dimanche 22 septembre 2013

Le Nouvel Envol de l'Aigle 4e partie : Pour que vive Mumtaz Mahal : chapitre 28 1ere partie.



Christian et Jocelyne Jannone


Le Nouvel Envol de l’Aigle: partie quatre

Pour que vive Mumtaz Mahal


Chapitre 28

Dans ce nouveau 1825 métissé, la Bastille restait une prison mais conservait ses murailles, ses canons, ses geôliers ainsi que ses hôtes forcés. Tous les étages et les couloirs étaient parcourus par des gardes en uniforme d’un style particulier. Nul tricorne, bicorne ou casquette mais des chapeaux de feutre, volumineux, souples et bicolores ressemblant à des gâteaux. Le rouge et le bleu agressaient la vue et le bon goût. La veste longue rembourrée de la tenue se terminait par des jupettes cachant des culottes bouffantes à crevés d’un parfait ridicule. 
 http://upload.wikimedia.org/wikipedia/commons/8/87/Gardes_suisses.JPG
Néanmoins, il ne fallait pas croiser le chemin de ces colosses armés d’épées à longue lame, de dagues doubles et de lances. En effet, les soldats effectuaient des rondes régulières avec le plus grand professionnalisme. Quelques uns allaient même jusqu’à arborer des mousquets à silex qu’ils tenaient fermement contre leur torse tout en scrutant les alentours de leurs yeux vigilants.
En théorie, personne ne pouvait s’évader d’un tel lieu.
Les corridors, chichement éclairés par des lanternes sourdes ou des torches, conféraient aux êtres ainsi qu’aux plus prosaïques des objets un aspect fantasmagorique des plus inquiétants. Sur les murs, d’étranges silhouettes se profilaient. Elles appartenaient à des porte-clés chevelus et moustachus. Ils allaient et venaient de leur pas sonore et traînant à la fois, croisant les sentinelles toujours fidèles au poste.
Par contre des cachots et des cellules ne parvenait aucun bruit, aucun souffle ni soupir. Les malheureux qui avaient l’insigne honneur de croupir à la Bastille, prison royale donc d’Etat, s’étaient résignés depuis longtemps à mourir en ce sinistre lieu, oubliés de tous.
Enferrés dans ce piège, nos amis devaient tenter l’impossible, échapper aux gardes solidement armés et sortir de la forteresse sans se laisser surprendre.
Rapidement, le groupe anachronique, constitué de membres rapportés, s’aperçut que la prison était loin d’être déserte. Un autre problème s’ajoutait, encore plus délicat.
Juste à l’instant où, le dais de l’éléphant avait cédé la place au plafond d’un troisième étage, Gaston de la Renardière avait jeté un coup d’œil curieux sur le cadavre de Galeazzo di Fabbrini qui gisait, démantibulé, en contrebas, sur les pavés d’une cour intérieure. Or, victime d’un phénomène inconnu, le corps s’était mis à scintiller puis, il n’était resté du comte qu’une flaque noirâtre d’un liquide nauséabond que la lueur tremblotante d’un quinquet faisait cependant faiblement miroiter.
Cette vision surprenante avait été fort brève mais suffisante pour effrayer le maître d’armes.
Gaston grogna une insulte tout en se reculant vivement.
« Bougre de… ». 
Son visage stupéfait se tourna vers Daniel Lin afin d’obtenir sans doute une explication.
Le commandant savait mais ne tenait pas à éclairer davantage la troupe. Il ne voulait pas rajouter la terreur à l’inquiétude. Ce fut pourquoi il ordonna mentalement:
- Aucun échange verbal, s’il vous plaît. Cette forteresse est pleine à craquer de soldats, de geôliers et de prisonniers. Ah! J’oubliais les rats.
- Soit, fit l’ex-mousquetaire sur le même mode de communication. Mais qu’est-il arrivé à ce gredin de comte?
- Bah! Une simple et banale réaction physico-chimique.
- Vous plaisantez sans nul doute?
- Pas du tout. Gaston, maintenez Marie je vous prie. Je vais l’attacher. Je crains que, sous la peur, elle ne se mette à hurler. Je n’agis pas galamment mais… tant pis!
Oubliant sa courtoisie habituelle, Daniel Lin ligota et bâillonna la jeune femme avec un ourlet du jupon de Violetta.
- Mademoiselle, veuillez me pardonner ces manières brutales de reître mais la situation l’exige.
Alexandre Dumas, le teint gris, acquiesça à la place de sa maîtresse.
Ce détail réglé, le petit groupe se hasarda dans un escalier, Marie poussée par le baron. La blonde ouvrait des yeux grands comme des phares et avait perdu ses bonnes joues rosées.
- Combien y a-t-il de gardes? Interrogea Tellier.
- Dans la Bertaudière, vingt, plus huit porte-clés, répondit le commandant Wu en se concentrant.
- C’est beaucoup, constata l’Artiste.
- Sans doute. Mais je suis en train de contrôler leur esprit. Toutefois ce n’est pas cela qui m’inquiète. En tant que simples humains, vous possédez une signature quantique qui indique votre appartenance à une chronoligne bien définie.
Tandis que le jeune Ying Lung finissait donc par fournir cette explication souhaitée par Gaston, lui-même et ses compagnons progressaient dans leur descente en direction de la cour intérieure de la prison. Sur leur passage, les intrus croisèrent de nombreux gardes et officiers, tous en uniforme. Les militaires vaquaient à leurs occupations quotidiennes sans s’inquiéter le moins du monde de la présence des tempsnautes.
- Alors, là, c’est trop fort! Pensa Violetta admirative. Comment papa fait-il ce truc? Ils ne nous voient même pas! Pour eux, nous avons passé l’anneau d’invisibilité.
L’adolescente ne se trompait pas. Effectivement, nos amis ne semblaient pas exister pour les gens de la Bastille. Néanmoins, il fallait rester prudent. Un bruit incongru, une exclamation jetée spontanément et tout était perdu. Chacun en avait conscience.
Après cinq minutes, Daniel Lin, dont le front ruisselait de sueur sous l’effort et la concentration, reprit à l’adresse de Gaston.
- Pour en revenir à ce qui est arrivé à feu Galeazzo, cette transmutation est le résultat du rejet du comte par cette piste temporelle. Di Fabbrini a été perçu non comme un intrus par la chronoligne mais bien comme un parasite, une infection. Il a été évacué et détruit. Or, c’est le risque que vous courez tous présentement.
- Bigre! Éclata tout haut l’ancien mousquetaire.
- Chut! Siffla Frédéric.
L’exclamation imprudemment lancée n’eut pourtant aucune conséquence néfaste.
- Vous avez usé du vous et non du nous, remarqua Gaston. Mais vous?  N’êtes vous donc pas soumis aux mêmes contraintes et limites humaines?
- Mon ami, vous méritez une réponse honnête et ce d’autant plus que, naguère, je vous ai un tant soit peu forcé la main. À cause de mon insistance, vous vous êtes cru obligé de m’aider et une fois encore, vous voici en train de risquer votre précieuse existence pour le sot inconséquent que je suis.
- Pas tant de circonvolutions. Qu’en est-il précisément?
- Moi, je suis protégé, de par ma nature même. Je me dois de faire en sorte de vous mettre tous à l’abri de cette contingence fatale.
- J’ai confiance en vous, Daniel Lin Wu.
- Espérons que votre confiance ne soit pas perdue et que je me montre à la hauteur. Au fait, Frédéric, dans le 1825 précédent, vous n’avez pas été rejeté parce que vous viviez dans une année postérieure appartenant à cette chronoligne. Il en va de même pour Aure-Elise, Violetta, Brelan et j’en oublie. Quant à Von Stroheim, son long séjour à Shangri-La l’aura protégé. Ses cellules ont dû muter et ainsi, il a été accepté par la dimension des Napoléonides.
- Entendu, fit le danseur de cordes en hochant la tête. Mais désormais?
- Je cherche la solution la moins douloureuse et la plus pérenne pour vous. Je ne suis pas du genre à abandonner mes compagnons et…
- Attention! Ce grand escogriffe de porte-clés avec ses moustaches en crocs qui lui donnent l’air d’un flibustier de la mer des Sargasses semble percevoir notre présence! Lança Violetta nerveuse en accélérant le pas.
- Ma fille, calme-toi donc. Voilà, je l’ai endormi.
- Oui, mais maintenant, une solide porte renforcée par des barres de fer nous ferme le passage vers la sortie.
- Cela suffit, Violetta. La porte, j’en fais mon affaire!
Ladite porte se volatilisa comme si elle n’avait jamais été réellement là, après tout, c’était peut-être le cas, et le groupe se retrouva alors presque à l’air libre, dans la cour intérieure. Celle-ci voyait se dresser en son sein des miradors en bois. Dans leur cagibi, protégés des intempéries, les sentinelles, sur le qui-vive, scrutaient l’obscurité relative grâce à une série de miroirs qui projetaient le reflet des lumières de différentes lampes tempête ou de lanternes jusqu’au ras des pavés irréguliers. Lesdites lampes fonctionnaient au carbure. Visiblement, ce 1825-ci n’avait pas connu l’avancée technologique de l’ère libérale ainsi que d’ailleurs la Révolution industrielle boostée des Napoléonides par la grâce de di Fabbrini.
- Ouche! Un autre obstacle! C’est à désespérer.
- Ma grande, tu te montres bien peureuse tout à coup.
- Papa, je ne sais pas ce que j’ai mais je me sens bizarre, là… bien faible. Tout gondole autour de moi.
- Pas de ça, fifille.
Alors Daniel Lin pâlit encore si possible et intima l’ordre de stopper au groupe. Il comprenait qu’il n’avait plus le temps de musarder et de donner des compléments redondants d’informations. La métamorphe, la première, subissait le terrible phénomène de liquéfaction. Le Ying Lung devait agir sans tarder, élaborer dans l’urgence la parade tout en ignorant la douleur qui, présentement, parcourait son corps mortel encombrant.
Se concentrant davantage, Dan El se figea. Tout en maintenant la bulle d’invisibilité, il édifia une deuxième sphère englobant la première. Elle présentait la particularité de contenir toute attaque provenant des particules composant cette piste temporelle et ainsi, permettait d’éviter la désagrégation des tempsnautes.
Après un laps de temps indéterminé, le commandant Wu souffla.
- Maintenant, je pense que nous pouvons nous hasarder à l’extérieur. Te sens-tu mieux, ma fille?
- Pff! J’ai eu chaud, mais enfin, ça va…
- S’il vous plaît, Frédéric, portez Violetta. Elle se sent encore faible. Or, je vais ouvrir un tunnel interdimensionnel.
- Pourquoi faire? Jeta Craddock en bougonnant.
- D’abord, pour entrer plus facilement en contact avec le vice amiral Fermat, puis pour appeler le Vaillant, savoir ce qu’il est advenu à ceux qui étaient restés à bord, capitaine.
- Par la fresque du Tassili et les œufs de Fabergé! J’avais oublié mon vaisseau! Peste! Scopitone foutraque! Pastèque pourrie! Chaque jour qui passe je ressemble davantage à une carpette écrabouillée sans cervelle! Je me fais vieux de vieux!
Daniel Lin haussa les épaules et, méprisant son inconfort physique, ouvrit ce fameux tunnel interdimensionnel. Sans difficulté, la fine équipe franchit donc instantanément vingt kilomètres et se retrouva sans transition sur une route boueuse et déserte alors que la nuit profonde ne laissait deviner aucune étoile dans un ciel chargé de lourds nuages noirs gonflés de pluie. Un orage s’annonçait.

***************


Le jeune Ying Lung, même blessé, affaibli et entravé, possédait de grandes ressources, entre autres la faculté de rebondir. L’Anakouklesis n’avait affecté que brièvement sa mémoire. Cependant, pour l’heure, il lui fallait établir avec succès la jonction avec Gana-El et le reste de la troupe.
Après avoir emprunté un chemin de traverse, les tempsnautes marchèrent jusqu’à une masure en partie ruinée. Celle-ci était visiblement inoccupée, abandonnée depuis longtemps. Elle servit de refuge précaire au groupe alors que l’orage commençait à décharger sa colère et son eau sur toute la contrée. De larges gouttes de pluies mitraillèrent le toit de chaume à demi percé et vinrent s’écraser aux pieds des rescapés, les éclaboussant abondamment.
Cela mit Violetta de mauvaise humeur.
Quant à Aure-Elise, elle ne se préoccupait plus de sa tenue de cavalière. Penchée sur Marie qui avait été libérée de ses liens, elle lui massait les tempes avec douceur, essayant, par ses soins, de calmer à la fois la migraine et les angoisses de la jeune femme.
De son côté, Gaston frottait vigoureusement la lame de son épée. Il craignait la rouille et cette humidité excessive n’était pas faite pour le rassurer.
Un peu en retrait, Alexandre Dumas, l’esprit fort troublé, tentait de réfléchir afin de comprendre ce qu’il avait vécu depuis plus d’une heure. Peu à peu, il recouvrait tous ses souvenirs, ayant achevé sa fusion avec son alter ego. Il n’empêche! Cette mésaventure dépassait de fort loin tout ce que son imagination était capable d’échafauder en construction romanesque.
Frédéric Tellier, lui, aurait voulu discuter longuement avec Daniel Lin Wu, mais il comprenait que ce n’était pas le bon moment, que le commandant avait une tâche beaucoup plus essentielle à mener à bien que de lui fournir des explications circonstanciées. Alors, il se taisait, vérifiait le contenu de ses poches, récapitulait ses priorités, se demandant toutefois comment il allait retrouver Louise et les fidèles de sa bande. Malgré lui, il laissa échapper un soupir.
Il faut croire que l’Artiste était terriblement las et inquiet pour manifester ainsi ses sentiments. Des paroles lénifiantes ne pourraient l’apaiser.
Dan El, adossé contre un mur quelque peu branlant, les yeux clos, insensible à la pluie qui dégoulinait sur son visage et son cou, tâchait de se concentrer. Il tâtait, cherchant précautionneusement le bon toron afin d’établir le contact avec son géniteur. Assurément, cela lui coûtait. Les gouttes de pluie, assez froides, se mêlaient à celles plus tièdes de sa sueur. En effet, sous les assauts de la fièvre, le commandant Wu tremblait.
Le silence, pesant, paraissait s’éterniser et le groupe, isolé, en venait à ignorer les coups de tonnerre et le martèlement monotone de la pluie sur le sol fangeux. Malgré elle, comme dans un état second, Aure-Elise se mit à réciter un extrait de poème issu de sa double mémoire. 
 http://upload.wikimedia.org/wikipedia/commons/1/1e/Courbet_-_Paul_Verlaine.jpg
Il pleure dans mon cœur
Comme il pleut sur la ville.
Quelle est cette langueur…
Ces vers eurent le bénéfique effet d’endormir Marie dont la tête s’en vint reposer sur l’épaule de l’ex-épouse de l’ambassadeur d’Elcourt. Cependant, la jeune femme, elle aussi, éprouvait une grande fatigue. Ses paupières s’alourdissaient et se fermaient. Allons! Il lui fallait secouer cette torpeur malvenue! Elle voulait conserver toute sa conscience afin d’être le témoin privilégié de ce qui allait advenir. Aure-Elise désirait du fond du cœur connaître le nouveau tour accompli par Daniel Lin. Si jamais, jadis, dans une autre vie, elle avait éprouvé pour lui, un doux sentiment amoureux, désormais, elle ressentait de la vénération pour celui qu’elle nommait dans son cœur Préservateur. Instinctivement, elle savait la nature réelle de Dan El, l’amour fraternel qui le liait à elle, et, elle s’émerveillait de la chance qu’elle avait de pouvoir partager, à ses côtés, une infime partie de sa destinée. Pour cela, elle lui vouait une reconnaissance infinie.
Insidieusement, à son tour, Aure-Elise sombra dans un sommeil sans rêves.
Pendant cette dernière heure, Craddock était resté étrangement muet, se contentant de suivre docilement le commandant Wu. Passif, il acceptait la situation. Cette attitude ne lui ressemblait pas. Était-il donc passé sous le contrôle du Dragon Inversé? En fait, épuisé, il subissait les événements. Après tout, il avait soixante-neuf ans et avait communiqué une partie de sa vitalité au Ying Lung blessé. De cela, Dan El saurait s’en souvenir.
En attendant, le Cachalot du Système Sol avait également cédé à la fatigue qui l’accablait et qui venait de le terrasser. À moins de deux pas de Daniel Lin, il se mit à ronfler doucement, la bouche entrouverte. Son souffle régulier faisait frémir les poils gris de sa moustache broussailleuse.
Quant à Violetta, elle sommeillait, son esprit flottant entre la veille et le rêve.
L’orage se calmait enfin et s’en allait tonner au loin sa colère. À présent, on pouvait percevoir le chant monotone d’un hibou qui ululait en haut d’un arbre touffu. Le ciel, maintenant dégagé, tout piqueté d’étoiles, était d’une beauté époustouflante. Aucune pollution, aucune fumée ne venaient ternir sa munificence.
Dan El scruta la voûte céleste. Ses yeux immenses reflétaient la structure même du Pantransmultivers. Machinalement, il sourit. Apparemment, il avait réussi l’impossible. Soulagé par ce nouveau défi relevé avec succès, il se releva vivement, passant une main sûre dans ses cheveux trempés et s’avisa enfin de l’endormissement de ses fidèles. Alexandre Dumas venait lui aussi de céder à la tentation de Morphée.
- Hé bien, tant mieux! Mais il ne s’agit pas là de mon œuvre.
- Exact, lui répondit Fermat en chuchotant.
- Mon père, merci pour cette aide bienvenue. Vous nous avez donc localisés.
- Je ne puis dire que ce fut une tâche facile. Je ne me déplace pas aussi aisément que vous dans les feuillets des multivers simulés. Je pense qu’il est inutile de vous demander si vous pouvez vous situer présentement.
- Nous sommes dans une chronoligne mixte 1717- 1730...
- Tantôt, toutefois, vous avez commis une erreur.
- J’en suis, hélas, parfaitement conscient. J’ai sous-estimé Galeazzo, investi par Fu un court instant. J’aurais dû me rendre moi-même à Cluny et non pas y envoyer mes amis humains.
- Le Dragon Inversé a marqué des points.
- Certes, mon père. Mais, en même temps, il nous a rendu service. Désormais, nous nous situons sur la même harmonique temporelle que Shah Jahan et Antor. 
 http://upload.wikimedia.org/wikipedia/commons/e/e1/Portrait_of_the_emperor_Shajahan,_enthroned..jpg
- Antor… il vous tarde de le rejoindre, mon fils…
- Plutôt…
- Dan El, la dernière partie est donc amorcée. N’appréhendez-vous pas son issue?
- Pourquoi cela? Observateur, seule la victoire est envisageable.
- Elle aura un prix, Surgeon. Elle peut vous coûter bien plus que ce que vous croyez.
- Bah! Je serai à jamais lié à Shangri-La, Gana-El. L’expérimentation d’autres possibilités me sera interdite. Tant pis! J’ai accepté cela depuis toujours ou presque. Ce n’est point là un sacrifice si terrible puisque l’humanité existera.
- Oui, Dan El. Vous avez approuvé ce sacrifice depuis quelques femto secondes, depuis une éternité… le temps apparent de cette simulation va aller en s’accélérant…
- Je le sens déjà courir… mais qu’en est-il pour le moment de Brelan, Alban, Guillaume, Delphine, Saturnin et des autres?
- Tous sains et saufs à bord du Vaillant. Personne n’a subi de blessure ou de dommage. En réalité, vos amis humains n’ont pas souffert. Le vaisseau fonctionne à la perfection. En fait, lorsque l’Anakouklesis a débuté tous vos protégés ont été immédiatement transférés sur le vaisseau de Craddock.
- Vous aviez anticipé ce phénomène, je ne me trompe pas, mon père.
- Non, vous dites vrai. Mais j’avais toutefois un avantage non négligeable sur vous. Je ne me trouvais plus à l’intérieur de l’éléphant de Napoléon le Grand lorsque le temps s’est mis à bégayer. De plus, j’étais dépourvu d’enveloppe humaine.
- Or, je constate que ce n’est plus le cas.
- Je m’en accommode, tout comme vous. L’Unicité a jugé  qu’ainsi, je passerai inaperçu dans cette dimension-ci. Mais, Dan El, avouez donc que vous aimez et recherchez les complications!
- Chut, mon géniteur… bon, je l’admets volontiers… je ne puis changer sur ce plan-là!
- Je commande la téléportation. Une fois tous reposés, vous aussi et vous surtout, nous ferons le point et aviserons quant à la marche à suivre.
- Oui, Gana-El. Vous avez raison, comme souvent, fit le jeune Ying Lung en s’inclinant avec respect devant son aîné. Je vous obéis donc avec empressement.
- Mon fils, vous avez atteint la sagesse, on dirait…
- Hum… Je le voudrais bien…
Le petit groupe quitta la simple masure dans le miroitement de la téléportation. La cabine centrale du Vaillant parut être un havre de paix des plus confortables après les trombes d’eau subies dans l’abri précaire de l’ancienne bergerie.
Tous les tempsnautes, sans exception aucune, dormirent d’un sommeil réparateur de plusieurs heures. Cependant, le vaisseau ne fut nullement inquiété par une quelconque tentative de la part de Fu. De son côté, l’Entité négative complotait toujours, mais une donnée fondamentale lui échappait toujours.     

***************

Plus d’une journée avait passé. Sur le Vaillant en orbite géostationnaire autour de la Terre, son bouclier d’invisibilité et son champ de contention anentropique activés afin d’échapper aux satellites espions des Helladoï mais aussi aux éventuels coups fourrés du Dragon Noir, Gana-El, Daniel Lin, Benjamin et Symphorien étudiaient de près les relevés et les images captés par l’ordinateur de bord et le chronovision.
Toute la France vivait sous une monarchie bourbonne calviniste qui n’avait rien à voir ou presque avec Louis XVI et ses successeurs. Ici, les Français s’étaient alliés au souverain britannique Tudor car cette dynastie avait perduré dans cette chronoligne 1717.
L’Europe ignorait toute Révolution industrielle. Le progrès technique n’était pas apparent. Peut-être d’ailleurs avait-il été refusé car perçu comme l’œuvre du démon? Paris avait donc conservé un aspect moyenâgeux avec ses rues étroites, ses ruelles et ses sentes enchevêtrées et sales, ses égouts à ciel ouvert, sa Seine qui charriait des ordures de toutes sortes, ses maisons à colombages de guingois, ses rares édifices en pierre, ses beffrois, ses clochers, ses forteresses, ses enceintes et ses boutiques aux auvents de bois.
Aux fenêtres, les vitraux se faisaient rares et peu de rues bénéficiaient d’un éclairage digne de ce nom. On comptait un grand nombre d’individus vêtus d’austères habits noirs en bon drap bien solide. Seuls des cols blancs assez larges venaient égayer ces costumes de deuil. Les têtes se coiffaient de bérets de feutre et les cheveux coupés mi-long, semblaient appartenir aux « têtes rondes » de feu Cromwell.
Toutefois, quelques grands seigneurs et nobles personnages arboraient des tenues plus colorées, un peu dans le style Renaissance ou élisabéthain. Cependant, les teintes rouille, ocre, prune, lie de vin dominaient. Peu de fanfreluches pour ces privilégiés.
Les épées et les longs mousquets battaient les mollets des gardes et des hommes du guet. C’était tout juste si les femmes ne sortaient pas voilées dans les venelles malodorantes. De tristes bonnets blancs ou gris emprisonnaient leurs cheveux disciplinés relevés en chignon tandis que des capes noires ou plus rarement terre de Sienne dissimulaient leurs silhouettes. Ici, pas de fards sur les visages frais ou ridés. Modestement, les yeux baissés, les mains protégées par des mitaines, elles couraient à leurs affaires, se faisant humbles et timides, présentant leurs passeports promptement aux patrouilles qui effectuaient des rondes régulières afin d’assurer la sécurité de la capitale.
Depuis quelques siècles déjà, les couvents et les monastères avaient été transformés en temples, boutiques, librairies pieuses ou en entrepôts. Chaque quartier comptait bien une taverne ou un estaminet mais ces lieux de détente à peine tolérés devaient respecter des ordonnances d’une sévérité draconienne. Les pubs n’ouvraient que dix-neuf à vingt-trois heures mais ni le samedi ni le dimanche. Ils restaient naturellement interdits aux femmes et aux jeunes hommes de moins de vingt-et-un ans. Les adultes majeurs devaient justifier d’un revenu régulier et suffisant pour savourer une bière ou se désaltérer d’un pichet de vin d’Anjou ou de Bordeaux.
La police des mœurs était partout et se montrait d’une excessive rigueur vis-à-vis des contrevenants. L’ivrognerie et l’alcoolisme sur la voie publique et chez soi étaient passibles de l’enfermement à vie. L’ordre moral régnait partout et personne ne se révoltait.
Rares étaient les journaux et les gazettes. Tous se contentaient de publier les nouvelles autorisées par le souverain régnant. Quant à la reine, elle vivait cloîtrée dans un Palais du Louvre qui alternait encore les tours et les mâchicoulis avec les ailes plus récentes en brique et en ardoise.
Craddock et Gaston, lorsqu’il découvrirent ce Paris-ci, affichèrent leur tête des mauvais jours. On pouvait les comprendre, ces deux joyeux drilles, bons buveurs, bons trousseurs de jupons. Bougonnant, leur désapprobation se manifestant par une bordée d’injures plus sonores les unes que les autres, ils furent néanmoins contraints de mettre une sourdine à leurs propos fleuris devant le regard glacial du maître espion.
Comment cette harmonique temporelle avait-elle pu aboutir à cette dictature religieuse mâtinée d’ordre moral?
Pour répondre à cette question, Benjamin Sitruk suggéra l’emploi immodéré du chronovision. Fermat repoussa vivement cette idée. Après une courte réflexion, Daniel Lin, ses yeux pétillants d’une malice juvénile, lança:
- Volons des livres d’histoire!
- Oah! Génial! S’exclama Violetta avec enthousiasme.
L’adolescente appuya son adhésion en applaudissant avec force. À ses côtés, Guillaume, qui achevait de ranger la vaisselle dans un placard encastré, approuva en hochant la tête. Quant aux autres membres de l’équipe et aux hôtes plus ou moins récents du vaisseau ils ne manifestèrent ni rejet ni soutien. Pauline Carton triait des vêtements aidée dans sa tâche par Brelan  tandis que Delphine Darmont donnait à manger à un Ufo plus glouton que jamais. Eh oui! Le chat était une nouvelle fois du voyage. À vrai dire, Daniel Lin avait du mal à se tenir éloigné de son animal familier plus de vingt-quatre heures!
Paracelse, Alban de Kermor, Marteau-pilon et Frédéric Tellier achevaient une partie de poker menteur. Aure-Elise discutait avec le futur ex-écrivain et sa dulcinée. Quant au chevalier de Saint Georges, il était resté dans le Paris de 1783. Pour lui, il n’y avait jamais eu d’événement extraordinaire. Rien ne s’était produit d’anormal dans son quotidien déjà fort compliqué. Jamais il n’avait rencontré le commandant Wu.
Sur une couchette, Bette Davis récupérait quelques forces. En face d’elle, Jean Simmons, rescapée de l’antre de la folie, assimilait lentement les connaissances d’un futur qui la dépassait. Sans explication, Erich Von Stroheim avait été renvoyé à l’Agartha par André Fermat. Beauséjour, lui, ronflait comme un bienheureux.
- Voilà bien une idée attrayante, économique et intelligente, fit Sitruk en se frottant la barbe. Pourquoi pas?
- Je trouve au contraire que cette idée est incongrue! Jeta André en grimaçant. Voler des livres d’histoire, où et comment?
- Euh, André, restez détendu, répondit Daniel Lin. Pas la peine d’en faire un fromage. Comment? Par l’usage du téléporteur. Où? Dans une bibliothèque. Je pense à la bibliothèque royale. Voyez-vous, tout souverain digne de cette fonction possède des ouvrages hagiographiques et des chroniques. Nous allons donc scanner le Louvre puisque le palais paraît être la résidence principale du roi. Ensuite, nous n’aurons plus qu’à choisir.
- Avec vous, tout paraît simple, Daniel Lin…
- Amiral, je prends vos paroles pour un compliment.
- Certes, mais c’est après que les choses s’enveniment!
- Ne soyez pas si pessimiste. Ai-je le feu vert?
- Vous l’avez, du bout des lèvres.
- Merci. Sitruk, cherchez la fréquence appropriée puis isolez la bibliothèque du palais.
- Oui, commandant.
Tandis que le Britannique s’affairait avec une maîtrise qui dénonçait son habitude dans cette manœuvre, Dan El interrogeait son père.
- Finalement, vous n’approuvez pas. Puis-je en connaître la raison?
- Oh! Ce n’est pas ce que vous croyez, Surgeon! Répondit André en mandarin. Nous verrons rapidement si vos cogitations puériles portent leurs fruits.
- Peut-être auriez-vous préféré que nous nous transportions nous-mêmes dans le palais, après tout? Ou encore que nous subtilisassions des livres à un libraire? De toute façon, je compte rendre les ouvrages après les avoir consultés. Personne ne s’apercevra de leur disparition momentanée. Rien ici ne doit être affecté par notre présence et nos actions.
- Ah! Vous avez saisi d’où venaient mes réticences.
- Bien sûr, mon père. Sitruk tient quelque chose…
Effectivement, Benjamin venait de se retourner vers Daniel Lin et le vice amiral, attendant la fin de leur conciliabule.
- Commandant Wu, venez voir. Nous avons bien dans cette pièce la signature combinée du parchemin, du vélin, du papier et du cuir, et ce, dans ce confinement réduit.
- Bravo, Benjamin, c’est du beau travail! Je prends la relève.
Alors, Daniel Lin s’assit à côté du Gallois, ferma les yeux et transporta une partie de son essence dans ladite bibliothèque. Moins de dix secondes plus tard, ayant regagné son avatar, le jeune Ying Lung donna l’ordre de téléporter une dizaine d’in quarto et d’in folio. Les livres désignés se matérialisèrent sans dommage sur un des plots du téléporteur.
Craddock se saisit d’un des précieux documents, le feuilleta et déclara avec sa politesse caractéristique:
- Foutrebleu! Quel charabia! On dirait une espèce de vieux français, dans le style fleuri et tarabiscoté, le tout pimenté par du haut anglais. Chapeau pour celui qui parviendra à déchiffrer ce foutraque de sabir! Vous vous portez volontaire, maître espion? Après tout, vous bourlinguez dans les dimensions depuis un nombre inimaginable de siècles, non?
Fermat faillit marcher vers le Vieux Loup de l’Espace afin de lui administrer une raclée mais Dan El le retint.
- André, oubliez ce que sous-entend le capitaine. Inutile de perdre votre temps pour si peu. Ce n’est pas si grave. J’ai reçu le don des langues. Puisque aucune ne me reste inaccessible longtemps, je me charge volontiers de la traduction des ouvrages.
- Il m’a manqué sciemment de respect, mon fils!
- Il ne vous aime pas, vous le savez.
- Ce…
- Chut… je dois me concentrer…
- Vous prenez toujours la défense de ces mortels…
- Vous en savez les raisons, mon père…
Gana-El n’insista pas et choisit de se tenir à l’écart de ce qui allait suivre. Les bras croisés sur la poitrine, il se renferma dans le silence.
Quant à Daniel Lin, il n’avait pas menti. Cependant, il n’eut nul besoin d’user de ses talents de Ying Lung pour venir à bout en trois minutes des dix ouvrages. Cette tâche effectuée, il s’empressa de mettre sur ordinateur la traduction du manuel le plus important et le plus explicite.
Plus qu’intéressés, Sitruk, Craddock et de la Renardière se hâtèrent de lire ce texte. Alors, les « oh » de stupéfaction fusèrent. Notre ex-daryl androïde ne put s’empêcher de sourire devant la réaction de ses amis. Il partageait leur enthousiasme et leur étonnement bien qu’intuitivement, il sût à quoi s’attendre quant à la trame historique de cette chronoligne. Mais, enfin, il valait mieux avoir la confirmation de ses pressentiments, n’est-ce pas?
Comme nous allons le constater, l’ouvrage avait été judicieusement sélectionné par Dan El.
Le texte narrait le destin de la monarchie française depuis la fin du règne de Louis XI. Sans héritier mâle, le souverain s’était résolu à casser la fameuse loi salique, loi inventée fort à propos un peu plus d’un siècle auparavant avec les conséquences que l’on connaît. Cette fois-ci, la loi abolie devait profiter à la princesse Anne, la fille aînée du Valois. À la mort de son père, la princesse, qui, entre temps avait épousé Pierre de Beaujeu, était montée sur le trône tandis qu’éclatait la guerre tant redoutée, guerre conduite officiellement par son cousin Louis d’Orléans. Comme c’était attendu, le jeune duc avait contesté la légitimité de la nouvelle souveraine. Or, les armées royales avaient anticipé le fait et avaient manœuvré en secret pour réduire à merci les troupes du prince rebelle. Le malheureux Orléans, à la suite de la cuisante défaite de ses barons et féaux, avait été dans l’obligation de fuir la terre de France. Réfugié en Toscane, il avait fini ses jours dans les prisons pontificales. 
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Après quelques années plus sereines, Charles avait succédé à Anne Première. Il avait pris le nom de Charles VIII. Dans la piste 1721, le personnage était connu sous le titre de connétable de Bourbon. Cependant, à son tour, il avait dû affronter les prétentions au trône de François d’Angoulême, le jeune prince encouragé par Louise de Savoie, une femme très ambitieuse. Battu une première fois par les troupes royales commandées par le connétable Gaston de Foix, le Valois Angoulême parvint pourtant à usurper la couronne quelques mois. 

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Mais nous nous trouvions déjà en 1532 et le prince ne resta guère longtemps en vie après cet exploit, usé par la vie dans les camps, les fuites perpétuelles et le souci des spadassins. Justement, à ce propos, celui qui, dans la chronoligne 1722 avait hérité du surnom du « bon roi François », ici, n’avait nullement hésité à faire assassiner le roi Charles VIII appartenant à la famille des Bourbon Montpensier.
Comme il se doit, le roi François Premier connut également les affres de l’angoisse de mourir précocement. Il ne trépassa pas dignement, c’est-à-dire en combattant, mais dans les douleurs d’entrailles. Douleurs provoquées par un subtil poison qui lui avait été administré par son chambellan. L’homme avait été acheté par le maudit et honni rival, le Bourbon.
En 1533, la couronne changea de famille et échut aux Bourbon Vendôme dont le représentant, Charles, s’était allié aux Albret Navarre. Charles IX ne régna que quatre courtes années ce qui était remarquable vu le contexte de l’époque! Partout la guerre, la disette et les colères populaires. Terrain béni pour le protestantisme calviniste qui se diffusa comme une traînée de poudre.
En 1537, lorsque Antoine de Bourbon succéda à son père, il s’était déjà converti à la nouvelle religion sous la houlette de son épouse Jeanne d’Albret. Antoine Premier était un homme sage et se montra un prude souverain. Avec douceur et fermeté à la fois, il ramena l’ordre dans le royaume des lys. Cependant, le principe, « Tel Prince, telle Religion » ne plut pas à tous. Une nouvelle guerre civile débuta à l’horizon des années 1550. 
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Pragmatique, Antoine chercha des alliés un peu partout en Europe. Les Tudor acceptèrent de le soutenir. L’adolescent Edward VI fournit des troupes nombreuses et aguerries à son « cousin ». Mais le jeune homme mourut précocement. Or ce ne fut pas Marie la sanglante qui hérita de la couronne. Morte d’un flux de poitrine en 1552, elle laissa donc bien malgré elle sa demie sœur haïe, la bâtarde Elizabeth monter sur le trône d’Angleterre avec quelques années d’avance, c’est-à-dire dès 1553. La nouvelle reine favorisa le calvinisme qui l’emporta finalement dans son royaume comme il l’avait fait jadis en France. Ainsi, l’anglicanisme n’avait pu se développer ni prendre racine d’ailleurs car, dans cette piste-ci, Henry VIII avait obtenu le divorce d’avec Catherine d’Aragon. Le pape, sentant le danger représenté par le protestantisme, avait préféré garder le souverain Tudor comme allié. Il n’avait fait que gagner quelques années.
Pendant ce temps, les prétendants Valois s’éteignaient avec François II d’Angoulême, fils de François Premier.
À ce passage, Craddock tira quelques poils de sa barbe grise.
- Mazette! Je commence à être vachement largué! Les choses se compliquent bigrement. Or l’histoire n’a jamais été mon point fort.
- Mais non, capitaine, fit Sitruk conciliant, moi, je suis très bien. Je vais poursuivre à haute voix. Ce sera plus facile pour vous.
Un peu en retrait, Daniel Lin dissimula un nouveau sourire. Ses yeux pétillaient d’ironie.
Lentement, marquant régulièrement des pauses, articulant, Benjamin se mit à lire les données en mimant plus ou moins les scènes de batailles et en mettant du cœur dans son récit.
- La maison de Lorraine reprit à son compte les prétentions à la couronne de France. François, duc de Guise, Henri - Henri le Balafré - le gros Mayenne, bref, les papistes les plus acharnés et les plus intolérants prirent la relève. L’inévitable survint: les Guerres de religion.    
- Comme chez nous! Siffla Gaston entre ses dents tout en fronçant les sourcils.
- Oh! Mais avec des différences et à plus grande échelle! Une échelle européenne. En 1563, démarra donc la « Grande Guerre pour la Vraie Foi ». Elle ensanglanta la France, l’Angleterre, toutes les Espagne et l’Autriche. D’un côté, Antoine Premier de Bourbon, puis son fils Henri II - votre roi Henri IV le Bien aimé  si je ne me trompe pas - et Elizabeth Première contre les Philippe II, III, IV et les Ferdinand. Cette guerre s’éternisa durant un demi siècle. Toutefois, des périodes d’accalmie suivaient les batailles les plus meurtrières. Sablon, Noisy-le-Sec, Montmirail, La Bertagne, Chaumont, Cahors, Sens, Rothenburg, Wissembourg, Valence, Cologne, Landau, Brême et j’en oublie… à son tour, l’Espagne connut les horreurs de la guerre, les quatre Cavaliers de l’Apocalypse. Toute la Castille brûla; la Manche ne fut pas épargnée non plus ainsi que l’Aragon et l’Andalousie. Séville subit le premier génocide. Le 28 avril 1612, le souverain castillan déposa les armes devant Henri II de Bourbon, roi de France et d’Angleterre.
- Bigre! Holà! Attendez! Comment ça? Vous avez sauté une étape, là! Rugit Symphorien, écarquillant les yeux.
- En effet, j’ai oublié de vous signaler qu’Elizabeth, morte sans enfant, la Reine Vierge rappelez-vous, avait désigné le Béarnais comme successeur. À partir de 1603, Henri règne donc sur un royaume franco-anglais. Lorsqu’il a des loisirs, il prend le temps de conquérir l’Écosse. Jacques VI d’Écosse, Stuart si vous préférez, s’y est retranché. Il avait eu le tort de revendiquer la couronne anglaise à la mort d’Elizabeth.
- Jacques VI Stuart, Jacques Premier donc pour notre chronoligne, lança Gaston.
- C’est bien cela, baron. Mais les choses tournent mal pour le Prétendant Stuart. En 1606, il est livré à ses ennemis par ses propres sujets. Il meurt décapité dans la cour de la Tour de Londres sous les applaudissements d’une foule avide de sang.
- Diable! Pourquoi cette trahison?
- Oh! Avez-vous donc oublié que les Écossais étaient majoritairement presbytériens? Mais je reviens à l’Espagne. Là-bas, les choses s’embrouillent un peu plus. Les Morisques, encouragés en sous-main par les rois catholiques déchus, se soulèvent contre l’occupant impie. Le gouverneur et vice-roi, le Prince de Condé, cousin d’Henri II, se voit contraint de négocier une sorte d’Édit de Nantes, l’Édit de Valladolid. Ledit traité est signé le 19 octobre 1616, le jour exact de la mort d’Henri II.
- Qui monte sur le trône du double royaume? Questionna l’ancien mousquetaire curieux.
- Hé bien figurez-vous que cela ne manque pas de sel. Le défunt roi, marié trois fois, n’a pas réussi à avoir une descendance légitime viable! La couronne tombe, non pas à l’encan, mais dans l’escarcelle de l’habile Condé, vice-roi des Espagne.
- Trois couronnes pour une seule tête! Chapeau!
- Pas tout à fait, capitaine Craddock. Les Catholiques Habsbourg furent obligés de prêter allégeance à Condé. Pour récompense, ils retrouvèrent leur trône. L’Espagne présenta alors une particularité unique. Officiellement, le pays était protestant mais ses souverains catholiques. L’Édit de Tolérance de Valladolid accordait en effet le libre exercice du culte à tous, Chrétiens, Juifs et Musulmans. En France, à Henri III de Bourbon Condé succéda son fils Louis XII qui, dans notre chronoligne, est le Grand Condé.
- Bref, le scénario inverse de notre histoire, constata Symphorien. Ensuite, pouvez-vous accélérer un tantinet?
- Bon, j’essaie de survoler. Le XVIIe siècle est, enfin, un âge d’or pour l’Europe apaisée qui panse ses plaies. Cependant, les aventuriers de tous poils se lancent à la conquête de l’Amérique.
- Ah! Elle avait donc été découverte malgré tout ce micmac!
- Oui, tout comme pour nous le 12 octobre 1492 par Christophe Colomb. Dans cette histoire, le continent tout entier prend le nom de Colombie.
- C’est plus simple et plus honnête, reconnut le Cachalot de l’Espace tout en se curant les dents.
- Donc, tout le siècle est occupé par la colonisation progressive de l’immense Colombie. Pour les autochtones, le sursis n’aura été que d’un siècle. Au XVIIIe, tout le sud du continent est entre les mains des Franco-Anglais. Les Espagnols, qui se sont joints tardivement à cette colonisation, n’ont récolté que quelques miettes, Cuba, les Caraïbes, la Floride, le Golfe du Mexique…
- Bah! Des miettes dites-vous! De jolies miettes bien consistantes.
- Certes. Toutefois, le nord va prendre l’allure d’un patchwork. Aux Espagnols et aux Franco-Anglais, vont se rajouter les nations germaniques…
- Naturellement! Tout le monde veut profiter de la manne et accourt comme une bande de charognards. Cela me dégoûte, tiens!
- On ne peut pas changer l’homme du jour au lendemain, capitaine. Dans ce beau monde, il ne faut pas oublier les Russes. Désormais, il n’est nullement question d’Etats-Unis pour la fin du XVIIIe siècle. Les guerres qui avaient vu s’affronter les Européens durant la période précédente se transportent en Colombie du Nord. Les Bourbon Tudor alliés aux Suédois conquièrent le Canada et le nord-est de nos Etats-Unis. Les Russes s’emparent de la côte Pacifique tandis que les Allemands et les Autrichiens jettent leur dévolu sur les Rocheuses et les Grandes Plaines. Or, pendant ce temps, les Espagnols peinent à se maintenir dans leurs poussières d’Empire, c’est-à-dire au Mexique, plus précisément en Californie du Sud et à La Plata.
- Pourquoi donc?
- Parce que dans la péninsule ibérique le Bourbon ne tolère plus la moindre velléité d’autonomie! Il veut reprendre ses cartes. Une guérilla commence aux environs de 1780. À ce qu’il paraît, elle se poursuit toujours même si les sources restent plutôt discrètes à ce sujet.
- Tiens donc! Comme je ne suis pas tombé de la dernière pluie, cela signifie que le Bourbon Condé recule!
- Tout à fait, capitaine Craddock.
- Mais l’Italie? Vous n’en avez pas pipé mot.
- Pour l’heure, morcelée en dix-huit États. Apparemment, la botte n’intéresse personne. L’Autriche a renoncé à ses billes en Colombie. Elle a vendu ses droits aux Russes.
- Au moins, cela a le mérite de simplifier la carte.
- Les Habsbourg se retirent de la partie car ils doivent faire face aux ambitions des Ottomans. En 1813, Vienne, la capitale, a été directement menacée par un général turc, Soliman Pacha Bey! Pour résumer, les Autrichiens sont redevenus quantité négligeable, à la tête d’un Etat de deuxième ou troisième ordre.
- Le reste du Monde?
- L’Afrique reste mal connue. Présentement, elle ne suscite l’envie de personne. L’Australie n’a été découverte il n’y a que cinq années à peine. Quant à la Chine, eh bien, il semblerait que la dynastie Ming se soit maintenue.
- Merci, Benjamin, fit Daniel Lin, je puis maintenant compléter ces informations parcellaires. Comme vous l’avez dit, les Ming n’ont pas été anéantis en 1644. Ils ont même eu l’audace de s’allier, par mariages croisés, aux Moghols de l’Inde. Ceux-ci, nullement décadents, rayonnent sur toute la péninsule et ce, jusqu’à… Bornéo! Quant au Japon, il reste isolé, momentanément à l’abri de la convoitise de son puissant voisin. Les Shoguns ont encore de beaux jours devant eux. Pour en revenir à l’Afrique, des royaumes Bantous et Toucouleurs sont en voie de formation. En fait, l’idée d’Etat militaire fait son chemin.
- Oh! Oh! Daniel Lin vous n’avez pas puisé ces renseignements dans ces bouquins, avouez-le! Jeta Symphorien les yeux mi-clos.
- Effectivement. J’ai envoyé une partie de mon esprit dans plusieurs lieux stratégiques de la planète et j’ai recueilli ces informations dans la tête des dirigeants et des hauts dignitaires  de ces pays et royaumes. Tout cela, durant le brillant exposé du commandant Sitruk.
- Une fois encore, le commandant Wu n’est pas avare de ses forces et de son énergie! S’exclama André réfrénant sa colère.
- Amiral, seule l’insatiable curiosité m’a poussé, croyez-moi. Je n’ai pas été si prodigue…
- Puis-je poser une dernière question? Demanda prudemment le Vieux Loup de l’Espace.         
- Faites…
- Cette France, c’est une théocratie, une autocratie ou une monarchie absolue de droit divin?
- Une monarchie limitée, en fait, un peu comme la monarchie anglaise après le Bill of Rights de 1689, s’empressa de répondre Benjamin.
- Merci. Le nom du souverain régnant?
- Euh… Louis XV de Bourbon Tudor. Il a le nez crochu de son ancêtre et brille par son absence de menton, un visage en lame de couteau, des dents mal plantées, des yeux bleus, d’un bleu glacial. Personne n’ose affronter les humeurs changeantes du roi. Il gouverne sans premier ministre avec une flopée d’intendants. On dit que Louis se moque du Consistoire et qu’il entretient un harem. D’ailleurs, si son épouse Françoise-Amélie vit en recluse dans le Palais du Louvre, lui n’y séjourne que très brièvement.
- Oh! Benjamin suffisamment cependant pour avoir fait neuf enfants à la reine en douze années de mariage, remarqua Daniel Lin avec humour, ses yeux pétillants, tout prêt à rire.
- Tout le monde a reçu son content d’informations? Alors, maintenant, passons au niveau supérieur. Je pense qu’il me faut rappeler notre objectif principal.
- Amiral, hasarda Gaston, je pensais que di Fabbrini expédié ad patres, Maïakovska itou, notre tâche était achevée.
- Que non pas, maître d’armes! Ce n’est pas pour rien que nous avons atterri dans cette chronoligne. Voici l’enjeu à cette heure…
Tous se firent attentifs, y compris les joueurs de poker et Beauséjour, sorti de sa longue sieste.
Il va de soi que les livres empruntés furent retournés par le biais du téléporteur. Personne n’avait constaté leur disparition.

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Depuis plusieurs semaines déjà, Charles Maurice se sentait épié. Sous le toit de Spénéloss, cela restait supportable. Mais dès qu’il prenait un peu l’air, se hasardait à l’extérieur de la propriété, il avait l’impression d’être traqué. Les regards que lui jetaient les hommes du pays ne le rassuraient guère. Il est vrai que son handicap avait de quoi inquiéter les esprits superstitieux de l’époque. Après tout, peut-être croyait-on qu’il était le diable en personne avec son pied bot? À cette pensée, l’ancien prince de Bénévent se mettait à sourire. Cependant, la surveillance dont il était l’objet n’était pas une chimère. Au contraire, jamais il n’avait jamais succombé à la tentation de la rêverie.
Ce matin-là, comme à l’accoutumée, Charles Maurice, qui avait emprunté à Spénéloss sa voiture - une sorte de carrosse de voyage assez primitif - accomplissait une promenade qu’il qualifiait d’hygiénique. Son cocher était un homme de confiance, un solide serviteur du sieur de Commynes, qui n’avait pas froid aux yeux.
Malgré les nombreux cahots que la patache subissait, et ce, à cause du mauvais entretien, ou plutôt de l’absence d’entretien du chemin, l’ex-ministre de Napoléon parvenait à lire un ouvrage des plus intéressants. Il s’agissait d’un exemplaire manuscrit de La Divine Comédie de Dante, une œuvre assez rare datant quelque peu mais que Spénéloss avait reçue en cadeau des mains de Sa Sainteté elle-même.
Talleyrand lisait donc les célèbres vers en italien, absorbé par l’effort de traduction.
Ce fut pourquoi notre quinquagénaire ne prit pas garde aux étranges et inquiétantes fumeroles noires qui entourèrent le carrosse. À son tour, soumis à cette influence délétère, le cocher se métamorphosa en un automate docile et suivit une route qui ne figurait sur aucune carte.
Concomitamment, dans son manoir, Commynes communiquait avec un représentant de sa planète, le conseiller spécial Varam. Or, les ondes radios connaissaient quelques difficultés inhabituelles à franchir l’éther et à parvenir jusqu’au vaisseau de Varam en orbite autour de la planète Mars. Cette situation était plutôt gênante, voire déstabilisante pour quelqu’un d’averti. Après maints essais parasités, Spénéloss capta toutefois une phrase énigmatique.
« Brouillage par ondes méta ioniques. Je répète, méta ioniques. Il ne s’agit pas d’un phénomène naturel. M’entendez-vous? Flou quantique provoqué. Prenez garde Spénéloss! Chronoligne menacée par un… ».
Et ce fut tout, l’émission s’arrêtant brusquement. Quant à l’émetteur-récepteur, il grésilla une dernière fois, crépita puis se mit à flamber.
- Que signifie? Fit l’Hellados en cherchant une couverture afin d’éteindre les flammes qui s’élevaient dans la pièce en dégageant une fumée toxique.
Le début d’incendie circonscrit, le spécialiste de la Terre se mit à réfléchir.
- Chronoligne menacée par un… ces mots n’ont pas été prononcés par Varam. Ce n’étaient ni sa voix ni son accent. Assurément, un humain parlait. Mais comment un humain de ce temps-ci peut-il connaître l’helladien? Un homme d’une Terra future? Il y a quelques semaines, j’aurais dit absurde et impossible. Mais aujourd’hui, Charles Maurice m’a apporté la preuve que, non seulement les voyages temporels sont possibles, mais également que les temps multiples sont bien réels. Alors, qu’en conclure? Quelqu’un me prévient d’un danger imminent. Mais qui est menacé? Moi ou mon hôte?
Troublé bien plus qu’il se l’avouait, Spénéloss sortit de sa cave aménagée et se rendit aux écuries.
- Évidemment, la voiture manque. Charles Maurice effectue sa promenade quotidienne.
Sellant une jument douce à la robe pommelée, l’extraterrestre emprunta l’allée qui conduisait à la route principale. Une fois sorti de la propriété, il lança Elvire - c’était là le nom de la jument - au galop sur les traces du prince de Bénévent. L’Hellados savait le périple de Charles Maurice. Bien que celui-ci fût parti depuis plus d’une heure, Spénéloss comptait le rejoindre. En effet, la patache, lourde à tirer, ne dépassait pas, au mieux, les deux lieues à l’heure, et Elvire pouvait pousser des pointes de neuf lieues.
La chevauchée rapide, menée à un rythme infernal, porta ses fruits. À trois lieues tout juste du manoir, Commynes rattrapa le carrosse. Celui-ci avait versé dans son fossé et le cocher gisait sans connaissance au bord du chemin, une vilaine blessure à la tête. Quant à Charles Maurice, assez secoué, il se palpait les membres, la mine contrariée.
- Que vous est-il arrivé? Demanda Philippe, le visage apparemment impavide. Seule une tension de sa mâchoire pouvait révéler à un familier sa profonde inquiétude.
- Je n’en sais trop rien, jeta Talleyrand d’une voix aigre. Ce maraud, ce faquin, fit-il en désignant ainsi le blessé, a été soudain pris de frénésie. Il s’est mis à fouetter le cheval, l’obligeant à traverser des champs au repos. Alors, la brume s’est faite plus dense et un vent coulis m’a glacé jusqu’aux os. Puis, cela devient confus dans ma tête. Les vapeurs se sont teintées d’éclairs noirs et fuligineux. J’ai cru distinguer une présence informe dans le brouillard et Jacques a alors crié sans raison: « Ne me touchez pas! Ne prenez pas ma vie! » avant de verser l’attelage dans ce fossé. Cela fait bien trente minutes, si j’en crois ma montre, que cet accident s’est produit.
- Personne n’est venu à votre secours?
- Non… Comme vous le voyez, la route est déserte. Il n’y a rien là que de plus normal en cette saison et à cette heure, monsieur de Commynes. 
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- Sans doute.
- Pourriez-vous me hisser en croupe sur votre monture? Avec ma patte folle qui a pris un méchant coup dans cette affaire, je ne puis y parvenir seul.
- Attendez un peu, je vous prie, monsieur de Talleyrand, répliqua froidement l’Hellados. Vous n’avez pas bien pris toute la gravité de votre accident.
- Dans cette histoire, j’ai endommagé, et vous m’en voyez sincèrement navré, votre précieux ouvrage.
- Par Stadull! Est-ce là de l’ironie dont les humains sont si friands? Jacques est mort et vous ne vous êtes point préoccupé de son état.
- Comment cela, mort? Tantôt encore, je l’entendais respirer, difficilement, je l’admets… après tout, ce n’est qu’un…
Charles Maurice allait prononcer le mot fatal « valet » ou « domestique », mais il s’arrêta net, mesurant enfin toute l’indignation légitime ressentie par Spénéloss dont les yeux noirs brillaient d’une colère à peine retenue. Pour que son hôte affichât ainsi une émotion aussi violente, l’ancien homme d’Eglise, aussi égoïste et dépourvu de compassion qu’il fut, saisit qu’il avait dépassé les bornes.
- De toute façon, que pouvais-je tenter avec ma jambe faible, hein? Reprit Charles Maurice en baissant les yeux.
- Je vais redresser l’attelage, détacher le cheval qui a une jambe brisée et placer le corps dans la patache.
- Redresser le carrosse? Tout seul?
- Les Helladoï sont dotées d’une plus grande force musculaire que les humains.
Sans afficher le moindre signe d’effort intense, Spénéloss fit comme il l’avait dit. Puis, constatant que le cheval souffrait trop, l’os de la jambe de la bête blessée était cassé en cinq endroits distincts, l’extraterrestre dut se résoudre à abattre le noble animal à l’aide d’un mini triangle comportant en son centre une bille irisée translucide à la couleur oscillant entre le jaune et l’orangé.
- Quel est cet appareil? Questionna Charles Maurice fort étonné.
- Une arme de poing qui réduit en cendres les objets et les êtres vivants. Fasse Stadull que jamais les humains n’en découvrent les principes et le fonctionnement!
- Vous n’agissez pas envers le cocher comme envers le cheval. Pourquoi donc?
- Charles Maurice n’en rajoutez pas dans le mépris et la bassesse. Jacques est un être humain. Il a vécu, pensé, souffert. Il a droit à des obsèques religieuses. Bien que mon peuple préfère la crémation, je respecte les us et coutumes des habitants de la Terre.
L’ancien prince de Bénévent comprit la leçon. Ce diable de Spénéloss était parvenu à l’humilier avec raison!
On comprend que, dans ces conditions, le retour au manoir s’effectua dans le mutisme le plus froid.
Dans les jours qui suivirent, Charles Maurice et l’Hellados s’évitèrent autant que possible. C’en était bien terminé de leur début d’amitié. Ce qui les avait rapprochés, la culture, le besoin d’apprendre de l’étranger, ne pouvaient plus suffire à combler l’indifférence réelle et l’égotisme de l’humain d’un côté et l’indifférence affectée dissimulant une nature passionnée  de l’extraterrestre de l’autre.
Ainsi, lorsque le sieur de Commynes gagna Florence pour mener à bien une nouvelle mission d’ambassade, il n’éprouva ni regret ni crainte à s’éloigner de l’exilé du temps. Mieux, il le laissa sans protection aucune, n’ayant donné aucun ordre particulier à ses gens. Pourtant, l’étrange mise en garde qu’il avait captée restait fraîche et bien présente dans sa mémoire. Sans doute Spénéloss jugeait-il désormais que Talleyrand ne méritait plus aucun égard?
Après le départ de l’ambassadeur, le prince reprit ses virées quotidiennes. Remis de son choc, il bravait le froid, la neige et le mauvais état des routes pour respirer l’air de la campagne, pour étudier aussi de près les mœurs villageoises de ce quinzième siècle bien concret et matériel et non pas figé comme dans les Riches Heures du duc de Berry. En fait, ce qui intéressait avant tout notre libidineux personnage, c’étaient les accortes servantes d’auberge, les bergères au giron accueillant, les veuves bien esseulées…
Après une plaisante journée, l’ancien ministre s’en retournait au manoir, le corps las et rompu mais le cœur empli d’une douce satisfaction. Allons! Tant qu’il avait assez de vigueur, pourquoi ne pas profiter des délices de la vie? Dans ce siècle éloigné du sien, pourquoi se soucierait-il de politique, de carrière et d’honneurs? Comme il faisait bon de se laisser bercer dans cette voiture, une chaufferette sous les pieds, enveloppé dans une moelleuse couverture, la tête pleine de souvenirs érotiques des plus excitants! Il n’y avait que la nourriture qui le décevait en ce monde car elle n’était pas apprêtée avec le raffinement et l’art auxquels Carême l’avait habitué.
Lentement, Charles Maurice sombra dans une quiète béatitude. Mais l’angoissant phénomène de l’autre fois recommença pour être enfin mené à son terme. Le nouveau cocher, Blaise, se montra moins rétif que son prédécesseur. Ce fut pourquoi il conduisit la patache jusqu’au cœur d’une étrange route hors du temps. À l’horizon, se rapprochant au rythme du pas régulier du cheval, une bouche d’un tunnel étroit, maçonné en briques, un de ces tunnels que l’on pouvait rencontrer en Angleterre vers les années 1840, à l’aube de l’essor du chemin de fer.
Sans heurt, la voiture, le cheval, le cocher et Talleyrand pénétrèrent dans la gueule du Dragon, dans la Boucle du Néant. Merci à Jacques Devos le regretté dessinateur du journal Spirou pour cette courte mais géniale histoire du même nom. La similitude s’arrêtera là.
Ce furent l’obscurité mais aussi l’absence du martèlement des sabots du cheval sur le sentier qui réveillèrent le prince de Bénévent. Comme ses appels demeuraient sans réponse, le grand seigneur qu’il était se vit contraint de quitter son confort béat et d’aller voir par lui-même ce qu’il en était, pourquoi cet arrêt. À sa stupéfaction d’abord, puis à sa frayeur et enfin à son épouvante, Charles Maurice constata que dans ce tunnel anachronique et non uchronique, il était seul, absolument seul! Blaise et Aventure, le cheval, s’étaient volatilisés. Mais le plus terrifiant, frisant avec la folie, était encore à venir.
À peine Talleyrand était-il descendu avec difficultés du carrosse primitif que celui-ci, à son tour, disparut, sans coup férir. Il fallut dix secondes à l’ancien ministre pour comprendre la portée de ce qui venait de se produire. Immobile, presque tétanisé, la raison presque abolie, Charles Maurice fit alors quelque chose qu’il paraissait avoir oubliée depuis de très longues années, il pleura.

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samedi 14 septembre 2013

Le Nouvel Envol de l'Aigle : 3e partie : Nouvelle Révolution française chapitre 27 4e partie.



Beauséjour croyait sa dernière heure arrivée, à tort. C’était oublier qu’en tant que résident permanent de l’Agartha, il bénéficiait du statut privilégié préservé. Ce fut pourquoi lorsque Cao Kun se jeta sur lui, le général seigneur de la guerre passa à travers son corps comme s’il n’avait aucune consistance. 
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Mieux même. Les intrus envahisseurs se retrouvèrent sans transition aucune isolés à l’intérieur du néant. De dépit, rageant de colère, Mani Aniang tenta de recouvrer un semblant de matérialité. Des micro points d’un scintillement anthracite parcoururent alors à une vitesse inconcevable la sphère qui emprisonnait les séides de Fu. Mais les particules se heurtèrent aux parois de la bulle invisible. Puis, le bombardement se fit systématique.
La structure improbable résista. Toute l’énergie ainsi dépensée n’eut d’autre effet que d’agacer un peu plus les p et leurs fantômes humains Cao Kun et Ungern von Sternberg.
Loin de ce non monde, mais toujours si proche, le Dragon de l’Infra-Sombre ne pouvait accepter cet échec.
Il affrontait le Surgeon dans un combat singulier titanesque; depuis une femto seconde, depuis des éons, depuis l’éternité. Ravalant sa fierté pourtant immense et insondable, piétinant sa superbe et son orgueil, il devait faire appel à toutes ses ressources afin de ne pas être anéanti.
Devant les deux déités, tout autour et partout à la fois, le Chaos, le pré chaos du moins, houleux, mouvant et changeant, malaxé, tourbillonnait, s’étendait, se rétractait, pulsait et tremblait.
Spectacle inappréhendable, terrifiant, sublime, fascinant et divin.

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Pendant ce temps, l’infernale chevauchée se poursuivait dans une forêt de Fontainebleau devenue le carrefour de tous les possibles. Le sol de terre retentissait du martèlement sourd et régulier des sabots des chevaux lancés au galop. Les nobles animaux, leur robe luisante de sueur, fumaient des naseaux tant ils allaient vite. Toutefois, les montures, bien dressées, ne hennissaient pas sous les aiguillons blessants des éperons. 
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Galeazzo accéléra encore, échappant une seconde à la vue de l’Artiste. A son tour, celui-ci poussa son cheval. Il fut aussitôt imité par ses amis Gaston de la Renardière, Aure-Elise et Violetta.
Le chemin s’enfonçait dans les bois tandis que l’obscurité gagnait. Sous les ormeaux des hêtres, les oiseaux lançaient leurs trilles avant de s’endormir. Pour eux, une journée semblable aux autres allait s’achever. Or…
Des branches folles s’entremêlaient sous les frondaisons, dessinant d’étranges silhouettes fantasmagoriques. Si les cavaliers avaient eu le temps, nul doute qu’ils auraient reconnu en celles-ci des elfes, des nains bossus, des tarasques crachant des flammes, des naïades à la longue chevelure brillante, tous ces êtres animés d’une vie propre. 
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Imperceptiblement, la nuit arrivait comme si le temps connaissait une ellipse.
Aux rouges-gorges, fauvettes et mésanges, avaient succédé des hiboux, hulottes et corneilles. Dans les taillis touffus, on devinait souvent la présence d’un chevreuil ou d’un sanglier. Près d’une mare, quelques biches se désaltéraient, craintives, dressant parfois le cou au bruit d’un galop lointain.
La fantastique chevauchée prenait des allures hallucinées. Sur les bas-côtés, des rochers noirs surgissaient. Ils portaient gravés d’étranges motifs, des silhouettes humaines fort anciennes, oubliées sous la mousse, celles de druides ou de chamanes, les bras levés dans la posture d’orant, invoquant une divinité inconnue. 
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Quelques blocs de pierre avaient été taillés. Sans nul doute, cachaient-ils les restes d’un prêtre d’un culte ignoré.
Six dolmens à demi ruinés furent ainsi dépassé par les cavaliers.
Une clairière minuscule, dissimulée sous le feuillage de chênes centenaires, voilà où aboutissait le sentier emprunté par l’Ultramontain. En son centre, un petit tertre, une bosselure plutôt, rongée, envahie par le lierre et la mousse, verdie, moisie et sans âge. C’était là que se rendait le comte. Vite, il descendit de son cheval et courut frotter la roche usée. Il n’omit point de réciter une incantation en langue grecque archaïque.
Soudain, un grincement sinistre retentit dans le silence surnaturel. Une ouverture sombre se fit, surgie non du rocher érodé mais bien du vide! Le portail multidimensionnel qui donnait sur Cluny venait d’être activé.
Sans se retourner, obligeant sa monture à le suivre, Galeazzo s’y engagea prestement. Il espérait disposer d’assez d’avance pour distancer définitivement celui qui, longtemps, avait été son fils adoptif et son successeur potentiel. Les mètres défilaient sous les pas pressés du comte, la lumière diminuait et toujours pas de Frédéric Tellier et consorts.
Au bout de deux minutes à peine, di Fabbrini s’autorisa à respirer à pleins poumons. Il se croyait en sécurité, il avait tort.

***************

Le portail conduisant à Cluny s’était refermé à la seconde précise où, à son tour, le danseur de cordes allait se glisser dans l’étroite ouverture. Or, déjà engagé, il perdit dans l’affaire un pan de sa veste.
- Zut! C’est trop fort! S’exclama Violetta avec dépit.
- Une chance aussi insolente n’est pas normale, renchérit Gaston. Foutrebleu! Ce diable de comte est aidé par Satan lui-même!
- Attendez, fit Aure-Elise plus calme.
- Voyez sur votre gauche. Une brèche nouvelle se forme.
- Ah! Mais s’il s’agissait d’un piège dont mon maudit ancêtre est coutumier? S’inquiéta l’adolescente.
- Non, je ne le crois pas, dit Frédéric avec confiance. Daniel Lin agit de son côté. Ce tunnel transdimensionnel nous conduit tout droit là où doit se réfugier Galeazzo.
- Espérons-le. Nous abandonnons donc nos montures?
- Tout juste, Violetta.
- Dépêchez-vous! Il n’est pas temps de causer comme si nous étions en train de boire une tasse de thé ou de chocolat, mesdames.
- Bien dit, vertudieu!
Alors, les quatre poursuivants du comte s’engouffrèrent dans ladite brèche et instantanément, se retrouvèrent dans la caverne contenant les mystérieux codex. Di Fabbrini, qui avait laissé son cheval près d’une colonne partiellement écroulée, se tenait debout devant un portail ouvert. Cette porte plus qu’étrange permettait d’apercevoir un paysage urbain des plus futuristes, surtout aux yeux de Gaston et de Frédéric. Un Américain du XX e siècle y aurait toutefois identifié un quartier huppé de LA autour des années 1990.
Mais le portail ne présentait pas qu’une seule ouverture, loin de là! Un seuil dévoilait l’église Saint-Eustache à Paris, mais les badauds qui déambulaient paisiblement sur son parvis étaient vêtus à la mode d’un 1825 tout à fait farfelu. Les habits mêlaient des éléments Tudor à des détails Renaissance, antiquisants et Restauration à la fois. 
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Galeazzo ne se rendit pas compte tout de suite qu’il avait été rattrapé par ses poursuivants, trop affairé à réciter les vers gnostiques d’un sésame transdimensionnel. Tandis que l’Ultramontain matérialisait ainsi une autre brèche ouvrant sur une campagne sereine d’un soir d’été quelque part en Italie, une Italie du Quattrocento - on entendait distinctement les grillons striduler alors que les senteurs d’un blé fraîchement fauché se répandaient dans le souterrain - l’Artiste s’avança jusqu’à son ancien mentor, sa fidèle canne-épée à la main.
- Galeazzo, articula Frédéric d’une voix claire et assurée, il est temps!
Le Maudit sursauta. Il se retourna brusquement laissant tomber dans la poussière le livre multiséculaire.
- Toi! Encore et toujours! Je croyais t’avoir semé définitivement. Il est temps pour quoi faire? M’assassiner? Vous êtes quatre et moi je suis seul.
- Non, mon bon maître. Il est temps de déposer vos armes définitivement, de cesser ce combat inutile d’arrière-garde et de vous rendre.
- Me rendre? À toi, fils prodigue? Tu veux rire, sans doute! Jamais, fils dénaturé!
- Non, pas à moi, comte di Fabbrini, à Daniel Lin Wu…
- A ce métis de Chinois? Pour qui me prends-tu? Il n’en est pas question.
- Je vous demande de vous rendre au Juge des hommes, Galeazzo, vous le savez pertinemment.
- Plutôt périr en enfer et tout de suite!
- Qu’espérez-vous donc? Gagner du temps? Vous êtes seul, vous l’avez dit et reconnu. Suivez nous. La clémence du Juge est toujours possible.
- Que m’importe celle-ci! Que me chaut ce Daniel Lin! Encore une fois, tu m’insultes et m’humilies, danseur de cordes. Je n’espère rien de ton ami, je ne veux rien ni de lui ni de toi. Surtout pas une grâce! Cependant, il est vrai que je ne puis attendre de toi Frédéric que tu t’élèves jusqu’à la grandeur de la…
- Défaite ou traîtrise, mon bon maître?
- Défaite, assurément! Oublies-tu donc que c’est lorsque je suis acculé, que tout semble perdu pour un homme du commun que je parviens à me rétablir et à l’emporter?
- Non Galeazzo di Fabbrini! Cette fois-ci, la fin de la partie a sonné pour vous.
- Ah! Puisque tu parais si pressé de triompher, de me ramener à ton Juge comme un trophée, essaie donc! Tu cours à ta perte et tes compagnons également, ricana le comte.
Comme dans un tour de sorcellerie, une épée sembla alors surgir du néant pour se matérialiser dans la main droite de di Fabbrini tandis qu’un poignard faisait de même dans la senestre du comte. Aussitôt, Galeazzo se mit en garde avec une souplesse et un allant dignes d’éloges. Fort à propos, l’Ultramontain paraissait avoir rajeuni de dix ans pour le moins.
Un nouveau duel entre les deux hommes débuta donc.
Gaston de la Renardière fit reculer les deux jeunes femmes, les mettant momentanément à l’abri, laissant les deux adversaires s’affronter librement. Si jamais les choses tournaient mal pour Frédéric, bien qu’il en doutât car il avait vu les prouesses de Tellier, le mousquetaire prendrait simplement la relève, voilà tout.
Les solides lames en acier trempé cliquetaient, s’entrechoquaient et se liaient tandis que les épéistes se mesuraient, prenant le pouls de l’adversaire. Parfois, les bras, au coude-à-coude se touchaient, se heurtaient et le comte croisait alors froidement le regard de celui qu’il avait formé il y avait plus de vingt ans déjà, dans un autre temps. 
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Tellier ne cillait pas, ne souriait pas et d’un geste souple et élégant à la fois se dégageait pour enchaîner une botte complexe que l’Ultramontain parvenait à parer cependant à la toute dernière seconde.
Élans, parades, feintes, bottes, sauts, ruptures, reprises, bonds, atterrissages, acrobaties et tournoiements, toujours et encore dans ce duel qui semblait devoir s’éterniser, n’être qu’un perpétuel recommencement.
- Le Harrtan, bon sang! Quand l’Artiste va-t-il passer en cinquième figure de Harrtan, s’inquiéta un instant Violetta se mordant les lèvres jusqu’au sang.
L’adolescente frémissait de rage. Dans sa naïveté, elle croyait pouvoir participer à ce combat de titans. Ah! Jeune métamorphe impulsive, au cœur si ardent et si généreux! À cette heure, tu ne doutes ni de tes capacités ni de tes talents. Pourtant, le danseur de cordes qui possède bien plus d’expérience que toi, lui, hésite encore à user du savoir de cet art martial hétérodoxe. Il se méfie, se souvenant des prouesses accomplies par le Maudit face à Daniel Lin en personne.
De son côté, dès qu’il avait senti l’acier dans ses mains, Galeazzo avait recouvré tout son sang-froid. Son visage n’affichait rien, aucune émotion, pas même la haine, ses yeux bleu nuit ne brillaient d’aucune satisfaction anticipée. Di Fabbrini se battait, c’était là son destin, un point c’est tout. Il était né pour cela.
Une quarte et un enchaînement inattendu, éblouissant, un moulinet du poignet d’une souplesse fantastique suivi d’une pointe juste sous la clavicule.
- Touché! Jeta l’Italien à l’adresse de Frédéric.
- Peuh! Une égratignure mon maître.
- Il est vrai que ta chair s’est durcie sous le feu de tes trahisons successives.
- Cela dépend du point de vue. Hé! Ce coup-ci, vous ne l’avez point vu venir, avouez-le.
Galeazzo venait de reculer prestement comme s’il avait été piqué par un serpent venimeux. Effectivement, la manche gauche de sa veste se teintait de pourpre. Cependant sa blessure était bénigne et ne l’obligeait pas à abandonner sa dague. Avec un rictus, il se remit donc en position.
- Il en faut plus pour venir à bout de ma personne, lança le Maudit d’une voix sourde.
D’un geste, il se fendit soudain, prêt à transpercer le danseur de cordes, à lui porter un coup fatal. Or, ce dernier, avec un instinct de survie magnifié, ferma l’ouverture qu’il avait inopinément et brièvement présentée puis, s’en vint à la parade dans un enchaînement prodigieux digne de figurer dans toutes les salles d’armes.
Tandis que les deux émules de d’Artagnan
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 croisaient ainsi le fer, les portes donnant sur les dimensions offraient toujours leur tentation périlleuse. Si les duellistes n’avaient pas été tant pris par leur affrontement, ils auraient pu se laisser attirer par le monde futuriste et dément de LA en 1995 ou encore céder à la fascination de cette paisible campagne toscane alors qu’allongé près d’une mule, un manouvrier entamait une complainte hors d’âge.
Une autre porte apparut parmi ses sœurs. Elle rappela un souvenir douloureux à Violetta. Enveloppée par un effroi sans nom, la jeune fille se recula pour se cogner brutalement à Gaston de la Renardière. L’ancien mousquetaire ne comprit pas ce sentiment de panique.
- Ma belle demoiselle que se passe-t-il?
- L’éléphant… oh! Mon Dieu! Tout va recommencer.
- Ne hurlez pas ainsi. Vous allez finir par distraire Tellier.
- Vous ne pouvez pas comprendre, vous n’y étiez pas.
Mais ce ne fut pas l’Artiste qui perdit de sa concentration mais bel et bien Galeazzo. L’Ultramontain eut le tort de lever les yeux une fraction de seconde afin de regarder l’intérieur du portail transdimensionnel ouvrant sur un 1825 parallèle. Alors, il se vit lui-même se saisir d’un Colt et tirer sur le danseur de cordes alors qu’il ne conservait aucun souvenir de cette scène antérieure, appartenant à un passé d’un de ses doubles… en réalité, le comte tué en 1825 était postérieur de quelques mois à celui de 1783. En se rendant sous le règne de Louis XVI, les tempsnautes conduits par Daniel Lin avaient modifié les événements relatifs à cette chronoligne.
- Que signifie? Articula-t-il troublé.
Di Fabbrini n’acheva pas sa question. Il avait l’épée de Tellier au travers de la poitrine.
- Fils dénaturé, eut la force de rugir Galeazzo d’une voix rauque et sifflante à la fois. Tu m’as tué! Que mon sang retombe sur toi pour les siècles des siècles! Oui! Que tu revives en boucles, pour l’éternité, ce parricide. Entends-tu Pan chronos? Je t’invoque, moi, ton orant préféré. Immobilise ta course et referme-toi! En cercle est l’univers. Âge d’or, reviens, je te l’ordonne. Par ma bouche s’exprime le Grand Pan! Plie-toi à ma volonté! Fige-toi avec dans tes rets mon fils bâtard ainsi que tous ses compagnons. Que ma mort ne soit pas vaine! Anakouklesis, matérialise-toi et deviens la norme!
Les derniers appels avaient été jetés en grec classique mais avec la voix d’un Ying Lung! Ce n’était pas Pan qui avait parlé mais Fu.
À ces mots ultimes, Aure-Elise porta une main à sa bouche. Blême, elle fixa à son tour la porte fatale d’où à présent naissait un monstrueux tourbillon serpentiforme, tentaculaire et d’une noirceur si profonde que rien ne pouvait être aperçu derrière ce mur. Ce serpent, quittant momentanément 1825, spirala jusqu’à Violetta pour s’emparer de l’adolescente. Il fit de même avec Aure-Elise, tétanisée, de la Renardière, Tellier et Galeazzo lui-même. Les trophées de l’entité furent transportés au sommet de l’éléphant d’airain et de plâtre, là où il lui avait été commandé de le faire.
Privé de son dernier souffle, le corps de Galeazzo di Fabbrini atterrit brutalement sur le sol dallé. Il n’eut pas un tressaillement le comte étant mort après avoir lancé son anathème.
Mais il advint quelque chose d’inconcevable, de surnaturel et de maléfique. Le Maudit, cet éternel perdant, rouvrit soudainement les yeux! Le Galeazzo de 1783 n’avait pas ressuscité mais fusionné avec celui de 1825 dans une sorte de bégaiement du temps. Il n’était pas le seul à subir ce phénomène défiant toute logique. L’Anakouklesis invoquée n’oublia aucun des protagonistes. 

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Le duel au-dessus de l’éléphant de plâtre, celui qui devait célébrer les victoires de Napoléon le Grand recommença donc, avec, toutefois, deux intrus, témoins involontaires supplémentaires, Aure-Elise Gronet d’Elcourt et Gaston de la Renardière. Sidérés et déboussolés, ils ne furent que des spectateurs passifs devant la scène qui se déroula sous leurs yeux. 
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Tandis que l’Outre cisalpin déchargeait rageusement son Colt en direction de Frédéric Tellier, manquant sa cible mouvante, il ressentit un vague malaise, comme une sorte de déphasage alors que le pseudo Victor Martin roulait sur le sol avec une agilité maîtrisée afin d’éviter aussi bien les balles qui ricochaient sur le plâtre ou sur les plaques de bronze que les talons sauvages de celui qui s’était voulu sa Némésis.
À son tour, l’Artiste posa des questions, non sur la texture changeante du sol, mais sur sa présence ici, en ce lieu et à cette heure. Bon sang! N’avait-il pas déjà vécu pareil combat quelques mois auparavant? Une simple impression de déjà vu? Ou un songe? Sa mémoire ne pouvait lui jouer un tel tour. Aïe! Il ne faisait pas bon de s’adonner à l’introspection métaphysique en cet instant!
Le Maudit, voyant qu’il avait manqué Frédéric et que son arme déchargée était devenue inutile, balança son Colt dans le vide avec un cri sauvage puis, dans le même élan, se saisit de son épée. Son visage était défiguré par une haine inextinguible. Dans moins d’une seconde, il embrocherait l’enfant des rues dont il avait voulu faire son héritier, tachant de le façonner vainement à sa semblance.
Oups! Raté d’un poil! Il avait failli parvenir à ses fins.
Le danseur de cordes qui avait roulé une fois encore loin de di Fabbrini n’eut d’autre choix que de s’emparer de sa fidèle canne-épée et d’accepter de croiser le fer avec son mentor devenu son ennemi mortel depuis quelques lustres déjà.
Le splendide duel reprit.
Les deux adversaires, de la même force, enchaînèrent les passes, les bottes et les parades en quartes, quintes et sixtes mais avec un soupçon d’hétérodoxie avec une maestria à couper le souffle.
Nos deux bretteurs sautaient, bondissaient, glissaient sur le sol, esquivaient les coups, se fendaient et feintaient à nouveau sans commettre une seule faute.
Comme à propos, un instant, un escalier surgit de nulle part. Les épéistes s’y engouffrèrent d’instinct, saisissant ainsi l’opportunité, et poursuivirent leur affrontement final tout en descendant les marches étroites et métalliques. Les lames cliquetaient, s’entrechoquaient, les respirations s’accéléraient alors que l’éléphant des Victoires devenait le maelström de tous les possibles. En une mosaïque démente le monument à la gloire de Napoléon superposait tous les projets architecturaux plus ou moins fantaisistes proposés d’abord à l’Empereur puis à tous les souverains potentiels de la France. 

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Cependant, tout à leur duel de titans, les deux héros n’en avaient cure. Ils enroulaient et déliaient leurs lames tour à tour, s’interrompaient une demi-seconde puis reprenaient l’assaut, évitaient d’un dixième de pouce le froid mortel de l’acier, rompaient une fois encore, soufflaient, sifflaient, reculaient, se fendaient, se fermaient, changeaient de jeu, mêlant l’art florentin à la tradition française ou alternaient avec la rigueur anglaise ou la fougue castillane afin de déstabiliser l’autre, celui qu’il fallait à tout prix tuer.
Chaque main tenait une arme, la droite l’épée, la senestre la dague. Ce spectacle ahurissant et hallucinant aurait mérité d’être filmé et immortalisé par les réalisateurs du Prisonnier de Zenda, de Scaramouche ou encore du Chevalier Tempête. Mais ici, ce n’était point du chiqué, une chorégraphie maîtrisée au millimètre près!  
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Ce combat, bien réel, avait pour enjeu la vie ou la mort de Galeazzo ou de Frédéric. Son issue affecterait l’avenir de l’humanité tout entière.
Une zébrure au bras gauche, l’Ultramontain esquissa une grimace, rompit brutalement pour bondir vivement sur une corniche. De ce surplomb, il jeta au visage du faux Victor Martin un cordage que celui-ci parvint à éviter. Pour les lecteurs dépassés, il est bon de rappeler que l’éléphant de bronze ou de plâtre - peu importe! - transformé en labyrinthe fantastique et inextricable par un démiurge assurément farceur et immature, concentrait dans un espace et un volume distendus multidimensionnels tous les détours et accessoires opportuns à l’affrontement de ces demi-dieux.
Alors que nos bretteurs subissaient les mutations, les altérations décrites il y a bien des pages, les fers se croisaient et se heurtaient toujours, envers et contre tous les possibles, défiant une logique en berne dès l’origine.
Or, Galeazzo, plein de ressources, remontait peu à peu vers le dais, entraînant à sa suite vers les hauteurs son adversaire. Le dénouement de ce duel fantastique aurait lieu sous les étoiles d’un ciel de Paris atemporel, figé dans un a-temps précaire.
Mais préoccupons-nous des autres personnages que nous avons délaissés. D’abord Violetta, la quart de métamorphe. Elle aussi avait connu l’effacement partiel de sa mémoire. En mauvaise posture, mais ne craignant plus désormais la surveillance de cette damnée Maïakovska et de ses hommes de main d’origine chinoise, l’adolescente pouvait modifier sa taille. Se faisant aussi mince qu’une Paper Doll,
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 elle n’eut donc aucun mal à se libérer de ses liens puis à se débarrasser de son bâillon. Ensuite, tout en se frottant vigoureusement les poignets et les chevilles afin d’y rétablir la circulation sanguine, elle marmonna:
- Cette brute de girafe rousse mal embouchée me le paiera!
Enfin, la jeune fille s’avisa de la présence de plusieurs personnes incongrues au sommet du dais de l’éléphant. Un grand type dégingandé à la peau bistre et aux cheveux crépus qui jetait un regard incrédule sur ce qui se passait, une jeune femme blonde, bien en chair, aux yeux semblables à des boules de loto qui sanglotait bruyamment dans un mouchoir de batiste, Aure-Elise, vêtue anachroniquement, transformée en statue de l’ébahissement, et, à ses côtés, le sosie craché de Porthos,
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 l’épée à la main, figé dans une pose martiale.
- Euh… là, il y a quelque chose qui cloche! S’exclama la métamorphe. Bigre! Je n’ai nul souvenir de l’arrivée d’Aure-Elise ici! Quant à ce type maigre, où l’ai-je déjà vu? Il me rappelle un auteur dramatique célèbre. Punaise! J’ai son nom sur le bout de la langue. Oh! C’est trop fort! Un de ses mousquetaires s’est incarné pour de bon. Mais l’habit ne convient pas. Sacré géant de Porthos! Comme c’est bizarre! Lui aussi semble être frappé de stupeur. J’aimerais recevoir illico presto une explication à tout cet embrouillamini. Mais ce n’est pas le moment. Mon paternel est trop occupé. Tiens… quel splendide arc-en-ciel! Qu’est-ce qui le provoque?
Violetta avait raison. Un arc-en-ciel était effectivement apparu. Tandis que l’adolescente s’exprimait à haute voix, prenant naïvement à témoin de ses états d’âme tous les protagonistes de l’éléphant, Shah Jahan, chevauchant le Baphomet, tâchait de rejoindre son monde. C’était lui qui provoquait la formation de cet arc-en-ciel. Une arche noire s’était matérialisée, flottant en suspension au-dessus du dais.
Or, au lieu de laisser entrapercevoir la magnifique perspective du Taj Mahal, sublime tombeau avec son esplanade, ses pièces d’eau et ses jardins, la porte s’ouvrait maintenant sur un quinzième siècle chamboulé, celui où Anne et Pierre de Beaujeu  régnant s’alliaient à Henry VII Tudor. Avalé par le tourbillon anthracite, le souverain Moghol quitta ce 1825 pour gagner directement la campagne française. 
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Le cauchemar allait-il voir son terme?
Marie, la maîtresse d’Alexandre en doutait. Elle gémissait et criait devant le spectacle indicible d’un individu à terre qui était visiblement victime d’un tour de sorcellerie. Littéralement, l’inconnu clignotait, un peu comme une guirlande électrique de Noël.
- Ce n’est pas vrai! Alexandre! Je t’en supplie! Dis-moi que je vis un cauchemar et que je ne vais pas tarder à me réveiller.
Les grands yeux de l’être surnaturel laissaient voir le vide de l’espace, la structure même du Pantransmultivers, ce qui le maintenait.
Tandis que Daniel Lin, désorienté, happé lui aussi par l’Anakouklesis, son corps mortel souffrant terriblement mais son esprit voguant à travers les tempêtes d’un continuum temporel malmené par la véritable Entropie, s’accrochait de toute sa volonté à cette Réalité leurre, un vieil homme, un quasi mendiant, avait passé un bras sous la nuque du blessé, oubliant sa propre terreur. De sa voix rauque et usée, pourtant douce et chaleureuse, dotée d’un soupçon de révérence, il fit:
- Mon gars… Daniel Lin… observateur… préservateur… reste parmi nous…. Expérimentateur… ne nous abandonne pas ici, dans ce foutu imbroglio. Nous sommes liés à toi, tu le sais… nous dépendons de toi, Révélateur de l’intrinsèque Réalité. Entends ma prière. Ecoute la supplique de ta créature. Nous ne méritons pas pareil sort. Nous t’avons toujours soutenu et aidé…
Alors l’être divin répondit au vieux baroudeur d’une voix qui murmurait sur un ton ineffable qui retentit aussi fortement que mille canons tirant ensemble.
- Craddock, mon fidèle Craddock. Vous ne comprenez pas. Il me faut relier les branes, les raccommoder vaille que vaille. La faute certes à l’Inversé mais aussi la mienne car, voyez-vous, je ne me suis pas assez tenu sur mes gardes. L’Anakouklesis nous a tous précipités en arrière dans la boucle de l’Eternité. Là-bas, dans le Jardin des Tuileries, le séide de la perfide langue noire a déjà agi. Tout va basculer une fois encore. Une fois de trop. Je ne commande plus et ne décide pas des changements. Le Vaillant, tout comme la pseudo réalité des Napoléonides se déstructure. Oh! Que ne suis-je Dan El, totalement! Disposant librement de l’Initiative. L’Agartha, là-bas, est envahie par le Dragon Maléfique. Ce spectacle est insupportable! Je vois tout. Tout ce qui sera, qui fut, qui est ou doit être. Fort! Il faut que je sois plus fort… ma volonté doit prévaloir. Mais Gana-El nous a quittés et il ne reste plus que moi qui n’ai pas terminé ma maturation.
- Que le diable me patafiole, Daniel Lin! Je ne comprends pas un mot de vos divagations! Bah! Peu importe. Prenez ma force, prenez ma vie, mais stabilisez cette foutue réalité rêvée par un Braque ivre et un Matisse défoncé!
- Mais je m’y efforce, Symphorien. Je m’y efforce… depuis trois femto secondes, depuis des éons.
Alors… alors le miracle s’accomplit. Toutes les lumières, toutes les énergies, tous les torons convergèrent en direction du jeune Ying Lung et se plièrent à sa volonté. Tant bien que mal, l’Univers 1730 fut recomposé. La Simulation redevint à peu près cohérente.  La plupart des pièces rapportées appartenaient à la chronoligne 1717, mais quelle importance? L’essentiel était préservé.
Bien que secoué par ce qu’il venait de réaliser, Dan El tenta de se redresser. Il put ainsi voir Galeazzo et Frédéric mener à terme leur duel sans merci. Comme prévu, le danseur de cordes passa son épée à travers la poitrine du comte. Poussant un cri de fureur mêlé d’un râle, di Fabbrini, immobilisé une seconde contre le parapet, lança, sur un ton de défi éternel:
- Fils dénaturé! Que ma mort retombe sur toi et les tiens! Tu viens d’accomplir le crime suprême, le parricide! En mourant, je triomphe car j’ai réussi à te modeler à ma semblance! Désormais, c’est toi que l’on nommera le Maudit! Ah! Ahaah!
Puis Galeazzo di Fabbrini bascula dans le vide volontairement avec une évidente satisfaction. Lorsque son corps atterrit avec un bruit mat quelques dizaines de mètres plus bas, l’Artiste murmura:
- Galeazzo… Ah! Galeazzo… le ciel m’est témoin que j’aurais voulu t’éviter cette fin. Mais toujours tu t’es acharné à suivre la voie hérissée et brûlante du Mal. Elle était si séduisante. Ton linceul sera la Nuit, ton épitaphe mes larmes. Qui se souviendra de toi, mon bon maître?
- Holà! S’écria Craddock avec pragmatisme. Au lieu de se lamenter sur ce cadavre tout démantibulé, venez plutôt m’aider à soutenir Daniel Lin. Il est en piteux état.
- Je viens… mais capitaine, qu’arrive-t-il soudain? Le ciel s’obscurcit. Il se couvre de plâtre et de…
- De pierres et de moellons, compléta Gaston qui avait recouvré son libre arbitre.
- Que signifie?
- Rien… Rien que ce qui doit être, ce qui est naturel et bon pour la suite, en ce 1825 du monde 1717-1730 fusionné, articula le Préservateur en tentant de se lever.
- C’est-à-dire? Demanda prosaïquement le mousquetaire.
- C’est-à-dire que la Bastille vient de se substituer à l’éléphant de Napoléon le Grand. Rien que de très logique…
- Ah? Bon. Mais comment sort-on de ce piège, bougre de farceur? Ce nouveau tour paraît vous satisfaire. Mieux! Il vous amuse. Je ne me trompe pas?
- Non Symphorien, vous lisez en moi comme dans un livre ouvert, sourit le jeune Ying Lung, son humour revenu mais plus blême qu’un spectre écossais. Ah! J’oubliais… merci pour le coup de main. Allez chercher Dumas et son amie. Ensuite, nous essaierons de nous tirer de là.
- Vous me rassurez. Mais comment? Par un tour de passe-passe? Un coup fourré de djinn?
- Je n’en suis plus capable, mon ami… j’ai tout donné en raccordant les deux chronolignes…
- Au lieu de vous interroger ainsi, dépêchez-vous et obéissez aux ordres du commandant, fit l’Artiste sévèrement.
- Ouche! J’exécute l’ordre, Tellier!
De son pas chaloupé, le Vieux Loup de l’Espace s’approcha du couple, lui enjoignant de rejoindre le groupe de tempsnautes survivants.
Un chapitre s’achevait. Mais le plus dur restait à venir. Dan El n’avait pas le choix. Il acceptait ce qui allait survenir.

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  Fin de la troisième partie.