jeudi 5 mai 2016

Un goût d'éternité : prologue général.



Un goût d’éternité

Roman de SF adapté en feuilleton en 9 parties



Par Christian et Jocelyne Jannone


Prologue


Dans la salle de conférence numéro 5, il régnait une véritable agitation. Tous les sièges autour des tables étaient occupés par une foule disparate, venue de tous les horizons. Pour faire cesser ce brouhaha, il fallait disposer d’un bel organe vocal ou d’une grande autorité naturelle.
C’était un peu comme un jour de rentrée.
Les hommes et les femmes s’étaient regroupés par affinité et papotaient, racontant les derniers potins, donnant des nouvelles de leurs familles.
En fait, tous attendaient le maître d’oeuvre, celui qui les avait réunis en ce matin afin de lancer le fameux projet attendu avec la plus grande impatience par tous les résidents de la cité.
Enfin, un homme âgé d’une quarantaine d’années mais faisant dix ans de moins, les cheveux auburn à la célèbre mèche rebelle, les yeux bleu gris, vêtu avec une certaine nonchalance, fit son entrée aux côtés de quelques célébrités. Celles-ci furent applaudies avec une spontanéité de bon aloi pour ce qui s’annonçait.
- Bonjour mesdames, mesdemoiselles et messieurs, commença le commandant Daniel Lin Wu, le Superviseur général de l’Agartha. Veuillez pardonner mon retard… mais il m’a fallu convaincre notre cher Erich de se joindre à cette petite cérémonie…
Des échos emplis d’approbation accueillirent Erich von Stroheim. Le comédien et réalisateur génial des Rapaces était connu pour sa propension à se laisser désirer. 
 https://upload.wikimedia.org/wikipedia/commons/thumb/9/90/Erich_von_Stroheim.lowrey.jpg/220px-Erich_von_Stroheim.lowrey.jpg
L’Américain fit comme si de rien n’était et s’en vint s’asseoir auprès du Superviseur général. À leurs côtés, se tenaient déjà Robert Wise,
 https://upload.wikimedia.org/wikipedia/commons/thumb/7/70/Robert_wise_1990.jpg/220px-Robert_wise_1990.jpg
 Jean-Pierre Decourt, Marcel Bluwall, Henri Verneuil, Claude Santelli, Stellio Lorenzi et Leonard Nimoy.
 https://upload.wikimedia.org/wikipedia/commons/6/6a/Leonard_Nimoy_by_Gage_Skidmore.jpg
Légèrement en retrait, on pouvait reconnaître les compositeurs et musiciens qui faisaient la gloire de l’Agartha, c’est-à-dire Leonard Bernstein, Bernard Hermann, Wolfgang Amadeus Mozart, qui pour une fois, arborait une tenue vestimentaire des plus sobres, Roland de Lassus, Nino Rota, Antonio Vivaldi, coiffé de son éternelle perruque si caractéristique, Gustav Mahler, Miklos Rozsa
 http://the.hitchcock.zone/files/mediawiki/6/6f/MiklosRozsa.jpg
 et James Horner, nouveau venu dans la cité. À la gauche de Daniel Lin, on pouvait se douter du rôle tenu par les sieurs Spénéloss, Alexandre Dumas père, Alain Decaux, André Castelot et Léo Mallet. 
 http://www.babelio.com/users/AVT_Andre-Castelot_5181.jpg
- Bien. Je crois qu’il est temps de débuter la réunion, non ? Jeta le commandant Wu avec un sourire.
Aussitôt comme par magie, le silence s’établit dans la salle aux murs bleus et beige.
- Vous savez pourquoi vous êtes ici, n’est-ce pas ? Je pense que vous éprouvez tous le plus grand enthousiasme…
- Oui, évidemment, répondit Delphine Darmont qui s’était bombardée porte-parole de tous ses collègues professionnels ou pas. Mais… 
 https://upload.wikimedia.org/wikipedia/commons/thumb/9/9c/Danielle_Darrieux_The_Rage_of_Paris.jpg/250px-Danielle_Darrieux_The_Rage_of_Paris.jpg
- Mais ? Il y a donc un mais ? S’étonna Spénéloss. Pourquoi donc, madame ?
- Mademoiselle, s’il vous plaît, lieutenant, le reprit l’actrice en minaudant. Je suis venue tout d’abord mue par la curiosité. Ensuite, pour formuler quelques remarques quant à mon rôle dans ce feuilleton…
- Delphine, nous sommes entre amis, jeta Daniel Lin avec un sourire désarmant. Vous aviez donné tantôt votre accord, ce me semble.
- C’est tout à fait certain, monsieur Wu. Mais je pensais que…
- Le rôle qui vous est dévolu ne vous satisfait donc pas ?
- En fait, je ne le trouve pas assez étendu… je n’ai que peu de scènes et encore moins de dialogues…
- Justement. Vous serez créditée au générique en tant que guest star… en français, en tant qu’invitée…, sous l’appellation bien connue de « avec la participation exceptionnelle de… » … vous voyez bien.
- Mais je m’attendais à davantage.
- Oh ! Cessez-là, lança Birgit Langström avec son accent américain prononcé qu’elle n’adoucissait pas. Moi aussi, je n’ai qu’un rôle mineur dans cette immense production. Je m’en accommode fort bien.
- Certes, mais d’après ce que j’ai pu lire du scénario, vos scènes sont plus intéressantes que les miennes, objecta la Française. 
- Désirez-vous donc vous retirer ? Demanda perfidement Léo Mallet.
- Pas du tout. Il y a longtemps que je veux reprendre la scène, les tournages.
- Dans ce cas, ne nous faites pas perdre notre temps, répliqua l’écrivain sans aménité. La séance de lecture qui s’annonce promet d’être longue.
Ainsi mise en boîte, Delphine Darmont en prit son partie et, tenant ses feuilles de transplas dans ses mains, se mit à suivre la première lecture du feuilleton.
 Les minutes s’écoulèrent, studieuses, entrecoupées également de remarques professionnelles.
Au bout d’une heure environ, la star en devenir DS de B de B afficha sa mine des mauvais jours. Comme à l’école, elle leva une main pour prendre la parole. 
 https://upload.wikimedia.org/wikipedia/commons/thumb/2/2c/Joan_Fontaine_Rebecca_1940.jpg/220px-Joan_Fontaine_Rebecca_1940.jpg
- Puis-je m’exprimer en toute liberté ?
- Vous êtes ici pour cela, miss.
- Ne dites pas que vous aussi, vous êtes mécontente du rôle qui vous est dévolu, marmonna Marcel.
- Pas quant à sa longueur ni quant à sa durée…
- Tout de même, soupira le réalisateur.
- C’est donc vous, mister qui me dirigerez.
- Tout à fait…
- Je n’y vois rien à redire… toutefois, je n’apparais pas comme une personne sympathique dans cette partie…
- Bien entendu puisqu’il s’agit d’un rôle de composition, répondit Daniel Lin avec le plus grand sérieux.
- Je m’en accommoderai. Il y a un autre point qui me turlupine. D’après ce que je lis, je ne prends le personnage qu’en cours d’évolution, vers 1919... Or…
- Or, miss ?
- Je puis fort bien incarner cette Johanna avant ses vingt ans… dès ses douze ans…
- Pff ! Ricana Lise de Saint-Aubain. Elle ne craint pas le ridicule Deanna Shirley. 
 https://upload.wikimedia.org/wikipedia/commons/thumb/9/96/Chaplin-La_Fille_Du_Peintre-1881.jpg/220px-Chaplin-La_Fille_Du_Peintre-1881.jpg
- Vous, mademoiselle l’enfant gâtée, taisez-vous ! L’apostropha DS de B de B. J’ai l’habitude de jouer les adolescentes. J’y réussis fort bien.
- Hum… pour sûr ! Soupira Benjamin qui se souvenait des avanies de la miss lors de la mission au Congo dans une Afrique devenue folle.
Une dispute s’amorçait qu’il fallait faire cesser immédiatement.
- Miss Deanna, expliqua Daniel Lin, je suis l’un des auteurs du scénario et, en accord avec mes confrères professionnels, nous avons décidé que vous endosseriez le rôle de Johanna van der Zelden alors qu’elle approcherait de ses vingt ans. Il faut rester crédible, que diable ! Lise fera une Johanna enfant avec juste ce qu’il faut pour que les spectateurs puissent légitimement non la prendre en haine mais avec la pitié nécessaire. De toute manière, il me semble que vous avez assez de scènes pour montrer toute l’étendue de votre talent.
- Ah ! La réplique « je reste seule avec ma mort » …
- Oui, c’est cela. Bien. D’autres objections ?
- Tant que je n’ai pas de scènes communes avec Daisy Belle… non… 
 https://upload.wikimedia.org/wikipedia/commons/thumb/9/90/Santa_Fe_Trail_3.jpg/290px-Santa_Fe_Trail_3.jpg
- Aucun risque, souffla l’intéressée. Tu ne joues pas dans la même partie que moi. C’est d’ailleurs pour cela que j’ai fini par donner mon accord.
- Tais-toi, perfide. Tu as hérité du rôle d’Elisabeth, cette Française au cœur d’artichaut qui s’éprend du premier pantalon venu !
- Il est tout à fait vrai que j’incarne une jeune femme des plus sympathiques sur qui s’abattent tous les malheurs ou presque…
- Elle se retrouve orpheline, enceinte, abandonnée par son amant qui est un coureur de première… de quoi faire pleurer dans les chaumières. Je sens que nombreuses seront les spectatrices qui vont sortir leurs mouchoirs. Ce n’est pas avec Elisabeth Granier que tu pourras concourir pour un prix d’interprétation, ma sœur ! Pour un prix d’élégance peut-être ? Mais j’en doute !
- Vous avez fini toutes les deux ? S’informa Daniel Lin.
- Oui, mais c’est elle qui a commencé, constata Daisy Belle.
- Sale menteuse !
- Mesdemoiselles, nous devons mener cette tâche à bien, vous en avez conscience.
- Exactement, renchérit Spénéloss. Le navire ne doit pas couler alors qu’il n’a pas encore quitté le port.
- Vous avez compris ? Dans ce cas, reprenons.
- Entendu, Superviseur, répliquèrent les deux comédiennes à l’unisson.
La lecture reprit sans autres remarques acides ou emplies d’acrimonie.
Le temps s’écoula et, au bout de deux heures, une pause fut la bienvenue.
Des rafraîchissements furent servis, thé, café, chocolat froid ou chaud, orangeade, citronnade, jus de fruit, eau plate ou gazeuse, le tout accompagné de biscuits, croissants, pains au chocolat, brioches ou encore galettes et pain azyme.
Lorsque la lecture du scénario retrouva ses droits, Scott qui avait hérité du principal rôle dit :
- J’ai un doute subitement. À propos du scénario… 
 https://upload.wikimedia.org/wikipedia/commons/thumb/1/17/Scott_Bakula_09_(6940375786).jpg/220px-Scott_Bakula_09_(6940375786).jpg
- Allez-y. Formulez votre remarque, mon cher ami.
- Je trouve tout ceci fort long et fort alambiqué. Compliqué, quoi. Les spectateurs vont-ils pouvoir s’y retrouver avec tous ces rebondissements et ces personnages pléthoriques ? Surtout que certains arborent de fausses identités.
- Le scénario a été approuvé par ces messieurs. Il ne fait que refléter la complexité de la chronoligne 1720.
- Entendu, Superviseur. Nous allons donc tourner un feuilleton historique…
- Je ne dirais pas cela. Un feuilleton de SF où se mêle un soupçon de fantaisie…
- De philosophie aussi, non ?
- C’est vrai, Scott, mon ami. Je ne vous remercierai jamais assez d’avoir accepté d’endosser pareil rôle.
- Je ne pouvais laisser passer une telle occasion, Daniel Lin. Par certains côtés, il me rappelle celui de Sam Beckett… 
 https://upload.wikimedia.org/wikipedia/commons/thumb/1/18/Scott_Bakula.jpg/220px-Scott_Bakula.jpg
- Sam Beckett était un homme plus altruiste que le personnage de Stephen Möll.
- Vous avez raison. Heureusement qu’il ne m’a pas été dévolu celui Michaël Xidrù.
- Vous avez raison, approuva Claude. Depuis que j’ai eu en mains les feuilles de mes répliques, je m’interroge encore sur lui. Est-il sympathique, menteur, roublard ou sincère ?
- Michaël est à la recherche de lui-même, de son identité réelle. Toute l’histoire repose sur une mise en abyme, la preuve ? La réplique qui revient comme un leitmotiv « miroir qui déforme, qui transforme, qui ment… » conclut le commandant Wu avec le plus franc sourire. Nous pouvons reprendre ?
- Oui, absolument, acquiesça Claude.
La longue tâche reprit, cette fois-ci dans la bonne humeur et dans la décontraction. Les réalisateurs avaient laissé tomber depuis un bon moment la veste et même Erich, si collet monté, avait détaché le nœud de sa cravate.
À la fin de la séance, tous s’étaient mis plus ou moins d’accord avec ce qui devait être réalisé et par qui. Comme de bien entendu, Erich von Stroheim avait hérité des années précédant la Grande Guerre, à charge pour lui de ne point trop en rajouter dans le grandiose et la démesure. Henri Verneuil était heureux de devoir s’occuper des années concernant la Seconde Guerre mondiale et la Guerre froide. Robert Wise se voyait en train de réaliser une resucée de Star Trek, le film, mais il comprit bien vite que ce n’était pas tout à fait ce que l’on attendait de lui. Plutôt un remake de Planète interdite, quoique… Quant à Leonard Nimoy, il devait s’accommoder de la tâche de mettre en boite tout ce qui concernait les prémisses de la Troisième Guerre mondiale et ses confrères s’acquitter des parties historiques, Antiquité pour Stellio Lorenzi,
http://medias.unifrance.org/medias/140/87/153484/format_page/media.jpg
 Moyen Âge pour Claude Santelli, Jean-Pierre Decourt pour le XVIIIe siècle. Quant à Marcel Bluwall, son travail était tout aussi délicat puisqu’il devait réaliser tout ce qui concernait la période cruciale 1920-1939.      

*****

vendredi 22 avril 2016

La prochaine fois...

Vous qui aimez les sagas familiales,
vous qui avez grandement apprécié des oeuvres comme Les Buddenbrook ou Les Gens de Mogador,
 https://upload.wikimedia.org/wikipedia/commons/thumb/9/92/Thomas_Mann_1937.jpg/220px-Thomas_Mann_1937.jpg 

https://upload.wikimedia.org/wikipedia/commons/thumb/3/3f/%C3%89lisabeth_Barbier_1936.jpg/220px-%C3%89lisabeth_Barbier_1936.jpg
vous qui avez toujours adoré la science-fiction,
vous qui êtes des nostalgiques de la guerre froide,
 https://upload.wikimedia.org/wikipedia/commons/thumb/c/c5/Bundesarchiv_Bild_183-B0628-0015-035,_Nikita_S._Chruschtschow.jpg/220px-Bundesarchiv_Bild_183-B0628-0015-035,_Nikita_S._Chruschtschow.jpg
vous que l'uchronie ne laisse nullement indifférent,
https://upload.wikimedia.org/wikipedia/commons/thumb/4/43/Man_High_Castle_(TV_Series)_map.svg/330px-Man_High_Castle_(TV_Series)_map.svg.png
le prochain roman publié sur ce blog ne pourra que vous tenter.

Prochainement sur ce site, vous lirez Un goût d'éternité. Roman de l'origine, de l'épopée de Michael et Stephen.

A bientôt...

mercredi 30 mars 2016

Le Tombeau d'Adam 3e partie : Le Jeu de Daniel épilogue.



Epilogue

21 mars 2510, New Paris.
Dans la demeure toute simple déjà entrevue, Tchang Wu accueillait son fils prodigue non sans une certaine froideur.
- Daniel Lin, peux-tu m’expliquer pourquoi tu nous laisses sans nouvelles ta mère et moi pendant dix-huit mois? Tous les relais subspatiaux tentent de te contacter depuis plusieurs semaines. Tu imagines ma gêne lorsque j’ai dû avouer à l’Amirauté que j’ignorais où tu étais. L’amiral Prentiss te donne le commandement du nouveau vaisseau scientifique Le Langevin. Comme tu le sais, il est capable d’entamer un voyage hors de notre Galaxie. Et toi, tu ne réponds à aucun de nos appels. Je veux bien admettre que ta dernière mission sur Mingo a été pénible, mais pas au point de risquer la cour martiale…
- Père, j’avais besoin de réfléchir en toute sérénité, loin de toute agitation, des sollicitations de la Flotte. Durant quelques mois, j’ai même envisagé la possibilité de démissionner.
- Ah? Pour faire quoi ensuite?
- Pour me consacrer à la recherche musicologique…
- Crois-tu que ce soit là une situation bien sérieuse pour un chargé de famille?
- Père, cette remarque m’étonne de votre part… comment Li Wu vous a-t-il nourri pendant cinq ans alors que vous aviez terminé vos études  avant que vous trouviez un poste pérenne sur Hellas? Grand-père n’était qu’un philosophe et un poète, or, la société de cette époque tolérait difficilement ces activités culturelles. 
 https://upload.wikimedia.org/wikipedia/commons/a/af/Mencius.jpg
- C’est vrai. La situation a heureusement évolué depuis… mais tu fais preuve d’une certaine désinvolture insolente en me parlant ainsi… non?
- Père, je n’oserais pas… je vous suis tout dévoué… vous le savez bien…
Après avoir marqué un temps d’arrêt, Daniel Lin reprit.
- L’Institut Fermkinew de Rigel m’a proposé de prendre la tête de son département artistique qui vient de s’ouvrir…
- Oui… mais?
- Mais j’ai refusé… cela vous rassure…
- Je l’avoue. Pourquoi donc?
- Le sentiment que ce n’était pas là la destinée qui m’attendait… je pense plutôt que je m’accomplirai en explorant l’espace…
- Donc, tu vas répondre positivement à la proposition de Prentiss…
- Certes…
- Irina sera de retour dans un quart d’heure. J’espère que tu n’as pas oublié qu’elle donne un cours à la faculté de Jussieu… 
 https://upload.wikimedia.org/wikipedia/commons/thumb/a/af/TourZamansky.jpg/280px-TourZamansky.jpg
- Non père… cela m’est impossible… je n’oublie jamais rien.
- Hum… un reproche quant à ta double nature?
- Non, pas du tout.
- Elle t’est toujours très attachée et accepte de te suivre quelle que soit ta décision. Pas seulement parce que vous avez fait un enfant ensemble…
- Un enfant conçu à l’ancienne…
- Une naissance que j’ai approuvée…
- Irina me comprend bien mieux que vous, que Catherine… je vais prendre contact avec l’amiral Prentiss de ce pas…
- Je me demande si le commandement ne va pas peser trop lourdement sur tes épaules, fils…
- Père, je croyais que nous nous étions entendu sur ce point. Si je parvenais au grade de commandant je n’aurais plus de comptes à vous rendre. Je serais enfin devenu adulte…
- Oui, je te le concède… Tu as mûri… Changé…
- En bien, j’espère.
- Le vaisseau Langevin est certes de petite taille, mais il est spécialement conçu pour l’exploration scientifique.
- Avec l’accord de l’Amirauté, je l’engagerai en direction de la Galaxie M33.
- Ce voyage prendra des années…
- Une génération, père… j’espère avoir les mains libres pour sélectionner les membres de mon équipage, les officiers supérieurs surtout…
- Tu as déjà réfléchi au problème.
- Evidemment… je compte prendre les anciens du Sakharov… Benjamin Sitruk, Lorenza di Fabbrini, Irina mon épouse, mais aussi Chtuh, Sélim Warchifi, Ahmed Chérifi, Uruhu, Kiku U Tu…
- Là, je ne suis pas d’accord…
- Oh! Mais je puis parfaitement le contrôler père. Je sais comment m’y prendre avec lui.
- Admettons. Je m’aperçois, avec tristesse, que les rapports entre nous ne sont plus les mêmes. Tu ne me respectes plus autant…
- Vous vous trompez, père. J’ai pour vous la plus grande admiration… Sans vous, votre audace, jamais je n’aurais vu le jour.
- Tu t’es émancipé…
- J’ai choisi de privilégier mon humanité.
- Cela, je le vois. Sans doute, préfères-tu Catherine à moi?
- C’est ma mère!
Justement, à cet instant, l’épouse de Tchang entra dans le bureau, toute pimpante, comme rajeunie, les bras chargés de pots et de jardinières, afin de montrer à Daniel Lin les résultats de ses dernières expériences, des greffes de fleurs d’Ankrax avec des rubans d’acier de Mingo. Cela était fort prometteur.
- Daniel Lin, vois. Toi seul es à même d’apprécier ma réussite. Tchang trouve mes efforts inutiles.
- Mais non, ma chérie, objecta l’interpellé.
- En effet, maman. C’est splendide, franchement. Prometteur aussi… les enzymes…
Le daryl androïde fit une pause puis reprit.
- Maman, tu devrais te reposer davantage. Le docteur Sitruk te l’a recommandé.
- Mais je vais beaucoup mieux… je me sens en pleine forme. Tu me connais. Je déteste rester sans occupation.
- Oh! Je le sais… soupira Daniel Lin.
- A propos, Lorenza vient dîner ce soir avec toute sa famille. Si tu doutes encore, elle te confirmera de vive voix mon rétablissement.
- Je vais donc revoir sa charmante fille Violetta et…
- Charmante, Violetta? Cela dépend du point de vue… elle prend un malin plaisir à imiter tout ce qu’elle voit. L’autre semaine, elle est parvenue à se faire passer pour moi, sourit Catherine.
- Oui, et elle m’a leurré une bonne heure, soupira Tchang.
- Cela ne m’étonne pas d’elle. Je vais enfin faire la connaissance d’Isaac. Il n’a pas hérité des talents des métamorphes puisque c’est un garçon. Mais où est donc Mathieu?
- De sortie avec sa baby-sitter. Il voulait visiter la Tour Eiffel. Elle a été restaurée.
- A deux ans, il possède une intelligence bien affirmée et un caractère docile, compléta Catherine.
- Ah! Cette Tour me poursuit décidément…
- Que veux-tu dire? Interrogea la vieille femme.
- Rien d’important, maman.
- As-tu écouté toutes les informations de ces derniers jours? Jeta Tchang.
- Vous faites sans doute allusion à l’ambassadeur Fermat.
- Je me demande pourquoi il a renoncé à faire carrière dans la Flotte et a finalement opté pour la diplomatie, remarqua Catherine.
- C’est là son secret.
- Je mets ma main au feu que tu le connais…
- Si c’était le cas, je ne le divulguerais pas.
- Fermat aurait réussi à signer un traité de paix et d’amitié avec des êtres se mouvant en deux dimensions, fit Tchang dubitatif.
- Il doit ce succès à son mystérieux conseiller et bras droit Antor, compléta Catherine. On dit de lui qu’il est un télépathe exceptionnel, bien plus puissant que Sarton lui-même…
- Revenons plutôt au dîner de ce soir, souffla le bio cybernéticien. Georges et Ariana seront également présents avec leur fille Célia.
- De grandes retrouvailles m’attendent…
- Cette perspective te réjouit-elle?
- Bien sûr, père.
- Je souhaite que nous mettions tous à profit ces quelques heures pour ne pas faire allusion à nos légers différends…
- Vous voulez dire qu’il nous faudra éviter d’évoquer certains squelettes dans nos placards…
- Quels squelettes? Lança innocemment Catherine.
- Pour qui me prenez vous, père? Pourquoi n’acceptez-vous  pas vraiment l’idée que je me sois totalement émancipé, que j’aie dépassé ma programmation…
- Que tu as choisi d’être humain, se réjouit la mère.
- Merci pour cet appui, maman.
- Daniel Lin, je souhaiterais que tu m’expliques d’où vient Antor précisément, reprit Catherine. Je me pose cette question depuis cinq ans déjà. Assurément, il n’est pas natif de ce monde…
- Il a pourtant bien vu le jour sur la Terre…
-  Hum…
- Je te l’assure. Tu sauras tout ce soir. Le docteur di Fabbrini m’autorisera certainement à dire ce que je sais à propos de mon ami. De plus, elle confirmera mon témoignage.
- Comment cela?
- Père, elle connaît aussi bien que moi les origines d’Antor. Cependant, ce qui sera dit ne devra en aucun cas sortir de cette maison…
- Bigre! Le fait de connaître cette origine pourrait donc bouleverser l’Univers? Ironisa Tchang.
- Oui, père… du moins la vision que vous en avez.
- Les arguments que vous avancerez tous les deux, le docteur et toi, devront être étayés par des preuves solides.
 - Ils le seront.

***************

Le même soir, vers vingt-deux heures et dans la même maison. 
https://upload.wikimedia.org/wikipedia/commons/thumb/b/b4/Aldebaran-Sun_comparison-fr.svg/200px-Aldebaran-Sun_comparison-fr.svg.png
Le dîner donné par Tchang et Catherine s’achevait dans une ambiance détendue. Alors que tous les convives dégustaient une crème glacée façon Aldebaran, Daniel Lin mit à profit la bonne disposition de l’assistance pour raconter les mésaventures subies par la chronoligne du fait des agissements d’un certain Penta pi. Dans cet Univers alternatif, les Haäns dominaient la Galaxie avec les conséquences que l’on connaît. Il ne passa pas sous silence les actions désespérées que le commandant Fermat, Lorenza di Fabbrini, le mystérieux et improbable Antor et lui-même durent accomplir pour rétablir le cours de l’histoire humaine. Pour corroborer son récit, il disposait d’images souvenirs puisées directement dans sa mémoire car son cerveau était relié à un appareil étrange, un céphaloscope couplé à un projecteur holographique.
Lorenza, troublée par ce qu’elle voyait et reconnaissait, à son tour, accepta d’être branchée.
Certes, les situations les plus critiques et les plus mémorables furent ainsi visualisées mais malgré ce résumé, la séance de projection ne se termina qu’à plus de deux heures du matin.
Alors, un lourd silence s’établit que personne n’osa interrompre.
Enfin, Catherine se décida.
- Je pense qu’il est inutile que je pose la question concernant la véracité de ce que nous venons de voir. Vos souvenirs, à vous Lorenza et à toi, Daniel Lin, se recoupent parfaitement. Ce serait te faire injure, mon fils, de croire qu’en cet instant, tu influences l’esprit du docteur. Dans cette histoire-ci et non pas dans celle que vous nous avez montrée, vous avez été séparés une douzaine de jours après la permission prise sur Hellas. Donc, vous n’avez pu vous concerter et monter une sorte de machination… d’ailleurs, dans quel but en définitive?
- Euh… Catherine, loin de moi de vous croire paranoïaque, mais… nous n’avons pas été si rapidement séparés, fit Lorenza de sa voix douce. Vous voulez parler du second séjour et non du premier. J’ai d’abord dû regagner le vaisseau Sakharov. Je venais de passer quelques mois de vacances sur Metamorphos avec Violetta qui, alors, n’avait que dix-huit mois. Or, c’est en fait à la suite d’une mission à haut risque sur Vegas III que nous avons rallié une nouvelle fois la planète Hellas.
- Quel terrifiant destin nous avait été dévolu! Soupira Benjamin.
- Que de souffrances aussi… quelle solitude! Approuva son épouse.
- J’étais mort, reprit Sitruk, profondément touché. Je n’existais plus. Ni Chtuh, ni Sélim… comment as-tu fait pour résister, ne pas sombrer dans le désespoir le plus total?
- Je ne voulais pas perdre la raison. J’ai lutté de toutes mes forces, puisé dans mes ressources et obéi à Fermat.
- Je saisis maintenant pourquoi le commandant a préféré démissionner et s’engager dans le corps diplomatique… murmura Catherine.
- Je ne sais pas, enchaîna Benjamin, si, dans de telles circonstances, j’aurais été à la hauteur, si j’aurais pu éliminer les responsables de ce cauchemar. Tu t’y es résolue, toi… et vous également, commandant. Chapeau!
- Lieutenant, je suis loin de mériter vos félicitations, fit Daniel Lin d’une voix sourde.
- C’est pourtant votre plaidoirie qui a convaincu Penta pi.
- Je n’ai rien fait que l’obliger à changer de cibles. Il ne s’agissait que d’un marchandage bien vil à mes yeux.
- Mais, Daniel, dit Irina lentement, tu as choisi, en toute connaissance de cause. Nul, ici, ne songe à te critiquer. Nous te devons notre existence…
- Oui… mais à quel prix! Mais vous, père? Je vous trouve bien silencieux…
- Daniel Lin, je ne te juge pas. Je m’y refuse car je n’en ai pas le droit. Tout à l’heure, je t’apprendrai pourquoi. Mais, fils reprends.
- Sur Hellas, le docteur apprit sa mutation au poste de directrice du service médical de xéno biologie de Paris 23.
- Une telle opportunité dans une carrière ne se refuse pas, jeta Lorenza.
- Toutefois, à propos de Sarton… hésita le daryl androïde.
- Quelque chose te chiffonne, compléta son père. Tu l’as rencontré à Vientiane alors que tu achevais ta première année à l’Académie et que, brûlant les étapes, tu venais d’accéder au grade de cadet de première classe. J’ai visionné le film holographique de cette entrevue mémorable à plus d’un titre au moins une centaine de fois. J’en connais les moindres détails. Sarton est le scientifique que j’admire le plus…
- Père, je partage votre sentiment. Nos hôtes seront à même d’apprécier toutes les subtilités de cette unique rencontre si vous leur montrez le document.
- Oh? Oui, bien sûr. Bien plus que tu le supposes, fils.
Avec empressement, Tchang se leva de table, fouilla dans un porte-disques, en sortit une minuscule capsule transparente numérotée qu’il mit aussitôt en lecture.
Le film holographique datait de l’année 2485 mais il était en parfait état de conservation et les images tridimensionnelles qui apparurent au centre de la salle de séjour n’avaient aucun défaut.
Les convives comptabilisèrent cinq rangs de cadets, tous rangés au garde-à-vous dans leur uniforme bleu et vert impeccable. Une musique dodécaphoniste rétro retentit, l’hymne de l’Académie de Vientiane. Sous la débauche sonore, Daniel Lin ne put s’empêcher de grimacer.
L’Amiral Venge accueillait avec tous les honneurs dus à sa renommée un hôte illustre, Sarton, ancien ambassadeur, ex-conseiller de l’aréopage d’Hellas, ex-chercheur prospectiviste, celui qui, le premier, concrétisa les théories du voyage temporel amorcé par Stankin.
L’ancien chercheur avait tenu à se rendre à Vientiane pour des raisons assez obscures au commun des mortels.
Fort vieux, très chenu, presque cassé en deux, ce qui faisait disparaître sa haute taille, l’humanoïde avançait d’un pas mesuré vers les cadets, sa stature jadis imposante disparaissant presque sous les plis d’une vaste toge noire et argent, symbole de son rang actuel de sage.
Appuyé lourdement sur l’épaule compatissante de Venge, le vieillard progressait à petits pas en direction d’une seule personne. Visiblement, il recherchait quelqu’un. Son œil partiellement voilé par le grand âge, dévisageait chaque cadet.
Enfin, parvenu à la hauteur du cadet Wu, qu’il reconnut immédiatement, ce qui tenait lieu du miracle, l’Hellados n’ayant jamais rencontré le daryl androïde, il s’arrêta et prit la parole, s’adressant au jeune homme avec respect en usant du français et non du sabir basic English…
- Cadet Daniel Lin Wu, je suis grandement honoré de vous rencontrer.
Surpris, le jeune homme tenta de ne rien montrer de ses émotions. Décontenancé, il ne sut quoi répondre.
- Daniel Lin, je capte vos pensées, fit l’Hellados. Vous n’osez exprimer tout haut vote étonnement. Vous êtes abasourdi. Vous êtes en train de supposer que je perds la tête et que cela est dû à mon grand âge. N’ai-je pas atteint déjà trois cent vingt-deux de vos années?
- Euh… votre Excellence… pardonnez ma question… comment me connaissez-vous? Je n’ai encore rien accompli d’extraordinaire… peut-être me confondez-vous avec mon père, le concepteur des intelligences artificielles…
- Le biologiste doué… non, mon enfant, je ne fais pas erreur. Si vous existez, c’est grâce à moi. Je n’éprouve ni gêne ni orgueil à le reconnaître, mais aussi grâce à vous-même. Curieux paradoxe n’est-ce pas? Plus tard, vous comprendrez ce que mes paroles signifient. Daniel Lin Wu, vous accomplirez de grandes choses, de fabuleux exploits. Mes propos ont de quoi vous surprendre, vous déstabiliser, j’en ai pleinement conscience. Sachez, pour l’heure, que je vous ai vu en rêve… et ailleurs, dans un Univers dévié, capitaine de la Flotte, déchiré entre les composantes de votre double personnalité, faisant face à un douloureux, bien cruel dilemme. Lorsque vous aurez trouvé les réponses, toutes les réponses, vous irez encore plus loin. Vous vous épanouirez dans l’aboutissement du plus beau songe humain qui soit, le plus noble et le plus ancien… commandant d’un vaisseau à l’équipage remarquable, vous deviendrez le plus grand explorateur de tous les temps et vous jetterez un pont entre les différentes formes de vie et de conscience, entre les mondes et les dimensions, entre le passé et l’avenir… tous les passés et tous les avenirs…
- Votre Excellence…
- Jeune homme, il me tardait de vous rencontrer alors que vous n’étiez encore qu’un enfant  tâtonnant à la recherche de vous-même, un potentiel… demain, je ne serai plus. Ces paroles vous affligent… mais c’est là le lot commun de tous les mortels. J’aurai rejoint, serein, la longue lignée de mes ancêtres dont le plus illustre demeure Vestrak qui vous est si cher. Qu’importe ce qui m’attend… je puis mourir maintenant puisque j’ai pu vous voir et vous parler. Que Stadull soit loué pour cette entrevue et que ma bénédiction retombe sur vous et tous vos descendants, jusqu’à la fin de ce cycle et de tous les suivants. ¡ Hasta luego amigo, y buena suerte! (A bientôt mon ami et bonsoir !)
 https://upload.wikimedia.org/wikipedia/commons/thumb/a/a2/Spanish_speakers_in_the_Americas_(orthographic_projection).svg/300px-Spanish_speakers_in_the_Americas_(orthographic_projection).svg.png
La rencontre terminée, le disque s’arrêta. Après avoir remis en place la capsule, Tchang crut bon de compléter ce que ses hôtes venaient de voir.
- Mes amis, mes enfants, il me semble plus que nécessaire de vous révéler cette nuit le secret qui était resté enfoui en moi depuis tant d’années.
- Quel secret? Firent d’une seule et même voix Georges et Catherine.
- Vous l’avez compris, je connaissais Sarton… Mieux… j’ai travaillé avec lui… sur les préliminaires qui ont permis la naissance de Daniel Lin, le benjamin.
- Mais, objecta Catherine, j’ai toujours cru que…
- Oui, ma chérie,  Sarton a participé à la mise au point du protocole ayant abouti à la naissance de Daniel…
- Comment? Quand?
- L’Hellados était venu me rendre visite sur Nouvelle Terra peu après le deuil qui nous frappa si cruellement…
- Euh… lorsque nous avons appris la mort de…
- Oui, c’est cela… mais… comme je pensais qu’il était prématuré de tenter la voie biocybernétique,  je choisis tout d’abord de mettre au monde, plus classiquement, un autre fils… Georges, ici présent…
- Merci, père, fit l’intéressé…
- Las! Cela ne marcha pas autant que je le désirais…
- Père! Reprit Georges, quelque peu offusqué.
- Pardon, fils… c’est pour cela que j’osais enfin transgresser les interdits des manipulations génétiques. Grâce au don que me fit Sarton, grâce aux écrits secrets de Lobsang Rama, Daniel Lin vit le jour… le clone parfait de … 
 https://upload.wikimedia.org/wikipedia/commons/thumb/6/62/Gesar_Gruschke.jpg/280px-Gesar_Gruschke.jpg
- Daniel Deng… marmonna le daryl androïde…
- Mais Sarton m’avait aussi fait un autre cadeau. Il m’avait révélé que notre Univers n’était pas unique, qu’il portait mal son nom, et que, pour exister, il avait fallu qu’il lui donne un coup de pouce.
- Ce coup de pouce devait aboutir à…? Questionna Benjamin.
- Non… ce coup de pouce serait amplifié par une nouvelle pichenette administrée par Daniel Lin. La conséquence précédant illogiquement la cause… la flèche du temps renversée… je me devais donc de créer ce fils qui serait le véritable catalyseur de notre monde… c’était une obligation absolue… un paradoxe à échelle cosmique…
- Père… Vous saviez donc… et ce, depuis le début…
- Oui, Daniel Lin, mais pas tout. Heureusement d’ailleurs. Si j’avais eu toutes les cartes en mains, je ne t’aurais pas mis au monde… les scrupules l’auraient emporté. Ce que tu as supporté… ce que tu as dû accomplir… vous aussi Lorenza… cela dépasse l’entendement, le fragile équilibre de nos esprits…
- Voici pourquoi vous ne pouvez me juger, nous juger… nous faire des reproches… quant à ma rencontre avec le sage Hellados, en fait, je ne possède ce souvenir que depuis mon retour ici, c’est-à-dire, objectivement, depuis quelques heures… mais il n’y a pas que nos actions à prendre en compte. Penta pi a fait bien plus que réparer cet Univers. Par exemple, Antor, qui, maintenant, est le bras droit du commandant Fermat - en cela, il a tenu parole - le fait que j’ai pu parler à Sarton alors que dans la précédente chronoligne, l’ex-prospectiviste était mort en l’an 2459...
- Oui, Daniel Lin, fit Irina pensive. Il a également modifié notre propre passé à la marge et concrétisé nos espoirs intimes les plus délicats. Cependant, il nous devait bien cela. Nous avions tant souffert…
- Ma chérie, tu dis vrai. Catherine, présente parmi nous, bien vivante, guérie tant sur le plan physique que psychologique…
- Mon fils, sans doute fais-tu allusion à ma mort?
- Certes, celle inscrite en 2503... Mais aussi à ta dépression effacée depuis des lustres.
- Aujourd’hui, je me porte comme un charme, grâce à une découverte médicale des plus prodigieuses.
- Encore une surprise de Penta p, compléta Georges. Les sécrétions de wiwaxidés qui ont perduré jusqu’à nos jours se sont révélées être le remède approprié dans ton cas. Autrement dit, dans le langage commun, les limaces cuirassées. 
 https://upload.wikimedia.org/wikipedia/commons/thumb/c/cb/Wiwaxia_corrugata.jpg/290px-Wiwaxia_corrugata.jpg
- Mais toi, Daniel Lin, mon fils cadet, questionna Tchang Wu, comment te sens-tu aujourd’hui alors que tu t’es affranchi des barrières que j’avais placées en toi? Tu comprends pourquoi désormais?
- Bien, père. Je ne puis que vous approuver avec le recul. Les quatre lois de la robotique sont obsolètes. Je n’en ai plus besoin. La morale humaine, mon éthique personnelle suffisent à me gouverner. Humain, pleinement humain, je puis choisir librement ma destinée. Pardonnez-moi cette indépendance si chèrement et si tardivement acquise.
- Commandant, jeta Benjamin, je crois que vous serez à la hauteur lors de cette mission vers M33. 
 https://upload.wikimedia.org/wikipedia/commons/thumb/2/2c/M33.jpg/220px-M33.jpg
Alors, l’impensable survint. Tchang serra affectueusement son fils prodigue dans ses bras, refusant toutefois d’afficher l’émotion légitime qui l’étreignait. Furtivement, il essuya une larme qui pointait. Le vieux savant acceptait désormais Daniel Lin tel qu’il était devenu, tel que l’expérience l’avait forgé et non pas tel qu’il aurait voulu qu’il fût.
À son tour, Irina se leva et embrassa Tchang, lui marquant parallèlement un profond respect, le remerciant ainsi du bonheur qu’elle vivait.
Ne voulant pas rester à l’écart, Georges s’en vint auprès de son père. Toute une famille était réconciliée.
Ce fut Catherine qui eut le dernier mot.
- Je ne sais pourquoi, mais je me sens sotte. Une coupe de champagne me semble toute indiquée pour faire passer cette impression, non?
Tous approuvèrent, y compris Ariana, qui était restée silencieuse durant toutes ces révélations. Aucun des enfants n’avait pu visionner les terribles images. À la suite de l’heure tardive, ils dormaient à l’étage d’un sommeil paisible.

***************

28 octobre  2516, selon l’ancien calendrier chrétien.
Vaisseau Langevin, à douze unités astronomiques du Soleil d’Oryx. L’engin d’exploration étudiait une ceinture d’astéroïdes, reste d’un astre qui avait explosé il y avait un peu plus de deux milliards d’années.
À bord, le quatrième quart avait débuté il y avait une dizaine de minutes et la nuit artificielle régnait dans presque tout le vaisseau sauf sur la passerelle de commandement.
Le premier lieutenant Chtuh, un petit dinosauroïde à la peau verte et aux rémiges violettes, de moins d’un mètre cinquante de hauteur, était de veille. Il visionnait attentivement les senseurs actifs afin de détecter toute présence hostile à proximité des météores les plus importants.
Quelques mètres plus loin, assise devant la console scientifique, Irina, le commandant en second, passait en revue les dernières données récoltées dans la journée. Sur un écran, défilaient les cent trente-trois éléments répertoriés constituant la nouvelle table de Mendeleïev dont les derniers numéros comprenaient le Planckium, le Broglium, l’Heisenbergium, le Dirachium, le Schrödingerium, le Poincarium, le Coppésium, l’Alvarezium, le Gennium, le Gellmanium, le Charpakium, l’Hawkinghium, le Stankinium et le Sartonium… 
 http://lewebpedagogique.com/olololol/files/2012/11/Henri_Poincare2.jpg
Un chuintement discret. La porte de l’ascenseur principal s’ouvrit. Irina se retourna machinalement.
- Pourquoi reviens-tu sur la passerelle? Fit-elle. Tu as déjà accompli trois quarts consécutifs et le vaisseau ne se trouve pas en statut d’alerte.
Le commandant n’était pas de service, ce que laissait comprendre le fait qu’il tenait son chat dans ses bras et qu’il avait revêtu une tenue civile.
- Repos, lieutenant Chtuh. Reprenez votre tâche.
- Bien commandant. Pour l’instant, aucune anomalie à signaler.
- Merci. Irina je venais te voir pour te demander si tu n’avais pas donné par mégarde une ration supplémentaire à Ufo. Observe-le. Il m’a tout l’air de faire une indigestion.
- Non, cela ne vient pas de moi. Tu sais, il a peut-être encore percé le secret des codes du synthétiseur de nourriture. Ou encore demande à Georges, Mathieu ou Violetta.
- Oui, ce sont de bonnes suggestions…
- Mais conduis d’abord Ufo chez le vétérinaire.
- Mersiks, notre médusoïde, lui fait peur. Je vais suivre tes recommandations. Puis je questionnerai les membres de la famille. Toutefois, je soupçonne Violetta. Elle a toujours goinfré cet animal. Et mon Ufo a le grand tort d’accepter tout ce qu’on lui donne. N’est-ce pas mon chat? Fit Daniel Lin en caressant tendrement son félin. Mon gros, tu te fais vieux et ton organisme pâtit plus qu’autrefois de tes excès.
- Miaou! Rétorqua piteusement le chat des forêts norvégiennes, tentant, en vain, d’échapper à son maître.
Un nouveau chuintement. Cette fois-ci, Georges et Violetta - cette dernière âgée d’un peu plus de treize ans - entrèrent dans le centre de commandement.
- Décidément, personne ne dort cette nuit, constata Irina.
- Dois-je t’appeler commandant ou Daniel Lin? demanda le lieutenant Wu. Je vois que tu n’es pas en uniforme.
- Cela dépend de la teneur de ta requête. Alors, Violetta, pas encore couchée malgré l’heure tardive?
- Non, oncle Daniel. En fait, je suis troublée. Je réfléchissais à ce que tu nous as racontés à Mathieu et à moi…
- Tu vois, murmura le capitaine Maïakovska… j’avais raison à propos de ce récit concernant nos mésaventures…
- Hum…  et toi, Georges, pourquoi es-tu ici?
- J’ai rencontré mademoiselle dans le corridor au niveau de ta cabine. Elle faisait les cents pas devant ta porte, pestant tout son saoul car l’ordinateur lui avait refusé l’accès à la passerelle. Elle t’attendait.
- Ma fille, qu’est-ce qui te perturbe tant? Un cauchemar… résultant de mon histoire?
- Non… Un souvenir qui m’assaille depuis que tu as achevé de raconter notre aventure.
- Ah. Lequel donc?
- C’est à propos des jumelles Liliane et Sylviane…
- Tu les as connues ailleurs et… hier. Mais c’était dans une autre vie, il y a longtemps.
- Peut-être. Or, j’ai la curieuse impression de ne les avoir quittées que depuis quelques heures… c’est là une sensation bien étrange.
- Montre-toi franche et dis-moi tout de go le fond de ta pensée. Que désires-tu?
- Daniel! Jeta Irina sévèrement. Cette enfant te demanderait de créer un Soleil et, pour lui faire plaisir, tu obtempérerais aussitôt.
- Mais non, s’exclama alors l’adolescente. Je n’en demande pas tant.
Pour l’heure, miss Violetta ressemblait à la chef géologue à la coiffure près. Elle prenait un malin plaisir à devenir son clone, ce qui agaçait l’épouse de Daniel Lin. Mais, heureusement, ce dernier, étant télépathe, savait toujours qui précisément il avait devant lui. Jamais il ne se faisait avoir.
Afin de ne pas rajouter à la colère d’Irina, la jeune fille reprit son apparence habituelle, celle d’une brunette adorable avec ses yeux verts et son nez en trompette.
- Ma demande est toute simple à satisfaire… je veux connaître le destin de mes deux amies dans cette chronoligne…
- Certes, ma chérie… mais prends conscience que Liliane et Sylviane ont disparu depuis près de cinq siècles…
- La distance temporelle ne fait rien, oncle Daniel. L’ordinateur doit bien posséder ces informations dans ses mémoires, non?
- Entendu, Violetta. Je le consulte.
Alors, Irina se leva de sa console pour céder la place à son époux. Le daryl androïde commanda en accéléré à l’IA du vaisseau de rechercher les données souhaitées dans sa banque de données. Une seconde plus tard, la voix synthétique féminine répondit.
- A la requête de Violetta Sitruk. Liliane née von Hauerstadt, devenue danseuse étoile à Covent Garden, y connut une brillante carrière. Puis, elle ouvrit une école privée de danse réputée. Elle s’éteignit en 2029. D’un mariage, elle eut deux filles qui reprirent le flambeau. La cadette se prénommait Violetta. Celle-ci compte parmi les ancêtres maternels du commandant Wu et de notre spécialiste en xéno botanique le lieutenant Georges Wu. Quant à Sylviane, elle prit la tête d’une maison de couture à vingt-huit ans à peine. Ses modèles firent un tabac dans tout le monde occidental. Elle préféra demeurer célibataire et encouragea la recherche spatiale. Elle légua tous ses biens à l’établissement qui devait devenir l’ancêtre de la Flotte interstellaire. Elle mourut en 2031. Son testament stipule, en accord avec sa sœur décédée et son défunt père, que le 5 mars 2031, une lettre accompagnée d’un CD enregistrable seront remis à Violetta Sitruk. Comme la date n’est pas encore échue, j’ignore le contenu du message, mais il m’est facile d’extrapoler puisque le commandant Daniel Lin est le testateur et le gardien de… 
 https://upload.wikimedia.org/wikipedia/commons/thumb/3/3d/Brown,r_time_macine60.jpg/290px-Brown,r_time_macine60.jpg
- Merci, IA, terminé, fit alors le daryl androïde d’une voix sans appel.
Violetta remarqua bien que son « oncle » avait interrompu Magdalena, l’IA. Mais elle ne s’en formalisa pas et questionna.
- Oncle Daniel, quelle peut donc être la teneur de ce message? En quoi consiste précisément ce legs? Pourquoi si tard? Imagine un peu. En 2031, j’aurai vingt-huit ans…
- Or, pour toi, c’est vieux, n’est-ce pas?
- Tu te moques de moi… pourquoi me faut-il attendre?
- Tout d’abord, ce sera la date anniversaire de la mort de Sylviane. Un demi millénaire se sera écoulé. Pile poil. Mais la raison principale en est que tu seras plus mûre, moins fantasque et plus à même de juger la valeur de ce cadeau.
- Oncle Daniel, je ne suis pas une évaporée et puis, tu me caches quelque chose… tu connais le contenu de ce legs.
- Je l’avoue… mais ne monte donc pas sur tes grands chevaux, ma fille et montre-toi patiente.
- Quinze années à attendre… enfin! Soupira la demoiselle.
Violetta marqua une pause puis fit, mi-figue mi-raisin:
- Avec le temps, peut-être me serais-je réconciliée avec mon père…
- Cela n’a pas l’air de t’enchanter… mais ce serait pourtant une bonne action, lança Irina.
- Tante Irina, tu ne peux pas comprendre, me comprendre… pff…
- Allons…
- A cette époque, mon oncle, je servirais sans doute sous tes ordres…
- Bigre! J’en frémis d’avance. À quel titre ma grande?
- En tant que conseillère psychologue traductrice ou encore en tant que diplomate attachée au Langevin.
Dans un bel ensemble Irina, Georges et Daniel Lin éclatèrent de rire. Enfin, reprenant son souffle, la chef géologue expliqua à l’adolescente les raisons de cette hilarité soudaine.
- Mon enfant, il te faudra faire preuve d’une équanimité digne de Vestrak ou de Sarton.
- J’en suis capable, tantine.
- Bravo, Violetta. Tu ne doutes de rien, lança ironiquement Daniel Lin. Laisse-moi te dire que tu as du pain sur la planche avant de parvenir à contrôler ton caractère soupe au lait.
- Je ne suis pas soupe au lait, commença la demoiselle.
Mais, devant les mines des trois adultes, elle rougit et se tut.
- Te supporter en tant que collaboratrice? Reprit le commandant Wu. Tu devras travailler dur pour réussir tes examens.
- Ben, oui… Je ne suis pas idiote. J’ai déjà de bons résultats en analyse géostratégique et en histoire spatiale.
- D’accord. Mais tu oublies un minuscule détail. Antor.
- Quoi Antor ? Pourquoi me cites-tu le nom de ton ami ?
- Il va nous rejoindre incessamment.
- Ah… Il n’est plus attaché au service d’oncle André ?
- En fait, non… les choses ont évolué ces derniers temps…
Violetta hésita un court moment entre bouder ou rire à son tour. De plus, elle brûlait d’interroger son oncle sur ce dernier mystère. Toutefois, elle choisit de ne pas mettre l’accent sur cette dernière information et embrassa Irina affectueusement. Après en avoir fait de même avec le commandant Wu, elle regagna, flanquée de Georges Wu, ses appartements situés huit niveaux au-dessous de la passerelle.
L’adolescente partie, Irina n’eut pas tant de scrupules et interrogea son mari.
- Cette information… elle te préoccupe. Pourquoi cet air sombre, Daniel Lin?
- Le message mental d’Antor remonte à moins de trente minutes. La teneur n’en est pas encore officielle.
- Tu me fais peur soudain.
- Il y a de quoi… Fermat est mort.
- Seigneur! C’est impossible. Quelle terrible nouvelle. Comment ce malheur est-il survenu ?
- Lors de la mission d’André sur Versus XVIII. Toute l’équipe diplomatique a été massacrée. Seul Antor a pu en réchapper grâce à ses talents particuliers. Il n’a rien pu faire pour le commandant et le reste du personnel. Une enquête secrète a été ouverte. Notre ami a témoigné et ses paroles non mises en doute. Pour corroborer son témoignage, il y avait le film du déroulement des événements… l’annonce du décès d’André Fermat ne sera rendue publique qu’à la fin de ce mois-ci afin d’éviter un conflit non seulement avec Versus mais également avec les Castorii qui auraient payé les assassins pour d’obscures raisons de droit commercial.
- Alors, impossible de renseigner l’équipage…
- Exactement.
- Mais Chtuh nous entend…
- Certes, mais il ne comprend pas le français, ma chérie. Or, nous nous exprimons en cette langue depuis la venue de Violetta sur la passerelle.
- Quant à ce legs, qu’en penses-tu?
- Il s’agit du translateur de Franz, bien sûr…
- Ouille.
- Il n’y a rien à craindre. Nous nous reverrons le duc et moi, pour le meilleur…
- Pas pour le pire, j’espère…
- Rassure-toi. Les prémonitions de Sarton se concrétiseront.
- Daniel Lin, je serai à tes côtés pour affronter la destinée, notre destinée, ensemble tous les deux, pour toujours et à jamais…
- La Providence fera en sorte que cela s’accomplisse.
Daniel Lin et Irina s’embrassèrent tendrement au grand mécontentement de Ufo qui, à force de se tortiller, parvint à échapper à son maître. D’un pas de velours, il s’en alla flairer les jambes du lieutenant et ronronner afin d’obtenir… à savoir quoi. Des caresses? Un supplément de nourriture? Le félin semblait avoir oublié son indigestion.
https://upload.wikimedia.org/wikipedia/commons/thumb/a/ae/Black_and_white_Norwegian_Forest_Cat.jpg/250px-Black_and_white_Norwegian_Forest_Cat.jpg
Impassible, le lieutenant feignait de ne pas remarquer le manège du chat et ne pas voir son commandant serrer amoureusement contre lui le numéro 2 du vaisseau. Apparemment, figé telle une statue, il était fort accaparé par la surveillance des senseurs. Enfin, le commandant Wu se détacha d’Irina et reprit la parole d’une voix neutre. Cette fois-ci, il s’exprimait en basic English.
- Lieutenant Chtuh, puisqu’il n’y a rien de notable à relever, prenez le pilotage et allons observer un autre angle de la ceinture d’astéroïdes. Je pense que nous avons assez de renseignements sur ce secteur.
- A vos ordres, monsieur.
Avec un professionnalisme digne d’éloges, l’officier obéit. Le cap changea et le Langevin franchit six mille kilomètres en trois secondes à vitesse d’impulsion.
Malgré son chagrin, Daniel Lin souriait devant le spectacle incomparable offert par l’écran extérieur du centre de commandement. Irina lui tenait affectueusement la main et, la tête appuyée sur son épaule, laissait couler librement ses larmes.
Une nouvelle aventure débutait pour tout l’équipage du vaisseau… un nouveau challenge à relever…

***************

Or, à des milliards de kilomètres de là et dans un autre siècle, s’amorçaient les prémices d’un complot sans précédent qui aurait des répercussions sur tout le devenir de la Voie Lactée.
Sur Aruspus, une  expédition à but scientifique venait de poser…

 ***************

Il pleure dans mon cœur
Comme il pleut sur la ville,
Quelle est cette langueur
Qui pénètre mon cœur?

Ô bruit doux de la pluie
Par terre et sur les toits!
Pour un cœur qui s’ennuie
Ô le chant de la pluie!

Il pleure sans raison
Dans ce cœur qui s’écoeure.
Quoi! Nulle trahison?
Ce deuil est sans raison.

C’est bien la pire peine
De ne savoir pourquoi,
Sans amour et sans haine,
Mon cœur a tant de peine.
    
                                                                          Paul Verlaine

Oh! Je me mens… encore une fois, je me mens. Je sais pertinemment pourquoi mon cœur se serre, pourquoi le spleen m’envahit encore et encore… je suis ainsi. Je ne puis m’empêcher de tisser la toile… de la recommencer… selon mon caprice… éternel insatisfait, je sacrifie tant de choses, tant de vies, moi le Ténébreux, le Veuf, l’Inconsolé…moi qui n’ai plus ni nom ni identité, moi qui ne suis plus rien et pourtant tout, moi qui ai acquis la conscience sans le vouloir, moi qui m’interroge sur ma raison d’être…  moi qui ai tout gâché… Le Prince d’Aquitaine à la Tour abolie…
 https://upload.wikimedia.org/wikipedia/commons/thumb/0/03/F%C3%A9lix_Nadar_1820-1910_portraits_G%C3%A9rard_de_Nerval.jpg/220px-F%C3%A9lix_Nadar_1820-1910_portraits_G%C3%A9rard_de_Nerval.jpg

***************

A suivre…