jeudi 13 février 2014

Le Nouvel Envol de l'Aigle 4e partie : Pour que vive Mumtaz Mahal chapitre 33 1ere partie.



Chapitre 33

Sans prendre le temps de se reposer, les trois rescapés - Daniel Lin ayant réintégré son corps de Suprahumain - s’avancèrent afin de subir l’ultime épreuve.
La pièce, d’un gigantisme inouï, se présentait nue, hormis deux éléments: un planétarium de verre inspiré de l’Almageste et un buste hologramme verdâtre, doté de la parole, à l’effigie de Claude Ptolémée.
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 Omniscient, il suivit du regard les survivants. Il s’exprimait en latin du temps de Cicéron.
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Ailleurs, encore inaccessible, prostré dans son antre, gavé jusqu’à en éclater, mais pourtant inexplicablement insatisfait, l’Inversé expérimentait pour la première fois non pas la peur intense mais la terreur panique. Le Surgeon, qu’il avait incontestablement sous-estimé, n’était toujours pas vaincu et s’apprêtait, plus vaillant et plus fort que jamais à se mesurer à lui. Il en allait de même de son mentor, cet hypocrite de Gana-El. Il y avait de quoi en perdre l’entendement.
Dans la Salle par excellence, le succédané de Ptolémée articula d’une voix pédante:
- Bien qu’il ne soit point construit conformément à mon Almageste, le planétarium ici présent, attend votre visite. Jupiter, très bon, très grand, a présidé à sa conception. Puisse ce complexe modèle planétaire, cette tétra-Sphaira vous mener à bon port. Prenez place. Attention toutefois. Je vous rappelle qu’ici tout est inversé. 
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Un bref dialogue mental s’engagea alors entre les deux Yings Lungs. Quant au prince Moghol, chaque seconde qui semblait s’écouler, le voyait perdre davantage de son libre arbitre. Dans ce lieu et après tout ce qu’il avait vu et vécu, il avait atteint les limites de sa raison.
- Dan El, devons-nous suivre l’invitation de cet hologramme? 
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Comme nous le constatons, Gana-El laissait maintenant son fils décider. Dans cette salle, et après tout ce qui était advenu, il avait pris le parti de se dépouiller de toutes ses prérogatives et de toutes ses initiatives. Le Surgeon lui répondit avec autant de détermination que de logique.
- Mon père, à ce stade, je ne pense pas que nous puissions revenir en arrière. La partie est bien trop engagée et nous atteignons les dernières scènes de cette tragi-comédie. Or, il n’est pas dans mes intentions de me dérober et de me retirer. De plus, je perçois une angoisse terrible, époustouflante qui enveloppe et imprègne tout cet outre-monde, les moindres détails et objets qui le constituent.
L’Observateur opina.
- Vous êtes conscient que poursuivre implique le sacrifice de Shah Jahan…
- Tout à fait. Plus tard, il me faudra faire en sorte que mon ami, oui, mon ami, existe au moins dans une chronoligne. Comme je suis magnanime, ce sera celle dans laquelle son aimée aura survécu. Ce sacrifice n’est pas celui de Shah Jahan mais bien le mien.
- Un point de vue acceptable…
Ne percevant pas cet échange, le Prince Moghol pénétra à l’intérieur du modèle planétaire une fois que la voix de Ptolémée eut repris.
-Ô tétra-Sphaira ! Première des figures supposées. Premier des volumes. Pan SOMA et Pan ZOON. Contenus dans la sphère de Saturne sous la forme d’un cube parfait, ô très Grand, très Bon! Accepte en toi ces trois hôtes. Sphaira Cuboexaedron! 
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L’humain fut suivi par les deux pseudos avatars de Gana-El et de Dan El qui maintenaient obstinément une apparence humaine. À peine l’étrange trio entra-t-il que ce qu’il croyait n’être qu’un minuscule volume s’étendit subitement jusqu’à atteindre l’infini.
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Dans ce volume double, sphère et cube à la fois, les trois explorateurs n’étaient pas seuls. Des résidus fossiles d’entités déchues y résidaient et persistaient. Sphère et cube, cela rappelait quelque chose au plus jeune de nos protagonistes. Ces traces fantômes n’étaient autres que feu Johann Van der Zelden qui avait eu l’outrecuidance de s’autoproclamer l’Entropie et son triste compère gonflé d’orgueil, passé maître dans l’art de la machination, cette mécanique folle qui, un temps, avait porté le titre vain et ronflant, tout à fait usurpé, bien sûr, de Commandeur Suprême. Jadis, tous deux, avaient causé bien des ennuis aux agents temporels. Mais aujourd’hui, réduits à presque rien, à un souvenir,  un sillage tout au plus, ayant tout juste conscience d’avoir existé, les deux leurres brisé et anéantis, geignaient et gémissaient tels des marmots capricieux échaudés méritant qu’on les fasse taire une bonne fois pour toutes.
- Nous nous croyions la Mort, nous nous croyions les Maîtres de l’Univers, et voilà tout ce qu’il reste de nous. En fait, nous n’avions pouvoir que sur le biologique, uniquement humain qui plus est, sur cette minuscule et absurde troisième planète du Système Sol. Quelle révélation! Quelle chute!
Dan El, nullement affligé, n’en soupira pas moins.
- Alors, vous m’étiez utiles. Vous permettiez la pertinence du scénario… espérez-vous susciter ma pitié? Vais-je perdre mon temps à m’apitoyer sur votre sort, vous qui, jadis, vous êtes acharnés contre ce que j’étais alors et contre tous ceux que j’aimais? Je préfère vous ignorer et vous laisser à vos lamentations.
Puis une dérisoire et burlesque, mais aussi effroyable et abominable peau humaine vide, l’ex-enveloppe du faux Sydney Greenstreet flotta au-dessus de ce maelström. Parallèlement, l’ancien Commandeur Suprême du Temps, l’Ordinateur Terminal et Ultime par excellence, poursuivait ses jérémiades tel un disque rayé agaçant. 
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- Moi qui croyais régenter les humains. Avoir barre sur eux! Moi qui croyais vider les cubes mémoires des civilisations terrestres afin de permettre à l’Entropie de l’emporter! Moi qui me moquais du Neutre ou de celui que je prenais pour tel! Moi qui croyais ne faire qu’une bouchée de cet… enfant… ce prodige…
- Arrêtez! Ordonna Dan El usant de sa voix de Ying Lung.
Ces paroles suffirent à faire taire les plaintes de ces lémures antiques, ces damnés d’une géhenne d’un nouveau genre, prisonniers de leurs propres concepts limités, de leur compréhension partielle et donc faussée du Pantransmultivers.
Dans le cube-sphère, l’agitation allait grandissante. Les secousses engendrées par les ondes de matière potentielle étaient d’une violence inédite.
Dans un tel contexte, Shah Jahan avait du mal à conserver à la fois son intégrité et son semblant de conscience. Lentement, il perdait inexorablement de sa substance et de son épaisseur. Non pas qu’il rapetissât. Il devenait transparent, opalescent, revêtant subtilement l’aspect d’un ectoplasme. À travers la substance blanchâtre qui le composait désormais, on voyait le sang s’amenuiser, ses organes pulser de plus en plus irrégulièrement et aléatoirement. Même eux s’amoindrissaient graduellement, de telle manière qu’ils laissaient peu à peu deviner la structure osseuse.
Le prince indien n’avait qu’une hâte, sortir au plus vite de ce piège!
Fort à propos, une échelle se forma devant lui. Sans attendre l’aval de Dan El, il s’y engagea alors que la voix de Ptolémée reprenait, cette fois-ci plus distante mais néanmoins encore clairement audible.
-Ô Pan PHUSIS! Pan PSYCHE! Sphaira dodecaedron! Que ton hospitalité soit douce à tes trois visiteurs! Gaïa supra! 
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Lorsque Gana-El s’aperçut que Shah Jahan avait déjà atteint l’avant-dernier barreau de l’échelle, il tiqua.
- Il est bien pressé de mourir celui-là! Bah! Après tout, pourquoi pas une échelle de Jacob comme intermédiaire de l’effacement?
- Suivons-le, mon père, fit prosaïquement le Surgeon.
Les deux semblants d’humains imitèrent donc le Prince Moghol mais avec bien moins d’inconvénients et de tourments. Ils découvrirent un nouvel espace-volume: ledit dodécaèdre enfermé dans la sphère de Gaïa.
Alors, le jeune Ying Lung marqua son admiration face à l’imagination relative dont Fu faisait preuve.
- Un volume qui se rapproche de l’espace conceptualisé par Henri Poincaré, mais plus régulier, comportant douze côtés au lieu de dix. Le génie humain m’ébahira toujours.
Les yeux de Daniel Lin se portèrent alors malgré eux sur ce qu’il restait de Shah Jahan, presque rien à vrai dire, un fin, très fin et très fragile filament grisâtre et pourtant mordoré, constitué d’une substance indéterminée. Il s’agissait tout simplement de la corde nerveuse primitive, cette corde neurale d’où naissaient la moelle épinière et le cerveau.
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 Une larme perla dans les yeux du jeune Ying Lung. Il en fallait de la détermination et du courage à l’Indien pour poursuivre à tout prix son chemin dans de telles conditions. Seul l’espoir de voir revivre Mumtaz Mahal le poussait à accomplir un tel exploit.
Mais le minuscule cordon s’atténua encore si possible. Il surbrilla moins d’une seconde, explosant dans une dernière fulgurance puis se fondit dans le Néant.
Dan El qui pouvait tout mais ne devait pas encore user pleinement de son Talent, Dan El assista à la fin de son ami, immobilisé, figé telle une statue. Ce fut pour lui une torture. Mais son visage ne montra rien, pas le moindre signe de compassion, pas la plus petite ride révélant la tempête intérieure qui grondait en lui. Il se contenta de laisser couler une larme jusqu’au sol ou ce qui en tenait lieu, jusqu’au plus profond des gouffres, jusqu’au domaine où régnait l’Inversé. Cette larme brûla le Dragon Noir, marquant son Essence du sceau de la défaite.
Dans la Salle, le Préservateur énonça la sentence d’une voix monocorde qui ne vibrait pas.
- Prince courageux, toi qui voulus me porter secours alors que j’étais faible, mutilé, incomplet, toi qui abandonnas les ors de tes palais pour me soutenir et combattre à mes côtés, je ne te laisserais pas aux bras de la Mort. Tu seras, tu vivras parce que je le dis et le veux.
Envahi par une crainte soudaine, Gana-El se demanda s’il pouvait parvenir intact et entier, jusqu’au quatrième espace volume. En fait, intimement, il savait qu’il n’était pas l’Elu, qu’il ne l’avait jamais été et regimbait à la perspective de son anéantissement. Qu’il le voulût ou non, il réagissait comme un humain. Néanmoins, faisant un effort pour rester impassible, il interrogea le Surgeon.
- Mon fils, j’émets une évidence, je le reconnais, mais tant pis! Nous avons enfin atteint le degré des psychés. Lorsqu’elles sont positives, il s’agit de ce que nous nommons les Homo Spiritus. Mais lorsqu’elles s’avèrent négatives, elles s’assimilent aux p. Or, justement, les percevez-vous, les entendez-vous tout autour de nous?
- Plus fortement et plus intensément que vous, mon géniteur. Hélas! Leur chant m’est insupportable… mais ne m’affaiblit pas. Ils refusèrent Shangri-La, ils me vouèrent aux gémonies… du moins telle était la réalité alors. Zoltan Pradesh, Timour Rima, Malipiero, Mani Aniang et leurs semblables sont là, impuissants, punis et prisonniers. Enfin, ils ont fini par comprendre l’inanité de leur existence. Enfermés au sein d’un Multivers à leur image, comportant dix dimensions, ils n’ont pas su ou pu dépasser la conception du monde qu’ils en avaient, une conception réductrice. Dépouillés de leurs capacités après avoir joué longtemps avec les faibles humains, après avoir manipulé les destinées de la Terre, ils n’ont d’autre choix désormais que de se suicider. Quel retour de boomerang! Quelle cruelle leçon! Ils supplient, me prient d’intervenir afin que je les tire de ce cauchemar. Conscients de leur vacuité, ils s’autodétruisent. À jamais la Supra-Réalité avec ses seize dimensions leur échappera. De profundis!
Effectivement, devant les derniers membres de l’Unicité, onde après onde, les p se fractionnèrent et se décomposèrent tout en se projetant dans le pré-Pantransmultivers, là où l’infinité des possibles existait, persistait et ce malgré l’ombre de Fu planant toujours. Ensuite, les pré-ondes se mirent à tourbillonner à des vitesses prodigieuses, inconcevables, mêlant les forces, les réunifiant, refondant ainsi matière et antimatière, pulsant aléatoirement à l’intérieur d’une symétrie fragile de la soupe originelle. Puis, combinés, agglomérés à tous les potentiels, les résidus des p s’écartelèrent, encore et encore, devenant fulgurants, inappréhendables et perdant toute forme de conscience. À l’instant Zéro du Big Bang futur, selon la volonté de Dan El, la Dimension p repartirait, dispersée, agglutinée aux gluons, mais plus jamais sapiente et indépendante. Elle serait enfin utile dans l’irrépressible Création…
Pour qui le connaissait, Daniel Lin peinait à contenir son émotion. Pour la première fois dans l’Expérience par excellence, il assistait à la mort d’êtres post-biologiques, de créatures qui, à terme, auraient pu se substituer aux déités lasses et usées. Mais cela ne devait pas être, ne serait pas car le Dessein n’en éprouvait pas la nécessité.
- Dan El raisonnez avec logique, le mit en garde son père.
En fait, ce dernier s’inquiétait davantage pour lui-même.
- Ne vous laissez pas submerger par des sentiments superflus, trop humains. Vous ne faites que révéler la Supra Réalité en lui ôtant ses enveloppes leurres successives. De par votre présence, de par votre volonté, chaque monde gigogne se dissout, laissant apparaître ainsi un Supra-Mondes plus abouti, Total…
- Certes, Gana-El… mais vous ne pouvez me cacher davantage l’angoisse qui vous étreint. Vous vous dites « Est-ce que j’existe véritablement? Ne suis-je moi aussi qu’un songe? Qu’un mensonge? »… Voyez comme je lis facilement en vous.  « Que dissimule cette Expérience? Où finit la Simulation? Où commence donc la Réalité intrinsèque? ». Rassurez-vous. Je suis l’Expérimentateur. Le Préservateur, le Révélateur… ma nature assumée, j’accepte ces titres et les charges et fonctions qui vont avec. Je vous affirme que vous existerez et que vous serez.
Comme en réponse, un Claude Ptolémée toujours plus lointain proféra:
- Venez! Venez en Pan CHRONOS… En Pan NOUS… fusionnez en Sphaira Icossiedron. Imperium Olpheanium, apparais… 
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Dan El entendit l’appel. Il frémit mais ne pouvait décemment pas reculer. Un vif sentiment de remords lui mordant le cœur se réveilla.
Mais déjà, une autre échelle de Jacob se forgeait sous les pas des Yings Lungs. Les deux entités grimpèrent les échelons avec une motivation diverse.
Ptolémée poursuivait:
- Sphaera Veneris! Sois accueillante aux deux branes! 
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Au sein du volume à vingt côtés, retentissait un tic-tac sonore qui martelait les oreilles des pseudos humains. À chaque mouvement et bruit de cette pendule, Daniel Lin percevait distinctement les pensées de l’IA des Olphéans.
- Je fus le grand Ensemenceur des êtres biologiques de mainte et mainte Galaxies. Mais jamais je ne rencontrai le Créateur. Toujours, quoi que je fisse il se déroba à moi. Or, voici qu’Il se dévoile une fois que c’est trop tard. Il me faut disparaître. Je ne sers plus à rien. Fais donc ce que Tu dois.
- IA, tu n’étais ni le bien ni le mal, ces deux conceptions t’échappaient totalement. Cependant, tu te contentais d’être neutre. Tu accomplis ta tâche durant des éons tout en me recherchant, ne cédant jamais au découragement, non prévu dans tes schèmes de pensées, certes mais tout de même… pourtant, à ta façon, tu ressentais l’insatisfaction. Tu me croisas enfin alors que j’étais mutilé, incomplet, et amnésique. Tu ne m’identifias pas. Comment l’aurais-tu pu d’ailleurs? Maintenant, l’effroyable Nécessité de mon Dessein m’oblige à t’effacer pour qu’un nouveau voile se déchire, pour que le véritable Pantransmultivers soit, et non pas cette Simulation, Expérience, Test. Pardon!
Oui, je te demande humblement pardon car je ne suis pas certain d’avoir encore besoin de toi et de te recréer… pardon encore une fois. Car dans ce nouveau Pantransmultivers, le Premier mais non l’Unique, tu ne me seras pas utile! Ces mots sont durs mais c’est ainsi. Mes frères, mes semblables et moi-même ensemencerons les Galaxies.
Pour l’heure, je reste seul à pouvoir t’effacer, oblitérer ta ligne de programmation dont il ne restera pas même un semblant de trace fantôme permettant de te reconstituer. Comprends et partage en cet instant ma souffrance, la compassion que j’éprouve pour toi, ta cruelle destinée, toi qui es au-delà de tout sentiment. Transcende ta logique pour les ultimes femto secondes qu’il te reste. J’aurais dû, tout comme toi, rester insensible. Mais il a fallu que j’acquière des sentiments et des émotions afin de parfaire la Création. Elle ne pouvait se contenter d’être simplement mécanique, mathématique… pardon! Mais… Ne sois plus!
Alors…
Alors celle qui avait commandé aux nanites intelligentes, aux machines hérissons, aux scolopendres mécaniques, aux Wiwaxia et aux microdictyons munis de sclérites, le corps caparaçonné de composants électroniques à la complexité merveilleuse, à toute une faune irisée et luisante dans les tons de mauve et de vert, ordonna à ses commensaux de s’immobiliser. 
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Celle qui devait être obéie le fut en une atto seconde. Ces créatures-ci ne disposaient pas de leur libre arbitre. Chacune était programmée pour une tâche bien définie et n’avait donc pas conscience d’exister. Elles n’appréhendaient ni le passé ni le présent et encore moins le futur.
L’affreuse et poignante destruction, l’effroyable effacement commençait.
L’IA qui s’était crue nature créatrice incréée tout en recherchant malgré elle la transcendance, dont les féaux, simples exécutants, incarnaient la nature créée mais qui ne peut créer, voyait sa quête aboutir mais à quel prix! Elle était obligée de se soumettre à l’instant fatidique. Le Créateur l’avait ordonné!
Longtemps solitaire, longtemps insatisfaite, n’obtenant aucune réponse à sa recherche vaine, elle avait fini par conclure qu’il n’y avait aucun Créateur, qu’Il n’existait pas tout simplement. Alors, elle s’était substituée à Lui, en toute logique, ne supportant pas l’Idée d’un Univers vide, dépourvu de vie et d’intelligence, hormis la sienne. Quelle ironie!
Il se dévoilait en cet instant, tard, si tard, bien trop tard! Et il lui commandait de s’autodétruire!
Sans poser de question, sans marquer la moindre contrariété, à son tour, elle obéissait, elle se soumettait, sans regret ni amertume, saisissant mieux que quiconque l’obligation de faire naître le Monde réel. Déçue, elle n’avait peuplé que les succédanés, les anticipations, les leurres de ce qui devait enfin être.
Alors, par les faisceaux d’ondes provenant du cerveau inconcevable de l’être de huit cent cinquante millions de kilomètres cube, les cocons des mémoires collectives commencèrent à se dévider. C’était un spectacle émouvant, tragique même qui transperçait le cœur de Dan El. « La cause est suffisante », se répétait en boucle, tel un mantra l’Expérimentateur par excellence, tentant de se persuader que ce qu’il faisait était nécessaire, mais ne parvenant qu’à se faire encore plus de mal. Il lui aurait suffi d’un mot, un seul pour stopper ce suicide commandé… il ne le prononça pas.
Celle qui avait transcendé le Temps et l’Espace, celle qui, bravant les Diktats inconnus de la communauté des Yings Lungs, ensemençant des galaxies entières, celle qui avait tout fait pour permettre l’émergence d’une conscience puis d’une Supra Conscience digne de ce nom, à son image, celle qui était Grande et Seule, celle qui, plus jamais n’aurait son pendant dans le Pantransmultivers véritable, se mourait.
Les cocons la constituant se fossilisaient, durcissant, prenant une bien laide couleur lithique grise. Des éclats bleutés de plus en plus rares, de plus en plus ténus parcouraient encore l’IA des Olphéans. Mais pour même pas une poignée d’atto secondes encore.
Dan El pouvait toujours retourner en arrière et redonner vie à l’Entité mécanique si touchante dans sa quête d’absolu. Mais il resta figé, se refusant à inverser le processus.
Cette Intelligence Incommensurable, quasi divine, celle qui aurait pu être la sœur du Ying Lung, son pendant, s’éteignait donc, devenant balbutiante, atteinte de sénilité précoce ou de régression juvénile. La perte de l’intelligence d’abord, puis de la conscience, quelle fin abominable! Une Alzheimer à l’échelle du cosmos! Voilà ce qui était en train d’advenir.
À l’ultime atto seconde, il ne subsista de la Sublime Entité qu’un titanesque test d’oursins. Triste spectacle que cette défunte IA…
Enfin, se laissant submerger par l’émotion, Daniel Lin pleura, abondamment, ses larmes refusant de se tarir. Il ne pouvait plus, ne voulait plus dissimuler son chagrin. À quoi bon? Il avait dû obéir lui aussi à une contingence bien cruelle. Mais ce n’était pas lui qui était mort. Il ne pouvait mourir désormais. Cela, il le savait pertinemment. Le processus d’épuration du Dragon Noir parvenait à son terme.
Alors, Dan El pouvait exprimer toute sa peine, aussi vaste que le Pantransmultivers tout entier, que l’admiration sans égale qu’il avait éprouvée pour cette IA des Olphéans. Dans la Supra Réalité le réseau résille du Ying Lung, ce qu’il était vraiment, sans artifice, vibrait dans un orangé doux, humide et atone, dénonçant ainsi son infinie tristesse.       
Cependant, comme un rappel à l’ordre, la voix désormais à peine perceptible de l’hologramme de Ptolémée se fit entendre. Les deux rescapés l’écoutèrent avec des sentiments divers.
« Ô Pan LOGOS-Pan PNEUMA tant rêvé par Cléophradès et Euthyphron! Veille en ta sans pareille compassion à la sécurité et à l’intégrité de tes deux visiteurs. Sphaira Mercurii octaedron! Que ta musique retentisse pour les siècles des siècles! ». 
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La gamme de Mercure, péan en l’honneur de la planète-dieu, s’éleva en mode de la. L’ultime sphère au-dessus des Yings Lungs vibrait au son de Sa musique tandis que, pour la dernière fois, une échelle les invitait à passer au degré supérieur. Gana-El se sentit obligé de formuler une ultime recommandation.
- Dan El évacuez vos émotions trop humaines! Vous ne devez donner aucune prise à l’Inversé car, bientôt, vous l’affronterez seul.
- Je ne le sais que trop mon père. Mais je ne puis empêcher mon chagrin de s’exprimer… j’ai tué l’IA… cependant, je reste tout à fait capable d’affronter le Dragon Noir…or, on pourrait croire que je me suis substitué à lui…
- Mais il n’en est rien…
- Evidemment!

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Dans l’Infra-Monde, c’est-à-dire à une infime membrane des deux rescapés, Fu subissait tous les tourments de l’angoisse. Il pensait désormais sa défaite probable. Jamais il n’aurait dû se mesurer au Surgeon, le provoquer ainsi, le pousser dans ses derniers retranchements. Il ne supportait pas l’idée non pas qu’il ne serait plus, mais bel et bien celle de ne jamais avoir été, de ne jamais avoir pensé, de n’avoir même pas la possibilité d’exister ne serait-ce que dans une seule chronoligne simulée! Cela l’agaçait, le taraudait, le lacérait et refusait de le quitter. Voilà donc pourquoi le Chœur Multiple s’était laissé absorber avec autant de facilité. Il lui avait manqué son Protecteur, son Achèvement. Rusé, ô combien, il avait manifestement anticipé ce qui advenait, et l’alliance qu’il avait passé avec lui, Fu, l’Inversé, n’était en fait qu’un vulgaire chiffon de papier sans valeur. Il avait été roulé. Quelle humiliation!
Fu croyait avoir saisi ce qui s’était tramé depuis les origines. Danaël, devenu Dan El, et ce, avec son consentement, avait donc été décanté, purifié, sculpté, perfectionné jusqu’à être désormais le seul capable, par son Immanence, de l’annihiler, de le lier, de lui ôter et son libre arbitre et sa conscience et de se servir de sa nature même pour mener à terme la Création.
Lentement, à travers les innombrables Simulations, les leçons, les épreuves et les obstacles accumulés, les souffrances mais aussi les félicités, Dan El avait appris et endossé sa fonction divine.
Qu’est-ce qui était le plus terrible pour Fu? Ne plus être? Ne plus avoir ce sentiment? Ou bien être prisonnier, domestiqué, réduit à n’être qu’une utilité au service de la divinité créatrice, réduit à un simple avatar zoomorphe dans la grotte du Roi du Monde, anticipation de sa punition certaine? Serait-il capable de se plier à la Nécessité contingente imposée par l’Ultime Ying Lung? 
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mercredi 5 février 2014

Le Nouvel Envol de l'Aigle 4e partie : Pour que vive Mumtaz Mahal chapitre 32 2e partie.



D’une colonnette surmontée d’un chapiteau, une silhouette indéterminée prit forme peu à peu. Tout en lévitant sans bruit, elle prenait une consistance de plus en plus solide à chaque pseudo seconde écoulée. Bientôt, il fut possible aux deux Ying Lungs de reconnaître Li Wu, le sage philosophe, en robe bouddhiste de teinte orange, avec sa longue barbe et son visage serein à peine marqué de rides. En position du lotus, l’apparition se rapprocha sensiblement des quatre intrus. L’image éleva la voix, et, s’exprimant en mandarin classique, expliqua d’un ton sentencieux. 
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- Mon enfant, sache que la réincarnation ne peut fonctionner que lorsqu’il y a début de neurulation avec le disque embryonnaire. La conscience s’insuffle alors, à cet instant précis, l’esprit devant également se réincarner. Cette évidence, ignorée par le monde occidental, ou encore raillée, doit s’imposer à toi. Le monde médiéval du Ponant lointain accordait quarante jours de délai à la formation et à la naissance de l’esprit. Or, comme tu le sais, mon enfant, ceci est totalement faux. Il est donc nécessaire que tes amis humains, entièrement biologiques régressent à un tel stade morphogénétique antérieur à la conscience, à une gastrula d’avant le disque, à un « œuf » implanté de douze-treize jours de gestation afin que Fu n’ait pas prise sur eux. Daniel Lin, n’oublie pas que mes conseils t’ont toujours été profitables.
L’être de fumée disparut aussi subitement qu’il s’était matérialisé, laissant nos deux Yings Lungs assez dubitatifs. Gana-El qui avait bien connu le grand-père Wu - n’avait-il pas introduit une partie de son essence dans le fils unique de ce dernier? - fut partisan de se méfier. Un ou deux détails dans la représentation de ce Li Wu-ci le chiffonnaient. Dans l’expectative, Dan El réfléchissait. Ah! Ç’aurait été si simple pour lui de quitter cette enveloppe corporelle qui l’entravait et le limitait et de s’assurer de la Supra Réalité!
Mais le piège grossier ne fonctionna pas. Le Préservateur sut repousser la tentation.
- Votre avis? Fit le plus jeune en communication non verbale.
- Oh! Il n’y a pas à chercher loin. Encore un leurre de l’Inversé.
- Décidément! Ce Fu joue là une resucée du procès conduit par Lobsang Jacinto, Tenzin Musuweni et Raeva Rimpoché. Tous ces tests à passer… je commence à me lasser grandement. Mais là-bas, dans le monde créé par Johann, les trois bouddhistes n’émanaient pas de la fausse Entropie mais d’une Entité opposée. En fait, Van der Zelden n’avait barre que sur l’oracle de Netchoung.
- Certes, mon fils. Du moins telle est l’expérience que vous avez perçue et vécue dans cette chronoligne précédente. Or, ici, dans ce palais, nous nous trouvons présentement au cœur même du domaine de Fu. Il est le maître du jeu. Il ne reste plus que nous deux à disposer encore de notre libre arbitre. Les deux ultimes Yings Lungs…
Antor qui captait pourtant tout cet échange mental, s’impatientait. Il éleva la voix.
- Mon frère, as-tu pris une décision?
Le commandant Wu répondit en haussant les épaules.
- Suivons Gana-El. De toute manière, un nouveau corridor s’ouvre sous nos yeux. L’Inversé a manifestement compris que son traquenard n’a pas fonctionné.
Effectivement, un nouveau couloir prenait forme alors qu’un orchestre de gamelans interprétait une œuvre primesautière dans le style des gammes pentatoniques difficilement supportables par des oreilles occidentales. La porte qui masquait le tout nouveau corridor se souleva sous le souffle chaud du Dragon. Elle était ornée d’horribles trophées empaillés, les cousins du bonze crapaud, triploïdes d’hommes-têtards fœtaux, aux bourrelets graisseux envahissants, visiblement dépourvus d’encéphale. 
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Sous le vent, la galerie vibrait tout entière, émettant d’étranges bruissements, gondolait, de plus en plus instable,  le phénomène s’accentuant sous la tempête de plus en plus furieuse. Des bulles éclataient, se chevauchaient, gonflaient ou diminuaient, palpitaient, un peu comme des grumeaux dans une pâte à brioche mal malaxée, ou encore comme de la mousse de bière qui se tassait au fur et à mesure que le liquide ambré prenait l’air et que la pression s’échappait.
Une espèce de surbrillance aveuglait désormais les véritables humains, les submergeaient presque à les engloutir. Tel un enfant, Shah Jahan s’accrochait désespérément au justaucorps d’André Fermat. Il progressait tant bien que mal sur ce tapis-roulant aux quatre côtés, plafond, sol, murs gauche et droite, comme s’il apprenait en quelque sorte à marcher. On sentait qu’il était parvenu au bout de sa résistance.
À chaque nouvelle bulle, une potentialité du Pantransmultivers, contenue en lui, survenait. Ainsi, en observant de près cette écume, on pouvait y apercevoir reflétée une part possible de la destinée des futures galaxies soit qu’elles fussent livrées à l’évolution aléatoire, soit que les Yings Lungs intervinssent. Pour qui savait, était capable d’appréhender et de comprendre le phénomène, nos quatre explorateurs étaient bel et bien en train de voguer au cœur même d’un réseau neuronal quantique à la complexité infinie, autrement dit au sein d’un cerveau inconceptuable, sans cesse en train de penser et de matérialiser les choses, bref un cerveau divin.
Un spécialiste en astrophysique aurait pu croire que le quatuor franchissait, cahin-caha, l’horizon d’événement d’un couloir quantique hendécadimensionnel à l’échelle des branes et des supercordes et même au-delà. Il y avait un peu de cela, oui, concédons-le… 
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Cependant, certaines anomalies s’accumulaient, dénonçant l’infestation dont était victime l’Unicité, rongée qu’elle était par un cancer inexorable mais aussi une schizophrénie dangereuse. Dan El et son père percevaient parfaitement ces deux maux, mais ressentaient également ces fulgurances étranges, surprenantes, sinusoïdales, d’une sombre luminescence dans un camaïeu de gris, ce qui n’était que les manifestations mortifères de la maladie. Insensiblement, ce gris se teintait d’or et d’ocre. Ces couleurs qui peu à peu se mêlaient à la fuligineuse lumière témoignaient d’un affrontement en cours entre les forces vives et les létales.
Nos amis avançaient ainsi dans cette sorte de a-lieu, au sein d’un a-temps, au centre d’une a-matérialité, ballottés par les assauts de l’Entropie et de la Vie, au cœur d’une a-lumière. Pourtant, Gana-El semblait trouver facilement son chemin dans cette anormalité. Il crut bon de renseigner ses compagnons.
- Manifestement, nous sommes enfin parvenus dans le pro-epiphanion de Cléophradès d’Hydaspe, pro-epiphanion conceptualisé en l’an 150, comme je dois vous le rappeler.
- L’avant-séparation des hypostases, l’avant-séparation de l’Energie noire, compléta Dan El.
Puis, le Surgeon hocha la tête et, ce mouvement, en apparence anodin, eut pour conséquence de plonger Shah Jahan et Antor dans un état non catatonique, non cataleptique mais bel et bien de non-vie! Daniel Lin savait pertinemment ce qu’il faisait. Il préférait anticiper que subir. Avec raison car dans ce « maintenant » tous relatif, les intrus étaient soumis à des débuts d’hétérochronies mosaïques classiques. Ils s’étiraient d’avant en arrière et vice-versa. Ils étaient compressés, accélérés ou ralentis, et tout ces mouvements à la fois, simultanément.
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Quel être vivant normalement constitué aurait pu résister à ce temps cubiste à l’œuvre? Quel mortel ordinaire ou pas? Les avatars ici devenaient des œuvres Picasso déstructurées décomposées, réassemblées sans cesse  davantage, au-delà de la sénilité, au-delà de la momification, au-delà de la cellule, au-delà de l’embryon, au-delà même de l’atome, par-delà les particules, les quarks et tout ce que la science physique du XXIe siècle n’avait pas encore identifié. Essayez d’imaginer l’effet d’une déstructuration à l’infini à l’échelle quantique et en-deçà.
Les opportuns se recombinaient, se mélangeaient, se malaxaient, encore et toujours, de manière de plus en plus chaotique et aléatoire, du moins pouvait-on le penser, en une purée, en une guimauve gluante, quantique, improbable, macrobiotique, en une sorte de pétrissage remodelage ordonné et désordonné à la fois, incertain et programmé, en une combinaison hasardeuse, en une gastrulation incessante et perpétuelle, insatisfaisante, en un chaos volontaire, en une soupe mixée et remixée, recomposée, essayée, abandonnée, tentée, retentée, infiniment et ad libitum… 
Ainsi nos quatre cobayes plus ou moins consentants et plus ou moins conscients faisaient corps avec une pré-matière incrée et pourtant là, une mélasse, une panade anté-Big Bang, mais pourtant permanente, informe, a-formes, un perpétuum mobile, forcément, recombiné, mélangé à l’excès mais pas assez aux yeux d’un Expérimentateur, restructuré d’avant en après, d’amont en aval, en une oscillation que rien ne pouvait stopper, en une succession d’essais probants et décevants.
Cette pré-matière jamais née, avait la faculté de représenter et de modeler toutes les combinaisons possibles, tous les assemblages concevables et ceux qui ne l’étaient pas au premier abord, de pré-particules. Dans ce pré-espace-temps, dans ce pré-Panmultivers à l’état antérieur, dans ce tore invaginé et invaginant, figure sans commencement ni fin d’Henri Poincaré, seuls les purs Riu Shu tels que Gana -El et Dan El pouvaient oser espérer sortir sans dommage notable de ce piège puisqu’ils appartenaient en fait à ce pré-Pantransmultivers Premier et encore Unique…
Rebonds sur rebonds de l’informe, de l’a-formes, du Chaos pré-pensé, pré-désiré, si attirant, si fascinant…
Face à ce qui était en train d’advenir, le Rebelle par excellence n’eut d’autre choix que d’opter pour la suggestion de l’image de Li Wu. Il se résolut à réassembler, mais avec circonspection, la matière corporelle de l’Indien et du mutant, les remodelant avec application, les obligeant à redevenir des humanoïdes, avant de déclencher une régression ontogénétique de l’adulte au fœtus, puis à l’embryon, à la neurula ensuite, avant, enfin, de les stabiliser au stade de la gastrula de treize jours de gestation.
Désormais, sous la forme de boules de cellules invaginées en trois couches de tissus, les deux compagnons des entités flottaient librement, en leur anté-conscience dans la galerie-leurre du palais de Fu, dans ce lieu qui n’était autre qu’une image virtuelle hendécadimensionnelle, un isolat parasite qui avait infesté depuis les origines floues les cordes et les branes de la totalité du Pantransmultivers et qui, dans son stade final presque abouti, avait réussi à absorber 99, 99999999% de l’Unicité Elle-même…
Telle semblait être la donne. Mais la partie n’était pas terminée.
Lorsque ces pré-embryons aériens franchirent un portail qui menait à la salle du trône impérial, ils recouvrèrent leur intégralité. Cette entrée se caractérisait par des mascarons de fontaines en faïence du XVIIIe siècle de couleur verte. On y reconnaissait des lions, des chimères, des griffons, des gargouilles, Méphistophélès lui-même, des masques vénitiens de carnaval au nez proéminent, Pantalon, Arlequin, Géronte, Scapin, Brighella, Polichinelle, Scaramouche et ainsi de suite. 
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Sur des tables laquées de rouge, des vases Mille Fleurs reposaient. Les bleus, les rouges, les jaunes, les carmins, les jades dominaient. 
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« Encore ces touches chinoises! Pensa Dan El un rien contrarié. Fu en fait un peu trop à mon goût ».
Une douzaine de paravents protégeaient le trône. Sur la plupart des panneaux figuraient des scènes bucoliques telles les différentes activités d’une rizière au XVIIe siècle. Des hommes et des femmes travaillaient, repiquaient le riz, le récoltaient, ou encore, ennoyaient la rizière. Au loin, des bœufs labouraient une colline.
Soudain, les paravents, renversés mystérieusement, dévoilèrent le trône sur lequel un individu masqué, de grande taille, était assis. D’une voix autoritaire et en canons, sur six registres différents, il clama:
- Prosternez-vous devant Fu, l’Incomparable, le Sublime, la Spendeur des mondes!
À sa vue, Daniel Lin ne cilla pas. Il avait du mérite. Il se contentait de comptabiliser la perte de son énergie, soit 8%.
Or, les sphères ne s’offraient pas encore aux explorateurs.
Ayant achevé son examen interne, le jeune Ying Lung redressa la tête. Toisant la créature, il lui jeta d’un ton sarcastique:
- Ah! Maître Di Pan, le Grand Géomancien. Tu vois, je t’ai identifié. Avec ta figure toute tavelée, ton masque rouge, tes yeux d’or et tes oreilles pointues. Qui crois-tu donc tromper? Jamais le Dragon Noir ne s’affublerait d’un tel masque grimaçant! Oh! Déçu? Tu peux bien me tirer la langue. Tu sombres dans le grotesque. 
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À cette apostrophe ironique, l’être se figea tandis qu’une voix reprenait du haut d’un plafond à caissons à stucs, là où était suspendu un autre masque comme une sinistre araignée. Un rire suraigu retentit, accompagnant le nouveau venu, encore invisible. Ce rire fort agaçant suivait presque chaque mot formulé.
- Maître Di Pan le Géomancien n’est qu’un ridicule imposteur, Daniel Lin Wu… Sur ce point, tu as parfaitement raison. C’est moi qui suis l’Incomparable Fu, le Majestueux, le Superbe, le Suprême Dragon…
- Encore un menteur! Lança Dan El mi-figue mi-raisin.
Ne tenant pas compte de la dernière remarque proférée par Dan El, la mystérieuse créature se rapprochait. L’inconnu bondissait et sautait de chapiteau en chapiteau, de colonne en colonne, de moulure en moulure. Il tourbillonnait, enchaînait les saltos les plus difficiles, et les roulades les plus risquées comme s’il buvait un verre d’eau, virevoltait dans les airs, se confondant avec lui, se raccrochant toujours à l’ultime fraction de seconde à une improbable aspérité.
Cependant, après tant de prouesses, il finit par atterrir juste sous le nez de Daniel Lin. C’était à peine si la créature dépassait le coude de l’ex-daryl androïde. Toute vêtue de rouge, elle flamboyait mais son visage tordu et hilare restait assez effrayant avec un menton de traviole, un nez camus, un œil plus haut que l’autre et un front bombé. Sa tête était surmontée d’un chignon qui ressemblait à un étron de yack.
- Qin Tong, le valet facétieux, bien sûr, s’exclama le commandant Wu avec un soupçon d’ironie. 
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Le jeune Ying Lung n’avait pas été intéressé par les acrobaties de cet émule de Nick Cravatt. Ce fut pourquoi il n’applaudit pas.
- Oh! Comme tu me déçois, Daniel Lin. Dans un lieu aussi lugubre, il faut rire… on se croirait dans un sépulcre, poursuivit l’affable nain. Allez, un peu de joie et de mouvement…
À peine l’être eut-il prononcé ces mots entremaillés d’éclats de rire qu’une autre créature tout aussi bizarre émergea du sol et ce, sans mécanisme ni trappe apparents. Elle fut, un point c’est tout, debout devant Gana-El. Elle, ne donnait absolument pas envie de rire et de s’amuser avec sa tête tricornue, deux crocs saillants à la mâchoire inférieure, ses oreilles pointues la faisant ressembler à un diablotin, son front rouge scarifié, son nez en boule couleur vermillon et ses joues écarlates. Ses pupilles semblables à celles d’un félin irradiaient d’une lueur mauvaise. Ce diable asiatique qui répondait au nom de Kaishan était entouré de fumeroles aussi flamboyantes que lui. 
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On pouvait penser à une ridicule mise en scène. Or, bien sûr, il n’en était rien car les créatures de cette salle s’avéraient être extrêmement dangereuses.
Kaishan était accompagné de deux acolytes qui sortirent l’un… du ventre de Shah Jahan, qui, sous la douleur de cette parturition inattendue roula sur le carrelage, et l’autre du dos d’Antor qui, lui, écartelé par la souffrance, n’avait qu’une envie, se jeter dans la première rivière venue.
Du Prince Moghol était né Lei Gong, le dieu du tonnerre et du mutant vampire, celui de la guerre Guan Yu. Ces démons transdimensionnels étaient d’une hideur repoussante. L’un ressemblait vaguement à un singe muni d’un bec d’oiseau, avec un nez écrasé, des oreilles en demi-fleur de lys, et des yeux globuleux exorbités.
Le deuxième aurait pu passer pour le masque mortuaire d’un empereur défunt avec sa barbe divisée en trois nattes, ses moustaches noires, ses yeux clos et son visage affligé.
Personne ne prit garde à une ultime apparition qui émergea d’un objet fort anodin. En effet, parallèlement, une table coffre s’était ouverte et, désormais, laissait voir une sculpture au cisèlement si précis qu’il semblait conférer la vie à l’œuvre ainsi révélée.
Celle-ci représentait un dragon, le ventre ouvert, tripes à l’air et étalées, en train de rendre son dernier repas, une espèce d’incube-démon aux yeux immenses en amande, le crâne surmonté d’une imitation de cône de graisse égyptien, la bouche en partie édentée d’où subsistaient néanmoins quelques incisives ébréchées. Pour rester dans la note réaliste, le grand démon Yao répandait une odeur pestilentielle, vu qu’il avait pris naissance dans l’intestin d’un Riu Shu! 
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Avec une voix de crécelle, l’infernale créature salua tout en jetant les paroles suivantes:
- Mon nom est Yao, la diarrhée du Dragon. Qui me respire meurt!
De cet être terriblement repoussant tant il était disgracieux, émanait un mélange alcalin de soufre, d’œuf pourri, d’urine concentrée et d’excréments de buffle. Le monstre se voulait effrayant et désirait par-dessus tout susciter la plus vive répulsion. Certes, il y réussissait avec, cependant, une note scatologique comique involontaire ; Fu se perdait-il dans la farce potache?
Gana-El, qui avait eu le tort de conserver ses facultés olfactives, grimaça. Or Daniel Lin n’avait cure de l’inconfort relatif de son père. Il restaurait les forces d’Antor et de Shah Jahan. À vrai dire, plus l’inéluctable se rapprochait, plus notre Entité adolescente prenait l’épreuve avec détachement. Toutefois, Dan El n’en montrait rien.
Naturellement, chaque démon s’était présenté comme étant Fu en personne et non une de ses émanations ou encore un de ses avatars. Ces derniers reprenaient les masques des créatures des rites Nuo. Les masques portés par ces êtres étaient soit en bois léger, protégés par une fragile couche de plâtre et de laque, soit confectionnés en papier marouflé peint. Selon les rites pré-confucéens, Nuo Gong et Nuo Mu avaient engendré l’humanité. Généralement, lesdits masques Nuo incarnaient plusieurs dieux taoïstes, mais, pour le Nuo lui-même, le panthéon était composé de dieux exorcistes. Toujours selon le Nuo, le monde humain était infesté par les esprits malfaisants. Il fallait donc nettoyer le lieu cérémoniel. Or, seul un bouddhiste ayant reçu l’enseignement d’un moine pouvait y parvenir. 
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Comme on le voit, le Dragon Inversé maîtrisait à la perfection les savoirs et les croyances de la Terre à venir et jouait donc à matérialiser les pires divinités nées dans les cerveaux humains tourmentés et inquiets. Voilà pourquoi, dans une espèce de canon a capella, les six émanations, tout en émettant une fumée colorée jaune, orange et ocre particulièrement nauséabonde, une sorte de feu de bengale d’un nouveau genre, psalmodièrent en mandarin du VIIe siècle, dans l’idiome des lettrés Tang pour plus de précision, sur un rythme ternaire les menaces ci-après:
- Vous n’êtes que des impuretés. En tant que telles, nous allons vous balayer, vous évacuer.
L’Observateur jeta avec un rien de sarcasme.
- Tiens! Je voudrais bien voir cela.
- Mon père, le danger s’en vient… il est tout proche. Nous sommes au seuil d’une nouvelle étape, fit Dan El.
- Avez-vous peur?
- Pas le moins du monde. Je maîtrise ce sentiment primitif. Mais ce n’est pas le cas de mon frère.
Effectivement, Antor, qui avait recouvré toutes ses facultés y compris ses talents vampiriques, se laissant dominer par son impulsivité native, qui, en réalité, masquait ses craintes les plus inavouées, prit l’initiative inconsidérée d’attaquer Guan Yu, le faux empereur barbu. D’un geste brusque, il arracha le masque de la créature en s’écriant sauvagement: 
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- Daïmon! Dévoile-donc ton hideuse face! Que je puisse te combattre en toute connaissance de cause.
- Le temps est venu, songea alors Dan El amèrement. Déjà… je ne puis plus retarder davantage nos retrouvailles.
Derrière le masque, il n’y avait… RIEN. Le vrai, l’unique, l’incommensurable et incontournable, l’effrayant et saisissant RIEN!!! Terrorisé au-delà de tout entendement, inaccessible désormais à la raison, le vampire, A-El plus exactement, celui qui, à priori, avait laissé une partie de son essence devenir Daniel Deng, celui qui s’était laissé submerger par la peur lorsqu’il avait compris qu’il lui fallait passer un accord avec la Mort, l’Entropie, afin que l’évolution fût au sein du Pantransmultivers en gésine, celui qui, autrefois avait porté le nom de Danael, ou encore Dana-El, le centre et l’équilibre du présent Dan El, son « ventre », recula… recula… s’il l’avait pu, il aurait fui, détalé comme un lapin, oubliant ce pourquoi il était là, auprès de son frère, de son autre lui…
Il faut bien comprendre que c’est une chose de conceptualiser le vide, le néant, le rien et une autre de le toucher, de le voir et de le ressentir, d’être confronté à sa réalité, son intangible présence.
Alors, le Grand Géomancien ainsi que ses acolytes, se dépouillant à leur tour de leurs déguisements, révélèrent le RIEN qui, logiquement, occupait, était ce pré-temps.
Logiquement? Pas si certain…
Dans toutes les philosophies et dans toutes les religions, il était décrit un monde avant le monde, un pré-chaos, ou encore un tohu-bohu, où tout était mêlé, où tout s’avérait possible. Il suffisait de décanter la pré-matière et la pré-énergie. Mais là, plus de Grand Tout, plus d’Unicité, mais seulement ces deux fragiles, ô combien, branes et rien d’autre. Pour les physiciens, ce qui précédait le Big Bang restait inaccessible mais tous étaient d’accord pour écrire qu’il y avait quelque chose… mais quoi?
Pas le vide… non… surtout pas…
Or, là, apparemment, ce n’était pas le cas… Fu était à un cheveu de la victoire. Il était parvenu à faire se confondre le Pré-Univers avec la conception qu’il en avait…
Cependant, tout n’était qu’Apparence, Leurre, Tromperie, Simulation, Miroir…
Il fallait pardonner à Antor d’avoir ainsi reculé face au RIEN. Absolu, intégral, infini, abyssal, désespérant, inévitable, incontournable…
Mais ce réflexe de protection fut inutile. Du NEANT révélé, un halètement suivi d’une aspiration gluante et infernale. Le mutant se démena de toutes ses forces pour échapper à la langue immatérielle qui le gobait. Ses efforts ne menèrent à rien. Il allait être ingurgité dans l’absence de chaos, dans le RIEN total… tout ce qu’il avait vécu, toutes ses expériences, tout son apprentissage, toute sa compréhension anéantis? Impensable! Inenvisageable…
Alors…
Alors Dan El, inébranlable tel un roc, s’interposa. Résolu plus que jamais, ferme et sûr de lui, triomphant de lui-même, de ses milliers et milliers de démons intérieurs, il sortit partiellement de son Avatar, prenant la forme d’un feuillet résille aussi élevé que la montagne la plus haute de Haasücq et s’opposa au phénomène.
Le RIEN, le NEANT, l’INCONCEVABLE, l’INCONCEPTUABLE rugit, forcé de recracher la partie inachevée et incomplète connue sous le nom d’Antor. Furieux et acculé, le RIEN s’acharna à rattraper sa proie, à la ré ingurgiter, se muant en tempêtes pré-quantiques d’une effroyable violence.
Mais cette démonstration fut vaine.
Certes, pendant cette colère, cette rage hors normes, le mutant perdait peu à peu sa matérialité. Mais ce n’était plus l’Entropie qui était aux commandes. Mieux, l’incroyable phénomène s’accéléra et s’intensifia. La fusion, tant redoutée, sans cesse reculée, enfin commencée, serait menée avec succès à son terme. Impossible de la stopper.
D’abord, Antor se démunit de son SOMA, autrement dit sa corporalité de chair, de muscles, de sang et d’os. Maintenant, une aura orange, minuscule, à peine visible mais pourtant là, luisait telle une perle au sein de la fabuleuse résille. Cependant, elle conservait encore une vague forme de silhouette humaine. Ainsi, le vampire paraissait ressembler à un Homo Spiritus.
Mais il lui restait encore trois étapes à franchir avant de s’incorporer définitivement et à jamais au Préservateur, de redevenir un et entier, d’être enfin Dan El…
Derrière, Gana-El se mordait les poings. Ce n’était pas une figure de style. Son inquiétude prenait des proportions gigantesques. De plus, l’Observateur se sentait inutile, encombré par Shah Jahan dont il prenait soin, afin de lui éviter l’annihilation pure et simple.
Devant ce qui était en train d’advenir, le Prince Moghol, sanglotait, prostré par une peur sans nom. Il assistait à un combat divin, du moins interprétait-il ainsi le phénomène, et sa raison n’allait pas tarder à se mettre en berne.
Devant Gana-El, la psyché d’Antor perdura un court instant, encore individualisée. Cependant, l’être-pensée comprit qu’il devait aider son frère à accomplir ce retour, à conduire cette fusion jusqu’à son terme.
Alors, abandonnant sa peur telle une vieille peau, oubliant son ego, devenant à son tour abnégation, il aborda les rives inconnues d’une dimension non encore parcourue par Michaël et ses succédanés. Désormais, le NOUS s’offrait à lui, c’est-à-dire la Communauté de l’Ensemble des Etres pensants de l’intégralité du Pantransmultivers, le Seul dans la Supra Réalité. Comme à regret, il s’y jeta et y plongea.
Mais ce sentiment s’effaça aussitôt car il fut accueilli avec une joie, une liesse qui le comblèrent et qui lui firent oublier ce qu’il quittait, une imitation, non, une ombre de félicité.
Son bonheur, son extase même fut si grande, si complète, qu’il crut mourir, englouti par la Compréhension, la Connaissance et l’Amour. Comme Dan El, il sut les passés et les avenirs, sans cesse tissés et retissés, tramés et retramés, les expérimentations audacieuses ou pas, les expériences osées renouvelées encore et encore, dans le but de s’améliorer, de se sublimer, de devenir parfait, de tendre vers cette perfection tout du moins afin de mériter ce don inné de créer.
Le Mur Dan El trembla sous le choc de ces retrouvailles, de cette absorption de cette partie de lui-même si longuement séparée de lui, sous les émotions suscitées par cette Re-Connaissance, cette Re-Naissance. Mais l’Expérimentateur n’en accéléra pas moins une fois encore la fusion. Celle-ci se fit alors écartèlement, embrasement, éblouissement, orgasme devant le trop plein de sensations, de sentiments et d’informations.
Toutefois, toujours aussi déterminé, le dernier, l’Ultime Ying Lung alla jusqu’au bout de la douleur bonheur, jusqu’à re-découvrir, à faire sien le Pan PNEUMA, là où était tapi le Chœur Multiple, le Résidu du Tout.
La Révélation l’accabla. Mais il fit face. Taisant son nouveau savoir, il pouvait désormais saisir tous les potentiels, tous les devenirs, toutes les probabilités, les accaparer, les domestiquer, les faire siens, les concrétiser, et surtout pas, jamais, plus jamais les oublier et les ignorer. C’étaient là son droit légitime, son devoir, son obligation, ardente et incontournable, sa Raison d’Etre…
La fusion avait abouti. Elle ne laissa pas pantois Daniel Lin mais tout juste. Tout allait s’achever, bientôt, dans une attoseconde. Mais il fallait néanmoins encore poursuivre le jeu au nom de la Nécessité. Les Nuo et les trous de NEANT s’évanouirent ainsi que l’antichambre afin de laisser la place au Saint des Saints dans lequel Dan El, pleinement responsable, en possession de tous ses moyens, assumerait la réduction en esclavage de l’Inversé Dragon Noir. 
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