samedi 12 mai 2012

Le nouvel envol de l'Aigle : 2e partie : De l'origine des Napoléonides chapitre 11 1ere partie.

Deuxième partie



De l’origine des Napoléonides


Chapitre onze

Munis de bottes à vapeur et à hélices capable de les faire voler à près de cinquante kilomètres à l’heure, les pandores, armés de mitraillettes Thomson à chargeur à camembert, commençaient à tirer sur les cabs à gazogène qui encombraient la chaussée
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devant la grande porte tournante de la banque tout en atterrissant plus ou moins gracieusement sur les trottoirs. Et tant pis pour les innocents badauds qui déambulaient dans le quartier.
- Ouche! Ça chauffe! S’écria Marteau-pilon dont le gras du bras gauche venait d’être éraflé par une balle pas si perdue que cela.
- Grouillons! Renchérit Monte-à-regret. Nous ne sommes pas armés et nous ne pouvons donc pas répliquer aux roussins!
- Passez-moi le volant, chiffe molle! Rugit Von Stroheim à l’égard de Craddock.
- Chiffe molle vous-même!
L’Américano-autrichien poussa alors vivement Symphorien hors du véhicule alors que le capitaine tenait encore fermement Violetta par lat aille. Inévitablement, l’adolescente et le baroudeur décati de l’espace roulèrent durement sur les pavés irrégulier, se meurtrissant les chairs.
Cependant, toujours protecteur, le vieux loup de l’Altiplano tentait de faire un rempart de son corps afin que Miss Catastrophe ne fût blessée grièvement. Las! Nestorius ne vit pas à temps le pied lourdement chaussé écraser sa nuque sauvagement. Il s’en fut de peu que le sexagénaire ne trépassât.
Toutefois, le flic ne put aller plus loin dans la violence. Sans qu’il comprît comment, il se retrouva en train de voltiger à trente mètres de hauteur. Poussant un hurlement de terreur, il alla s’aplatir contre la devanture d’une boulangerie, défonçant à la fois la porte, le comptoir et le four à pains. Évidemment, lorsque la trajectoire s’acheva par la chute du corps, le policier était mort et il ne restait pas grand-chose de lui.
Sans qu’il ait eu véritablement le choix, Daniel Lin était passé à l’action.
Ensuite, sans effort apparent, le daryl androïde releva à la fois Craddock et sa fille, les installa tous deux à moitié sonnés dans le dernier cab qui restait et ordonna d’une voix sèche à Germain la Chimène de foncer tout droit en ignorant les obstacles.
Dehors, cela canardait toujours autant. Le Cachalot du système Sol gémissait à qui mieux mieux.
- Ouille! Ma nuque! Mes reins! Mes omoplates! Je suis passé dans un laminoir ou quoi? Ce que j’ai mal! Bon, les gars, les balles sifflent bougrement autour de nous. Il faudrait déguerpir!
- Taisez-vous!Ordonna le daryl androïde glacial. Vos geignements m’empêchent de me concentrer.
Cette attitude était inhabituelle de la part du commandant Wu qui contrôlait toujours son humeur face à ses amis. Ce fut pour cela que Symphorien se redressa, prenant le risque de raviver davantage ses douleurs afin d’observer de plus près son sauveteur. Celui-ci, d’une lividité rare, avait fermé les yeux.
Mais il y avait plus surprenant encore. Désormais, plus aucune balle n’atteignait les trois cabs gaz. De même, il semblait que lesdits véhicules se déplaçaient dans un ailleurs ouaté dans lequel aucun son ne parvenait aux oreilles humaines.
- Que signifie ce tour de caf’conc’ à la noix de cajou?
Renfermé, préoccupé même, Daniel Lin ne daigna pas répondre.
Après un temps indéterminé et de toute manière non mesurable, tout redevint normal. Violetta reprit conscience. Elle se frotta la joue gauche, celle qui avait heurté rudement le pavé.
- Ce que ça fait mal! Nom d’une gomme à mâcher! Je parie que maintenant, j’ai un vilain bleu qui me défigure! Je vais être à faire peur durant des jours. Tiens donc. Devant nous, les voitures se sont arrêtées. Et le vice amiral qui sort de son véhicule. Il arbore sa tête des mauvais jours… je ne vois pas pourquoi il est si furieux puisque tout va bien et que personne n’a sérieusement été blessé…
- Jeune fille, dit André qui était venu à la hauteur du cab gaz de Daniel Lin, que vous a-t-il donc pris d’assister à notre hold-up? Vous méritez une gifle carabinée!
- Ah! Mais vous n’avez pas le droit de me frapper! Vous n’êtes pas mon père! Et, ici, plus personne ne sert dans la flotte..;
- Violetta, murmura alors Daniel Lin doucement, je t’avais donné un ordre. Et tu m’as désobéi. Naturellement, j’aurais dû m’y attendre…
- Pff! Si toi aussi tu t’y mets! Que je sache, tout le monde est sain et sauf…
- A quel prix! Ma fille, apprends que j’ai dû recourir à user de l’interdimensionnalité.
- Euh… balbutia Craddock. Expliquez-vous. Ça m’a l’air d’un fichu bastringue.
- Je m’en charge, proféra Fermat sur un ton impossible à rendre. En bref, Daniel Lin nous a projetés dans les interstices du Pantransmultivers et ce, sans translateur.
- C’est possible un tour de ce genre? Reprit le Cachalot du système Sol.
- Apparemment, rétorqua le vice amiral.
- Tous, y compris les trois véhicules? Fit naïvement Violetta.
- Oui, petite sotte, tête de bois et j’en passe, répliqua le daryl androïde d’un air las. Alors que je venais de tuer de sang-froid un pauvre homme afin de te sauver la vie. Or, ce crime a fait vibrer toutes les cellules de mon corps mais à contretemps.
- Où sommes-nous? Demanda prosaïquement Joël Mc Crea.
- A Belleville, renseigna André qui n’expliqua pas cependant comment il détenait la réponse. Les policiers ont perdu notre trace bien évidemment.
- Ouf! Cela me rassure bigrement! Jeta Symphorien avec une mimique exagérée marquant son soulagement.
- Maintenant, nous allons changer de véhicule comme il était prévu initialement et rejoindre illico l’hôtel particulier de la comtesse de Frontignac.
- Bien, répondit le capitaine dompté.
Mais Pierre Fresnay objecta:
- Amiral, nous avons été filmés. Nos portraits vont être diffusés partout.
- Nous n’avons rien à craindre de ce côté,articula Daniel Lin lentement, comme à bout de force. Avant de quitter la banque, j’ai voilé les clichés grâce à une certaine faculté que je possède.
- Décidément, mon gars, tu es quelqu’un d’incontournable, émit Craddock un poil admiratif. Ça me rappelle ce fichu saut…
Mais Symphorien n’en dit pas plus car Fermat l’interrompit d’un air sévère.
- Inutile de s’attarder davantage. Commandant, vous avez manifestement besoin de repos. En route, et plus vite que jamais! Tant pis pour les éventuelles limitations de vitesse. Germain, je conduis.
Subjugué par le ton d’André, l’ami de cœur du Piscator obtempéra sans discuter.
Le retour au bercail se déroula sans incident notable.
Ce que Fermat et Daniel Lin avaient tu au reste de l’équipe c’était que le daryl androïde - ou plutôt celui qui croyait l’être - avait accompli ce prodige alors qu’il avait été blessé et qu’entré en phase de régénération, il avait expulsé le projectile de son organisme tout en restant totalement conscient.

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Un peu plus de vingt-quatre heures après cette folle et mouvementée équipée, alors que toute la presse s’emparait de l’affaire et titrait sur cinq colonnes « Le cambriolage du siècle », y compris le journal dont Tellier était le directeur, et emplissait des pages et des pages afin de tenter d’expliquer comment les malfaiteurs avaient pu disparaître au vu et au su de la police dans les rues de la capitale, les préparatifs de nos amis pour le voyage vers 1825 s’accéléraient.Ainsi, Louise avait pris en charge de faire faire les costumes adéquats avec le souci constant de l’authenticité. André Levasseur, qui ne serait pas de la partie, se contentait de fournir une foule d’informations sur la manière de vivre et de se comporter dans ce premier quart du XIXe siècle.
Les comédiens,quant à eux perfectionnaient leur français mais aussi leur argot de l’époque. De leur côté, Fermat, Tellier et le commandant Wu étudiaient les plans des quartiers de Paris avant l’intervention du baron Haussmann qui, ici aussi, avait œuvré à la modernisation de la capitale. Les biographies de certains personnages plus ou moins célèbres n’étaient pas non plus oubliées.
Il va de soi que l’or volé avait été discrètement converti en napoléons à l’effigie de l’Empereur premier du nom.
Paracelse enthousiaste, avait demandé et obtenu de faire partie de l’expédition.
- Alors, tout est il retenu, emmagasiné et compris? Interrogea le danseur de cordes après plusieurs heures de confrontation de plans, de cartes et d’échanges de points de vue quant aux actions à mener.
- Sans problème, répondit le maître espion en souriant sincèrement. Mon métier m’a entraîné à enregistrer le moindre détail et à le graver une bonne fois pour toute dans ma mémoire.
- Entendu. Mais vous, Daniel Lin? Comment dirais-je? Il m’a semblé que vous avez montré moins de concentration.
- Aucune crainte à avoir Frédéric. Je possède une mémoire photographique grâce à ma nature de daryl androïde.
- Parfait. Je crois que nous avons tous mérité un peu de détente. Nous effectuerons le grand saut dans quelques heures et il est bon de se changer les idées. En tout cas, c’est comme cela que je me prépare. Que diriez-vous d’assister à une représentation de La Vie parisienne à l’Opéra comique? On y redonne actuellement cet incontournable d’Offenbach.
- Ah? Très peu pour moi, fit André après avoir consulté Daniel Lin du regard. Je préfèrerais me reposer…
- Moi de même,acquiesça le commandant Wu.
- Je comprends.Mais je vais toutefois proposer cette distraction à nos amis Erich, Charles,Pierre, Victor et à nos compagnes.
- Aure-Elise appréciera sûrement cette invitation. Mais insistez auprès de Violetta pour qu’elle porte une voilette, murmura le daryl androïde sur un ton mi-figue mi-raisin. Naturellement, il serait beaucoup plus prudent pour nous tous qu’elle n’y allât point, mais je ne désire pas envenimer davantage les choses.
- Oh! Elle acceptera la voilette de bon cœur avec sa joue meurtrie.
- Tant mieux! Soupira Daniel Lin soulagé.
Tandis que l’Artiste se retirait, André, qui bouillait d’impatience depuis deux minutes, s’assit sur un sofa, attendant que le commandant Wu lui parlât à cœur ouvert, ce qui advint peu après.
Après s’être allongé sur un lit de repos, Daniel Lin s’exprima lentement, avec un rien d’amertume et de lassitude dans la voix.
- Si, à chacune de mes actions, je dois me comporter en saint-Bernard, je vais finir cette aventure totalement lessivé.
- Hum… j’espère grandement que ce ne sera pas le cas.
- Je pense que vous savez ce qui nous attend. Mais inutile de vous le demander…
- Exactement. Hier,ce n’était pas la première fois que vous débridiez votre interdimensionnalité.
- Vous avez remarqué…
- Oui. Autrefois,vous faisiez appel à l’un des miens…
- Lors du Palais des mirages, en effet…
- Mais nous transférer tous dans l’interdimensionnalité, plus précisément ouvrir une voie interdimensionnelle… vous êtes en train de dépasser ce que vous pouviez accomplir dans les autres pistes temporelles.
- Non, André. Ce que l’Homunculus pouvait faire.
- Depuis, vous êtes troublé et peu sûr de vous.
- Parce que j’ai entrevu quelque chose d’effrayant, d’indicible, de totalement abject. Une spirale sombre, inversée, composée de bras à l’infini, se perdant dans un infra sombre. Une supra entité qui tentait de s’insinuer à l’intérieur de mon être, de s’accaparer de mes pensées. J’ai alors senti un désespoir sans fin, un désir de vengeance, une faim inassouvie, une vacuité immense qui voulait m’aspirer, m’engloutir dans le Rien. Terrifié, je n’en ai pas moins lutté et je suis parvenu à repousser cette abomination.
- Daniel Lin, fit André plus qu’ému, qu’avez-vous compris?
- Cette chose, cette obscure ante pré entité incarnait, si je puis m’exprimer ainsi, mon côté négatif, puéril et infantile.Elle chantait comme les sirènes des ténèbres. C’était à la fois tentant, envoûtant et repoussant. Lorsque je me suis enfin détourné de cette insidieuse séduction, j’ai capté un cri, un appel inaudible pourtant. Antor…
- Encore?
- Je pense pouvoir le délivrer du lieu sans nom dans lequel il est prisonnier; mais pas tout de suite. Lorsque nous en aurons terminé avec cette expédition en 1825.
- Tout de même.Vous ne perdez donc pas de vue notre objectif. Neutraliser Galeazzo et Johann.
- Bien sûr. Mais pourquoi cette hostilité envers mon ami? Ailleurs, vous sembliez l’apprécier… un de vos semblables ne l’a-t-il pas aidé lors de l’affaire avec les Alphaego?
- Antor peut vous affaiblir ici ou dans l’Agartha.
- C’est dit sur un ton sans réplique. Soit. Je n’aborderai plus le problème. Je pense que je vais sommeiller un peu. J’en ai grandement besoin, André. Il me faut hâter ma guérison.
- Je vais prévenir Louise qu’il ne faut pas vous déranger.
Avec précaution,Fermat quitta le salon de musique et gagna les appartements de la comtesse de Frontignac. Pendant ce temps, les paupières closes, le daryl androïde se posait des questions.
« Que me dissimules-tu, Homo Spiritus? Tu sembles craindre quelque chose… pour moi? Pour l’équipe? Pour le devenir de l’humanité? Ah! J’ai pu établir le contact avec Gwen. Cette fois-ci, cela a été difficile. Ma douce et tendre sait que j’ai été blessé. Elle se morfond d’inquiétude. Je me dois de la rassurer au plus vite ».

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En cette année1825, en exil dans la nouvelle Amérique, Joseph Bonaparte,
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le frère aîné de Napoléon le Grand faisait son beurre. Planteur et homme d’affaires à la fois, il partageait son temps entre La Nouvelle Orléans et Bâton Rouge. Sa femme, née Julie Clary, l’avait suivi dans ce lointain pays plein d’opportunités et ne le regrettait pas. Elle préférait nettement cette tranquillité cossue à l’agitation de la terrible et indomptable Espagne où son époux avait failli. Ainsi, Joseph et sa moitié étaient à l’abri de l’ire de Napoléon.
De même, Lucien,qui, dans l’histoire de la piste 1721 avait aidé son frère lors du coup d’Etat des 18 et 19 Brumaire An VIII, ici, opposant politique dangereux, avait dû également s’éloigner. Mais il n’avait pas choisi l’Amérique. Installé en Egypte, il s’était rendu si indispensable qu’il avait fini par être porté officiellement au pouvoir. En tant que Satrape, il avait su s’attacher la personne de Méhémet Ali.
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Désormais, ce dernier le servait comme vizir en Palestine et dans l’ancien pays de Kemi. Tout naturellement, Lucien monnayait chèrement son appui au grand Empereur. De plus, par son habileté politique, il faisait prospérer sa nouvelle patrie, la modernisant avec une rapidité remarquable.
Louis Bonaparte, l’atrabilaire et le jaloux, intronisé roi des Pays-Bas et du Danemark, essayait de ne pas être simplement la courroie de transmission de Napoléon. Rappelé à l’ordre environ deux à trois fois par an en moyenne, Louis le ténébreux rageait et, humilié, venait à Canossa, se tenait coi quelques semaines puis recommençait. Pour résumer, la couronne penchait dangereusement sur sa tête.
Le plus chanceux mais aussi le plus docile, l’un expliquant cela, restait le benjamin, Jérôme, roi de Westphalie et de Bavière. L’homme manquait-il donc de caractère pour ainsi se contenter de n’être que la marionnette du grand Empereur? En fait, le plus jeune des Bonaparte admirait son aîné et lui vouait une adoration sans borne. Ce que celui-ci lui disait, lui ordonnai tavait pour lui valeur d’Évangiles.
Dans cette famille d’agités, il ne nous faut pas omettre le beau-frère, le dénommé Murat.
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Oui, le magnifique Murat. Il n’y avait pas si longtemps encore, l’époux de Caroline était roi de Naples. Mais le trouvant dangereux et incontrôlable, le fondateur de la dynastie des Napoléonides l’avait nommé à la tête d’une expédition des plus risquées.
Cette expédition,des plus populaires auprès de la jeunesse avide de gloire, avait pour but deux objectifs officiels:
- Libérer la Grèce du joug des Ottomans;
- Affaiblir la Turquie par ricochet.
Mais officieusement,Napoléon Premier avait surtout besoin de détourner l’attention de l’opinion publique des difficultés économiques qui s’accumulaient.
L’armée turque, sous- équipée, mal commandée, ayant trois guerres de retard, fut battue avec une facilité déconcertante par le vaillant Murat en Épire.
Comme nous le remarquons, l’Empire ottoman de ce XIXe siècle bouleversé était toujours « l’homme malade de l’Europe ».
On comprend qu’à ce compte là, Murat devint en deux coups de cuiller à pot roi de Grèce et d’Albanie à la grande colère des Britanniques. Et tout naturellement, Napoléon en profita pour remettre la main sur le royaume de Naples qu’il administra directement d’une poigne de fer. Les Napolitains ne gagnèrent donc pas au change et se mirent à regretter les fastes du prévisible et flamboyant Murat.
Dans ce passage en revue, il manque encore cependant quelqu’un et pas des moindres. Le rejeton, la progéniture issue du mariage mal assorti entre l’Empereur des Français et d’autres peuples et l’archiduchesse autrichienne, fille de l’Empereur d’Autriche François Ier, Marie-Louise. Présentement âgé de quatorze ans, le blond adolescent, couronné depuis quinze jours Empereur d’Autriche sous le nom de François II et de François III en tant qu’Empereur du Saint Empire, menait un train étourdissant à Vienne, éblouissant les autochtones par ses fêtes incessantes, ses bals tourbillonnants, et ses maîtresses innombrables.
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Brûlant la vie par les deux bouts, il ne durerait pas. Qui allait tirer les marrons du feu? Les cousins, et parmi eux, Louis Napoléon Bonaparte, le fils cadet d’Hortense de Beauharnais, plus connu sous le nom de Napoléon III ou Napoléon IV. Son frère aîné qui aura eu le temps de régner quelques mois, Napoléon François, mourra sans descendance légitime.
Après ce bref cours d’histoire déviée, reprenons le fil de notre intrigue et retournons dans ce 2517 dominé, mais pour combien de temps encore, par les Napoléonides.

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Octobre 2517.
Dans une de ses nombreuses folies secrètes en orbite autour d’un planétoïde, Louis Jérôme Napoléon IX, le lointain descendant de tout ce beau monde, déjeunait en petit comité privé entouré d’amis triés sur le volet.
Parmi ces privilégiés qui partageaient l’intimité du souverain, il y avait l’idéologue officiel du régime, un être abject, qui répondait au nom de Gilles Grenoble. Imaginez un grand type aux cheveux teints en brun soigneusement, aux yeux bleus, à la moustache démodée en crocs. Parmi ses faits d’armes les plus remarquables, il fallait noter qu’il était le théoricien du césarisme de marché et l’auteur immortel d’un article célèbre,intitulé Marché, dans l’incontournable Encyclopaedia Napoleonica, XXVIIIe édition ( 2512).
Sa pensée ressemblait à une resucée de Giovanni Gentile
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- un idéologue de la piste 1721-. Le mot Etat, devenu une incongrue grossièreté, était remplacé par celui de Marché, avec un M majuscule s’il vous plaît!
Tout devait lui être assujetti, y compris le vivant, et l’humanité tout entière. Les humains ordinaires d’ailleurs n’apparaissaient plus que sous le terme de matériel animé ou dans le meilleur des cas, matériel humain! on se serait cru de retour sous l’Antiquité grecque, au IVe siècle,là où Aristote avait tenté de justifier maladroitement l’esclavage.
Gilles Grenoble avait osé écrire, et depuis, il était encensé pour cette trouvaille:
« Nul individu ne peut et ne doit exister en dehors du Marché ». Cela était devenu le slogan clé de l’ultralibéralisme qui avait cours sous les Napoléonides, dans une espèce de globalisation interstellaire heureuse!
Après l’homme machine de Descartes et La Métrie, était donc venu le temps de « l’homme marchandise ». Celui-ci n’avait plus le choix. Totalement asservi et décérébré, il devait absolument se plier aux diktats de la flexibilité et de la rentabilité.
Pour donner entièrement satisfaction au pape du césaro-libéralisme, l’esclavage avait donc été réhabilité bien que les différentes églises s’y étaient opposées. Dédouanés, les entrepreneurs, n’éprouvaient désormais plus aucune honte à user et à abuser d’une main-d’œuvre gratuite et corvéable à merci.
Il en allait de même chez les adversaires des Napoléonides. Ceux-ci devaient rester concurrentiels,n’est-ce pas?
Pour tout économiste digne de ce nom, pour celui qui voulait être écouté et reconnu, la référence historique absolue était la décennie 1860-1870, celle où Napoléon IV avait libéralisé justement l’économie et supprimé toutes les barrières douanières existant aux frontières de la France et permis ainsi la libre circulation des biens, des marchandises et des hommes… ah! Pardon!Nous voulons dire du matériel humain…
Il va de soi que, désormais, il fallait faire le distinguo entre les hommes ordinaires et les privilégiés.Touts n’avaient donc pas vocation à naître avec le statut d’outil jetable.
Dans cette société amorale, régie par le Profit, les nantis ne s’embarrassaient d’aucune éthique. Qu’elle fût financière ou autre.
Mais comment pouvait-on s’enrichir davantage encore dans ce monde où les castes étaient réapparues au vu et au su de tous?
Les règles de l’enrichissement reposaient sur trente propositions ultra simples. Les Otnikaï s’en étaient inspirés pour améliorer le fonctionnement de leur gouvernement. C’est dire l’efficacité de celles-ci!
Il était devenu courant de ne plus enterrer ou incinérer les morts. Ces derniers étaient transformés en engrais pour amender les sols des planètes en terraformation.Quelques hautes pontes du régime avaient le monopole de ce pactole. Chez l’ennemi, on se disputait les retombées de cette activité particulièrement lucrative. La propre tante de l’Empereur, Héloïse, ainsi que son jeune frère, comptaient parmi les heureux actionnaires de ce monopole. Victor Léon Napoléon, grâce à ces revenus tirés de la terre et des cadavres pouvait passer son temps en bamboches continuelles hormis lorsqu’il était trop malade à cause de ses excès de toutes sortes. Les médecins avaient beau le mettre en garde, rien n’y faisait. En dix ans, il avait usé cinq clones et huit organes vitaux.
Dans cette clique de profiteurs et de nuisibles, Gilles Grenoble était loin d’être le dernier placé.
Dans de telles conditions, on comprend que la plupart des miséreux, salauds de pauvres,essayaient de monnayer leurs cadavres aux plus offrants; ainsi, l’argent récolté permettait aux familles de ne pas crever de faim durant un mois au minimum. Il n’était pas rare que des parents tuassent leurs enfants en surnombre afin de s’alimenter. Société amorale vous dit-on. Cette gangrène avait atteint toutes les couches, tous les individus, sur tous les mondes ou presque.
Autre signe révélateur: l’esclavage n’affectait pas seulement les humains, pardon pour ce lapsus, mais nous voulions écrire le matériel animé, mais aussi les laissés pour compte chez les alliés des Napoléonides ou des Anglo-russes.
Les chevaliers d’industrie prospéraient sur un millier de planètes au bas mot. Naor, crucifiée, exsangue, avait été mise au pas en quelques mois à  peine.
La pollution rongeait déjà une centaine de mondes au bas mot. Les perdants, les loosers en étaient venus à payer leur ration d’oxygène pour survivre une journée de plus quel que soit le moyen d’échange. Heureux celui qui dînait une fois par jour!
Dans les bas-fonds de cette globalisation magnifique, dans les ruelles sordides des grandes villes autrefois florissantes, merveilles de raffinement et de beauté, on se serait cru retourné au tout début des premiers Empires terrestres. En pis!
Pas d’eau courante mais des cloaques, des pandémoniums, des enfers, où les épidémies, les épizooties étaient les moindres maux, où les trafics en tout genre pullulaient.
Ainsi, il n’était pas rare qu’une mère vendît un enfant encore chaud et entouré du placenta fraîchement sorti de ses entrailles pour se payer sa provision nécessaire non pas de dope mais tout simplement d’air, d’eau et de nourriture pour une semaine. Trois litres d’eau par jour et par personne, deux cents grammes de céréales ou de tablettes protéinées, un mètre cube d’oxygène.
Beaucoup, réduits à la désespérance, sombraient dans les paradis les plus artificiels et en oubliaient de se sustenter. C’était pain bénit pour les richards qui trouvaient à bon compte de quoi nourrir les sols de leurs terres.
Tout était utile dans l’homme comme dans le bison pour l’Amérindien. Les organes, bien sûr, mais aussi le génome, les cellules qui permettaient le clonage. Pour les moins regardants et les plus avilis, le cannibalisme faisait fureur. Certains allaient même jusqu’à pratiquer la nécrophagie lorsque les cadavres n’étaient pas jugés bons pour amender les sols.
On retrouvait l’Empereur à la tête du consortium le plus puissant du sexe et de la drogue. Celui-ci sévissait sur dix-huit parsecs. Louis Jérôme Napoléon IX ne s’en cachait pas et s’en faisait une gloire. Ses adversaires le critiquaient mais, de leur côté, pratiquaient la même chose, payant leur armement grâce à l’asservissement des corps et des âmes de leurs sujets.
Tandis que l’Empereur dégustait des authentiques écrevisses à la nage façon Aldébaran,
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c’est-à-dire trempant dans une sauce verte aromatisée à la menthe, à la pistache et à la réglisse,bonjour le mélange, Gilles, sans façon, énonçait quelques conseils tout en dévorant prosaïquement une salade de veau aux fruits rouges, le tout garanti bio.
Ce repas était arrosé par les vins provenant directement de la réserve personnelle de Louis Jérôme Napoléon. Le souverain possédait des milliers d’hectares de vignes en Laponie. Ces vignes étaient apparues à la suite des profonds changements climatiques que la Terre avait subis entre les XXIe et XXIIIe siècles. Préservées jalousement, elles faisaient le bonheur des palais impériaux. Les crus les plus recherchés équivalaient à douze mille ans du revenu moyen d’un citoyen libre de Sa Majesté,à condition que ledit individu travaillât sans prendre une seule minute de repos.
Ces vins avaient la particularité de présenter une jolie couleur ambrée et de tirer quinze degrés d’alcool. L’Empereur n’en buvait pas d’autres. Généreux envers ses amis et ses proches, il leur octroyait volontiers dix ou quinze jéroboams à chacune de leurs visites.
- Donc, Votre Majesté, poursuivait Gilles, si vous m’en croyez, vous pouvez étendre notre système de participation volontaire du matériel animé sur les mondes QAGF, avec l’aval, sincère, de Mondani, de Mingo et du peuple Otnikaï.
- Hum… cela fait vingt planètes, non? Pas mal. Mais quels bénéfices sont attendus?
- Oh! Aucun frais!Cent pour cent et ce dans la monnaie de votre choix, Sire. Pour vous donner un ordre de grandeur, disons, la première année quinze milliards d’unités Sol…
- Intéressant. Je pourrais donc m’acheter un autre planétoïde.Mais… mes rivaux?
- Je ne dois pas vous le cacher. Ils viennent d’acquérir le monopole de dépollution de Sestriss, Lamii et Amara.
- Diable! Pourquoi avons-nous raté ce marché juteux? Fit sévèrement l’Empereur. Aux yeux de mes pairs, je ne veux pas apparaître pour un laissé pour compte!
- Je dois reconnaître que notre négociateur Castorii s’est montré quelque peu pusillanime dans la distribution et la répartition des pots de vin.
- J’espère grandement qu’il a été remercié! Déclara sèchement le souverain.
- Tout à fait,Votre Majesté. Je n’ai pas laissé impunie pareille impéritie! Toute sa famille, neveux compris, a été déportée sur Pluton sur mes ordres. Dorénavant, elle travaille avec un enthousiasme marqué et un zèle signalé dans les mines de l’astre à en extraire le fer et le titane. Quant à Sarmin Vectus… comment dire? Il a eu un malheureux accident. Il est tombé fort malencontreusement dans une cuve de trois mètres cube dans laquelle il moulait des parois de duracier.
- Gilles, vous m’en voyez soulagé! Tantôt, cela vous dirait-il de partager mon… digestif?
- C’est-à-dire? Je répugne à absorber de la poudre hallucinogène, vous le savez.
- Il n’est nullement question de cela. C’est bon pour mon frère d’abuser de ces douceurs. Je viens d’acheter trois Mandas femelles fort expertes en jeux variés pour adultes.
- Euh, Sire, ce serait volontiers, mais permettez-moi de vous rappeler que j’appartiens entièrement à l’autre bord.
- Mais mon cher, vous ne serez pas troublé. Les Mandas sont avant tout hermaphrodites.
- Dans ce cas… ce sera mon divertissement exotique de la soirée.
- Mon épouse a ses vapeurs depuis bientôt deux semaines. Elle abuse, vous ne trouvez pas? Et je ne puis me contenter de l’ordinaire du palais. Je ne suis pas un vulgaire notable, le dernier de mes sujets!
- Votre Majesté, je compatis…
- Merci pour votre sollicitude… messieurs, voyez quel heureux mortel je suis! Clama alors Louis Jérôme Napoléon à l’adresse de ses invités. Un conseiller aimable, compréhensif, que j’ai plaisir à voir,un Empire toujours prospère malgré la guerre qui débute…
- Oui, Sire,approuva en choeur la masse des courtisans.
- Sire, vous avez tout à fait raison de vous montrer optimiste, salua Gilles Grenoble avec obséquiosité.
Puis, nullement dégoûté,comme s’il s’agissait du geste le plus naturel qui soit, il essuya soigneusement ses lèvres purpurines sur la chevelure d’un Noir Mandingue. Enfin, très à l’aise, et n’y tenant plus, afin de parachever ce repas sublime, son désir exacerbé, ses sens en feu, sans sourciller, il demanda:
- Votre Majesté, je connais votre bonté… puis-je me débonder d’ici trois minutes au plus tard avec ce bel objet? Mon gland me brûle et je dois l’apaiser au plus tôt.
- Oh! Oh! Pourquoi pas? Ce sera une distraction après tout. En échange de ma générosité, je veux assister aux ébats… cela me donnera des idées pour mes trois Mandas…
- Sire, je suis particulièrement honoré.
- Mes amis, reprit l’Empereur pour ses invités,laissez-nous seuls avec cet objet d’ébène particulièrement sculptural.
Louis Jérôme désignait ainsi l’esclave qui avait l’heur de plaire au conseiller.
En s’inclinant fort bas, les hôtes impériaux se retirèrent, abandonnant leurs couverts et assiettes sans un mot ou murmure de reproche.
Pendant ce temps,le Mandingue, résigné, ôtait son pagne et se mettait en position afin d’être sodomisé. Apparemment, il avait l’habitude de servir de jouet aux invités de Sa Majesté.
Eh oui, cela se passait ainsi chez Louis Jérôme Napoléon IX. Foin d’une quelconque pudibonderie en cette année 2517. Cela était bon chez les loyaux serviteurs de la flotte, les sujets les plus dévoués et les plus sincères. En fait, seule l’impératrice faisait mine d’ignorer les frasques de son époux. Mais par rapport à son frère, il gardait la mesure.
Chez les Anglo-russes, il en allait de même. Quant au nouvel allié Qin, sa sexualité restait le mystère le mieux gardé.


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Une nuit de l’an de grâce 1825, dans les ruelles mal famées de l’Île de la Cité.
Onze heures venaient de sonner au clocher de l’église Saint-Merri. Dans la semi pénombre, une silhouette jeune se profilait sur les vieux murs moussus de pierre. L’ombre évitait soigneusement les détritus de toute sorte éparpillés sur la chaussée grasse et humide. Perchés sur des toits ou des balcons, des chats en mal d’amour miaulaient leur lugubre chant, prenant tout le quartier à témoin de leur insupportable solitude.
L’inconnu qui avançait aussi rapidement que possible dissimulait son visage aux traits juvéniles et réguliers derrière un ample foulard de laine de teinte anthracite. Malgré le chiche éclairage - ici, le gaz n’avait pas encore atteint ces ruelles abandonnées de Dame Fortune - le jeune homme avait l’air de connaître son chemin. Ce n’était sans doute pas la première fois qu’il s’aventurait au cœur de la capitale.
Sur ses gardes, il tournait parfois la tête de côté écoutant si ses pas ne produisaient pas un inquiétant écho. Par instant, il s’arrêtait, scrutant de ses yeux bleus les ténèbres d’une nuit sans étoiles.Sa main droite tenait fermement non pas un mignon pistolet de femme à un coup mais bel et bien un colt qu’il s’était procuré depuis quelques temps déjà. Sa senestre,quant à elle, serrait une dague de grand prix héritée d’un de ses lointains ancêtres qui avait servi sous les ordres du connétable Du Guesclin.
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« Je vais être en retard à mon rendez-vous, s’inquiétait le comte de Kermor. Le Prétendant ne me pardonnera pas cette impolitesse. Son Altesse royale est très à cheval sur ce point. Mais comme je suis toutefois porteur de bonnes nouvelles… par l’intermédiaire des on fils Berry, j’ai en ma possession cent mille livres. De plus, deux régiments se rangent à sa cause. Si les Tuileries sont réellement infiltrées par des espions au service de Charles X, l’usurpateur corse n’a plus que quelques jours à vivre! Cet ogre ira bientôt rôtir en enfer ».
Rapidement, Alban se signa tout en poursuivant son chemin dans l’étroite ruelle toujours aussi pauvrement éclairée.
Dans un âge aussi tendre, le comte ne s’étonnait pas de la manière dont il avait pu gagner Paris alors que la Sûreté de François Vidocq était partout et savait tout sur tous.
Après cinq minutes, Kermor s’arrêta devant le porche d’une maison dont le montant était orné d’une statue de la Vierge à laquelle il manquait la tête.Là, il frappa cinq coups brefs suivis de deux longs à l’aide d’un heurtoir à demi rouillé, puis attendit que l’huis s’ouvrît. Une sorte de majordome vêtu d’une livrée verte et coiffé d’une perruque poudrée se terminant en catogan, coiffure qui sentait la vieille France d’une lieue, actionna la lourde porte et l’accueillit sans cérémonie,à son grand soulagement.
- Sa Majesté vous attend là-haut dans le petit salon. Je vous ouvre le chemin.
Éclairant l’étroit escalier à l’aide d’un chandelier en argent supportant une bougie déjà bien coulante, le domestique devança le jeune homme. Après quelques instants, pénétrant dans ladite pièce, Alban remarqua que Charles X
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se tenait assis dans un fauteuil Voltaire placé devant la cheminée, douillettement emmitouflé d’une couverture. Le vieil homme - le prince était largement sexagénaire - chaussé de lunettes à verres grossissants, lisait un roman libertin, se remémorant ainsi sa folle jeunesse avec une amère mélancolie.S’avisant enfin de la présence du messager tant attendu, il releva la tête.
- Votre Majesté,fit timidement le comte de Kermor.
L’adolescent s’approcha, son chapeau à la main, s’inclina cérémonieusement et baisa la main droite du souverain putatif.
- Laissons là le cérémonial comte, dit gracieusement Artois. Alors quelles nouvelles de l’autre côté de la Manche?
- Des nouvelles excellentes, Sire. Je pense que tous vos espoirs vont se concrétiser. L’usurpateur a fin son temps.
- Hé bien, je m’en réjouis. Donnez-moi tous les détails.
Alban, toujours debout, s’exécuta. Le prince écoutait,hochant parfois sa tête chenue, approuvant les propos de son envoyé. Enfin, il donna ses dernières instructions.
- Le vicomte de Chateaubriand doit prendre la tête de ses troupes fraîches.
- Il en sera fait selon votre volonté, votre Majesté.
- Mon fils Berry doit-il venir me rejoindre bientôt?
- Effectivement. Son départ est prévu le mois prochain.
- Hum… Il se montre prudent. La police politique de ce Buonaparte est sans cesse sur les dents et traque sans relâche mes plus fidèles serviteurs. Tenez, voici quelques lettres qui doivent être remises en mains propres à mon cousin d’Angleterre.
- Sire, merci pour cette marque de confiance. Je serai à Londres dans trois jours.
Alors, Charles d’Artois se leva et attendit l’hommage de son dévoué Kermor. Après une dernière révérence,le comte regagna la sombre ruelle par laquelle il était venu, son cœur battant quelque peu irrégulièrement sous le coup de l’émotion. Allons. Maintenant, l’enjeu était plus grand. Il ne fallait surtout pas qu’il fût pris par les sbires de Fouché
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et du sinistre Vidocq.
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dimanche 6 mai 2012

Le nouvel envol de l'Aigle 1ere partie : El Desdichado chapitre 10 2e partie


Octobre 2517, chronoligne des Napoléonides.
Dans son bureau protégé contre toute écoute non autorisée, l’amiral Gavret, Gaston Léon Napoléon pour les intimes, était en communication subspatiale avec les Archontes de Deltanis, la capitale de la planète Hellas. Le plus âgé des Dix, qui officiellement portait le titre d’Ancien, paraissait rétif face à la demande plus qu’appuyée du chef des services secrets français.
Néanmoins, Gavret insistait.
- Une guerre se prépare dans le secteur 01. Mais il ne s’agira pas cette fois d’un conflit conventionnel avec rayons destructeurs, torpilles, filaments quantiques et ainsi de suite. Je puis vous l’assurer grâce aux renseignements obtenus par mes meilleurs agents infiltrés chez les Anglo-russes. Dorénavant, la flotte d’Edward XVI dispose de vaisseaux capables de se déplacer librement dans le temps.
Naturellement, à l’énoncé de cette assertion, l’Ancien n’afficha pas sa surprise. Sa voix froide et métallique parut hostile à l’humain. En recevant la réponse de l’Hellados, Gavret ne put s’empêcher de vouer aux gémonies son interlocuteur.
- Amiral, je ne comprends le sens de votre requête, dit Valsemor sans l’aide du traducteur.
L’extraterrestre pratiquait une quarantaine d’idiomes terrestres avec une facilité déconcertante.
- Il y a longtemps que nous savons que les humains possèdent la technologie permettant le déplacement dans le continuum spatio-temporel.     
Gavret tenta de conserver son impassibilité de façade en répliquant. Toutefois, sa colère fut perçue par Valsemor. Aucune expression du Terrien n’échappait à l’œil exercé de l’Ancien.
Intérieurement, l’humain ne supportait plus l’austère décor visible derrière l’Archonte. Des murs beige doré, en brique de terre crue, une table aux lignes épurées, juste fonctionnelle, dépourvue de tout ornement, aucun signe de luxe… par contraste, l’intérieur du bureau de l’amiral choquait avec ses portraits en 3D comportant maintes fioritures, les rouges, les verts, les velours moirés, les fourrures exotiques chatoyantes en surabondances dans la pièce dévolue au chef des services secrets.
- Hélas, ce ne sont pas toutes les parties qui ont accès à cette technologie! Notamment, les Français! Mais Edward XVI et ses alliés, oui…
Toujours impavide, l’Hellados répondit. Se faisant, il se permit de donner ainsi un cours magistral d’histoire à l’amiral.
- Il y a trois cents ans de cela, les Chinois se sont rendus sur Hellas, officiellement pour établir des relations fraternelles avec mon peuple. La dissimulation n’est pas inscrite dans nos gènes… ce fut pourquoi l’Archontat accorda sa confiance et son soutien à l’ambassade. Les envoyés de l’Empire du Milieu furent reçus avec tous les égards. Mais après leur départ, force fut de constater qu’ils nous avaient dérobé des secrets technologiques sensibles.
Gavret ne put que hocher la tête. Il comprenait que les Helladoï s’étaient fait rouler.
- Or, ces secrets avaient à voir avec le déplacement temporel, proféra l’humain.
- Votre réponse est logique, acquiesça Valsemor.
À ses côtés, ses pairs approuvèrent.
- Il y a quelque chose qui m’échappe, poursuivit Gavret. Selon vos dires, ce vol a eu lieu il y a trois cents ans. N’avez-vous pas tenté de récupérer votre bien?
- Certes, mais toutes nos tentatives dans ce sens se sont soldées par des échecs… humiliants, avoua l’Ancien.
- Donc, les Anglo-russes désormais alliés aux Chinois disposent d’une flotte de translateurs!
- Votre réponse est exacte, amiral, se contenta d’opiner l’extraterrestre.
- Laissez-moi supposer, reprit le Terrien recouvrant quelque peu son assurance. Vous connaissez ce qu’il va advenir. Je le déduis de votre attitude et de vos propos.
- Il existe des milliards de possibilités…
- Sans doute… mais, enfin, si nous, les Français avons à notre disposition un proto chrono vision, vous, les Helladoï vous devez en être à la quinzième génération de cet appareil pour le moins!
- Cette réponse exprimée maladroitement est cependant partiellement fondée. Toutefois, les chrono visions n’affichent que les probabilités les plus récurrentes. Il reste toujours une marge conséquente d’incertitude. Le rasoir d’Occam… 
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Gavret s’énerva franchement et le montra:
- Oh! Si vous tombez dans la métaphysique!
Face à la colère non dissimulée de l’humain, l’Hellados conserva un calme absolu.
- Amiral, articula lentement et distinctement l’Ancien, nous ne pouvons rien pour vous. Nous sommes honnêtes. Tous nos chrono visions branchés, activés, ont toujours affiché cette prochaine guerre. Les humains jouent avec le feu. Le mythe de Prométhée. Il y aura un prix à payer.
- Oui, mais… le vainqueur?
- Imprévisible, totalement imprévisible. Je n’énonce pas là une parole gratuite.
- Qu’est-ce à dire?
- Aucun humain ne ramassera la mise!
Sur ce, la transmission s’interrompit brutalement.
Désemparé, Gavret ne sut que penser de cette ultime réponse. L’amiral n’avait compris qu’une seule chose: les Helladoï refusaient d’intervenir dans le conflit, jugeant celui-ci comme une affaire interne humaine. En l’occurrence, les Napoléonides devraient faire leur deuil d’une aide provenant de Deltanis. La non-immixtion d’Hellas équivalait à une prise de position à l’encontre des intérêts de Louis Jérôme Napoléon IX.
Furieux, l’amiral marmonna:
- Je dois prendre mon parti de cette fin de non-recevoir. C’est comme si j’étais un chevalier en armure en train de combattre un géant, les deux mains liées dans le dos, attaché sur son destrier et se retrouvant malgré tout dans l’obligation de jouter. Que vais-je dire à mon souverain? La vérité? Il n’en est pas question! Je ne tiens pas à finir mon existence sur Bolsa de basura dos!

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Boulevard Saint-Germain, fin mai 1868, dans l’hôtel particulier de Brelan, propriété héritée du défunt époux de la belle, l’accommodant comte de Frontignac. 
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L’immeuble était pourvu de tout le confort moderne offert en ce XIXe siècle. Eau courante à tous les étages, éclairage au gaz dans les chambres, électrique au salon - ce qui coûtait une fortune - chauffage au gaz et non au bois. Louise tenait beaucoup à ses aises et à celles de ses domestiques. Elle avait trop longtemps vécu à la dure.
Dans la salle de bains, Violetta se prélassait dans une eau délicieusement chaude, parfumée à la lavande. Soupirant de bonheur, les yeux clos, elle savourait pleinement le plaisir simple de ce bain relaxant qui, dans le monde qui était devenu le sien relevait de l’impossible souhait. 
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En cette minute, l’adolescente se serait volontiers crue au paradis mais son ventre gargouillant lui rappelait que ce n’était pas le cas.
Allons, elle devait se montrer raisonnable et ne pas s’attarder ainsi alors que la cloche annonçant le dîner avait retenti depuis près de cinq minutes.
À demi séchée, ses longs cheveux bruns humides, tombant en cascades bouclées sur ses épaules, la métamorphe, après avoir passé une robe couleur pèche, qui seyait particulièrement à son teint, gagna la salle à manger assez vaste pour accueillir une douzaine de convives. Elle ne fut pas la dernière à s’attabler.
Aure-Elise avait fignolé son apparence à l’extrême afin de faire honneur à Brelan. Elle s’assit juste quelques poignées de secondes après l’adolescente. Magnifique dans une robe fourreau à quart de tournure d’un rouge carmin mettant en valeur sa carnation de blonde, la jeune femme suscita des murmures d’admiration de la part de tous.
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 Alors, son regard se posa sur l’assemblée avec reconnaissance. La jeune femme était avide de compliments, frustrée de ne pas en recevoir dans la Cité. Pour son ami Daniel Lin, elle avait sacrifié le luxe dans lequel elle vivait depuis sa plus tendre enfance. Sa liberté recouvrée lui suffisait mais ne compensait pas cette perte.
Craddock siégeait à la droite du Piscator. La Chimène, placé à la gauche du Marseillais,  était aussi imposant que Marteau-pilon en carrure et en taille. Notre baroudeur de l’espace avait déjà pas mal éclusé malgré le regard désapprobateur de Fermat. Michel Simon et Erich Von Stroheim pourtant ayant eux-mêmes abondamment tâté des apéritifs, ne lui arrivaient pas à la cheville au niveau de l’ivresse.
Les premières minutes du dîner furent consacrées à prendre des forces. Après le poulet farci aux morilles, les choses sérieuses furent enfin évoquées.
- Quinze mille napoléons or! S’exclama Brelan. Cela ne se trouve pas derrière l’âtre d’une cheminée.
André Levasseur qui se rinçait les doigts opina.
- A moins de voler le Crédit Lyonnais, proféra Paracelse, Jules Souris pour l’état-civil.
Dans la bande du danseur de cordes, le bonhomme faisait office d’ingénieur. Dans sa partie c’était un as. Il pouvait mettre au point et fabriquer à peu près n’importe quoi, de la bombe artisanale mais redoutablement efficace, aux locomotives électriques.
Tellier sourit devant la suggestion de son lieutenant et compléta. Sa réponse équivalait à un accord tacite.
- Obtenir les empreintes des clefs des coffres du Crédit Lyonnais sera un jeu d’enfant. Duper Persigny un amusement.
- Je crois me rappeler que le principal actionnaire de la banque est le duc de Morny. Je puis l’occuper, souffla Louise timidement.
Après avoir roté sans façon et sans s’être excusé pour ce manque de savoir-vivre, Michel Simon jeta:
- Morny n’est pas mort? Tiens donc. Par tous les sapajous, qu’est-ce que ce 1868?
Pierre Fresnay qui allumait un cigare lui répondit, une lueur dans les yeux.
- Mon cher, nous jouons un rôle dans un film. Mais son scénario est écrit non par un homme, non par un dieu, mais bel et bien par un Pierrot lunaire! Donc, il est tout à fait normal que Morny vive encore. Attendons-nous aussi à d’autres surprises tout aussi poétiques.
«  Bravo le comédien du Corbeau! », pensa Gana-El. « Vous n’êtes pas si loin de la vérité ».
Avec un hoquet, un hic sonore, Symphorien s’écria avec une joie exubérante:
- Un Pierrot lunaire de Cirque Hipparque!
Puis, notre Loup de l’espace, plus qu’éméché, éclata d’un rire gras. Ses postillons atterrirent dans l’assiette d’Aure-Elise qui pinça alors les lèvres.
- Non, décidément, je n’ai plus faim. Je ne puis finir ce plat. C’est du gaspillage, je le sais, mais je suis fort sensible à l’hygiène…
- Tant mieux! Dit Violetta. Passe-moi ton assiette, j’ai de la place. Et trop faim pour craindre les microbes…
De plus en plus ivre, Craddock s’irrita de cette remarque.
- Microbes! Non mais! Par le Grand Coësre! On n’est pas ici chez les absurdosaures sans queue ni tête d’Epsilon Eridani. 
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En vacillant, le capitaine se leva et s’appuya sur le dossier en velours de sa chaise. Son visage venait de prendre une vilaine teinte cramoisie tandis que ses yeux roulaient furibonds dans leurs orbites. Toutefois, son regard glauque peinait à se fixer sur l’assistance. Plus de six mois d’abstinence et notre mendiant offrait un triste spectacle, ne tenant plus aussi bien l’alcool.
Dévisageant Symphorien, Daniel Lin lui jeta sévèrement:
- Capitaine Craddock, vous ne savez pas vous tenir à table. Il y a des dames ici!
Là, c’en fut trop pour notre matamore. Il explosa de rage et gronda comme l’Etna en colère:
- Qu’ouis-je? Des insultes? J’en ai vraiment, mais vraiment ras le popotin de jouer les pères La Bricole de service dans cette espèce de julesvernerie archaïque aussi ronflante que mon fond de train! Qui c’est qui sera obligé de prêter main forte à Paracelse bientôt? Bibi, bien sûr!
Ces messieurs de la haute, hoqueta-t-il en poursuivant sa diatribe, désignant d’un coup de menton André Fermat et le commandant Wu ainsi que Frédéric Tellier, ne voudront certes pas se salir en pataugeant dans le cambouis. Et s’il faut aussi chouraver et chouriner, le premier à s’débiner, ce ne sera pas moi, mais bel et bien cette caricature d’Apollon du Belvédère, Germain la Chimène. En voilà un sobriquet qui en dit long! Sans parler des états d’âme du commandant Wu qui l’obligeront à refuser de tremper ses paluches dans le sang!
À son tour, l’ami de cœur du Piscator se leva, renversant par la même occasion la table et tout ce qui reposait dessus. La belle vaisselle de porcelaine, les verres et les carafes en cristal de Bohême, tout chut sur le tapis de Boukhara.
Puis, rouge écrevisse, la Chimène se jeta sur Craddock qui l’avait insulté gravement avec une rapidité surprenante vu sa morphologie. Saisissant le Cachalot par le col, il éructa:
- Capitaine de puisard de mes deux! Sirop de crapule! Tu vas ici même goûter de mon foulard! On va voir si ton chiffon rouge est aussi jaune qu’un faux napoléon!    
   
Le vieil homme parvint à se dégager de l’emprise de La Chimène puis les deux hommes roulèrent sur le tapis précieux désormais gâté. Cependant, les combattants étaient bien déterminés à en découdre. Ils s’empoignèrent à nouveau avec une force sauvage.
Le vice amiral se demandait, premièrement, pourquoi ni l’Artiste ni Daniel Lin ne se hâtaient de séparer ces deux fous furieux, deuxièmement s’il ne devait pas lui-même intervenir d’une manière musclée. En une seconde, en effet, il pouvait facilement venir à bout de ces deux énergumènes, véritables fiers-à-bras de foire et les assommer sans révéler l’étendue de ses pouvoirs.
Gênées, Aure-Elise et Violetta tentaient de réparer les dégâts et s’affairaient, à genoux, à ramasser les bris de vaisselle.
Pendant que Craddock, qui ne cédait pas un pouce de terrain, insultait d’abondance le fort des halles, Michel Simon, Pierre Fresnay et Erich Von Stroheim observaient la scène avec un œil d’entomologiste. Le Piscator geignait à chaque coup reçu par son amour de cœur. Le Maître, toujours aussi impassible, sifflotait un air d’Offenbach tiré de La Belle Hélène.
- Persilleuse! Talapoin! Antinoüs du Cirque des horreurs! Colosse de Rodez! Décérébré du Kâfiristân! Caquetoire! Scopitone! Coquecigrue! Éructait ce bon vieux Craddock.
Tandis que le capitaine d’écumoire postillonnait et s’époumonait, il n’en tentait pas moins d’arracher les favoris et les cheveux du géant, bien qu’il fût désormais à moitié écrasé par l’hercule.
Confuse, Louise s’éventait.
- Ah! Ne vont-ils pas finir par se blesser, demanda la jeune femme d’une voix inquiète. Oh! Mais… vous riez, Daniel Lin… en fait, cela vous amuse… et Frédéric également!
- Oui, ce sont de grands enfants. Répondit le daryl androïde avec un sourire en coin. Ils sont en train de faire semblant. Comme dans ces bons vieux catchs qui passaient sur l’unique chaîne de télévision de la RTF en 1961, un 1961 de la piste 1721.
Violetta qui enquillait un reste de pâté, lui fit écho.
- Tu fais allusion au gorille des acacias, papa? Je ne me trompe pas? Lequel avait mis quenottes outre son adversaire?
Michel Simon n’y tint plus. Il s’esclaffa:
- C’est encore mieux que dans les films de Fernandel! Personne ne veut miser? Vous Pierre? Peut-être vous Erich? À moins que le jeunot de Levasseur? Je donne le clochard du cosmos gagnant à un contre huit! Si je gagne, ça me permettra d’aller voir une certaine Fifine à Mabille…
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- Je vous le déconseille vivement! Conseilla Beauséjour d’une voix nasillarde. On vous ferait les poches ou pis encore!
- Bon, cela suffit. Déclara Daniel Lin fermement. Le daryl androïde s’était enfin décidé. La récréation n’a que trop duré!
Avec une rapidité telle que personne ou presque ne perçut le mouvement, le commandant Wu se leva et souleva les deux enragés, les portant à bout de bras comme s’ils pesaient moins que de vulgaires poupées de chiffon ou d’étoupe.
Viviane Romance, peu concernée par ce tapage et qui avait chipoté sa nourriture, se mirant dans un délicieux miroir de poche, jeta non sans une certaine coquetterie:
- Dieu du ciel! Mon rouge à lèvres bave…
Fort naturellement, la brune comédienne entreprit un raccord de maquillage. Tâche délicate en vérité.
- Revenons à nos moutons, termina Tellier qui ne s’était pas mêlé à cette farce. Voici ce que je propose pour demain…
Alors que le danseur de cordes débitait ses suggestions, les deux catcheurs, calmés en partie, n’en menaient pas large. Rouges comme des coqs, des stupides mâles alpha, ils étaient obligés de se rasseoir sur leur siège respectif. En fait, ils y étaient jetés sans ménagement par la poigne du commandant Wu.
Le Piscator crut bon de consoler Germain la Chimène.
- Ce soir, je te préparerai un emplâtre de moutarde.
La voix claire de l’Artiste proférait:
- Louise, vous vous rendrez chez le duc de Morny sous le prétexte d’évoquer un tendre passé. Votre récent veuvage expliquera ce soudain goût de revenez-y.
- Un tendre passé pas si ancien… cinq ans.
- Connaissant votre habileté, vous vous arrangerez pour prendre les moulages des clés des principaux coffres.
- Frédéric, je vous garantis que je n’ai pas perdu la main bien que j’aie quitté la bande de Galeazzo il y a déjà vingt ans.
- La fabrication des nouvelles clés, je m’en charge, jeta Paracelse négligemment.
- Ensuite, nous jouerons le reste de la partie sotto voce ou …
- Oh! En douceur, proposa le vice amiral. Daniel Lin, Pierre, Charles, Joël, Erich et Marteau-pilon, sans m’omettre naturellement, nous investirons la banque en douceur, nous faisant passer pour des clients venant ouvrir un compte ou encore pour de simples curieux.
- Et moi, siffla Craddock, la mine renfrognée. Encore une fois sur le carreau! Décidément, c’est une manie de m’oublier!
- Mais pas du tout. Vous serez le cocher de réserve. Puisque vous êtes capable de piloter à peu près n’importe quoi, vous conduirez donc le cab à vapeur ou à gazogène.
- Amiral, à gazogène, précisa Paracelse.
- Merci… Germain, le Piscator et Monte-à-regret se tiendront à proximité au cas où… Tellier, vous êtes trop connu pour vous joindre à nous… pardon de vous évincer ainsi.
- Je pourrais me grimer, mais… d’accord. Dès l’instant que vous me laissez peaufiner mon plan. Je reprends…
Alors, l’Artiste détailla avec une délectation non feinte toute l’action attendue sous les yeux admiratifs de Pieds Légers et sous les regards ironiques de Pierre Fresnay et Michel Simon qui avaient la curieuse impression de vivre présentement un chapitre des Habits Noirs de Paul Féval ou encore un extrait de Rocambole de Ponson du Terrail. Erich Von Stroheim, quant à lui, ne prêtait plus aucune attention aux directives du danseur de cordes, préférant savourer un tiramisu fortement arrosé de marsala.
Après que tout fut mis au point, les dames se retirèrent dans le salon de musique tout tendu de vert, accompagnées par Daniel Lin avide d’essayer le piano. Aux anges, il improvisa un petit concert comprenant le concerto italien de Johann Sebastian Bach, les Suites anglaises 3 et 6 du même compositeur, deux préludes de Chopin et… tant pis pour l’anachronisme, une Gymnopédie de Satie.
Une larme de bonheur perlant sous ses cils, Louise murmura:
- Daniel Lin, vous êtes véritablement la musique incarnée! Vous possédez une dextérité rare ainsi qu’une émotion feutrée qui transparaît particulièrement dans ce dernier morceau… déroutant…
- Le compositeur se nomme Erik Satie, renseigna Aure-Elise.
 - Je ne connais pas ce nom…
- Normal, Louise. Répliqua le daryl androïde esquissant un fugitif sourire. Erik Satie n’a pas encore composé une seule pièce et il n’en composera pas une seule, hélas, dans ce monde! Aure-Elise, viens donc t’installer auprès de moi; nous allons conclure par une pièce à quatre mains.
- Euh… Daniel Lin, je crains de décevoir…
- Mais non, je te fais confiance, l’encouragea son ami.
Réticente, la jeune femme n’en partagea pas moins le tabouret avec le commandant Wu. L’impromptu s’acheva par un morceau de Debussy tiré, nouvel anachronisme, des Children’s Corners.

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Début juin 1868, un grand boulevard du IX e arrondissement de Paris.
Dix heures trente venaient de sonner au clocher de l’église la plus proche. Le hall de la banque grouillait de monde. La foule était composée de rentiers ventrus, à la barbe imposante, étalée comme un trophée, d’hommes d’affaires, d’industriels fiers de leur réussite et de leur prospérité, de riches commerçants et négociants, d’actionnaires qui investissaient en nombre dans la dernière folie du moment, au Mexique. Tous portaient un costume sombre, un pardessus ou un paletot foncé, un chapeau melon ou encore un huit-reflets.
Une chose étonnait Charles Laughton.
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 Dans l’immense hall de la banque tout carrelé de marbre, il n’y avait aucune présence féminine. Même les simples guichetiers étaient des jeunes gens vêtus d’un costume étriqué dont les coudes étaient protégés par des lustrines.
D’un pas sûr et ferme, comme s’il arpentait la passerelle du Sakharov, Fermat avança en direction d’un guichet situé sur sa droite. L’homme préposé à l’accueil de la nouvelle clientèle tapait sur une bizarre machine à écrire.
- Jean, voici les données du jour, fit-il à l’adresse d’un groom âgé seulement d’une dizaine d’années.
L’employé tendit alors au préadolescent une cinquantaine de fiches perforées par la technique de la mécanographie.
- Tu les apportes au bureau du secrétaire de Monsieur Henri Germain. 
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- Oui, m’sieur Trois, c’est comme si c’était fait.
Réfrénant l’envie de siffloter une marche à la mode tirée d’Offenbach, le gamin grimpa prestement les escaliers qui le menaient au premier étage, là où se situait le bureau du grand patron. De part et d’autre, Pierre Fresnay nota la présence de deux cages d’ascenseur. Avisant un cendrier, il éteignit son cigare et émit la r »flexion suivante en allemand:
- Quel progrès! Électricité, ascenseurs, mécanographie…
- Oui, répliqua mentalement Daniel Lin. Ici, le steampunk est vraiment dépassé.
Pendant ce temps, Fermat avait abordé l’employé Trois.
- Voilà: je désirerais ouvrir un compte. Quelles sont les conditions et les pièces à fournir?
- Il suffit que vous remplissiez ce formulaire et que vous me donniez votre adresse; ensuite, un policier ira vérifier que vous habitez bien à l’endroit indiqué.
- Très bien. Aurais-je accès aux coffres?
- Cela dépend du montant de votre dépôt.
- Pour commencer, douze mille francs.
- Avec une telle somme, oui, évidemment. Asseyez-vous.
Avec un sourire professionnel, l’employé tendit un stylographe à pompe au vice amiral.
Un peu plus loin, Charles, Pierre, Joël, Daniel Lin et le reste de la bande s’étaient positionnés. Il attendaient le moment fatidique où André, recevant le sésame pour la salle des coffres, se dirigerait vers celle-ci.
Cependant, le commandant Wu mettait cette attente à profit. Il inspectait le plafond qui avait attiré immédiatement son attention car il y avait repéré des détails intrigants.
«  Bon sang! Frédéric aurait pu nous prévenir. Il y a bel et bien des sortes de caméras ».
Mais le daryl androïde comprit aussitôt qu’il ne s’agissait pas d’une technique courante reposant sur une télévision ou un film bidimensionnel. C’était à la fois plus rustique et plus ingénieux. Le système consistait en une table photographique dissimulée dans les impostes du plafond, à dix objectifs tournants, prenant une épreuve toute les minutes.
Bref, pour résumer, Henri Germain usait d’un système de chronophotographie qui anticipait sur Muybridge et Marey dans cette piste temporelle. La table était reliée à une autre qui était rechargée lorsque les plaques étaient pleines. Alors, le système pivotait. Puis un préposé récoltait les plaques photographiques et remplaçait la première table par une seconde, avec un simple ressort. Ensuite, l’employé rechargeait la première table et s’empressait de développer les clichés dans la pièce adjacente dévolue à cette fonction. Si quelque chose clochait, ce qui était rare, Henri Germain en était alerté immédiatement par un message pneumatique.
Peu de banques avaient pu s’équiper ainsi car l’installation coûtait au bas mot deux cent mille francs, salaire de l’employé compris.
Conduit par Trois, Fermat se rendit enfin jusqu’à la salle des coffres tant désirée. Pour un profane, la sécurité y paraissait absolue. En effet, la salle ne s’ouvrait que sur « reconnaissance vocale ». Le préposé parlait. La voix était gravée sur un cylindre. Si les sillons étaient conformes à ceux du cylindre témoin, la porte en acier blindé s’ouvrait alors sur un sas. Là, il fallait, à l’aide de curseurs, afficher le code chiffré adéquat. Or, celui-ci était changé toutes les semaines. Il reposait sur une combinaison de huit chiffres.
La première porte s’ouvrit sans problème. À dix mètres de là, Joël, Charles, Marteau-pilon et consorts attendaient le signal qui serait transmis directement à Daniel Lin par la pensée. Trois actionna la bonne combinaison, c’est-à-dire l’année de naissance du grand patron plus celle de Napoléon IV. La semaine précédente, il s’agissait de la date de naissance de l’impératrice accolée à celle du fils de l’Empereur. Parfois, le code s’avérait légèrement plus compliqué. On choisissait la date de la bataille de Lépante et on y ajoutait celle de la mort de Louis XIV.
Parvenu devant le coffre, et sans marquer le moindre frémissement d’émotion, André l’ouvrit avec la clé qu’il venait de recevoir et y déposa à l’intérieur un portefeuille conséquent contenant réellement douze mille francs en billets de cinq cents. Mais ces billets de banque étaient des faux parfaitement imités, fabriqués par Paracelse et signés par l’Artiste. Devant les paraphes, Henri Germain lui-même aurait été abusé.
- Dites-moi, demanda soudainement Fermat à Trois avec une désinvolture feinte, cette clé-ci peut-elle ouvrir la centaine de coffres que je vois là parfaitement alignés et encastrés, ou disposez-vous d’un passe particulier?
L’employé ne s’étonna que modérément de cette question. Néanmoins, il comprit qu’il avait affaire à un voleur doté d’un aplomb rare. Il n’eut toutefois pas le temps de lancer le signal d’alarme. Le vice amiral avait deviné ses intentions. Daniel Lin, contacté télépathiquement, passé en ultra vitesse, arrivait déjà. Pierre et Charles le suivirent une minute plus tard, le visage protégé par un masque à gaz anachronique, apparemment sorti tout droit de la guerre 14-18. Naturellement, Trois avait été maîtrisé physiquement depuis longtemps.
- Comme prévu, les boules ont été jetées, annonça Charles Laughton en anglais. Drôlement efficace, ce gaz!
Pierre Fresnay rajouta:
- Chapeau pour Paracelse. Il mérite son surnom.
Les hommes de Fermat s’empressèrent ensuite d’ouvrir tous les coffres grâce aux fausses clés fournies par Brelan et de s’emparer de leur contenu tandis que Trois sombrait dans une heureuse inconscience, assommé magistralement par la prise neurale administrée par le commandant Wu.
Lorsque les bandits néophytes regagnèrent le hall central, ils ne marquèrent pas leur étonnement à la vue de tous les clients et employés allongés dans des poses plus ou moins grotesques. Certains étaient affalés sur les guichets, d’autres couchés sur des divans ou effondrés sur des poufs, jusqu’au groom qui dormait près de la balustrade, ayant éparpillé à ses pieds des fiches de mécanographie encore vierges.
- Il faut nous dépêcher, dit Daniel Lin à haute voix. Là-haut, les caméras sont toujours en train de filmer.
Mais Marteau-pilon traînait les pieds, attitré qu’il était par les montres en or de quelques gros messieurs au ventre proéminent. Il y avait de quoi se faire une retraite dorée avec toutes ces Breguet de précision. En haut, effectivement, Henri Germain s’agitait. Il mettait en branle une sorte de proto téléphone - système Bourseul - relié au commissariat central et à la préfecture de police. 
http://upload.wikimedia.org/wikipedia/commons/4/42/Charles-bourseul-l-enfant-de-douai-qui-1690515.jpg
- Vite! Une bande extrêmement organisée est en train de cambrioler la banque d’une manière inédite!
Cependant, déjà, nos amis arrivaient sur le boulevard. Germain la Chimène, Monte-à-regret, le Piscator et Craddock patientaient dans des gaz cabs depuis une heure environ, entravant quelque peu la circulation. Le commando commença à s’engouffrer à l’intérieur des véhicules steampunk.    
Les automobiles allaient démarrer lorsqu’une présence incongrue faillit tout faire capoter. Malgré les ordres, Violetta Grimaud venait de se pointer, curieuse d’assister à un vrai hold-up.
- Mille milliards de tonnerres de Paimpol! Jura Symphorien. Miss Grimaud qui s’en vient comme un cheveu dans la soupe…
Le capitaine d’écumoire abandonna alors le volant pour saisir l’adolescente par la taille. Or, cette initiative fit perdre au groupe quelques précieuses secondes car la police survenait… par le ciel!

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