samedi 11 juin 2011

Mexafrica 4e partie : Mexica mfecane chapitre 32.

Chapitre 32

La navette Einstein venait de quitter l’espace-temps mexafricain. Un briefing se tenait dans la cabine centrale. En premier lieu, avait été abordée l’avance du Raptor de feu de Zoël Amsq qui, désormais, était doté de la faculté de se déplacer à travers toutes les déviations, si extrêmes soient-elles. Comment, dans ce cas, rattraper l’imposteur?

- Mis à part le bio translateur qui est presque au complet, un seul appareil peut nous conduire sur une Terre déviée de la nôtre de plus de 75%, le Baphomet! Faisait le capitaine Maïakovska, refusant d’afficher son ressentiment.

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- J’ai déjà anticipé cela, répliqua le commandant Wu. Actuellement, le chrono vision travaille à localiser précisément et le Raptor de feu et le Baphomet. Tony s’est chargé de cette tâche sur mon ordre.

- Comment va-t-il? S’inquiéta à juste titre la jeune femme.

- Pas trop mal. Il souffre d’une légère amnésie. Le laps de temps concerné correspond à la possession active par Michaël de son cerveau.

- J’ai entamé une thérapie helladienne qui a fait ses preuves depuis plus de quinze mille cycles, tenta de rassurer Stankin. Le patient s’adapte rapidement. J’ai espoir…

- Le bilan n’est pas aussi noir que nous le pensions, compléta Antor. Les ultralibéraux, les Nazis, les Soviétiques et les Chinois mafieux de Sun Wu ne sont plus dans la course! Il reste l’inconnu Fouchine…

- Or c’est là justement que le bât blesse! Marmonna sombrement Fermat.

- Michaël s’est esquivé précipitamment, un peu trop peut-être… il a sans doute l’intention d’intervenir une nouvelle fois et d’anticiper…

- Moi, je ne compterais guère là-dessus! Répondit André sarcastique. Sa participation ne nous a pas été si utile, si on mesure bien!

- Je ne dirais pas cela! Objecta le vampire. Grâce à lui, nous connaissons maintenant la véritable identité de Zoël ainsi que ses motivations profondes.

Tony Hillerman, qui avait terminé ses recherches, fit son rapport sur un ton professionnel tout à son honneur vu son épuisement. On ne sortait pas indemne physiquement et mentalement d’un combat tel qu’il l’avait mené!

- Contrairement à une thèse fort répandue, le Baphomet n’a pas été détruit après le démantèlement de l’ordre du Temple par Philippe le Bel. Nous avons donc le choix: soit retourner en 1249-1250 et, avec l’aide du chevalier Philippe voler l’automate d’Arnould de Charmeleu…

- Hum! Ce serait greffer une harmonique secondaire sur une principale! Contra Fermat.

- … soit nous en emparer en 1307, juste avant l’arrestation des Templiers, soit encore suivre sa trace après l’année fatidique et décider du moment opportun pour agir!

L’ambassadeur qui, ici, jouait l’avocat du diable, reprit:

- S’emparer du Baphomet en octobre 1307! Ce serait trop dangereux! Vous y pensez sérieusement, lieutenant? Si cela vous chante de décimer les sergents d’armes de Philippe le Bel, pourquoi pas? Mais je vous garantis que le résultat serait tout à fait aléatoire!

Muet, comme en retrait, Daniel Lin écoutait. Il avait déjà pris sa décision car il disposait d’une information que ses amis ne possédaient point. Michaël avait évoqué Napoléon. Il attendait patiemment que Tony évoquât cette alternative. Parallèlement, son esprit vivait une véritable tempête. Il venait de débrider davantage encore ses facultés transdimensionnelles pour en finir définitivement avec son frère. En fait, il envisageait un plan des plus tortueux, un plan qui mettait à mal son éthique et qui ferait croire à Daniel Deng qu’il avait gagné la partie! Il instrumentaliserait la haine et l’orgueil incommensurables de son aîné ainsi que le Deus ex machina noir, le côté obscur qui, à chaque seconde, se profilait et menaçait de tout engloutir… une partie de poker, un chemin étroit qui exigeait de lui un courage au-delà de tout entendement, un abnégation qui le poussait à faire le sacrifice des valeurs auxquelles il tenait, fidélité, honneur, amour, amitié, justice et équité! Après cela, après avoir chevauché le Cavalier Noir, ne se substituerait-il pas à Lui, ne se confondrait-il pas avec Daniel Deng le maudit? Dilemme des plus cruels…

Kiku donna son avis avec son assurance habituelle.

- Moi, j’approuve l’année 1307! Les cottes de mailles ne constituent pas des protections suffisantes pour mes crocs acérés et… j’aimerais assez voir l’évolution de ce que les humains des temps passés appelaient armure!

Antor ne put s’empêcher de sourire devant tant de naïveté. Mais le vampire n’avait pas le cœur à rire. Il captait les sentiments de son ami, le combat moral que ce dernier menait. Bien que Daniel lui eût demandé de ne pas lire en lui, le mutant avait choisi de lui désobéir tout en restant à la périphérie des pensées profondes du daryl androïde. Le mur de dur acier psychique de Daniel Lin n’était qu’un obstacle tout théorique pour le mutant!

Hillerman qui, en fait n’était pas réellement chaud pour le voyage en 1307, aborda enfin les difficultés de celui-ci.

- Je rappelle que la prise du Baphomet en octobre 1307 créerait une chrono ligne non souhaitable dans laquelle le roi de France perdrait une « preuve » de l’affiliation supposée de l’ordre au Malin! Cette chrono ligne aboutirait à une guerre de Cent Ans différente où Jean le Posthume régnerait longuement. Mais alors, le royaume de France serait conquis par le roi d’Aragon Pierre IV le Cérémonieux qui, ainsi, laisserait son propre État à Charles le Mauvais, le roi de Navarre. Et le véritable homme fort de ce royaume navarro-aragonais serait le Grand Inquisiteur Nicolau Eymerich!

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- Donc, nous devons renoncer…

- Je n’ai pas dit cela, capitaine Maïakovska!

- Et si nous tentions malgré tout l’harmonique de l’harmonique 1249-1250? Suggéra Geoffroy.

- Je suis… surpris! Avoua Stankin. Cela aboutirait à nous rencontrer nous-mêmes et à multiplier ainsi les paradoxes! Après tout, sommes-nous certains d’arriver dans la bulle de temps adéquate? Zoël Amsq, à ce que j’ai cru comprendre, était le responsable de ce Moyen Âge merveilleux! Or, s’il n’y a pas de Baphomet…

- Comment cela? Interrogea Irina.

- Si Charmeleu le met à l’abri et ne l’emporte pas en Terre Sainte, Ayyub ne disparaît pas et ne demande pas ma mise à mort! Donc, la dynastie des Ayyubides n’est pas renversée en 1250, mais… plus tard! Que s’ensuit-il après?

- Ce ne sont là que des spéculations! Marmotta Fermat.

- Excellence, laissez-moi achever ma démonstration, dit Stankin résolument. Il n’y a plus de pouvoir mameluk en Égypte et Louis IX que j’ai rencontré meurt captif en 1252...

- Exactement! Confirma avec force l’historien. Philippe III qui lui succède n’est alors qu’un enfançon! La régence de Marguerite de Provence se passe mal!

- Je connais cela! Toutes les régences ont leurs problèmes! De nouvelles révoltes nobiliaires éclatent! Articula Geoffroy sombrement.

- Le puissant duc de Bretagne s’allie à Henri III d’Angleterre qui a un héritage à récupérer…

- Oui, l’Anjou, l’Aquitaine, la Normandie et j’en oublie, renseigna le jeune comte rescapé du XIIIe siècle.

- Justement, enchaîna Stankin, à propos de la Normandie, le second Simon de Montfort, celui des Provisions d’Oxford, en sera le Gouverneur! Cette chrono ligne conduit à un État franco-britannique puissant qui, ensuite, se retrouvera confronté à la Castille, l’Aragon et au Saint Empire!

- Vous avez étudié la question! Remarqua Antor.

- Précisément, en convint l’Hellados. Lorsque j’utilisais le chrono vision à ses débuts, je m’intéressais à l’histoire de la Terre et explorais de nombreux potentiels et ce, dans le but de savoir si, inéluctablement, ma planète et la vôtre deviendraient les fers de lance de l’Alliance!

- Et? Fit l’historien.

- Conclusion: il existe plus de vingt-huit trillions de combinaisons où cela arrive! C’est là une constante du Pantransmultivers! Ou presque!

- Bien étrange! Soupira le vampire.

- Intéressant, certes, mais je pense que nous sommes en train de nous égarer, dit Daniel froidement.

- Il nous faut creuser la piste du Baphomet, connaître son destin après 1307, relança le vampire qui désirait parvenir rapidement à une décision car il sentait grandir l’exaspération du commandant Wu.

- Après 1307, reprit Hillerman, l’automate connaît une histoire discontinue, un peu comme celle du suaire de Turin. On le retrouve dans une commanderie hospitalière en 1347, puis on perd sa trace avec la peste noire, pour le voir resurgir à Venise en 1400. Il serait ensuite tombé entre les mains de Tamerlan puis des Turcs et des Grands Moghols. Ainsi, sa présence est attestée à la Cour de Shah Djahan en 1629. Il s’ensuit alors une longue éclipse dans les données. Les Anglais s’en seraient emparés après la défaite de Lally-Tollendal. Il aurait été la propriété de Cornwallis lui-même qui l’aurait perdu après la capitulation de Yorktown. Depuis l’époque moghole, l’automate aurait en fait changé de nom, devenant, à cause de son turban, « El Turco »!

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- Bah! Souffla Ivan.

- Bref, Van Kempelen en fait sa propriété, le restaure et…

- « El Turco » s’est métamorphosé en célèbre automate joueur d’échecs, fit rêveusement Irina. Je connais la légende.

- Ce n’est pas une simple légende! Dans l’automate un champion était en fait dissimulé, une partie seulement étant dotée de rouages et d’un mécanisme grossier destiné à abuser les crédules.

- Ce joueur d’échecs a inspiré Edgar Poe, compléta l’Hellados.

- Moui… admit Irina. Mais il aurait vaincu Napoléon lui-même!

- Nous y voilà enfin! Pensa Daniel Lin en soupirant.

- La piste que j’ai suivie et que je propose de remonter diffère quelque peu, continua Hillerman. Dans ce temps alternatif, la notoriété du joueur d’échecs a été plus tardive. Cependant, l’Empire est bien en place. Dans cette chrono ligne, Napoléon a disputé une partie mémorable avec l’automate, à Milan, en 1808.

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- Certes! Fit André. Mais s’agit-il bien là du Baphomet? Reconverti en succédané mécanique! Quelle déchéance!

- C’est bien le Baphomet! Jeta Daniel Lin. Avant de s’esquiver subitement, Michaël a évoqué la personne de Napoléon. Il a dit: « Ailleurs, tout bouge… Opabinia… Napoléon… ». De plus, il a fait clairement allusion à l’Entité Entropie.

- Donc, il est logique de conclure que nous devons nous rendre à Milan juste après la défaite aux échecs de l’Empereur, articula Fermat soulagé. Mais, Daniel, vous auriez pu…

- Oui, André? Fit innocemment le daryl androïde;

- Euh… Nous avouer plus tôt que l’agent temporel terminal s’était confié à vous!

- Oh! Je fais preuve de pusillanimité depuis mon duel avec Fouchine, c’est cela?

- Je dirais que vous vous montrez cachottier, plutôt!

- Ah?

- Craignez-vous de ne plus raisonner avec logique?

- Précisément, Stankin!

- Est-ce qu’assister à la partie d’échecs compromettrait nos chances de succès? Interrogea Antor avec la volonté manifeste de détourner la conversation.

- Non, mon frère! J’ai déjà tout calculé! Notre marge de victoire reste importante, 99,99%…

- La partie fut publique, renseigna Hillerman. Elle se déroula le 12 septembre 1808. Les configurations révélées par le chrono vision indiquent que la ceinture du Baphomet est bel et bien restée sur l’automate.

- Pff! Heureusement! Émit Violetta.

- Elle était protégée par ses pseudos vêtements turcs tissés au XVIIIe siècle. En fait, elle fut scindée en deux tronçons par van Kempelen puisque le baron a dû mettre en place la cache de son champion ainsi que les faux engrenages.

- Voler l’automate ne s’avèrera peut-être pas nécessaire, après tout! Suggéra André. Nous pourrions nous contenter de déshabiller le Baphomet et d’appuyer sur le symbole opabinien!

- André, dit Daniel Lin mécontent. (le daryl se retint juste à temps de rajouter: vous proférez une sottise!).

Antor, lui, avait eu le temps de capter cette pensée. Il observa plus attentivement son ami et sa mine se renfrogna.

Plus calmement, se contrôlant, le daryl reprit:

- Pardonnez-moi, André, mais vous oubliez un élément fondamental. Actionner le symbole désiré serait insuffisant! Manque de précision temporelle malgré les capacités trans univers. Non! Nous télé porterons le Baphomet à bord de l’Einstein puis nous le couplerons à nos moteurs trans distorsionnels

- Oui, mais il s’agit là d’un montage des plus délicats, siffla l’ancien ingénieur.

- Je vous fournirai mon aide technique…

- Merci, Daniel.

De son côté, le vampire regardait son ami et tentait un contact mental avec lui. Mais le commandant se déroba.

- Antor, retire-toi au plus vite!

- Soit! Quel jeu joues-tu?

- Il n’est pas temps que tu le saches! Je dois mener cette partie seule!

- Au risque de perdre ton âme?

- Je fais cela pour vous préserver tous!

- J’accepte de te croire. Je serai toujours présent pour toi, Daniel Lin…

- Je le sais, mon frère, et je t’en suis reconnaissant.

- Une dernière chose, fit l’historien à haute voix. Le chrono vision a dévoilé que Shah Djahan fut la dernière personne à appréhender les propriétés réelles du Baphomet; ainsi, il appert qu’il tenta de multiples retours dans le temps afin d’empêcher la mort de sa bien-aimée, Mumtaz Mahal!

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- Oh! Comme c’est romantique! S’écria Violetta émue.

- S’il avait réussi, le Taj Mahal n’aurait jamais vu le jour! Asséna Ivan.

- Y a-t-il un risque de greffe d’une nouvelle chrono ligne? S’enquit Irina.

- Nous allons assurément atterrir dans une harmonique déjà déviée! Répliqua le commandant Wu. Or, il vaut mieux que vous le sachiez tous, Johann van der Zelden s’y trouve en compagnie d’un individu fort dangereux.

- Fouchine? Hasarda Fermat.

- C’eût été grandement préférable, André!

- Comment savez-vous cela? Reprit l’ambassadeur soudainement inquiet du ton sinistre du commandant.

- J’ai pris le risque de totalement débrider ma transdimensionnalité! Je suis avec vous physiquement, certes, et mentalement, mais également, là-bas, et… ailleurs, dans les passés et tous les futurs, auprès de Michaël, de Mathieu qui discute avec le Grand Ensemenceur… avec un Empereur Fu, noir comme les plus grandes et insondables ténèbres… Je valse avec l’Entropie, une danse de Mort qu’il me faut conduire et dominer…

- Daniel! Seigneur Dieu! Se récria Irina. Tu vas perdre ce qui, en toi, m’est le plus précieux!

- Mon Humanité, Irina! J’en ai une conscience si aiguë que cela me fait souffrir au-delà du possible! Pour l’instant, je résiste aux sirènes de la tentation. Voilà qui explique mon impatience, mon irritation, depuis le début de ce briefing! Voilà pourquoi j’ai interdit à Antor de fouiller mon esprit! Pour le préserver de la folie!

Le premier, Stankin, fit taire le tumulte de ses sentiments, de sa désapprobation.

- Pour permettre en toute sécurité le déplacement dans les temps déviés extrêmes, il serait bon que le Baphomet fût couplé à la mandorle, commença-t-il.

- Stankin, étant débridé, je ferai office de mandorle! Puisque nous savons quand, où et comment agir, allons-y!

Tous se levèrent avec un bel ensemble, avec une tâche définie à accomplir. Toutefois, avant de rejoindre son poste, le capitaine Maïakovska prit tendrement la main droite de son mari et, en signe d’affection, la porta à ses lèvres.

- Le sacrifice est immense! Soupira-t-elle.

- A la hauteur de l’enjeu!

- Sauver le Pantransmultivers de ton frère!

- Avant tout! Oui! Mais il me faut empêcher que cela ne se reproduise ailleurs, avec d’autres protagonistes…

- Il est donc condamné?

- Daniel Deng s’est condamné tout seul! Depuis l’aube des temps! Il mourra! Non pas de ma main mais sous le poids de ses fautes. À défier l’Entropie, on risque l’anéantissement. Un pas de deux, un duo, et puis… pfut! Plus rien!

- Je comprends! Lui n’a pas Michaël pour le soutenir, l’empêcher de se tromper de chemin…

- On peut dire les choses comme cela! Il n’a aucun amour dans le cœur! Il n’a que la haine!

Lentement, posément, Daniel Lin lâcha la main d’Irina, comme à regret. Il devait se préparer pour le prochain saut quantique.

Intérieurement, celui que l’IA des Olphéans nommait le Révélateur pensait:

- Je n’ai pas assez appris… n’est-ce pas trop tôt? Bizarre ces fragments incontrôlés qui me viennent à l’esprit… Là-bas, tout n’est pas joué d’avance, bien au contraire! Et j’ai peur! Terriblement peur! Or, je dois le dissimuler! Tous comptent sur moi! Ne les décevons pas! ».

***************

Notre groupe de tempsnautes avait sans difficultés remonté la piste du Baphomet et se retrouva donc au palais ducal de Milan, le 12 septembre 1808. Chacun arborait une tenue Empire des plus conformes. Irina était cependant, comme à l’accoutumée, la plus éblouissante. La jeune femme sentait la grande dame d’une lieue. On voyait qu’elle n’avait pas volé son titre de Grande Duchesse. Elle portait une longue robe à taille haute qui lui seyait à merveille. Tout le tissu, arachnéen, était brodé de roses où le lierre venait s’entrelacer avec le plus bel effet. Sa gorge splendide s’ornait d’un collier sans prix où les saphirs les plus remarquables alternaient avec les diamants à l’eau la plus pure. Les boucles d’oreilles assorties affinaient encore son port de tête digne de celui d’une reine authentique! La jeune femme n’avait pas omis un diadème discret dans sa chevelure rousse naturelle. Cette tenue magnifique était complétée par des gants très longs, blancs, il va de soi, des bas de soie couleur chair et de délicates chaussures au cuir souple et fin, à talons plats.

Franz, comme de bien entendu, ressemblait à une gravure de mode, avec un parfait habit de cour à la Metternich où, une fois encore, le blanc dominait. Il y avait évité d’y adjoindre des décorations auxquelles pourtant il avait droit mais qui auraient pu fâcher l’assistance! Daniel était son pendant dans un habit bleu de roi et une chemise à jabot de dentelles.

Geoffroy se faisait passer pour un comte des Marches de Bohême et respirait, lui aussi, le grand seigneur! Violetta, à son grand dam, avait dû se contenter de jouer la soubrette. Vexée, elle avait failli refuser ce rôle, mais se mirant dans une glace, elle avait enfin convenu que le costume lui allait à ravir et souriante, avait effectué une révérence exemplaire devant sa tante. Ivan et Pacal, en simples valets de pied, n’étaient guère mieux lotis.

Tony Hillerman, malgré sa couleur de peau, en imposait! Il avait pris l’identité d’un ministre plénipotentiaire de la toute jeune République d’Haïti!

Antor, Kiku et Uruhu, trop exotiques, manquaient à l’appel. À bord de l’Einstein, ils devaient superviser la réception du Baphomet, prêts à toute éventualité : intervention de Fouchine, métamorphosé en Commandeur Suprême, manifestation des p, ou encore apparition de Johann en personne!

Violetta avait demandé pourtant à ce que le K’Tou ne fût pas mis à l’écart et revêtît la défroque d’un soldat Cosaque du Tsar Alexandre Premier ou encore, à la limite, celle d’un hussard hongrois! La métamorphe ne doutait de rien! Mais Daniel l’avait vertement grondée pour son inconséquence et l’adolescente avait boudé dans son coin

une dizaine de minutes, pas plus!

Fermat, qui se contentait d’un emploi modeste, celui de l’intendant de Geoffroy, avait envisagé pour Uruhu un poste de palefrenier. Poliment, le Néandertalien avait refusé, rappelant combien il n’était guère à l’aise avec les chevaux qu’il nommait « mehnghou ».

La partie d’échecs historique venait d’être annoncée. Près de Daniel et d’Irina, il restait deux sièges vides qui furent occupés au dernier moment peu de temps avant que l’Empereur fît son entrée et demandât à Van Kempelen de lui montrer les « entrailles » de l’automate. Ainsi, il s’assurait qu’il n’y avait aucun trucage. Enturbannée et peinturlurée, comportant également une paire impressionnante de moustaches, la tête du Baphomet était à peine reconnaissable. Vêtue à l’orientale, la machine avait, glissé sur la main gauche qui manipulait les pièces, un gantelet de fer.

Les deux retardataires qui prirent place dans la semi pénombre pouvaient passer pour des jumeaux. Même corpulence, mêmes cheveux bruns coupés à la Brutus, mêmes yeux couleur de nuit!

Au fond de l’immense salle, se tenant droite près d’une table dressée supportant des rafraîchissements, Violetta retint à grand peine un hoquet de surprise.

« Mais c’est mon ancêtre! Le maléfique comte Galeazzo! Par le Dieu de mon père, que je sache, il n’était pas né en 1808! ».

L’adolescente eut tout juste le temps de prévenir mentalement son oncle. Déjà, le deuxième jumeau, autrement dit Johann van der Zelden, tout en s’asseyant, abattait quelques unes de ses cartes. Riant discrètement avec un ricanement qui vous donnait l’envie de vous précipiter aussitôt dans le vide du Grand Canyon, il murmura à l’oreille du daryl androïde:

- Commandant Wu, comme le Pantransmultivers est petit! Je vous laissais tantôt au cœur d’une bulle atemporelle et vous revoici ici, dans ce 1808 à ma façon! Je pourrais penser que vous me traquez! Seriez-vous une nouvelle fois en train d’ahaner afin de rétablir votre chrono ligne? Si c’était le cas, vous feriez preuve d’une étroitesse d’esprit tout à fait décevante! Non… Je me trompe! Je flaire désormais en vous quelque chose de redoutable! Vraiment! Vous avez progressé. Ou qui sait? Régressé! Vous avez l’odeur et le goût du Neutre, vous ressemblez au Neutre, mais vous avez choisi et vous avez abandonné cette illusion. Aie! Que cela fait mal de franchir la frontière, n’est-ce pas? Mais… dans quel sens? That is the question!

Daniel Wu préféra ignorer les sarcasmes de l’Américano hollandais. Il devait conserver son contrôle à tout prix! Il pouvait abattre cet histrion, il s’en sentait tout à fait capable… mais là résidait le piège engendré par un orgueil immense, un surmoi si développé qu’il vous faisait basculer dans un tourbillon au fond d’un gouffre d’où il était impossible ensuite de revenir!

Lorsque Napoléon avait effectué son entrée, toute l’assistance s’était levée et avait salué bien bas l’Empereur, celui qui se voulait le maître d’une Europe à son image. Violetta avait remarqué un détail bizarre, un de plus nous direz-vous. La plupart des officiers français portaient une arme saugrenue vu le contexte.

- C’est drôle! Chuchota la jeune fille à l’oreille de Pacal. On dirait bien qu’ils ont des colts glissés à la ceinture!

- Oh! Tu ne te trompes pas! Répliqua placidement l’Amérindien.

- Euh… être armés en présence de l’Empereur? Cela pue le coup fourré!

- Une harmonique parallèle… suggéra Ivan.

-Ouais! Le colt n’existait pas en 1808! Du moins à ma connaissance!

Pendant cet échange, Van Kempelen s’était adressé à l’assistance tour à tour en français, en allemand et en italien. À la demande de l’Empereur, il démonta une nouvelle fois son automate, l’ouvrant sur le côté, révélant ainsi son mécanisme. Puis, solennellement, il tourna la clé qui mettait en branle El Turco. Celui-ci commença à cliqueter, ce que tous ou presque attendaient inconsciemment, tout en retenant leur souffle.

La partie d’échecs historique put enfin débuter. La diplomatie voulait que Napoléon Premier gagnât.

***************

La partie durait déjà depuis deux heures. L’Empereur était en difficulté. Depuis longtemps, il n’avait affronté un adversaire si déterminé et si tenace qui ne lui faisait aucun cadeau. Insensible aux règles de l’étiquette, le champion mécanique annonçait avec la régularité d’un métronome échec !, ceci à chaque coup perdu par le souverain impérial. Le haut personnage, d’abord agacé, puis très en colère, commettait faute sur faute. La défaite s’annonçait inéluctable.

- Il joue comme un manche! Marmonnait Geoffroy à l’oreille de Fermat.

- Tout à fait! Lui répondait l’ex-commandant d’un ton neutre.

Comment l’Empereur allait-il s’y prendre pour ne pas perdre la face devant un parterre aussi prestigieux? Il s’agitait de plus belle, se rendant compte de quelque chose d’étrange dans son adversaire mécanique impavide. Enfin, n’y tenant plus, il se laissa dominer par la colère, une colère qu’il estimait justifiée! Le souverain était certain maintenant d’avoir été trompé, que la science mécanique de Van Kempelen n’était qu’un leurre! En effet, Napoléon connaissait trop les hommes pour savoir quels vils courtisans ils pouvaient être!

Sa résolution prise de dévoiler la supercherie, l’Empereur attendit donc qu’El Turco prononçât le fatidique « mat » pour agir. Lorsque cela arriva, l’automate grinça, tictaqua puis s’immobilisa, son rôle apparemment achevé.

Un silence de mort gagna l’assemblée. Alors, Napoléon se redressa subitement et renversa brutalement l’échiquier! Les pièces roulèrent et s’égayèrent sur un lourd tapis ainsi que sur le carrelage en marbre. Se tournant vers le public médusé, le souverain impérial s’écria:

- Tout ceci n’est qu’un tour destiné à abuser les âmes simples! J’ordonne l’arrestation immédiate du baron Van Kempelen. Soldats, saisissez vous de lui ainsi que de son automate et mettez-les sous bonne garde! Je statuerai plus tard sur le sort de cet escroc!

Comme à la parade, les grognards, commandés par des officiers aux colts anachroniques, vinrent se saisir du baron qui tentait de s’esquiver.

Daniel et ses amis assistèrent à l’arrestation sans intervenir, attendant l’instant propice pour s’emparer du Baphomet. Tandis que Napoléon restait à sa place, Galeazzo di Fabbrini rejoignait le souverain. Auprès de lui, il jouait le rôle de conseiller secret, une sorte d’éminence grise, certes, mais aussi, au-delà de la vulgaire fonction de factotum, celle beaucoup plus intéressante de stratège militaire et de fournisseur d’armes spéciales, des armes fort avancées pour ce début du XIXe siècle, tellement même qu’elles donnaient naissance à une nouvelle chrono ligne!

Lorsque l’automate fut saisi, des soldats le transpercèrent de leurs classiques baïonnettes. Aussitôt, et très inattendu, un être étrange et de petite taille jaillit d’une cloison qui venait de s’ouvrir à la base. Le champion d’échecs, le vrai, essayait de s’échapper! À première vue, il s’agissait d’un nain, mais l’inconnu dissimulait ses origines extraterrestres par le port d’un masque aux traits humains. Malgré cela, Daniel Wu identifia facilement un porcinoïde. De taille réduite, les Marnousiens possédaient une caste de scientifiques et de mathématiciens de premier ordre. Touts étaient dotés de prodigieuses capacités mentales. Notre champion se nommait Nourik. De la même famille que le célèbre Kontiko, le premier xéno physicien ayant découvert les tunnels trans distorsionnels il avait dû s’égarer dans le temps - un égarement provoqué en fait par les manipulations de Johann van der Zelden - et avait été ensuite recueilli par Van Kempelen. Celui-ci, voyant là une aubaine, avait dissimulé le groin et les traits porcins du personnage, devenu son obligé et son esclave, par un masque de cire. Les incroyables facultés du Marnousien n’avaient pas échappé au baron et Nourik qui pratiquait une quinzaine de langues humaines n’avait pas eu le choix. Pour survivre sur cette Terre hostile, il avait dû se plier à cette mascarade.

Ce qui restait du Baphomet, l’essentiel pour notre groupe, avait été entreposé dans une écurie. Ce fut un jeu d’enfants de pister l’engin et de le retrouver. L’Entité laissait donc le champ libre au daryl androïde et à son équipe! Pourquoi? L’appareil qui faisait office de portail menant à d’autres mondes était sous la surveillance d’une dizaine de gardes fortement armés- pistolets et fusils munis de platines à percussion et dotés du chargement par la culasse, un progrès - colts mais aussi mitrailleuses de type Gatling! Ces hommes sans reproche, assommés par les traits de feu des disrupteurs à la puissance minimale ou encore par les prises helladiennes, n’offrirent qu’une piètre résistance aux tempsnautes.

- Trop facile! Marmonna Geoffroy en pénétrant d’un pas circonspect dans l’écurie.

- Oui! Je m’attends à tout! Lui souffla Violetta. Galeazzo dans la partie, cela signifie que tout peut arriver! Des horloges tournant à l’envers, des créatures empaillées qui vont nous attaquer, des monstres à la Viktor Frankenstein surgissant de la mangeoire par exemple!

- Arrête! Tu me donnes la trouille! Trembla Pacal.

- Au lieu de bavasser, dépêchez-vous! Ordonna Fermat.

Maintenant, il ne restait plus qu’à entrer les coordonnées du Baphomet en vue de la téléportation et à donner l’ordre de quitter les lieux au plus vite, lorsque ce qui était tant redouté par la métamorphe survint! Johann et Galeazzo apparurent brusquement, comme surgis du néant, perturbant les ondes de dématérialisation du portail.

- Vous nous attendiez, je pense! Fit le comte di Fabbrini pince-sans-rire.

- Ah! Vous daignez enfin vous manifester! Répliqua Franz qui, instinctivement, s’interposa entre Daniel Wu et Johann.

- Cher Neutre du XX e siècle, que tu veux une fois encore servir de bouclier à celui qui n’est plus tout à fait… humain! Daniel Lin n’a nul besoin de ta protection.

- Johann, tu es capable de toutes les roublardises! Tu es le mensonge! Je le sais et tu le sais! Et tu crois avoir trouvé un pantin à ta mesure!

- Un pantin? S’écria Galeazzo mortifié. Qui ose ainsi me traiter de pantin? J’ai réussi l’impensable! J’ai donné vie à la huitième merveille du monde alors que tu n’existais pas encore, le Bavarois!

- Certes, fit Daniel très maître de lui. Tout cela est vrai. Mais Sarton vous y avait un peu aidé, non? Puis, pris de remords il a enfermé l’Homunculus dans le seul lieu capable de le contenir, dans un cube de Moebius conceptualisé, s’étendant dans toute la Réalité du Pantransmultivers! Dans les Seize Dimensions! Oui, j’admets que vous êtes un bon tâcheron. Mais le génie, c’est Sarton!

Hillerman était sur des charbons ardents.

- Quel jeu joue le commandant? Se demandait l’historien. On dirait qu’il cherche à humilier le comte di Fabbrini. Pourquoi?

- Parce que je ne veux et ne peux m’attaquer physiquement à Johann! Lui lança le daryl androïde mentalement. Ce serait une faute impardonnable. Il me teste et n’attend que cela!

- Comment?

- il veut voir si je suis capable de me contrôler; il veut voir si je résiste à l’aimant d’un pouvoir inouï. Si je parviens à réfréner, à combattre les aspects négatifs de ma personne, il est certain qu’il échouera à m’influencer! Il ne peut avoir de prise sur moi que si je succombe! Désormais, je suis doté de la faculté non seulement de voyager librement dans toute la Création mais également de devenir à mon tour un Créateur. Selon mon caprice, je puis me démultiplier à l’infini, casser, détruire le Pantransmultivers et le recomposer, le façonner à mon image!

- Ah! Mais si vous succombez?

- Il me lie, m’absorbe et m’anéantit! Or, il n’en est pas question!

- Oh! Tu as donc saisi ma stratégie! Éclata de rire Johann. Bravo!

- Vous n’avancez pas masqué, van der Zelden! Bien au contraire!

- Qu’en sais-tu? Tu es trop novice pour appréhender tout ce dont je suis capable!

- Quoi que vous fassiez, vous n’obtiendrez pas de moi ce que vous désirez!

- Avoue donc que tes cellules brûlent, tes oreilles chantent sous l’appel des divines opportunités!

- Personne ne vous a jamais appris à la fermer? Hurla Fermat qui cédait à la colère.

- André, ne soyez pas le maillon faible! Jeta Franz placidement. Van der Zelden a été battu maintes et maintes fois par son opposé, Michaël.

- Je l’admets! Rétorqua avec aplomb l’intéressé. La dernière fois, lorsque je basculai du parapet, l’ami Michaël, le parangon de la vie, s’en mordit les doigts ou ce qui lui en tenait lieu! À la minute précise où je disparaissais de la chrono ligne conduisant à la Grande Catastrophe, il subit, ô stupeur, le même sort!

- Oui! Mais vous vous retrouvâtes tous deux liés dans l’énergie primitive! Asséna Daniel Lin.

- Tout à fait! Or, me voici de retour! Prêt à en découdre une fois de plus! Cependant, je suis déçu! Michaël pratique l’esquive, se cache derrière des bouffons! Il me… craint!

- Des bouffons! Ce type nous qualifie de bouffons! J’aurai tout entendu ce soir! Gronda Fermat.

- Laissez éructer ce triste sire. Recommanda le duc. Il finira par se lasser.

- A la fin, je ramasse toujours la mise, Franz! Tu le sais!

- Ne peut-on en finir avec ce pot de colle? Demanda Geoffroy. Va-t-il se décider à disparaître? A nous tuer?

- Je pense que ce n’est pas là son but immédiat! Souffla Irina.

- Oui… On dirait qu’il cherche à gagner du temps, à couvrir ses arrières, constata et comprit Hillerman.

- Précisément, Johann agit sans doute ailleurs, fit Stankin qui participait à la récupération du Baphomet.

- Alors, Daniel Lin Wu, n’as-tu rien à dire sur la dernière manche que tu perdis tantôt face à ton jumeau?

- Johann, une bataille ne s’achève que lorsque le dernier coup de canon a été tiré! Or, ici, ce n’est pas le cas!

- Sais-tu, très cher, que je ne suis que partiellement responsable de l’existence de cette civilisation mexafricaine qui t’a tant donné de fil à retordre?

- Pourtant, commença André, avec une religion pratiquant les sacrifices humains, j’aurais pensé le contraire! Vous deviez vous y mouvoir comme un poisson dans l’eau! Un monde à votre convenance, à votre semblance! Hideux et mortifère!

- Hélas! Présentement, il est condamné! Il n’a plus son utilité! La civilisation mexafricaine résulte en fait d’une bourde commise par ce sacré et inimitable Nitour Y Kayane, mon homme robot bantou que vous avez rencontré ailleurs et jadis sous les traits de Lothar!

- Pff! Il était tout à fait ridicule vêtu comme il l’était! Pouffa Violetta.

- Jeune métamorphe, inutile de me mentir! Vous n’aviez d’yeux que pour ses muscles!

- Ah! Violetta di Fabbrini Sitruk! Soupira Galeazzo. C’est ça, ma descendance? Je me sens diminué, là!

- Oh! Vieille brebis galeuse, mouton noir, reste poli! Depuis que les di Fabbrini on frayé avec les métamorphes, tu ne nous apparais plus que comme un histrion! Chez nous, désormais, les génies, ce sont les femmes! Et, apprends, mon oncle, que je ne te crains pas! Toutes tes machinations n’ont abouti qu’à cela: une pitoyable chute dans un ravin!

- J’en suis sorti, ma nièce!

- Pas tout seul, mon oncle!

Hillerman, sa curiosité éveillée, reprit la direction de cette conversation qui semblait s’éterniser. Mais qui tenait véritablement les rênes? Qui s’amusait?

- Comment votre homme bionique peut-il être à la source de la Mexafrica? La mort ne peut créer ou alors je me trompe!

- Justement! J’ai besoin d’intermédiaires, le Commandeur Suprême, celui qui sait, les hommes robots! Nitour a détruit trop tôt le cube identificateur de Kongo Moussa ce qui a entraîné le succès pour l’expédition maritime de pirogues d’Abou Bakari II, en 1311. Bravo donc, pour le roi mandingue et pour la période ayant précédé immédiatement celle de Kongo Moussa! À tout cela s’est rajoutée une minuscule perturbation du continuum spatio-temporel avec le « malencontreux » greffon d’une Antiquité dévoyée où Perses, Étrusques et Carthaginois l’avaient emporté sur les Gréco-romains!

- Ainsi, dit Daniel sarcastique, vous expliquez l’existence de la Mexafrica uniquement à cause d’une erreur d’un de vos sbires? Un peu fort, non? Vous n’aviez pas prévu cela? À qui voulez-vous faire croire une telle fable?

- Je ne prévois pas, ex-futur Neutre! Je sais! Pour moi, tout est à la fois, simultanément! Je vois tout! Force toi à faire de même si tu veux me vaincre!

- Ce n’est pas là le but que je recherche. Vous lisez en moi et je ne puis rien vous celer!

- Hum… Un cube de Moebius…Sarton, mort… mais…

- Que dit donc Johann? S’inquiéta Geoffroy.

- Je t’expliquerai en quoi consiste un cube de Moebius, je te décrirai ses capacités, fit Violetta. J’essaierai de rester simple.

Cependant, sous les yeux incrédules des tempsnautes, l’Entité négative disparut de cette réalité-ci, leur abandonnant un Baphomet tout à fait fonctionnel. Avant de rejoindre l’Ennemi, le Maudit lança:

- Dans ce 1808, vous voyez en œuvre ma conception de ce que doit être le Monde! Et celui-ci vous prendra tous dans ses rets, Daniel Grimaud, André Fermat, Irina Maïakovska. Oh! Alors, vous souffrirez, vous vous débattrez pour échapper à cette toile!

- Ils nous laissent, ils nous abandonnent! Ça alors! Ils ont peur de nous ou quoi? S’interrogea Ivan. Je dois rêver!

- Je pense le contraire! Quelque chose d’indicible se trame ailleurs! Et le piège doit être imparable! Soupira André.

- J’en tremble, renchérit Irina. À côté de ce Johann, Zoël Amsq ressemble à un enfant de chœur et Sun Wu au plus grand des naïfs!

- Depuis toujours, nous ne sommes, nous, les humains, que des pions, des cavaliers ou des fous sur cet échiquier transtemporel qu’est le Multivers! Conclut Franz amèrement.

Daniel acquiesça d’un simple hochement de tête. Il semblait préoccupé, ailleurs.

- Puisque nous disposons du Baphomet, autant l’utiliser! Suggéra la métamorphe.

- Oui, pour nous précipiter précisément là où Johann nous attend! Marmonna Geoffroy.

- Avons-nous le choix? Dit Stankin.

- L’avons-nous jamais eu? Ajouta le duc.

- Non! Répliqua durement le daryl androïde. Je puis toutefois vous affirmer que l’Ennemi a renoncé à m’influencer car il a trouvé une proie de substitution: mon frère Daniel Deng!

Un silence pesant s’établit tandis que le transfert avait lieu vers l’Einstein. La partie finale avait commencé et le perdant verrait sa défaite si immense que tout le Pantransmultivers en sortirait bouleversé.

***************

Ainsi, le Baphomet put donc être téléporté et installé. Pourquoi Daniel Wu ne faisait-il pas profiter ses amis de sa transdimensionnalité, nous direz-vous? Cela aurait été tellement plus simple! Mais ce don, si c’en était bien un, mettait la vie des humains normaux en danger, s’ils se trouvaient à l’intérieur d’un tunnel transdistortionnel sans protection aucune. Déjà, permettre à la navette Einstein de franchir les interstices entre les mondes, alors qu’elle ferait à la fois office de vaisseau et de bouclier ne serait pas sans risques!

En attendant, le Baphomet fut relié à l’IA du bord et au commandant Wu lui-même, passé en mode ordinateur. Son cerveau positronique avait été connecté à l’Intelligence artificielle.

En pressant le symbole de l’Opabinia d’un geste sûr, le daryl androïde ordonna également l’établissement de la « vitesse » supra hyper luminique 17, soit la pleine puissance, tout cela d’une voix sans timbre.

Alors, le vaisseau entama un fantastique voyage, un périple inimaginable dans lequel tous les passagers furent sévèrement secoués à travers les méandres tubulaires labyrinthiques, bien que les compensateurs inertiels fussent opérationnels à 200%! Les boyaux s’enchaînaient et s’enchaînaient encore, en avant et en arrière, dans des coudes, des renversements brutaux. La navette cahotait à l’intérieur de bifurcations incroyables et indescriptibles de l’Histoire de la Terre et de son Vivant avant de repartir de l’avant, une fois atteinte la ligne d’évolution adéquate, celle qui avait entraîné le triomphe des Opabiniens et de leurs descendants au sein d’un Univers dévié de plus de 75% par rapport à celui qui nous était habituel et ce, en deçà!

« Auparavant », le Raptor de feu de Zoël Amsq avait connu la même fabuleuse aventure mais sans le Baphomet, le couplage du bio translateur avec l’IA et les moteurs suffisant amplement. En quittant la Mexafrica Sir Charles Merritt avait été scandalisé. Des sentiments de sa part? Non! Tout simplement du pragmatisme!

- Zoël, que faites-vous? Nous sommes en train d’abandonner nos hommes, notre flotte de combat, notamment les appareils volants de nos mercenaires du XX e siècle! Jamais les vaisseaux spatiaux de vos Haäns ne pourront nous suivre sans le recours du bio translateur dans le déplacement spatio-temporel impensable que nous allons entreprendre! Nous nous retrouverons isolés et, en cas de coup dur, nous ne pourrons alors compter que sur nous-mêmes!

- Oui! Mais nous sommes de taille! Que les autres se débrouillent!

- Il y a peu vous avez reconnu que les Raptors ordinaires sont peu résistants, uniquement conçus pour la bataille. Certes, ils sont dotés de la capacité d’occultation mais ils ne peuvent dépasser, lorsqu’ils sont en déphasage, la vitesse supra luminique 4! Cette vitesse use beaucoup d’énergie et l’occultation aussi!

- Les cristaux d’Orona n’ont pas la faculté de régénération! Est-ce ma faute? Je ne suis pas Daniel Lin, moi! Tchang Wu n’a pas voulu que je fusse un génie! Il m’a toujours ignoré, méprisé! Sous le fallacieux prétexte qu’il était trop pris par ses recherches, ses conférences, ses cours! Ma mère, de même! Et, pour montrer que j’existais, désespérément, je ne savais plus quoi inventer! Je voulais un vaisseau-scout à dix ans? Hop! Le lendemain, je l’avais! Je volais des plans d’IA? Et allez donc! Le soir du délit, Tchang venait me chercher au centre de détention et me payait un voyage touristique cinq étoiles jusqu’à Marnous! Je passais huit jours à m’enivrer et à tout casser dans les bars crapuleux de Mondani et le matin après ma virée, j’évitais d’un poil les travaux forcés sur la planète Shôther IX en terraformation! Franchement, était-ce de l’amour que de me récompenser pour les sottises les plus graves que je commettais? J’appelais au secours et aucun de mes deux géniteurs ne comprenait! À vingt ans, j’étais devenu une petite frappe, un trafiquant sans foi ni loi, sordide et intouchable à la fois, fort de mon impunité, me croyant immortel, brûlant la vie par les deux bouts, entouré du harem le plus exotique qui soit, à la tête d’une association criminelle redoutée. Eh oui! J’étais en relation avec toute la crapule du secteur NV24, sur plus de soixante parsecs. Je perdais le sens de la mesure, frimais tant et plus et fus abattu en plein vol par mon propre bras droit et complice qui ambitionnait ma place! Je n’avais pas su voir venir le coup! Ce traître avait passé un accord avec les Mondaniens. Oh! Évidemment, il me succéda! Il régna sur la pègre deux ans, deux longues années. Revenant du futur, je me vengeais, le dépeçais et dévorais son cœur! Voilà donc qui je suis en réalité, moi, Daniel Deng Wu! Alors, des scrupules? Des états d’âme? De la… compassion? Mais vous plaisantez, Merritt!

- Par Satan! Vous m’avez menti! Et ce, depuis le début! Et vous m’avez entraîné dans votre histoire de vengeance personnelle! Vous n’êtes pas un descendant des Atlantes! Encore moins un Haän!

- Eh oui! Vous le machiavélique professeur de mathématique Charles Merritt, vous qui inspirerez Conan Doyle, je vous ai roulé! Ah! Si vous désirez quitter mon vaisseau maintenant, vous êtes libre de le faire!

- Vous m’avouez tout cela devant vos hommes? Et ils ne se mutinent pas? Ils n’en informent pas votre Empereur Tsanu XV?

- Sir Charles, je n’ai pas de maître! Hurla Zoël, hors de lui. Mes guerriers ne comprennent pas l’anglais classique! De plus j’ai pris soin de brouiller le traducteur universel. Vous n’avez plus qu’à apprendre la langue de la huitième caste Haän pour être compris et retourner ces chiens fidèles!

- Vous êtes fou! Totalement!

- Vous aussi! La soif de puissance qui vous possède est aussi forte que la mienne; vous voulez une part du gâteau qui se présente à nous grâce à toutes mes manœuvres! Vous l’aurez si vous restez et vous taisez!

- Comment puis-je croire en votre parole puisque vous n’en avez pas?

- Un risque à courir! Après tout, vous en avez l’habitude! Au fait, Tsanu XV, très cher, connaît ma véritable identité! Il n’est pas dupe non plus! Je le sers, mais en partie! Et il se sert de moi! Chacun est conscient de ce gentleman agreement provisoire! Le dernier coup sera vital pour tous! Au sens propre et figuré! Pour l’instant, je vais me contenter de commander à mes commensaux de me suivre sans occultation. Une nouvelle objection de votre part?

- Vous savez tout comme moi que cette précaution restera insuffisante!

- Mon but l’exige, Sir Charles! Le personnel des vaisseaux de mon escorte mourra glorieusement! Mais il a été créé pour se sacrifier! C’est dans les gènes des guerriers Haäns après tout!

- Tous ces navires qui vont s’étirer d’abord, se désagréger ensuite dans l’espace-temps, plus exactement dans le vortex multidirectionnel engendré par le bio translateur quel… gaspillage!

- Oh! Mais dites donc? L’âge vous a amolli le cœur et le cerveau! Ou alors, est-ce le fait de l’approche de la victoire? Vous réagissez à l’inverse des rats qui quittent le navire avant qu’il coule! Vous, vous êtes tenté de me laisser choir alors que le triomphe est là!

- Je préfère ne pas relever vos derniers sarcasmes, Zoël!

- Il vaut mieux pour vous!

Merritt se tut, liant désormais son sort à cette ordure de Daniel Deng Wu. L’Anglais venait de comprendre qu’il n’avait plus aucune porte de sortie, hormis la mort. Et il estimait que c’était bien inadéquat de quitter la scène à deux coups de la fin de la partie…

Programmé à pleine puissance par son IA dans laquelle Amsq avait rentré les coordonnées de la déviation opabinienne, le bio translateur généra à l’avant du Raptor de Feu une singularité - trou de ver - qui devait permettre le déplacement du vaisseau vers le monde terrestre dévié d’environ 75%.

Après occultation, le Raptor fut avalé par le vortex et les autres vaisseaux de guerre Haäns, docilement, tentèrent de lui emboîter le pas. Naturellement, là aussi, le déplacement fut chaotique et labyrinthique, mais Zoël avait parfaitement programmé, à la décimale près, - ceci grâce aux données fournies par le chrono vision - l’ampleur de la déviation spectrale temporelle.

On pouvait toutefois se demander comment la structure du Raptor de Feu résistait alors, qu’officiellement, elle était similaire à celle des autres Raptors Haäns. L’intégration du bio translateur au moteur et à l’IA n’expliquait pas tout. En fait, Amsq était parvenu à fusionner l’IA du bio translateur à celle du Raptor de Feu, lui transmettant ainsi les mêmes capacités, la même résistance, les mutations incessantes d’une matière recomposée en continu selon les besoins et les aléas du voyage fabuleux!

Maintenant, l’humain dévoyé, gangrené jusqu’à la moelle par un surmoi envahissant, s’occupait du pilotage tandis que Merritt attendait pour intégrer le disque mémoire volé dans la pyramide d’Ogo dans l’appareil.

Que se passait-il précisément? Le bio translateur donnait au Raptor de Feu des facultés transcendant les lois de la physique. Il était comme sublimé par une volonté supérieure, une nécessité contingente! Y avait-il donc intervention indirecte de l’IA des Olphéans qui, déjà, autrefois, avait poussé Stankin à créer le bio translateur? Ou bien s’agissait-il de Michaël? Ou plus redoutable encore, l’Ennemi lui-même?

Comme prévu, les Raptors de l’escorte furent promptement avalés par le vortex et détruits presque aussitôt. Les équipages Haäns, pris dans des distorsions contraires, impuissants à s’extirper de ce piège, connurent une fin atroce qu’ils ne méritaient pas. Étirés sur plusieurs plans spatio-temporels simultanément, en avant et en arrière, ralentissant ou, au contraire, accélérant, intégrant des hétérochronies multiples en puzzles, se combinant dans tous les êtres et les états potentiels de la matière et du vivant, ils se virent, oui, ils se virent mourir, se désagrégeant, s’éparpillant à l’infini sur tout le continuum, conscients, hélas, jusqu’au bout du phénomène, ressentant jusqu’à l’extrême limite l’écartèlement, la terrible et abominable souffrance!

« A présent », le Raptor de Feu était ballotté à l’intérieur d’un écheveau improbable de temps déviés, de civilisations potentielles, inconnues, à peine conceptualisables, sitôt évanouies qu’évoquées, dans des sphères d’une variété inouïe! Des symboles mosaïques inconcevables paraissaient se constituer justement parce que le Raptor se trouvait là, tout en se démontant, portions absolument fragmentaires et non aléatoires de temps alternatifs, bientôt revenues aux limbes alors que frôlées et abandonnées promptement. Et, chaque chrono ligne non empruntée, dans ce labyrinthe tubulaire traversé à l’envers par le vaisseau de Zoël , était aussitôt condamnée à l’effacement, parce qu’inutile.

À l’intérieur du Raptor, les membres du vaisseau s’étiraient rétroactivement en un infini qui décomposait et réassemblait leurs particules, par-delà le fameux mur de Planck. Eux-mêmes, toujours vivants, toujours conscients, toujours en possession de leur libre arbitre, devenaient une mosaïque immense, sans frontières ni limites, pixélisée en un prisme de sept, puis de douze couleurs. Puis, le camaïeu se compliqua en une infinité de teintes.

La main de Zoël, surmultipliée en tous ses âges, devenue théorie, de la cellule fécondée unique totipotente au squelette fossilisé, et états de la matière, depuis le quark jusqu’aux atomes les plus lourds et les plus éphémères, sans oublier les différents stades du vivant, tous les types de membres et appendices inimaginables, du cil vibratile à la terminaison gazeuse ou cristalline, la main de Zoël disions-nous, pilotait digitalement l’IA du bio translateur fusionnée à celle du Raptor.

Parallèlement, du disque de la pyramide d’Ogo, sortaient d’impossibles combinaisons géométriques, qui, converties en langage informatique, s’affichaient sur un écran tridimensionnel. Tout cela paraissait subitement bien prosaïque et ordinaire. Pourtant, les ADN se recombinaient bien sans cesse en une suite d’images psychotiques.

Alors, si escompté et redouté, un hologramme apparut au moment adéquat sur un plot du bio translateur un être mouvant qui symbolisait une entité protéiforme de toutes les unités de vie dominantes des mondes traversés dans le vortex, entité qui se métamorphosait constamment, jamais en repos, se remodelait continûment, ce qui prouvait que tout fonctionnait parfaitement, et se rapprochait insensiblement des « monstres » dominant la Terre pour laquelle le Raptor avait sa destination programmée. L’être affichait donc tous les âges et stades à la fois, ce qui réjouissait Daniel Deng.

« La totipotence du bio translateur me guide en incarnant une réplique de forme de vie qui se recombine sans cesse au fur et à mesure que j’approche de mon but! Merritt subjugué par le phénomène, a perdu toute velléité sentimentale! Je pourrais me contenter de ce que j’ai déjà obtenu… mais c’est mal me connaître car je veux un triomphe sans égal, un pouvoir sans frein! Comment mon clone, Daniel Lin peut-il me rattraper et me contrer désormais? Je dois toutefois rester sur mes gardes car mon succédané possède un esprit plein de ressources! Aiguillonné, meurtri, au bord du précipice, il a dû certainement recourir à l’impensable… oui, je l’ai percé à jour! Il a débridé sa transdimensionnalité! En faisant cela, il s’est condamné! ».

Tandis donc que Daniel Deng voyageait presque librement dans le Pantransmultivers, la Vie, violée, se tordait et hurlait, ne renonçant pas pour autant à rejeter le criminel, l’assassin sans scrupules. Le mécréant allait périr, regretter son délit monstrueux. Acculée, n’ayant pas d’autre choix, elle osa s’allier avec son Ennemie intime, l’Entropie, pour perdre le présomptueux et faquin Daniel Deng Wu! Ainsi, l’orgueilleux fils de Tchang courait bel et bien à sa perte, se précipitait dans le piège qu’il avait lui-même tendu, avec le sourire, un piège qu’il avait patiemment, soigneusement élaboré et mis au point durant soixante années terrestres! Son sort, dans le Grand Livre de l’Histoire, était déjà réglé! Il était déjà mort! Il allait mourir et sa fin serait à l’aune des plus infâmes traîtres, des plus odieux tyrans et criminels des opéras italiens et des romans populaires! Un tombeau à sa mesure! Voilà ce qui l’attendait… à moins que tout ceci ne fût qu’une illusion, un scénario cauchemardé par un joueur dissimulé Outre Nulle Part…

Parallèlement aux phénomènes déjà abondamment et prolixement décrits, des symboles des différentes civilisations potentielles étaient matérialisés, à la fois à l’intérieur et hors du bio translateur. Les architectures et objets cultuels ou technologiques mexafricains du point de départ du Raptor de Feu étaient remplacés par des bâtiments et des autels de conception de moins en moins familière, et s’éloignaient davantage des fabrications humaines, primates, mammaliennes, et même vertébrées! À chaque picoseconde, l’être protéiforme se rapprochait de la famille des arthropodes, passant sans heurts de l’échinoderme à l’insectoïde, de l’arachnide au crustaçoïde!

Enfin, la réplique parfaite d’Opabinia, tant espérée, fut! Le Raptor de Feu put donc repartir vers l’avant, sûr désormais de sa route, de la chrono ligne toute droite et rectiligne. Il atteignit la version terrestre des Odaraïens. Ainsi, le valeureux vaisseau de Zoël Amsq put se rematérialiser au centre d’une extraordinaire cathédrale de moire arachnéenne, aux dentelles fractales d’une sublime beauté non humaine.

Avec soulagement, Daniel Deng désocculta le Raptor. Satisfait, il constata qu’il baignait dans un milieu semi liquide, fort épais.

La cathédrale de moire communiquait avec une immense bulle grâce à une écluse que le vaisseau franchit sans encombre. Les Opabiniens ne réagirent pas à la vue de cet intrus monstrueux, synthétique, qui, bientôt, s’immobilisa, suspendu sous la coupole de ladite bulle alors que le roi prêtre arthropoïde officiait, rendant un culte à la spore de totipotence, l’ultime pièce convoitée du bio translateur, maléfique invention ou création d’un être assurément immature ou inconséquent! Parlons-nous en cet instant de l’IA des Olphéans? Sans doute! Inhumaine, cherchant son créateur, voulant se transcender, elle avait assurément commis une faute en éparpillant ces petites sphères irisées dans tout le Pantransmultivers!

Or, à l’étonnement puis à la fureur de Zoël, l’IA de son Raptor lui signala, fort inopportunément, qu’il y avait présents sous la bulle des êtres humanoïdes, des unités carbones, maintenus prisonniers par un champ de force de protection afin de les préserver du milieu semi aqueux, ainsi que des êtres d’énergie. Daniel Deng s’exclama, ne sachant plus pour quelle attitude opter:

- Tsanu XIII, les p, les Velkriss et les Castorii sont bien au rendez-vous! Je les avais oubliés, ceux-là! Avec même ces foutus saint-bernards du Langevin! Encore un pas, un seul et ma victoire est totale, Sir Charles! Quoi qu’on en dise, je suis béni des dieux! Mes alliés vont en avoir pour leur argent!

Merritt préféra ne point répondre et enfiler, comme la garde rapprochée Haän de Zoël d’ailleurs, une combinaison adaptée à la densité semi aqueuse de ce monde. Naturellement, les armes de poing et de feu ne furent pas oubliées. L’objectif n’était-il pas d’attaquer les prêtres de Binopâa et de voler la sphère nacrée?

Sortant de la protection de son vaisseau, Daniel Deng voyait s’échapper une fumée âcre du cylindre de nacre au-dessus duquel la pince du roi maintenait la spore.

« Fantastique! Songea-t-il, prêt lui-même à succomber au merveilleux spectacle. Il y a donc là une source chaude sous-marine, celle où vivent les vers géants à tête rouge et où se développent et prolifèrent les archéobactéries thermophiles anaérobies! Les Opabiniens savent donc que ce milieu est une des zones d’origine du vivant terrestre! La source de vie de cette planète! ».

Les p escomptaient bien que Zoël allait tromper tout le monde. Ne lisaient-ils pas dans ses pensées les plus secrètes depuis le début? Tandis qu’ils s’unissaient pour affaiblir le champ de contention, Daniel Deng risqua le tout pour le tout! Ordonnant à sa garde de rester en retrait, il osa se montrer aux Opabiniens avec celui qu’il nommait, il y a peu encore, partenaire.

Or, cette arrivée inattendue surprit Mathieu, Lorenza et Benjamin. En effet, les combinaisons des deux intrus rappelaient l’armure Asturkruk de combat; elles intégraient des défenses semblables à celles utilisées par Kraksis et consort.

Enfin, comme au ralenti, les Opabiniens se décidèrent à sévir. Ils partirent à l’assaut des deux intrus. Mais Sir Charles et Zoël eurent amplement le temps de répliquer!

Alors qu’un combat s’amorçait, un de plus nous reprocherez-vous, deux humains contre une théorie d’arthropodes, ou pseudo arthropodes surdimensionnés, la situation se compliqua car deux événements ou incidents se produisirent:

- la rupture voulue du champ de contention, rupture provoquée par les p, avec la bénédiction ou du moins l’accord tacite de l’IA des Olphéans, ce qui provoqua une ruée générale, et cette fois-ci accélérée de tous les chasseurs de la sphère;

- l’arrivée inopinée de l’Einstein au moment le moins opportun, rematérialisation cependant repérée immédiatement par le Raptor de Feu qui, aussitôt, attaqua furieusement la petite navette!

Comment donc l’Einstein pouvait-il faire le poids face à un vaisseau quarante-cinq fois plus grand au bas mot et disposant d’une puissance de feu six cents fois supérieure? Même avec André Fermat à la défense tactique, Daniel Lin au pilotage, Antor et Kiku secondant André, personne n’aurait donné un Yuan en faveur du vaisseau de l’Alliance des 1045 planètes!

Or, le commandant Wu avait capté un message mental de Mathieu, de Lorenza, de Benjamin mais également de l’IA Suprême. Cette dernière lui souhaitait la bienvenue! Tout simplement! Était-ce de l’humour involontaire?

Tandis que Stankin, André et Franz devaient se débrouiller tant faire se pouvait pour tirer la navette de la nasse, le daryl androïde, Antor et le chef de la sécurité tentèrent une sortie afin de porter secours aux otages du Langevin! Uruhu s’occupait des boucliers du vaisseau terrestre, désormais Stankin pilotait, André se démenait comme un beau diable, usant et abusant des rayons phaseurs destinés au Raptor qui menaçait l’Einstein, fragile vaisseau égaré dans ce monde hostile. Plusieurs tirs aboutirent dans l’eau.

Au sol, un désordre indescriptible, un Capharnaüm biblique! Les Opabiniens défendaient leur précieuse spore de toutes leurs pinces. Les Haäns, les Castorii et les p partaient et revenaient à la charge dès un recul temporaire amorcé. Dans cette bataille, tous semblaient oublier les membres du Langevin. Chtuh, Warchifi, Sitruk, Kutu et les autres essayaient de rester en retrait devant une IA de plus en plus indifférente. N’avait-elle pas obtenu la présence de Daniel Lin?

On le sait, Zoël Amsq abhorrait tout risque physique. Ce fut pourquoi il ordonna à Sir Charles de prendre Mathieu en otage. Puis, il émit un signal de téléportation qui fit se joindre à lui la quasi-totalité de sa garde rapprochée; or, tandis qu’il croyait triompher, son jumeau Daniel Lin se rapprochait dangereusement!

***************

jeudi 2 juin 2011

Mexafrica 4e partie : Mexica mfecane chapitre 31

Chapitre 31

Terre opabinienne, indatable, indéterminable, dépassant de loin toutes les expériences temporelles des membres du Langevin. L’atmosphère y était liquide, voire visqueuse et la température moyenne ambiante frôlait les moins cent degrés Celsius! Comment, sur une planète aussi froide, la Vie avait-elle pu se développer? Comment avait-elle pu s’y maintenir et évoluer jusqu’à atteindre la Conscience? Cela était hors de l’entendement!

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Et pourtant, partout, on voyait des cités splendides, sous la forme de coquilles de cristal, aux mille lumières irisées, ou encore d’énormes bulles géantes pareilles à des graines de fruits exotiques. Dans cette atmosphère épaisse, semi liquide, les Opabiniens flottaient avec une grâce certaine, allaient et venaient, crustaçoïdes effarants, effrayants, à cinq yeux et à penta gouvernail également, munis d’une trompe pince acérée, bien plus terrifiants que le plus menaçant des Velkriss!

Certains, appartenant manifestement à une classe supérieure, une société régie par les castes ?, présentaient des antennes semblables à celles des langoustes et des homards communs d’une autre Terre.

Mais comment se nourrissait l’espèce dominante de ce monde? Le gibier des Opabiniens, leur ennemi, était représenté par des créatures caparaçonnées, espèce intermédiaire entre les trilobites et les limules, à la queue aiguillon qui distillait un suc capable de dissoudre les carapaces les plus épaisses et les plus résistantes.

Dans cette faune innombrable et diverse, les « scorpions de mer » à trois paires de pinces n’étaient pas en reste. Leur taille excédait largement les cinq mètres. On avait l’impression que toutes les créatures qui peuplaient ce monde étrange se mouvaient au ralenti, mais il n’en était rien! Ce milieu semi aqueux, aux pressions élevées, trompait les sens. En réalité, le rapport temps différait de celui de la Terre humanoïde.

Sur cette planète-ci, les chordés n’étaient en fait jamais apparus! Opabinia avait survécu et vaincu Anomalocaris, donnant ainsi un équivalent de la civilisation odaraïenne et ce, par convergence évolutive! Un spectacle rêvé pour un xénobiologiste!

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Dans des fermes aquacoles, les Opabiniens élevaient des mollusques et des vers géants qui servaient à fertiliser les sols. Des algues semi terrestres y étaient également cultivées avec soin. Ces algues étaient ensuite converties en énergie calorique alimentant les incroyables et merveilleuses cités opabiniennes.

Tous les Haäns transportés sur cette planète terre déviée, y compris Tsanu XIII, ayant repris conscience mais toujours aussi peu libres de leurs mouvements, croyaient revivre l’époque cruelle où Binopâa occupait Haäsucq, cet ennemi dieu repoussant tant haï dans la mémoire collective de ces vaillants et honorables guerriers. Quant aux Velkriss, ils voyaient là simplement leurs cousins et avaient ainsi la preuve que le but de leur souveraine bien aimée Shi Ka Aa Ta était juste! Peupler le Panmultivers d’arthropoïdes à son image!

Tous les otages de l’IA Suprême des Olphéans supportaient sans dommage ce milieu semi liquide parce que tous avaient été revêtus de combinaisons appropriées, adaptées aux différents organismes, combinaisons d’une technologie des plus avancées puisque capables de se configurer en fonction de la morphologie et du métabolisme de leurs hôtes, quelle que soit l’espèce à laquelle ils appartenaient. Les p, quant à eux, n’avaient pas eu besoin de ce support.

L’IA, avec une émotion inattendue - ressentait-elle donc, éprouvait-elle finalement des sentiments? - transmit ce qui suit à ses « invités »:

- Je vais vous montrer le culte rendu à mes spores sur cette Terra nouvelle et inconnue de vous. C’est édifiant! Ainsi vous comprendrez mieux mon rôle au sein de la Supra Réalité! Oui, l’Impulsion Première devra céder à ma requête!

Instantanément, tout ce groupe hétéroclite fut transporté à l’intérieur d’une vaste bulle.

Au-dessus d’un cylindre de nacre fumant, le roi prêtre Binopâa, revêtu d’une chlamyde d’écailles de wiwaxidés - limaces cuirassées qui formaient le gibier favori de ce souverain - tenait au bout de sa pince une sphère opalescente qui brillait d’un halo changeant, un camaïeu mouvant, mosaïcal, prismatique.

C’était une scène d’une beauté inouïe, de laquelle émanait une féerie incroyable, une irréalité digne des plus fantastiques chimères.

Les dignitaires se prosternaient devant l’objet sacré. Tous vibraient à l’unisson, partageant cette émotion, cette foi. Ils produisaient des claquements et des crissements grâce à leurs palpes de crustacés, à leurs antennes et à leurs pinces bouches. Ce langage des plus complexes fut traduit par l’IA Suprême des Olphéans à l’adresse de ses hôtes.

- Gloire à Toi, spore du Grand Ensemenceur! Tu es notre Créateur! De toi provient toute Vie! À toi retourne toute larve!

Lorenza di Fabbrini était passionnée par cette scène. Mais les Opabiniens ne percevaient pas la présence des intrus car ces derniers se mouvaient dans un autre plan d’existence de par le fait de la volonté de l’IA. En partie immobilisés, les Velkriss avaient également recouvré leur conscience. Fulminant d’impatience, ils voulaient rompre le champ lumino- temporel qui les isolait et s’emparer de la spore catalyseur de totipotence qu’ils convoitaient depuis des millénaires. Pour eux, elle représentait la survie de leur Empire, sa pérennité sa prospérité et ce, dans toutes les chrono lignes!

Cependant l’Entité olphéane était parfaitement consciente des velléités de Shi Ka Aa Ta. Ce fut pourquoi Benjamin et Lorenza reçurent cette mise en garde de l’IA Suprême.

- Attention aux Velkriss! La reine tente de rompre son isolat et d’entrer en communication avec le souverain prêtre opabinien! Quant à Tsanu XIII, investi par la puissance de la Dimension p, il ambitionne lui aussi la possession de la spore, mais à son seul profit!

- Contrez toutes ces manigances, vous le pouvez! Jeta mentalement Sitruk.

- Certes! Mais il y a plus grave, poursuivit l’IA Suprême. Présentement, Tsanu se retrouve également par une autre force supra humanoïde qui œuvre à la rupture de la contention que j’ai mise en place.

- Que pouvons-nous faire dans ce cas? S’inquiéta la doctoresse.

Mathieu, dont tous les sens étaient activés, vint ajouter une touche de noir à ce sombre constat.

- Là! Un signal caractéristique de téléportation! D’autres adversaires entrent dans la danse! Malgré leur équipement spécifique, ils peuvent être repérés par les Opabiniens car ils ne sont pas déphasés comme nous!

Effectivement, deux silhouettes en tenues semblables à celles des Asturkruks se matérialisaient.

Se trompant, émue, Lorenza murmura:

- Le commandant Wu…

- Non! Lui répondit sèchement l’Entité olphéane. Observez attentivement les visages.

Alors, elle transmit aux humains les faces qui se dissimulaient derrière les écrans des armures. Benjamin sursauta.

- Zoël Amsq! J’ai vu des portraits holographiques du Haän présentés par les amiraux Trabinor et Venge! Mais qui est donc l’autre type qui l’accompagne? Il porte une sorte de disque comme ceux des mémoires helladiennes!

- Sir Charles Merritt, fit Mathieu.

L’enfant avait été renseigné mentalement par l’IA Suprême.

Comme le craignait le fils de Daniel Lin, les Opabiniens réagirent brutalement à l’arrivée des nouveaux intrus non occultés. Instinctivement, ils projetèrent leurs trompes pinces. Zoël Amsq répliqua à cette attaque défensive en lançant des appendices préhenseurs qui vinrent enserrer et couper les outils de prédation de plusieurs autochtones. Or, juste à cet instant, le champ de contention se rompit! Instantanément, Velkriss, Haäns, Castorii et p, échappant donc miraculeusement au contrôle de l’Entité artificielle, se ruèrent à l’assaut de la spore dans le plus grand désordre.

Quelle puissance venait marquer ce monde de son empreinte négative et destructrice? De plus, cette intervention maléfique pouvait avoir des conséquences inattendues ailleurs, dans le pyramidion.

***************

Comment Zoël Amsq et Sir Charles Merritt avaient-ils pu se téléporter sur cette Terre déviée de près de 76% alors qu’un peu auparavant, ils étaient encore dans la salle du Trésor du Moro Naba de Texcoco tandis que le combat pour le disque mémoire s’amorçait à peine? Est-il utile de rappeler que le temps, surtout ici, est plus que relatif? C’est un temps ressenti, imaginé, étiré ou bien ralenti à l’excès! En fait, tout ce qui était en train de se passer était simultané!

Nos deux machiavéliques personnages étaient logiquement postérieurs de quelques heures voire de quelques minutes à l’affrontement qu’il nous faut maintenant raconter avec un luxe de détails que, certainement, vous ne nous reprocherez pas!

Anta, à qui plus personne ne prêtait attention, venait de s’échapper!

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Tentant de rejoindre son maître Sir Charles, il criait qu’il voulait se rendre à Merritt. Tout cela en langue Sami naturellement. Quelle imprudence! N’étant plus à couvert, le Lapon reçut plusieurs balles qui le foudroyèrent, d’origine russes, nazies, américaines et françaises! Il mourut sur le coup son visage n’ayant pas le temps de marquer sa stupeur.

À la mort de son fidèle serviteur, Cornelis perdit le peu de sang-froid qui lui restait. Crûment, il accusa Violetta et Ivan de ne plus avoir protégé son domestique. Or, les deux adolescents avaient de bonnes excuses. Ivan se battait et, pour la première fois de sa vie, utilisait des armes meurtrières. La jeune métamorphe usait de toutes ses ressources pour ne pas être blessée et rester vivante.

Tout en ciblant Daniel Wu, chaque camp visait également les autres, canardant ses adversaires, tirant sur les murs, les stèles, les statues, les sarcophages et autres objets précieux, détruisant les plus belles pièces de ce lieu autrefois sacré et inviolable, se montrant ainsi d’une barbarie inouïe qui prouvait que rien n’était respecté. Les balles moissonnaient leurs victimes, ricochaient partout, blessant et détruisant le plus souvent, tandis que les douilles jonchaient les dalles et que l’odeur de cordite vous saisissait la gorge, vous faisant tousser. Les phaseurs et disrupteurs chauffaient, prenaient une belle teinte orangée, l’ozone se mêlait à la poudre, tout cela au milieu d’un brouhaha infernal, au cœur des pang et des bang, des zii stridents et des hurlements, des invectives, des insultes proférées en différentes langues, des cris de douleur et d’agonie!

C’était à qui se montrait le plus déterminé, aliénant sa part d’humanité, le plus obstiné et le plus sauvage. Cependant, au milieu de ce combat empli de folie, l’autel central demeurait inaccessible ou presque.

TQT, au sommet de la fureur et de l’exaltation, criait et éructait avec son inimitable accent sudiste:

- Fumier d’Heinrich! Rascal! Bastard! Tu vas me payer ta trahison de la vingt-cinquième heure!

Fouchine, quant à lui, jetait:

- Salauds de yankees! Venez donc me prendre le duc Von Hauerstadt si vous en avez le courage! Nos vaillants soldats du KGB valent cent des vôtres! Et vous le savez! Votre otage indien, il ne vous sert à rien! C’est du pipi de chat!

- Ruskoffs pourris, avalez-moi ça! Rétorqua il Condottiere en balançant une grenade sur le commando soviétique.

Cependant, au milieu de cette tuerie désorganisée, les Russes avaient réussi à prendre à revers les Américains mais se retrouvaient ainsi face aux SS qui, sans un frémissement, flambaient aux lance-flammes leurs ennemis. Telle une Walkyrie survoltée, déchaînée, ayant depuis longtemps abandonnée son vernis de femme du monde, Lady Alexandra maniait cette arme terrible avec une maîtrise remarquable!

Partout le sang, la fumée, les gémissements, la mort!

TQT, malgré ses rodomontades, refusait de s’exposer et tentait de se mettre à l’abri. Il n’avait nullement l’intention de mourir glorieusement. Désormais un peu en retrait, il menaçait d’exécuter Pacal si Daniel Wu ne se rendait pas à ses troupes. Perdant lui aussi tout sens de la mesure, il exigeait également qu’on lui remît le disque mémoire.

Tobias Nobengula et Augustus Geschenk, profitant d’une seconde jeunesse grâce à leurs combinaisons spéciales, se croyaient invincibles. Avec un bel ensemble, les deux sexagénaires exécutèrent un magistral roulé-boulé et se retrouvèrent au cœur de la mêlée sans que leurs cœurs battissent plus vite!

Las pour eux! Les balles crépitaient tout autour d’eux et l’une d’entre elles atteignit le Noir à la jambe! Mais l’Africain se mit à ramper tel un pro tout en tirant, abattant ainsi un para de Serrucci, puis un SS. Magnifique exploit, n’est-ce pas?

Mais son triomphe fut de courte durée. Son pied valide accrocha l’aspérité d’une dalle faussement anonyme! Un piège fut actionné. Alors, au grand dam de l’homme politique, deux panneaux basculèrent, se refermant sur leur proie. Tobias s’était redressé malgré la douleur, poussé par l’instinct. Mais il ne put réchapper au mortel mécanisme. Un claquement termina le basculement, si sonore que le bruit se répercuta

sur trois niveaux. Le Noir fut écrasé, réduit en bouillie, victime de cette sorte d’attrape-mouches géant!

Son ami ne fut pas mieux loti. À la suite de son roulé-boulé, l’Allemand avait perdu ses lunettes. Désorienté, il glissa vers la gauche, là où les Haäns de Zoël faisaient chauffer leurs phaseurs. Immanquablement, devenu une cible facile, il fut atteint par quinze tirs orangés à la fois! Autant dire qu’il ne resta rien pas même un atome, encore moins un flocon de cendre d’Augustus! Ah si! Une vague trace d’ozone!

Paniquant à la vue de la mort de deux compagnons et complices de l’ultralibéralisme, comprenant qu’il n’était pas de taille face à des soldats professionnels longuement entraînés, Olympio eut soudain l’ardente envie de fuir au plus tôt ce lieu maudit! Il accomplit le seul geste qui le condamnait sûrement: avec fébrilité, il actionna le téléporteur endommagé de sa ceinture!

Et… il éclata, se fragmentant en lambeaux sanglants écœurants, monstrueux, chairs innommables et tourmentées, brûlées, organes et tissus épars qui s’en vinrent se rematérialiser un peu aléatoirement au cœur du pyramidion! L’épouvante gore à l’état pur. Restes de tronc amalgamés au plafond, fragments à peine reconnaissables de bras et de jambes souillant les marches de l’autel, ou encore mêlés à une colonne, tête décapitée, la surprise se retrouvant suspendue telle une horrifique breloque à la lance d’une statue chryséléphantine du dieu renard Ogo, le jamais si bien nommé!

Toujours en vie, Pavel Pavlovitch, au top du top, voyait ses hommes tomber et Lady Alexandra se rapprocher dangereusement de lui. Il ignora superbement Hillerman qui, de son côté, agissait de même. Le Soviétique délaissa alors momentanément sa Kalachnikov pour se saisir de son pistolet automatique. Soigneusement, il visa l’aristocratique partisane d’Oswald Mosley et du BUF qui, souventes fois, avait pris le thé avec le duc de Windsor.

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La belle aryenne reçut de plein fouet une balle qui alla se loger dans ce qui lui tenait lieu de cœur! Joli cadeau, non, de la part de ce splendide tireur d’élite du KGB !

Choqués et furieux, Heinrich et son grand-père Dieter Karl se précipitèrent vers la mourante, et, oubliant toute forme élémentaire de prudence, vidèrent la totalité de leurs chargeurs en direction des « Untermenschen » slaves! Or, ce faisant, la botte d’Heinrich fut saisie par un crochet sorti subitement de nulle part. De peur et de rage, le traître hurla. Son cri s’acheva en un immonde gargouillis du plus sinistre effet. Tel « Lo Spellato » l’écorché de cire du XVIIIe siècle du musée de La Specola de Florence, le Tyrolien venait littéralement d’être dépouillé vif de sa peau, vedette d’un film d’horreur de série Z. Sans le savoir, il avait subi le sort que ses dieux SS réservaient à leurs proies dans des expériences qualifiées pudiquement de médicales dans les camps de concentration. Mais il ne s’agissait pas encore de la fin pour le corps d’Heinrich! Son épiderme, arraché au cadavre encore chaud, resta suspendu dans les airs, tout dégoulinant d’hémoglobine, un peu comme un Sucuriju abandonnant sa vieille peau après une nouvelle mue.

Devant une telle abomination, ne se souciant plus désormais de porter secours à sa belle, définitivement défunte, Dieter Karl perdit toute lucidité. Se saisissant de deux mitraillettes délaissées sur les dalles, il les déchargea sur les ennemis qui l’entouraient, avec un rictus qui le défigurait, faisant exploser crânes et cervelles, poitrines et poumons.

Le sol glissait, transformé en rigoles de sang. De celui-ci émanait une odeur douceâtre et ferrugineuse qui vous soulevait le cœur.

Serrucci ne réchappa pas à la folie meurtrière du capitaine SS. Le mercenaire corse qui avait œuvré au Congo belge et au Katanga, lui qui avait payé de sa personne en se plaçant au service de Moïse Tchombé, puis qui, pour son malheur, avait rejoint Sir Charles Merritt, trépassa à son tour, sa cervelle giclant sur les colonnes de la salle au trésor.

Pendant ce temps, des tireurs d’élite de la NSA avaient mis en joue le capitaine Hinckel. Il fallait protéger TQT qui avait fini par se réfugier piteusement derrière un pilier. Dieter Karl fut donc transformé en passoire. L’uniforme noir tant haï et redouté fut troué par les dizaines d’impacts de balles qu’il reçut. Il n’eut que la force de commencer à articuler cette question: « Warum ? », (pourquoi), avant de mourir sans comprendre ce qui lui arrivait.

Une fois encore, le continuum espace-temps avait été modifié.

Au sein de sa bataille échevelée, véritable pandémonium, vint se rajouter une clameur supplémentaire, un guerrier résolu et admirable, une machine vivante à tuer d’une efficacité jamais égalée, Kiku U Tu himself! Le Troodon, onde insaisissable, son armure Asturkruk en configuration de déphasage maximal, tactique Wiwaxia et bouclier Archelon à la puissance létale optimale branché - les balles, les flammes des lance-flammes, les feux des disrupteurs voyaient leurs tirs ricocher et revenir à l’envoyeur avec les conséquences que l’on devine, c’est-à-dire que les agresseurs étaient transformés en crêpes brûlées ou en pitoyables descentes de lit - se ruait, chien fidèle, au secours du commandant Wu, avec toutes ses capacités et talents.

En une seconde à peine, il réduisit en lanières rouges ou en purée rosâtre les acolytes de TQT, les agents de la NSA pourtant surentraînés, le Premier Ministre espagnol Juan Nuñez, renfort tardif du Sudiste, surnommé par ses compagnons James Finlayson à cause de ses bacchantes légendaires, le président du FMI et le PDG de la compagnie pétrolière texane Galveston Oïl Cy, Rick Tierney, dont le Gouverneur du Nouveau-Mexique projetait d’en faire son colistier en vue des prochaines élections présidentielles.

Irina qui avait fort à faire face à six Soviétiques, oubliant ses origines russes, accueillit ce renfort inespéré chaudement.

- Lieutenant U Tu, vous êtes le bienvenu à bord! Dit-elle à l’adresse du Troodon à l’aide de son vocodeur.

Au fond de la salle du trésor, Cornelis et Varami cherchaient à tirer profit de la situation plus qu’embrouillée. Comme Ivan et Geoffroy, tout entiers au combat avaient oublié les deux tristes sires, les aides et amis de Sir Charles agirent de concert. En déphasage eux aussi, grâce à leurs tenues de protection, ils neutralisèrent leurs gardiens avec une facilité déconcertante. Cornelis se chargea d’Ivan qu’il mit KO d’un crochet du droit tandis que Varami assommait proprement le comte d’Évreux en lui fracassant un vase ornemental sur le crâne! Puis, les deux ex-otages exécutèrent une succession de roulés-boulés en direction des guerriers Haäns de Zoël. Le chercheur était protégé par sa garde personnelle composée de quarante-cinq soldats habitués aux plus durs combats. Justement, s’avisant du danger représenté par la venue soudaine de Kiku U Tu, ils activaient leurs défenses spéciales.

Or, parallèlement, comme plus personne ne semblait se soucier de lui, Franz était venu à bout de ses liens. Le malabar préposé à sa surveillance avait été distrait par une balle perdue qu’il avait reçue au bras droit! Sans sourciller, le duc acheva le Russe d’une terrible manchette administrée sur la nuque. Victime de ce coup de lapin imparable, le Soviétique mourut sur-le-champ!

Il restait au noble Allemand à faire la jonction avec l’équipe du commandant Wu. Von Hauerstadt n’avait plus Pavel Pavlovitch dans son champ de vision. Ce dernier paraissait avoir lâché ses hommes encore capables de se battre. Quant au gros de ses troupes, il était hors jeu!

Des odeurs nauséabondes de chairs carbonisées, de cornes et d’os brûlés, de sang refroidi et figé émanaient des corps épars des hommes du KGB. Même Varami n’aurait pas voulu de telles dépouilles pour ses tsantsas.

Nullement ému par tous ces cadavres, cet entassement d’ennemis morts, l’ancien lieutenant colonel de la Wehrmacht ramassa deux mitraillettes qui traînaient au milieu de cette boucherie et tira sur les Soviétiques rescapés ainsi que sur les SS survivants. Son visage n’affichait aucun état d’âme. Cet allié supplémentaire de Daniel Wu pouvait changer la donne. Implacable, tout en avançant lentement, il fit des ravages au sein des ennemis du daryl androïde. Devant le crépitement des balles crachées par les kalachnikovs, les corps s’amoncelaient, s’entassaient, alors que Franz progressait d’un pas nonchalant comme s’il accomplissait une promenade hygiénique tout en sifflotant une des variations de la Grande Chacone de Jean Sébastien Bach! Surréaliste, on vous dit!

De son côté, Pacal qui ne faisait pas honneur à ses ancêtres malgré la pureté de son sang Maya, ne pouvait retenir un tremblement nerveux. Or, un émule de Scurvy Dick, l’acteur au charme brutal et au crâne rasé bien connu, le surveillait de fort près.

Derrière son abri improvisé, TQT se rappela aux bons souvenirs de tous en lançant un ultimatum au commandant Fouchine, à Sir Charles et Daniel Lin! L’automatique appuyé sur la tempe du jeune Amérindien, il menaça d’abattre son otage si le commandant Wu ne repassait pas en vitesse normale et s’il n’ordonnait pas aux siens de faire de même! Tout cela dans son langage châtié habituel, digne du diplômé d’Harvard qu’il était! L’ultimatum n’eut pas l’air de troubler le moins du monde les tempsnautes. Pas plus d’effet qu’un pet de mouche, constata l’Américain avec amertume.

Antor avait décidé de tenter un coup décisif. Il voulait prendre à revers le camp des ultralibéraux afin de libérer au plus vite l’Amérindien. La patience de TQT avait ses limites. Profitant de la diversion créée par Kiku qui se régalait et bavait en abondance en luttant au corps à corps contre les gardes personnels de Zoël Amsq - dont la mission était devenue désormais protéger leur chef coûte que coûte - en leur administrant d’effroyables coups de queue qui faisaient des ravages, le vampire, bondissant plus rapidement que la foudre sur le sosie de l’acteur américain surnommé « Crève dur », port de la combinaison Asturkruk oblige, le mordit cruellement à la gorge, trouant sa carotide!

Sous les yeux médusés et horrifiés du gouverneur américain se produisit alors un phénomène sorti tout droit des romans d’Anne Rice, Bram Stocker et j’en oublie! À une vitesse foudroyante, le soldat d’élite parut blanchir, vieillir, se dépigmenter et se ratatiner. Se momifiait-il donc? Non! En fait, Antor s’en nourrissait tout simplement, avalant avec délectation tous les sucs de sa victime!

Enfin, façon de parler puisque tout cela ne dura pas plus de quelques secondes, le corps entièrement desséché, à peine identifiable, s’effondra telle une baudruche dégonflée sur des dalles déjà fort encombrées et désormais d’une saleté repoussante.

Pacal se sentit saisi par une main invisible. Au bout de sa panique, il fut tétanisé. Raide et figé comme une statue, le jeune homme se laissa emporter. Les partisans de l’ultralibéralisme et TQT le premier ne firent rien pour récupérer leur précieux otage.

Que devenait Cornelis van Vollenhoven durant cette tuerie? Progressait-il encore en direction de Sir Charles Merritt et Zoël Amsq? En fait, il peinait à distinguer leurs silhouettes à travers toute la fumée. Il sentait toutefois tomber autour de lui des cadavres appartenant aux paras mercenaires et aux Haäns, tous atrocement mutilés.

Encore et toujours, partout, la mort, décidément insatiable, jamais satisfaite… les yeux de l’anthropologue archéologue rougissaient et larmoyaient. La poudre et l’ozone rendaient l’atmosphère quasiment irrespirable malgré le masque peau filtrant toutes les émanations toxiques.

De plus, les tirs croisés avaient déclenché un nouveau piège. Des gaz lacrymogènes made in Mexafrica se répandaient dans le pyramidion, résumé des tourments de l’enfer. Toussant de plus belle, le Hollandais étouffait. À demi aveuglé, il s’agrippa inconsidérément à la statue d’une divinité à tête de mort dont le bras, faisant levier, s’abaissa sous la pression. Aussitôt, un couperet laser actionné découpa en deux parties strictement égales l’archéologue dévoyé qui, un jour, pour son malheur, avait rencontré Sir Charles. Nouvel émule du vicomte pourfendu d’Italo Calvino il mourut! Cette pièce anatomique de choix aurait pu maintenant figurer un parfait spécimen pour la plastination d’un certain Gunther Von Hagens, le prétendu artiste!

Charles Merritt avait assisté, impuissant, à la mort soudaine de son ami. Mais, bigre, pourquoi ne se battait-il donc pas, ne donnait-il pas de sa personne? Cela n’entrait pas dans ses habitudes! Toutefois, criant son chagrin, il morigéna Zoël.

- Et alors? Je ne comprends pas votre colère! Je mène une guerre, Sir Charles! Vous semblez l’oublier. Que m’importent le nombre et la qualité des morts si j’atteins mon but! En attendant, un recul tactique s’impose!

Le chercheur hurla de nouveaux ordres à la garde d’élite.

- Occultation en déphasage optimal! Retrait de quarante mètres!

Il fut obéi à la milliseconde. Qui en doutait? Tant pis pour Varami! Il n’avait qu’à se débrouiller…

***************

Or, ledit Varami n’avait nullement l’intention de prendre part à la bataille. Après sa série de roulés-boulés, il se réfugia, non auprès de Zoël Amsq, mais auprès de Sun Wu. Curieux choix en vérité! Le Chinois, tapi dans son coin, ne prêtait nullement attention à l’Amazonien. Totalement, fasciné, le chef du Dragon de Jade observait les différentes phases du combat. Il voyait chaque adversaire faire preuve d’une cruauté inouïe, surhumaine.

À l’abri, l’Achuar imita le vieux maître de la ruse. Il comprit ainsi que, face à Daniel Wu, toute cause semblait perdue. Réfléchissant, il chercha le responsable de ce micmac désastreux, et regrettait déjà de n’être qu’une pièce manipulée par Sir Charles Merritt. Mais le baronet n’était plus maître de son destin. Tout ceci, était-ce bien la faute de l’Anglais? Peut-être celle de cet étranger vindicatif venu des étoiles?

Non… Il faisait erreur! Là, en cet instant, il se souvenait que c’était cet homme aux yeux bridés, à la barbe blanche bizarrement taillée qui avait suggéré à Cornelis et à Sir Charles une petite visite anticipée dans les tombeaux des prêtres et des souverains Moro Naba. Oui, incontestablement, le Chinois fourbe était la cause de la mort de Cornelis! Il lui fallait le tuer! Exécuter ce conseiller malfaisant à la langue menteuse là, au plus vite! Ce serait un jeu d’enfant pour lui, l’Achuar rompu aux mille dangers de la forêt impénétrable! Tout doucement, imperceptiblement, l’Amérindien sortit son poignard et se rapprocha davantage encore de Sun Wu.

Or, le Maître du Dragon de Jade s’était rendu compte du manège de Varami! Au lieu de s’avouer vaincu, il usa de son pouvoir de persuasion, qu’il savait grand, sur l’Amazonien et se mit à lui parler lentement, en anglais. Sa voix doucereuse s’infiltrait, gagnait du terrain dans les synapses de Varami.

« … regarde les bien! Tu les vois tous avides de combattre. Que veulent-ils donc? Que convoitent-ils? Toujours la même chose depuis l’aube des temps… l’or! Oui, l’or! Ils envahissent de nouvelles terres, de nouveaux mondes pour satisfaire cette soif toujours grandissante! Ils pillent, volent, massacrent, tuent pour l’or, ce métal jaune! Ici, si loin de chez toi, il en va de même, là où les guerriers à la peau noire ont pris le dessus et où ils oppriment tes frères depuis de longues générations déjà! Comme ailleurs, jadis les tiens le furent par les hommes à la peau couleur de lune. Quel que soit le cours de l’histoire, quel que soit le Soleil qui éclaire la Terre, les Indiens, les Achuars, Jivaros ou autres noms qu’on leur donne ou qu’ils se donnent, les peuples de la Grande Forêt sont toujours les perdants!

Auprès de Sir Charles Merritt, tu as appris à ruser et à combattre! Ne regrette pas ta servitude d’antan! Mais il est temps de passer à autre chose! Auprès de l’Anglais, tu ne servais pas ton peuple! Tu n’étais qu’un outil, une arme qui émoussée, est jetée après avoir trop servi! Prends ton destin en mains! Abandonne tes liens désormais fort lâches, deviens le Chef des Mexica opprimés par les Bantous, Toucouleurs et Mandingues! Il t’appartient de les guider, de leur apprendre à secouer le joug odieux! Tel est ton destin!

Vois ces Tlaxcaltèques à la peau brûlée qui, malgré leurs souffrances, malgré le mépris du Yankee à la voix nasillarde sont parvenus jusqu’ici! Ils cherchent un chef! Un leader! Deviens-le! Ils t’attendent! Ils n’ont pas à combattre, tout comme toi, pour une cause qui n’est pas la leur! Cours les rejoindre. Explique-toi. Explique-leur! ».

Impressionné par ce flot de paroles, par le ton employé, Varami hochait régulièrement la tête. Mais s’agissait-il bien là de Sun Wu en train de s’exprimer? Michaël ne s’exprimait-il pas par l’intermédiaire du vieux chef du Dragon de Jade?

Après quelques secondes de silence, silence relatif, Varami chuchota:

- Vieil homme, un instant j’ai désiré te tuer! J’avais tort! J’ai une mission plus noble à accomplir.

Tranquillement, l’Indien rengaina sa lame et s’adossa contre le mur, attendant l’issue de la terrible bataille. Avant de quitter les lieux, il voulait informer Daniel Wu de la résolution qu’il avait prise; libre désormais, il voulait apporter cette liberté à tous ses frères, les hommes de la cinquième humanité, celle que les dieux avaient fait cuire trop longtemps dans les moules exposés au Soleil.

***************

Le combat, dépassant tout entendement, toute raison, touchait à sa fin. La débandade des groupes adverses des tempsnautes était générale. Fermat récupérait Pacal, libre, mais choqué. Il aida l’adolescent à revêtir une tenue de protection.

De son côté, le duc Von Hauerstadt fut accueilli par Kiku U Tu himself qui lui fit force compliments.

- Monsieur, j’ai grandement apprécié votre façon de vous battre! J’ai été honoré d’être à vos côtés! Et je regrette infiniment d’avoir voulu vous dévorer autrefois! J’en suis humilié! Accordez-moi votre pardon. Voici ma queue…

- Euh… fit Franz ne comprenant pas.

- Il veut que vous l’entailliez et que vous vous barbouilliez le visage de son sang en signe d’acceptation de son amende honorable et de son hommage des plus sincères, expliqua Violetta d’une voix grave. Ne le décevez pas! Son sang pue, certes, mais il n’est pas toxique. Vous ne risquez rien. Mon oncle a procédé à cette cérémonie lui aussi lorsqu’il a pris le commandement du Langevin il y a sept ans.

- Soit, répondit Von Hauerstadt mi-figue mi-raisin.

Le Germano-américain se conforma alors au vœu du Troodon au grand contentement de celui-ci.

- Désormais, je serai aussi votre commensal! Rugit-il la larme à l’œil.

- C’est moi qui me trouve honoré, conclut Franz avec sérieux.

Daniel vint mettre fin à ce cérémonial d’un autre temps. Il était repassé à vitesse normale.

- Il semble que les Haäns battent en retraite. Ils s’occultent totalement afin sans doute de se téléporter sans risques.

- Ouille! Je n’aime pas ça! Siffla Fermat. Ça pue le coup fourré!

- Sir Charles Merritt et Zoël Amsq ne sont pas avec leurs troupes! Constata Irina.

- Moi, je me méfierais plutôt de Fouchine, fit Tony Hillerman sur un ton indéfinissable. Il ne figure pas parmi les morts…

Antor, qui s’était rapproché, le visage moins blême que d’habitude, s’écria:

- Attention! TQT tente une sortie désespérée couvert par ses derniers gardes du corps!

- Kiku se retrouve en plein dans leur axe de tir! Souffla Violetta.

Effectivement, le lieutenant Troodon concentrait sur lui les balles des mitraillettes, des fusils automatiques, les tirs des lance-flammes et autres joyeusetés du même acabit. Cependant, sa peau cuirassée, ses écailles et ses plumes naissantes en avaient vu d’autres.

Protégé par les derniers agents de la NSA qui lui restaient, hors de lui-même, les yeux fous, l’ultralibéral Yankee, tel Uruhu auparavant, tentait le tout pour le tout et escaladait l’autel avec d’autant plus de facilité que les cadavres entassés devant lui servaient de marchepied. Dans son délire exalté, il hurlait et vociférait les paroles suivantes:

- Kings of the World! Market! Free trade! Only you!

Maladroitement, l’homme politique atteignit la table sacrée et s’y cramponna. Or, elle était toute poisseuse de sang et terriblement glissante. Alors qu’il croyait se saisir de la fragile face d’argile de Pi’Ou, il pensa être l’objet d’un cruel tour de sorcellerie! Une silhouette fantomatique lui barrait le chemin! Manifestement, elle était surgie de nulle part. La main gantée de Sir Charles Merritt, le Britannique toujours déphasé, s’empara du trésor sublime au nez et à la barbe de l’Américain! La tête spectrale prononça à l’adresse de l’ennemi vaincu un « Thank you very much mister Thomas Quincy Taylor » avec une telle ironie et un si bon accent Oxbridge que vous ne pouviez que vous sentir parfaitement stupide!

Comme l’avait pensé si justement l’ambassadeur, l’occultation de la compagnie Haän n’avait été qu’une ruse supplémentaire. Zoël Amsq, d’une prudence stupéfiante, avait eu le culot d’envoyer son « partenaire » récupérer le disque mémoire!

Or, le retrait de la face sacrée de sa niche eut pour résultat d’activer un nouveau mécanisme tout aussi mortel que les précédents! Deux pieux acérés jaillirent du sol à une vitesse inattendue et transpercèrent l’Américain ultra mondialiste obligeant son corps à prendre la forme d’une croix sudiste! Ainsi se termina cruellement l’existence du fils de TTT, le plus dangereux des imbéciles ultralibéraux, « crucifié » au nom du dieu Marché!

André Fermat qui avait esquissé un pas pour tenter d’arrêter le fol, jeta amèrement:

- Une fois de plus, Zoël Amsq a remporté la manche! Décidément, la poisse nous colle à la peau!

- Euh… oncle André… risqua Violetta timidement. Uruhu pleure de désespoir; il faudrait que tu lui parles car il te considère comme un père…

Kiku n’avait en fait jamais été réellement mis en danger par les tirs des Américains. Il réglait leur compte aux ultimes agents de la NSA et les éventrait méthodiquement à l’aide de sa griffe poignard surdimensionnée, tel un raptor, et ce, avec une délectation visible. La preuve! Le Kronkos bavait tant et plus, oubliant toute retenue!

Tony Hillerman, tous ses sens aux aguets, surveillait les arrières de son groupe. Ainsi, il aperçut Sun Wu et Varami tapis sous un renfoncement. Irina commandait aux adolescents:

- Vous allez vous servir du matériel médical d’urgence et donner les premiers secours aux survivants quels qu’ils soient, humains ou Haäns.

- Si nous remettons ces blessés aux Mexica, ils les achèveront! Objecta Geoffroy.

- Nous devons néanmoins soulager leurs souffrances! Mais ils n’en ont pas pour vingt-quatre heures. Leurs blessures sont létales.

Stankin, Violetta, Ivan, Geoffroy et Irina commencèrent donc à s’occuper des rares survivants salement amochés. Mais Daniel percevait dans le lointain des rumeurs qui allaient en se rapprochant; manifestement, les autochtones avaient pénétré dans la pyramide temple.

- Nous devrions ne pas trop nous attarder ici, conseilla le daryl androïde. J’entends comme des gémissements. En russe. Quelqu’un s’est dissimulé derrière cette colonne historiée. Je vais voir de qui il s’agit…

- Non! S’écria de toutes ses forces le lieutenant Tony Hillerman, s’interposant. C’est mon combat!

Dans la clarté enfumée et irréelle, les yeux du Noir brillaient étrangement. Il avait ôté ses lunettes et ainsi ressemblait davantage à Laurence Fishburne. Alors, l’incroyable se produisit. Daniel Wu s’inclina solennellement et laissa son lieutenant affronter Fouchine devant les tempsnautes surpris.

Le duel s’engagea rapidement entre le Soviétique et l’Africain, constitué de bribes d’arts martiaux divers où le karaté se mêlait au taekwondo. Les mouvements s’enchaînaient avec une fluidité inouïe, les esquives et les coups de pied se multipliaient, les tranchants de la main, les sauts et saltos aussi, les retournements inattendus, les roulés-boulés et les vols aussi, le tout à une vitesse époustouflante, défiant les lois de la pesanteur. Parfois, les deux adversaires se retrouvaient comme suspendus dans les airs, couraient au plafond ou sur les murs sans déclencher de nouveaux pièges, bondissaient d’une paroi à une autre si vite que l’œil humain peinait à les suivre.

Souvent, le temps paraissait ralentir, comme suspendu artificiellement, une seconde devenant une minute! Cet affrontement tournait au prodige! Avec un air de déjà vu toutefois pour quelques membres de l’assistance; pourtant, ici, les deux combattants n’étaient pas accélérés ou freinés par trucages informatiques! De plus, leurs combinaisons ne fonctionnaient plus. Que se passait-il donc?

- Impossible! Jeta Fermat réfléchissant.

- Fascinant! Rajouta Stankin.

- Super, oui! Hurla Violetta avec tout son enthousiasme juvénile. Morpheus affronte l’agent Smith! Comme dans la trilogie des Matrix!

- Que veux-tu dire? S’enquit Geoffroy.

- Les amis attendez une vingtaine d’années et vous comprendrez de quoi je parle! Vous irez sans doute voir la trilogie en salle. À l’heure qu’il est- je me place en 1978 - Laurence Fishburne est un jeune comédien noir débutant et celui qui fait Néo, le rôle principal, n’a que quatorze ans!

- Ouais, d’accord! Siffla Ivan. N’empêche, c’est bizarre! Que je sache, à part le commandant Wu, il n’y a pas d’autres humains bioniques ici!

- Au fait, tu as raison! Enchaîna le comte d’Évreux. Comment un type à l’air aussi falot peut-il accomplir de pareilles prouesses?

- Moi, je m’interrogerais également sur les capacités insoupçonnées du lieutenant Hillerman! Jeta Antor. J’ai lu son dossier. Ce n’est qu’un banal humain et non un mutant génétiquement modifié!

- Prise de stimulants, de drogues? Suggéra Ivan.

- Certainement pas! Répondit le vampire glacial. Il est clean du moins à ce niveau-ci!

- Lisez-vous les pensées des deux combattants? Interrogea Geoffroy.

- Je n’ai rien de particulier à noter. Or, Daniel Lin sait à quoi s’en tenir mais il me cèle ce qu’il a appris! Et je ne capte rien non plus de la part de ce triste sire de Sun Wu. Étrange, non?

Durant cet échange, le Grand Maître du Dragon de Jade communiquait mentalement avec son jeune parent.

- Vous ne vous trompez pas, faisait le vieil homme.

- Pourra-t-il tenir? Je suis inquiet! L’autre se doute de quelque chose!

- Je n’ai pas pour habitude de casser ceux que j’utilise! Bientôt, je vais devoir me retirer…

- Et vous me laisserez affronter seul le pantin de l’onde noire!

- Je n’ai pas le choix, Daniel Lin! Il le faut! Ailleurs, déjà, tout bouge!

- Où?

- Quand, plutôt! Opabinia… Napoléon… l’Entité négative vient d’entrer en scène! Vous êtes de taille à vous mesurer à Fouchine et à le maîtriser! Même si, pour l’heure, il est investi par le Commandeur Suprême! Sa force et sa puissance ne dureront pas.

- Les S…

- En quelque sorte!

- Mais cette chrono ligne ne vous appartient pas!

- Erreur! Tous les Temps, tous les Multivers font partie de mes attributions! Voilà… je me retire. Hillerman tombe assommé. C’est à vous! Évitez de tuer le Soviétique! Son rôle n’est pas achevé!

- C’est facile pour vous de me dire cela! Vous voyez ce qui sera ou a été!

- Oh! Mais il en va de même pour vous, Daniel Lin Wu Grimaud! Il suffit de le vouloir!

Pavel Pavlovitch venait de réussir à placer un direct du pied au visage de Tony Hillerman. Le Noir ne comprenait plus ce qui lui arrivait, ce qu’il faisait dans cette salle sens dessus dessous, pourquoi il se battait avec une rage désespérée. Une manchette au foie l’assomma définitivement!

Puis, le visage marqué par la haine, sa tenue de combat déchirée et souillée de sang et de poudre, le commandant Fouchine s’avança résolument vers le daryl androïde tout en lui faisant signe de l’attaquer!

- Ah! Je ne puis décidément me dérober! Soupira Daniel.

Un autre affrontement dantesque débuta alors. Le précédent n’avait été qu’un duel préliminaire, un échauffement! Plus que prompt, plus que fluide, au-delà des sens, au-delà de toute vraisemblance, Pavel Pavlovitch accumulait les jeux de mains, de jambes, les tours de poignets, les moulinets, les bonds surprenants, les vols planés, les vrilles, les loopings, les tourbillons, les feintes, les renversements, les triples, quadruples, quintuples boucles, les sextuples sauts périlleux, les défoncements des dalles de pierre, les retournements arrière, les roues, les rétablissements inattendus, les projections de piliers, les lancements d’objets les plus inadéquats, les glissements, les fondus enchaînés, les téléportations, les dédoublements, les démultiplications, bref, l’ubiquité pleine et entière! Il était insaisissable, partout à la fois et hurlait afin d’intimider son adversaire. Il se saisissait parfois de lui, tentant de l’étouffer pour le relâcher aussitôt avec une effroyable grimace, reculait, revenait, portait des coups redoutables pas toujours contrés par le daryl androïde, s’esquivait, coulait littéralement, se fondait dans l’air, dans l’atome pour réapparaître subitement, frappait, était frappé à son tour, encaissait, infligeait des blessures qui se cicatrisaient automatiquement, disparaissait, se rematérialisait, devenait épée laser, lame multiple, feu, lance, acide, ténèbres, énergie, fluide glacé et douloureux, eau, onde lumineuse fragmentée, colle, poison imparable, arme inédite, pas encore inventée ou construite, homme machine, perceuse, perforeuse, terrassier, gaz, éther, démon, dieu, griffe, dent, épines, crochets, attaquait, attaquait encore et toujours, jamais à terre, jamais découragé, jamais vaincu!

Daniel reculait quelques fois, revenait à la charge, apparemment insensible à l’épuisement, reprenant un combat qu’il se refusait de perdre. Enfin, il se décida à débrider partiellement sa transdimensionnalité au grand dam de Fouchine Commandeur Suprême!

Et le temps avançait tel un paresseux plongé en catalepsie, tel un vaisseau trans luminique fendant l’espace profond dans le plus grand des silences! Tous, dans la salle du trésor, plongés dans l’admiration, assistaient à ce spectacle incroyable, ce duel fabuleux, aidés par les écrans des casques Asturkruks. Il n’était pas question pour les tempsnautes d’intervenir, de se mêler à ce combat défiant l’imagination.

Totalement fasciné, Stankin commit l’erreur de ne plus surveiller Sun Wu. Antor quant à lui, s’inquiétait pour son ami, son frère. Il savait que Daniel puisait dans ses réserves et il n’ignorait pas qu’il avait été blessé deux mille cinq cents fois environ. Or, ses nanites, trop souvent sollicitées en un si court instant, allaient bientôt déclarer forfait!

Il fallait un grain de sable, un miracle pour que Fouchine perdît! N’y avait-il que le vampire pour comprendre cela?

Alors, Sun Wu s’interposa, son corps téléguidé par Michaël! Et ce fut lui qui reçut à la place du Russe l’ultime coup porté par un Daniel qui croyait capituler bientôt! Sous l’impact du Titan, le foie du vieil homme éclata!

Se rendant compte un peu tard de son geste, Daniel Wu se figea! Fouchine, incroyablement, fit de même. Un rictus de haine et de souffrance le défigurait. Lui avait compris! Profitant de ce que le daryl androïde se penchait sur sa victime involontaire, il se volatilisa, partit pour un ailleurs inconnu, peut-être avec l’intention de récupérer le disque mémoire, mais certainement pour pister avant tout Michaël, l’agent temporel terminal qu’il avait enfin démasqué! Agissant ainsi, Pavel Pavlovitch venait de prouver qu’il était désormais l’hôte permanent du Commandeur Suprême et qu’il avait perdu définitivement son libre arbitre. Devenu un jouet mû par la volonté de la sphère noire, il allait connaître un destin des plus surprenants…

Mais sur le sol jonché de cadavres et de gravats, Sun Wu agonisait. Avant de passer de l’autre côté, il eut toutefois la force de déclarer dans un faible murmure:

- Ne vous en voulez pas mon jeune parent! Cette mort, je l’ai amplement méritée! Michaël s’est retiré et l’Entité négative est partie à sa recherche…

Le vieillard s’exprimait en mandarin, retrouvant la langue de sa jeunesse.

- Vous… avez favorisé sa fuite, pourquoi? Bégaya Daniel Lin ému et épuisé.

- Si vous aviez tué Fouchine… cette chrono ligne s’effaçait à jamais… or, vous n’étiez pas… prêt!

- Je ne comprends pas… je ne comprends plus… tantôt…

- Chut! Michaël n’avait pas encore saisi que la fusion du Commandeur Suprême avec le Soviétique était définitive! Maintenant, il vous faut pourchasser Zoël Amsq et le lier pour l’éternité! Il ne lui manque plus que la sphère…

- J’en suis conscient…

- Daniel Lin, il faut le vaincre! Il le faut!

- Je le ferai!

- Daniel Deng! Daniel Lin… quels que soient…

Sun Wu se tut, livide, dépourvu de souffle et de conscience à tout jamais.

- Daniel Deng? S’interrogea Fermat. Là, je m’avoue dépassé! Oh! Sun Wu n’est plus le même! Son corps…

- Il est mort, André! Répondit le daryl androïde d’une voix atone. Son cadavre est remplacé par celui de 1966! Plus jeune, bien plus jeune! Terriblement plus jeune! Quelle atrocité!

- Un bébé vagissant, qui meurt lui aussi, emmitouflé dans une robe de soie rouge, dit Irina les larmes aux yeux.

- L’enfançon quitte également cette réalité-ci, constata Stankin qui peinait à conserver le contrôle de ses émotions.

- Dans cette harmonique, Michaël l’avait rajeuni afin de me protéger et de protéger Violetta. Ainsi, il l’a condamné à la plus affreuse des morts… la mort par la faim!

- Daniel… Tu pâlis! S’inquiéta Irina. Pourquoi? Qu’as-tu?

- Je viens de quitter le mode ordinateur, voilà tout… maintenant, il nous faut récupérer la navette au plus vite. Les Mexica n’ont plus qu’un niveau à franchir avant de nous rejoindre.

- Commandant Wu, dit Franz qui soutenait Hillerman tandis que Stankin portait Uruhu tétanisé, Varami a déserté, mais il a laissé ce billet, rédigé en une langue inconnue…

- Donnez! Répondit le daryl androïde.

Daniel traduisit le message à haute voix pour ses amis.

- Valeureux adversaire, apprends que je pars prendre la tête de la résistance indienne à l’envahisseur africain. Désormais, je serai le grand libérateur, l’éclaireur de la cause de mes frères! Le Tathâgata Wu a dit la cause! Il a montré la voie. Je l’ai trouvée! Adieu!

- Euh… c’est une plaisanterie! Souffla Ivan.

- Le Tathâgata! Fit Geoffroy. Seigneur! Il vous prend ou a pris Sun Wu pour le nouveau Bouddha!

- Il est vrai que le Bouddha se rattache à notre famille… commença Daniel.

- En quelle langue est rédigé ce billet? Demanda Violetta avec curiosité.

- En Achuar, ma grande! Répondit Irina observant toujours Daniel avec inquiétude.

- Il faut nous téléporter maintenant! Lança son mari fermement, ignorant la sollicitude de son épouse. Ensuite, nous statuerons sur notre prochain saut temporel.

- Let’s go! Jeta Fermat. Allez, Kiku, la bataille est finie et les charognards menacent!

- J’arrive! Gronda le Kronkos.

Alors que les tempsnautes quittaient la salle au trésor, Fermat, soucieux, pensait:

« Bon sang… Qui est donc ce Daniel Deng? Ce n’est pas la première fois ce me semble que j’entends ce prénom! »

- Le frère aîné de notre Daniel! Émit Antor, le paria, celui qui aurait été « tué » par les pirates, sur Mondani, à l’âge de vingt ans! Vous le connaissez, nous le connaissons tous sous l’identité de Zoël Amsq!

- Aïe! Que le Seigneur Dieu nous vienne en aide! Marmonna André devenu soudainement livide.

- Vous n’êtes plus donc athée?

- C’est un luxe que je ne puis plus me permettre désormais! Daniel Deng, Homunculus non abouti, veut amalgamer la totipotence de son frère et devenir Dieu à son tour!

- Vous avez bien formulé la chose! Jeta Antor ironiquement. Mon ami m’a informé de la situation tandis que nous atteignions le dixième niveau de la pyramide. Les minutes sont plus que comptées!

Tandis que toute l’équipe de tempsnautes se rematérialisait à bord de l’Einstein, Irina voulut prendre à part Daniel.

- Tu n’en peux plus, ne le nie pas! J’ai vu Fouchine te porter des coups terribles et t’infliger de nombreuses blessures! Tu as besoin d’un repos urgent!

- Irina, nous n’avons pas le temps!

- Tu négliges ta santé, soit! Cela te regarde! Mais vois Uruhu! Il est traumatisé! Ivan et Geoffroy sont blessés également. Hillerman tremble de lassitude! Il n’y a que Kiku qui brille dans ce tableau.

- Capitaine Maïakovska vous avez entendu Venge et Trabinor tout comme moi!

- Puisque vous passez en mode militaire! J’obéis, monsieur! Nous nous reposerons dans la tombe puisque tels sont les ordres!

- Je n’ai pas… non… nous n’avons pas le choix!

- L’avons-nous jamais eu?

Claquant des talons, la jeune femme fit demi-tour et s’en vint vérifier l’hypothermie douce d’Ufo et de Tatiana.

Violetta, son oreille à l’affût, avait tout entendu.

« Bouh! Ça va mal! Décidément! Mon oncle est harassé et même plus; Irina en colère, Michaël, le Bon Samaritain pourchassé, Zoël Amsq quasiment vainqueur par 6 à 0... Bref, j’ai envie de hurler: Batman au secours! Il n’y a que mon entraînement et ma bonne éducation qui me retiennent! ».

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