précéder. Et me dévoiler trop tôt, c’est lui fournir un atout majeur.
- Tout à fait, Daniel Lin. Donc, vous concluez comme moi que je dois y aller! Vous en savez la raison.
Le daryl androïde se contenta d’acquiescer silencieusement. Or, cela ne fit pas l’affaire du Cachalot du Système Sol. En se curant ostensiblement les dents, il marmonna:
- Vous avez parlé de trois éléments, amiral mais vous n’en avez évoqué que deux. Quel est le troisième caillou qui peut entraver votre dessein? Quel secret indicible dissimulez-vous tous deux, si inavouable que de simples oreilles humaines ne peuvent ouïr?
Avec aplomb, Symphorien attendit la réponse. Comme celle-ci tardait, il en profita pour finir d’avaler son en-cas, du fromage de tête avec du pain noir.
Finalement, après un coup d’œil en direction de Daniel Lin, Fermat se décida.
- Capitaine Craddock, ce détail ne vous regarde en rien.
- Quoi? Rugit le marin d’écumoire. 
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Furieux, le Loup de l’espace, tout mité et décati, laissa échapper son assiette dans un mouvement brusque. Aussitôt, Ufo s’en vint la lécher, grappillant ainsi quelques délicieuses mais minuscules miettes de charcuterie. Normalement, le chat n’aurait pas dû se précipiter ainsi sur d’aussi maigres agapes. Il n’y avait pas une heure qu’il avait dévoré deux harengs et un fond de soupe aux haricots.
Essayant de se reprendre, Symphorien poursuivit:
- Amiral mal embouché, dans cette aventure, nous risquons tous notre peau ce me semble! Donc, nous devons, il s’agit d’une demande légitime, connaître tout ce qui pourrait faire foirer votre fichue mécanique!
- Capitaine Symphorien Nestorius Craddock, articula lentement Gana-El sur un ton impossible à rendre, j’en sais long sur vous, très long, or je ne divulgue rien de primordial ou d’humiliant concernant vos antécédents peu glorieux, et c’est un euphémisme, à notre équipe. Si jamais je le faisais, je doute qu’elle vous accordât encore sa confiance! Je respecte votre vie privée, faites-en donc autant pour le commandant Wu et moi-même.
- André, dit Daniel Lin toujours conciliant. Nos compagnons ont vraiment besoin de savoir ce qui pourrait faire achopper notre plan.
- Mais Daniel Lin…
- Il y a longtemps que je décide seul mon ami, bien que, parfois, cela ne m’ait pas particulièrement réussi. Nous ne sommes plus sur le Sakharov tentant de recoudre le tissu temporel mis à mal par Penta p et les Haäns. Pour ce qui concerne mon secret, je suis seul juge. Symphorien, apprenez que, malgré Gwenaëlle, je reste profondément épris de celle qui, ailleurs, fut mon épouse. Je veux parler, bien sûr d’Irina Maïakovska. Pour elle, pour la retrouver bien vivante, j’ai réussi à rétablir une chronoligne et ainsi faisant, ai condamné trente-cinq milliards de Haäns à la guerre civile. Pour elle, encore, j’ai affronté l’épidémie Alphaego et me suis trouvé face à face avec Johann, l’entité négative. Pour elle, pour être à ses côtés durant la totalité de son existence, j’ai vendu mon frère aîné Daniel Deng à l’Entropie. Je l’ai marchandé comme un vulgaire ballot de linge. Et voilà ce que cela m’a coûté! J’ai assisté à la mort de mon autre moi-même et, depuis cette faute, le vide est en moi. Il me ronge, accapare mes pensées, creuse son labyrinthe mortifère au sein de ma raison. Cela vous suffit-il, capitaine Craddock, pour comprendre les réticences d’André?
Le Cachalot des étoiles s’essuya les lèvres avant de parler en déglutissant, quelque peu gêné. Il avait failli en rester coi.
- Commandant Wu, je n’en demandais pas tant…
- Maintenant, vous saisissez pourquoi je ne puis espionner personnellement le capitaine Maïakovska. L’amiral Fermat n’a pas confiance en moi, à juste titre. Mon cœur est encore plein d’Irina. Je me montre trop sensible, trop sujet aux faiblesses humaines, moi un être hybride, un daryl androïde. Gwenaëlle m’a mis en garde contre cette faiblesse rédhibitoire. Je me range donc à l’avis d’André.
Alors, Pierre Fresnay se leva pour aller serrer avec chaleur la main de Daniel Lin.
- Bravo, commandant Wu! Vous vous rendez à la raison. Je suis heureux d’apprendre que, quel que soit le futur qui nous attend, les hommes et les femmes éprouveront toujours de si nobles sentiments.
- Puisque tout est réglé, dit ensuite Fermat avec un sourire forcé, accordons nos violons pour un dernier ajustement imposé par la défection involontaire de Saturnin de Beauséjour. Voilà ce que je propose. J’attends vos suggestions constructives. 
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Tandis que le vice-amiral s’exprimait ainsi, le daryl androïde communiquait mentalement avec celui-ci.
- André, vous ne pourrez me tenir longtemps à l’écart de l’action et d’Irina. Le chrono vision avant de tomber en panne, l’a montré. Et je commence à me passer de son aide.
- Je l’avais remarqué, Daniel Lin.
- Hum… moi, j’ai constaté que vous avez failli vous trahir sous le coup de la colère. Je pensais les Homo Spiritus capables de maintenir toujours leur équanimité.
- Ne me jugez pas commandant. Vous aussi, vous avez commis des erreurs.
- Il n’est pas temps de nous fâcher.
- Tout à fait. Mais contrôlerez-vous encore longtemps l’Homunculus qui sommeille en vous?
- Je m’y emploie de toutes mes forces; et j’aimerais savoir ce que je suis réellement. Un daryl androïde mâtiné d’Homunculus? Certes! Mais encore? Ah! Si Antor était là…
- Antor ne vous permettra pas d’en apprendre davantage sur votre véritable nature!
- Vous vous montrez si catégorique. Vous le détestez, je le sens bien. Je ne comprends pas… pourtant, jadis, vous l’avez aidé…
- Un de mes semblables… pas moi…
- Me mentez-vous?
- Non, pas du tout. Commandant, la tâche que vous vous êtes imposé implique de grands sacrifices. Notamment celui de faire le deuil de votre ami.
- Permettez-moi d’en douter!
- Quoi que vous pensiez, quoi que vous fassiez, un jour ou l’autre, je ramènerai mon frère dans cette réalité-ci.
- Rebelle inconscient! Mais vous êtes si jeune… c’est pour cela que vous faites preuve d’une telle arrogance.
- Si jeune? J’ai envie de rire… mais il est vrai qu’à l’échelle de votre espérance de vie…
Gana-El préféra ne pas insister et scella alors entièrement son esprit au Surgeon. Il n’était pas encore temps pour lui de percer le mystère de sa nature. L’Observateur accorda alors toute son attention aux propos échangés par le reste de l’équipe.
Restant dans l’expectative, le daryl androïde n’en continuait pas moins à s’interroger sur lui-même et sur l’attitude hostile de celui qu’il prenait pour un simple agent temporel. 
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