jeudi 2 juin 2011

Mexafrica 4e partie : Mexica mfecane chapitre 31

Chapitre 31

Terre opabinienne, indatable, indéterminable, dépassant de loin toutes les expériences temporelles des membres du Langevin. L’atmosphère y était liquide, voire visqueuse et la température moyenne ambiante frôlait les moins cent degrés Celsius! Comment, sur une planète aussi froide, la Vie avait-elle pu se développer? Comment avait-elle pu s’y maintenir et évoluer jusqu’à atteindre la Conscience? Cela était hors de l’entendement!

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Et pourtant, partout, on voyait des cités splendides, sous la forme de coquilles de cristal, aux mille lumières irisées, ou encore d’énormes bulles géantes pareilles à des graines de fruits exotiques. Dans cette atmosphère épaisse, semi liquide, les Opabiniens flottaient avec une grâce certaine, allaient et venaient, crustaçoïdes effarants, effrayants, à cinq yeux et à penta gouvernail également, munis d’une trompe pince acérée, bien plus terrifiants que le plus menaçant des Velkriss!

Certains, appartenant manifestement à une classe supérieure, une société régie par les castes ?, présentaient des antennes semblables à celles des langoustes et des homards communs d’une autre Terre.

Mais comment se nourrissait l’espèce dominante de ce monde? Le gibier des Opabiniens, leur ennemi, était représenté par des créatures caparaçonnées, espèce intermédiaire entre les trilobites et les limules, à la queue aiguillon qui distillait un suc capable de dissoudre les carapaces les plus épaisses et les plus résistantes.

Dans cette faune innombrable et diverse, les « scorpions de mer » à trois paires de pinces n’étaient pas en reste. Leur taille excédait largement les cinq mètres. On avait l’impression que toutes les créatures qui peuplaient ce monde étrange se mouvaient au ralenti, mais il n’en était rien! Ce milieu semi aqueux, aux pressions élevées, trompait les sens. En réalité, le rapport temps différait de celui de la Terre humanoïde.

Sur cette planète-ci, les chordés n’étaient en fait jamais apparus! Opabinia avait survécu et vaincu Anomalocaris, donnant ainsi un équivalent de la civilisation odaraïenne et ce, par convergence évolutive! Un spectacle rêvé pour un xénobiologiste!

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Dans des fermes aquacoles, les Opabiniens élevaient des mollusques et des vers géants qui servaient à fertiliser les sols. Des algues semi terrestres y étaient également cultivées avec soin. Ces algues étaient ensuite converties en énergie calorique alimentant les incroyables et merveilleuses cités opabiniennes.

Tous les Haäns transportés sur cette planète terre déviée, y compris Tsanu XIII, ayant repris conscience mais toujours aussi peu libres de leurs mouvements, croyaient revivre l’époque cruelle où Binopâa occupait Haäsucq, cet ennemi dieu repoussant tant haï dans la mémoire collective de ces vaillants et honorables guerriers. Quant aux Velkriss, ils voyaient là simplement leurs cousins et avaient ainsi la preuve que le but de leur souveraine bien aimée Shi Ka Aa Ta était juste! Peupler le Panmultivers d’arthropoïdes à son image!

Tous les otages de l’IA Suprême des Olphéans supportaient sans dommage ce milieu semi liquide parce que tous avaient été revêtus de combinaisons appropriées, adaptées aux différents organismes, combinaisons d’une technologie des plus avancées puisque capables de se configurer en fonction de la morphologie et du métabolisme de leurs hôtes, quelle que soit l’espèce à laquelle ils appartenaient. Les p, quant à eux, n’avaient pas eu besoin de ce support.

L’IA, avec une émotion inattendue - ressentait-elle donc, éprouvait-elle finalement des sentiments? - transmit ce qui suit à ses « invités »:

- Je vais vous montrer le culte rendu à mes spores sur cette Terra nouvelle et inconnue de vous. C’est édifiant! Ainsi vous comprendrez mieux mon rôle au sein de la Supra Réalité! Oui, l’Impulsion Première devra céder à ma requête!

Instantanément, tout ce groupe hétéroclite fut transporté à l’intérieur d’une vaste bulle.

Au-dessus d’un cylindre de nacre fumant, le roi prêtre Binopâa, revêtu d’une chlamyde d’écailles de wiwaxidés - limaces cuirassées qui formaient le gibier favori de ce souverain - tenait au bout de sa pince une sphère opalescente qui brillait d’un halo changeant, un camaïeu mouvant, mosaïcal, prismatique.

C’était une scène d’une beauté inouïe, de laquelle émanait une féerie incroyable, une irréalité digne des plus fantastiques chimères.

Les dignitaires se prosternaient devant l’objet sacré. Tous vibraient à l’unisson, partageant cette émotion, cette foi. Ils produisaient des claquements et des crissements grâce à leurs palpes de crustacés, à leurs antennes et à leurs pinces bouches. Ce langage des plus complexes fut traduit par l’IA Suprême des Olphéans à l’adresse de ses hôtes.

- Gloire à Toi, spore du Grand Ensemenceur! Tu es notre Créateur! De toi provient toute Vie! À toi retourne toute larve!

Lorenza di Fabbrini était passionnée par cette scène. Mais les Opabiniens ne percevaient pas la présence des intrus car ces derniers se mouvaient dans un autre plan d’existence de par le fait de la volonté de l’IA. En partie immobilisés, les Velkriss avaient également recouvré leur conscience. Fulminant d’impatience, ils voulaient rompre le champ lumino- temporel qui les isolait et s’emparer de la spore catalyseur de totipotence qu’ils convoitaient depuis des millénaires. Pour eux, elle représentait la survie de leur Empire, sa pérennité sa prospérité et ce, dans toutes les chrono lignes!

Cependant l’Entité olphéane était parfaitement consciente des velléités de Shi Ka Aa Ta. Ce fut pourquoi Benjamin et Lorenza reçurent cette mise en garde de l’IA Suprême.

- Attention aux Velkriss! La reine tente de rompre son isolat et d’entrer en communication avec le souverain prêtre opabinien! Quant à Tsanu XIII, investi par la puissance de la Dimension p, il ambitionne lui aussi la possession de la spore, mais à son seul profit!

- Contrez toutes ces manigances, vous le pouvez! Jeta mentalement Sitruk.

- Certes! Mais il y a plus grave, poursuivit l’IA Suprême. Présentement, Tsanu se retrouve également par une autre force supra humanoïde qui œuvre à la rupture de la contention que j’ai mise en place.

- Que pouvons-nous faire dans ce cas? S’inquiéta la doctoresse.

Mathieu, dont tous les sens étaient activés, vint ajouter une touche de noir à ce sombre constat.

- Là! Un signal caractéristique de téléportation! D’autres adversaires entrent dans la danse! Malgré leur équipement spécifique, ils peuvent être repérés par les Opabiniens car ils ne sont pas déphasés comme nous!

Effectivement, deux silhouettes en tenues semblables à celles des Asturkruks se matérialisaient.

Se trompant, émue, Lorenza murmura:

- Le commandant Wu…

- Non! Lui répondit sèchement l’Entité olphéane. Observez attentivement les visages.

Alors, elle transmit aux humains les faces qui se dissimulaient derrière les écrans des armures. Benjamin sursauta.

- Zoël Amsq! J’ai vu des portraits holographiques du Haän présentés par les amiraux Trabinor et Venge! Mais qui est donc l’autre type qui l’accompagne? Il porte une sorte de disque comme ceux des mémoires helladiennes!

- Sir Charles Merritt, fit Mathieu.

L’enfant avait été renseigné mentalement par l’IA Suprême.

Comme le craignait le fils de Daniel Lin, les Opabiniens réagirent brutalement à l’arrivée des nouveaux intrus non occultés. Instinctivement, ils projetèrent leurs trompes pinces. Zoël Amsq répliqua à cette attaque défensive en lançant des appendices préhenseurs qui vinrent enserrer et couper les outils de prédation de plusieurs autochtones. Or, juste à cet instant, le champ de contention se rompit! Instantanément, Velkriss, Haäns, Castorii et p, échappant donc miraculeusement au contrôle de l’Entité artificielle, se ruèrent à l’assaut de la spore dans le plus grand désordre.

Quelle puissance venait marquer ce monde de son empreinte négative et destructrice? De plus, cette intervention maléfique pouvait avoir des conséquences inattendues ailleurs, dans le pyramidion.

***************

Comment Zoël Amsq et Sir Charles Merritt avaient-ils pu se téléporter sur cette Terre déviée de près de 76% alors qu’un peu auparavant, ils étaient encore dans la salle du Trésor du Moro Naba de Texcoco tandis que le combat pour le disque mémoire s’amorçait à peine? Est-il utile de rappeler que le temps, surtout ici, est plus que relatif? C’est un temps ressenti, imaginé, étiré ou bien ralenti à l’excès! En fait, tout ce qui était en train de se passer était simultané!

Nos deux machiavéliques personnages étaient logiquement postérieurs de quelques heures voire de quelques minutes à l’affrontement qu’il nous faut maintenant raconter avec un luxe de détails que, certainement, vous ne nous reprocherez pas!

Anta, à qui plus personne ne prêtait attention, venait de s’échapper!

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Tentant de rejoindre son maître Sir Charles, il criait qu’il voulait se rendre à Merritt. Tout cela en langue Sami naturellement. Quelle imprudence! N’étant plus à couvert, le Lapon reçut plusieurs balles qui le foudroyèrent, d’origine russes, nazies, américaines et françaises! Il mourut sur le coup son visage n’ayant pas le temps de marquer sa stupeur.

À la mort de son fidèle serviteur, Cornelis perdit le peu de sang-froid qui lui restait. Crûment, il accusa Violetta et Ivan de ne plus avoir protégé son domestique. Or, les deux adolescents avaient de bonnes excuses. Ivan se battait et, pour la première fois de sa vie, utilisait des armes meurtrières. La jeune métamorphe usait de toutes ses ressources pour ne pas être blessée et rester vivante.

Tout en ciblant Daniel Wu, chaque camp visait également les autres, canardant ses adversaires, tirant sur les murs, les stèles, les statues, les sarcophages et autres objets précieux, détruisant les plus belles pièces de ce lieu autrefois sacré et inviolable, se montrant ainsi d’une barbarie inouïe qui prouvait que rien n’était respecté. Les balles moissonnaient leurs victimes, ricochaient partout, blessant et détruisant le plus souvent, tandis que les douilles jonchaient les dalles et que l’odeur de cordite vous saisissait la gorge, vous faisant tousser. Les phaseurs et disrupteurs chauffaient, prenaient une belle teinte orangée, l’ozone se mêlait à la poudre, tout cela au milieu d’un brouhaha infernal, au cœur des pang et des bang, des zii stridents et des hurlements, des invectives, des insultes proférées en différentes langues, des cris de douleur et d’agonie!

C’était à qui se montrait le plus déterminé, aliénant sa part d’humanité, le plus obstiné et le plus sauvage. Cependant, au milieu de ce combat empli de folie, l’autel central demeurait inaccessible ou presque.

TQT, au sommet de la fureur et de l’exaltation, criait et éructait avec son inimitable accent sudiste:

- Fumier d’Heinrich! Rascal! Bastard! Tu vas me payer ta trahison de la vingt-cinquième heure!

Fouchine, quant à lui, jetait:

- Salauds de yankees! Venez donc me prendre le duc Von Hauerstadt si vous en avez le courage! Nos vaillants soldats du KGB valent cent des vôtres! Et vous le savez! Votre otage indien, il ne vous sert à rien! C’est du pipi de chat!

- Ruskoffs pourris, avalez-moi ça! Rétorqua il Condottiere en balançant une grenade sur le commando soviétique.

Cependant, au milieu de cette tuerie désorganisée, les Russes avaient réussi à prendre à revers les Américains mais se retrouvaient ainsi face aux SS qui, sans un frémissement, flambaient aux lance-flammes leurs ennemis. Telle une Walkyrie survoltée, déchaînée, ayant depuis longtemps abandonnée son vernis de femme du monde, Lady Alexandra maniait cette arme terrible avec une maîtrise remarquable!

Partout le sang, la fumée, les gémissements, la mort!

TQT, malgré ses rodomontades, refusait de s’exposer et tentait de se mettre à l’abri. Il n’avait nullement l’intention de mourir glorieusement. Désormais un peu en retrait, il menaçait d’exécuter Pacal si Daniel Wu ne se rendait pas à ses troupes. Perdant lui aussi tout sens de la mesure, il exigeait également qu’on lui remît le disque mémoire.

Tobias Nobengula et Augustus Geschenk, profitant d’une seconde jeunesse grâce à leurs combinaisons spéciales, se croyaient invincibles. Avec un bel ensemble, les deux sexagénaires exécutèrent un magistral roulé-boulé et se retrouvèrent au cœur de la mêlée sans que leurs cœurs battissent plus vite!

Las pour eux! Les balles crépitaient tout autour d’eux et l’une d’entre elles atteignit le Noir à la jambe! Mais l’Africain se mit à ramper tel un pro tout en tirant, abattant ainsi un para de Serrucci, puis un SS. Magnifique exploit, n’est-ce pas?

Mais son triomphe fut de courte durée. Son pied valide accrocha l’aspérité d’une dalle faussement anonyme! Un piège fut actionné. Alors, au grand dam de l’homme politique, deux panneaux basculèrent, se refermant sur leur proie. Tobias s’était redressé malgré la douleur, poussé par l’instinct. Mais il ne put réchapper au mortel mécanisme. Un claquement termina le basculement, si sonore que le bruit se répercuta

sur trois niveaux. Le Noir fut écrasé, réduit en bouillie, victime de cette sorte d’attrape-mouches géant!

Son ami ne fut pas mieux loti. À la suite de son roulé-boulé, l’Allemand avait perdu ses lunettes. Désorienté, il glissa vers la gauche, là où les Haäns de Zoël faisaient chauffer leurs phaseurs. Immanquablement, devenu une cible facile, il fut atteint par quinze tirs orangés à la fois! Autant dire qu’il ne resta rien pas même un atome, encore moins un flocon de cendre d’Augustus! Ah si! Une vague trace d’ozone!

Paniquant à la vue de la mort de deux compagnons et complices de l’ultralibéralisme, comprenant qu’il n’était pas de taille face à des soldats professionnels longuement entraînés, Olympio eut soudain l’ardente envie de fuir au plus tôt ce lieu maudit! Il accomplit le seul geste qui le condamnait sûrement: avec fébrilité, il actionna le téléporteur endommagé de sa ceinture!

Et… il éclata, se fragmentant en lambeaux sanglants écœurants, monstrueux, chairs innommables et tourmentées, brûlées, organes et tissus épars qui s’en vinrent se rematérialiser un peu aléatoirement au cœur du pyramidion! L’épouvante gore à l’état pur. Restes de tronc amalgamés au plafond, fragments à peine reconnaissables de bras et de jambes souillant les marches de l’autel, ou encore mêlés à une colonne, tête décapitée, la surprise se retrouvant suspendue telle une horrifique breloque à la lance d’une statue chryséléphantine du dieu renard Ogo, le jamais si bien nommé!

Toujours en vie, Pavel Pavlovitch, au top du top, voyait ses hommes tomber et Lady Alexandra se rapprocher dangereusement de lui. Il ignora superbement Hillerman qui, de son côté, agissait de même. Le Soviétique délaissa alors momentanément sa Kalachnikov pour se saisir de son pistolet automatique. Soigneusement, il visa l’aristocratique partisane d’Oswald Mosley et du BUF qui, souventes fois, avait pris le thé avec le duc de Windsor.

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La belle aryenne reçut de plein fouet une balle qui alla se loger dans ce qui lui tenait lieu de cœur! Joli cadeau, non, de la part de ce splendide tireur d’élite du KGB !

Choqués et furieux, Heinrich et son grand-père Dieter Karl se précipitèrent vers la mourante, et, oubliant toute forme élémentaire de prudence, vidèrent la totalité de leurs chargeurs en direction des « Untermenschen » slaves! Or, ce faisant, la botte d’Heinrich fut saisie par un crochet sorti subitement de nulle part. De peur et de rage, le traître hurla. Son cri s’acheva en un immonde gargouillis du plus sinistre effet. Tel « Lo Spellato » l’écorché de cire du XVIIIe siècle du musée de La Specola de Florence, le Tyrolien venait littéralement d’être dépouillé vif de sa peau, vedette d’un film d’horreur de série Z. Sans le savoir, il avait subi le sort que ses dieux SS réservaient à leurs proies dans des expériences qualifiées pudiquement de médicales dans les camps de concentration. Mais il ne s’agissait pas encore de la fin pour le corps d’Heinrich! Son épiderme, arraché au cadavre encore chaud, resta suspendu dans les airs, tout dégoulinant d’hémoglobine, un peu comme un Sucuriju abandonnant sa vieille peau après une nouvelle mue.

Devant une telle abomination, ne se souciant plus désormais de porter secours à sa belle, définitivement défunte, Dieter Karl perdit toute lucidité. Se saisissant de deux mitraillettes délaissées sur les dalles, il les déchargea sur les ennemis qui l’entouraient, avec un rictus qui le défigurait, faisant exploser crânes et cervelles, poitrines et poumons.

Le sol glissait, transformé en rigoles de sang. De celui-ci émanait une odeur douceâtre et ferrugineuse qui vous soulevait le cœur.

Serrucci ne réchappa pas à la folie meurtrière du capitaine SS. Le mercenaire corse qui avait œuvré au Congo belge et au Katanga, lui qui avait payé de sa personne en se plaçant au service de Moïse Tchombé, puis qui, pour son malheur, avait rejoint Sir Charles Merritt, trépassa à son tour, sa cervelle giclant sur les colonnes de la salle au trésor.

Pendant ce temps, des tireurs d’élite de la NSA avaient mis en joue le capitaine Hinckel. Il fallait protéger TQT qui avait fini par se réfugier piteusement derrière un pilier. Dieter Karl fut donc transformé en passoire. L’uniforme noir tant haï et redouté fut troué par les dizaines d’impacts de balles qu’il reçut. Il n’eut que la force de commencer à articuler cette question: « Warum ? », (pourquoi), avant de mourir sans comprendre ce qui lui arrivait.

Une fois encore, le continuum espace-temps avait été modifié.

Au sein de sa bataille échevelée, véritable pandémonium, vint se rajouter une clameur supplémentaire, un guerrier résolu et admirable, une machine vivante à tuer d’une efficacité jamais égalée, Kiku U Tu himself! Le Troodon, onde insaisissable, son armure Asturkruk en configuration de déphasage maximal, tactique Wiwaxia et bouclier Archelon à la puissance létale optimale branché - les balles, les flammes des lance-flammes, les feux des disrupteurs voyaient leurs tirs ricocher et revenir à l’envoyeur avec les conséquences que l’on devine, c’est-à-dire que les agresseurs étaient transformés en crêpes brûlées ou en pitoyables descentes de lit - se ruait, chien fidèle, au secours du commandant Wu, avec toutes ses capacités et talents.

En une seconde à peine, il réduisit en lanières rouges ou en purée rosâtre les acolytes de TQT, les agents de la NSA pourtant surentraînés, le Premier Ministre espagnol Juan Nuñez, renfort tardif du Sudiste, surnommé par ses compagnons James Finlayson à cause de ses bacchantes légendaires, le président du FMI et le PDG de la compagnie pétrolière texane Galveston Oïl Cy, Rick Tierney, dont le Gouverneur du Nouveau-Mexique projetait d’en faire son colistier en vue des prochaines élections présidentielles.

Irina qui avait fort à faire face à six Soviétiques, oubliant ses origines russes, accueillit ce renfort inespéré chaudement.

- Lieutenant U Tu, vous êtes le bienvenu à bord! Dit-elle à l’adresse du Troodon à l’aide de son vocodeur.

Au fond de la salle du trésor, Cornelis et Varami cherchaient à tirer profit de la situation plus qu’embrouillée. Comme Ivan et Geoffroy, tout entiers au combat avaient oublié les deux tristes sires, les aides et amis de Sir Charles agirent de concert. En déphasage eux aussi, grâce à leurs tenues de protection, ils neutralisèrent leurs gardiens avec une facilité déconcertante. Cornelis se chargea d’Ivan qu’il mit KO d’un crochet du droit tandis que Varami assommait proprement le comte d’Évreux en lui fracassant un vase ornemental sur le crâne! Puis, les deux ex-otages exécutèrent une succession de roulés-boulés en direction des guerriers Haäns de Zoël. Le chercheur était protégé par sa garde personnelle composée de quarante-cinq soldats habitués aux plus durs combats. Justement, s’avisant du danger représenté par la venue soudaine de Kiku U Tu, ils activaient leurs défenses spéciales.

Or, parallèlement, comme plus personne ne semblait se soucier de lui, Franz était venu à bout de ses liens. Le malabar préposé à sa surveillance avait été distrait par une balle perdue qu’il avait reçue au bras droit! Sans sourciller, le duc acheva le Russe d’une terrible manchette administrée sur la nuque. Victime de ce coup de lapin imparable, le Soviétique mourut sur-le-champ!

Il restait au noble Allemand à faire la jonction avec l’équipe du commandant Wu. Von Hauerstadt n’avait plus Pavel Pavlovitch dans son champ de vision. Ce dernier paraissait avoir lâché ses hommes encore capables de se battre. Quant au gros de ses troupes, il était hors jeu!

Des odeurs nauséabondes de chairs carbonisées, de cornes et d’os brûlés, de sang refroidi et figé émanaient des corps épars des hommes du KGB. Même Varami n’aurait pas voulu de telles dépouilles pour ses tsantsas.

Nullement ému par tous ces cadavres, cet entassement d’ennemis morts, l’ancien lieutenant colonel de la Wehrmacht ramassa deux mitraillettes qui traînaient au milieu de cette boucherie et tira sur les Soviétiques rescapés ainsi que sur les SS survivants. Son visage n’affichait aucun état d’âme. Cet allié supplémentaire de Daniel Wu pouvait changer la donne. Implacable, tout en avançant lentement, il fit des ravages au sein des ennemis du daryl androïde. Devant le crépitement des balles crachées par les kalachnikovs, les corps s’amoncelaient, s’entassaient, alors que Franz progressait d’un pas nonchalant comme s’il accomplissait une promenade hygiénique tout en sifflotant une des variations de la Grande Chacone de Jean Sébastien Bach! Surréaliste, on vous dit!

De son côté, Pacal qui ne faisait pas honneur à ses ancêtres malgré la pureté de son sang Maya, ne pouvait retenir un tremblement nerveux. Or, un émule de Scurvy Dick, l’acteur au charme brutal et au crâne rasé bien connu, le surveillait de fort près.

Derrière son abri improvisé, TQT se rappela aux bons souvenirs de tous en lançant un ultimatum au commandant Fouchine, à Sir Charles et Daniel Lin! L’automatique appuyé sur la tempe du jeune Amérindien, il menaça d’abattre son otage si le commandant Wu ne repassait pas en vitesse normale et s’il n’ordonnait pas aux siens de faire de même! Tout cela dans son langage châtié habituel, digne du diplômé d’Harvard qu’il était! L’ultimatum n’eut pas l’air de troubler le moins du monde les tempsnautes. Pas plus d’effet qu’un pet de mouche, constata l’Américain avec amertume.

Antor avait décidé de tenter un coup décisif. Il voulait prendre à revers le camp des ultralibéraux afin de libérer au plus vite l’Amérindien. La patience de TQT avait ses limites. Profitant de la diversion créée par Kiku qui se régalait et bavait en abondance en luttant au corps à corps contre les gardes personnels de Zoël Amsq - dont la mission était devenue désormais protéger leur chef coûte que coûte - en leur administrant d’effroyables coups de queue qui faisaient des ravages, le vampire, bondissant plus rapidement que la foudre sur le sosie de l’acteur américain surnommé « Crève dur », port de la combinaison Asturkruk oblige, le mordit cruellement à la gorge, trouant sa carotide!

Sous les yeux médusés et horrifiés du gouverneur américain se produisit alors un phénomène sorti tout droit des romans d’Anne Rice, Bram Stocker et j’en oublie! À une vitesse foudroyante, le soldat d’élite parut blanchir, vieillir, se dépigmenter et se ratatiner. Se momifiait-il donc? Non! En fait, Antor s’en nourrissait tout simplement, avalant avec délectation tous les sucs de sa victime!

Enfin, façon de parler puisque tout cela ne dura pas plus de quelques secondes, le corps entièrement desséché, à peine identifiable, s’effondra telle une baudruche dégonflée sur des dalles déjà fort encombrées et désormais d’une saleté repoussante.

Pacal se sentit saisi par une main invisible. Au bout de sa panique, il fut tétanisé. Raide et figé comme une statue, le jeune homme se laissa emporter. Les partisans de l’ultralibéralisme et TQT le premier ne firent rien pour récupérer leur précieux otage.

Que devenait Cornelis van Vollenhoven durant cette tuerie? Progressait-il encore en direction de Sir Charles Merritt et Zoël Amsq? En fait, il peinait à distinguer leurs silhouettes à travers toute la fumée. Il sentait toutefois tomber autour de lui des cadavres appartenant aux paras mercenaires et aux Haäns, tous atrocement mutilés.

Encore et toujours, partout, la mort, décidément insatiable, jamais satisfaite… les yeux de l’anthropologue archéologue rougissaient et larmoyaient. La poudre et l’ozone rendaient l’atmosphère quasiment irrespirable malgré le masque peau filtrant toutes les émanations toxiques.

De plus, les tirs croisés avaient déclenché un nouveau piège. Des gaz lacrymogènes made in Mexafrica se répandaient dans le pyramidion, résumé des tourments de l’enfer. Toussant de plus belle, le Hollandais étouffait. À demi aveuglé, il s’agrippa inconsidérément à la statue d’une divinité à tête de mort dont le bras, faisant levier, s’abaissa sous la pression. Aussitôt, un couperet laser actionné découpa en deux parties strictement égales l’archéologue dévoyé qui, un jour, pour son malheur, avait rencontré Sir Charles. Nouvel émule du vicomte pourfendu d’Italo Calvino il mourut! Cette pièce anatomique de choix aurait pu maintenant figurer un parfait spécimen pour la plastination d’un certain Gunther Von Hagens, le prétendu artiste!

Charles Merritt avait assisté, impuissant, à la mort soudaine de son ami. Mais, bigre, pourquoi ne se battait-il donc pas, ne donnait-il pas de sa personne? Cela n’entrait pas dans ses habitudes! Toutefois, criant son chagrin, il morigéna Zoël.

- Et alors? Je ne comprends pas votre colère! Je mène une guerre, Sir Charles! Vous semblez l’oublier. Que m’importent le nombre et la qualité des morts si j’atteins mon but! En attendant, un recul tactique s’impose!

Le chercheur hurla de nouveaux ordres à la garde d’élite.

- Occultation en déphasage optimal! Retrait de quarante mètres!

Il fut obéi à la milliseconde. Qui en doutait? Tant pis pour Varami! Il n’avait qu’à se débrouiller…

***************

Or, ledit Varami n’avait nullement l’intention de prendre part à la bataille. Après sa série de roulés-boulés, il se réfugia, non auprès de Zoël Amsq, mais auprès de Sun Wu. Curieux choix en vérité! Le Chinois, tapi dans son coin, ne prêtait nullement attention à l’Amazonien. Totalement, fasciné, le chef du Dragon de Jade observait les différentes phases du combat. Il voyait chaque adversaire faire preuve d’une cruauté inouïe, surhumaine.

À l’abri, l’Achuar imita le vieux maître de la ruse. Il comprit ainsi que, face à Daniel Wu, toute cause semblait perdue. Réfléchissant, il chercha le responsable de ce micmac désastreux, et regrettait déjà de n’être qu’une pièce manipulée par Sir Charles Merritt. Mais le baronet n’était plus maître de son destin. Tout ceci, était-ce bien la faute de l’Anglais? Peut-être celle de cet étranger vindicatif venu des étoiles?

Non… Il faisait erreur! Là, en cet instant, il se souvenait que c’était cet homme aux yeux bridés, à la barbe blanche bizarrement taillée qui avait suggéré à Cornelis et à Sir Charles une petite visite anticipée dans les tombeaux des prêtres et des souverains Moro Naba. Oui, incontestablement, le Chinois fourbe était la cause de la mort de Cornelis! Il lui fallait le tuer! Exécuter ce conseiller malfaisant à la langue menteuse là, au plus vite! Ce serait un jeu d’enfant pour lui, l’Achuar rompu aux mille dangers de la forêt impénétrable! Tout doucement, imperceptiblement, l’Amérindien sortit son poignard et se rapprocha davantage encore de Sun Wu.

Or, le Maître du Dragon de Jade s’était rendu compte du manège de Varami! Au lieu de s’avouer vaincu, il usa de son pouvoir de persuasion, qu’il savait grand, sur l’Amazonien et se mit à lui parler lentement, en anglais. Sa voix doucereuse s’infiltrait, gagnait du terrain dans les synapses de Varami.

« … regarde les bien! Tu les vois tous avides de combattre. Que veulent-ils donc? Que convoitent-ils? Toujours la même chose depuis l’aube des temps… l’or! Oui, l’or! Ils envahissent de nouvelles terres, de nouveaux mondes pour satisfaire cette soif toujours grandissante! Ils pillent, volent, massacrent, tuent pour l’or, ce métal jaune! Ici, si loin de chez toi, il en va de même, là où les guerriers à la peau noire ont pris le dessus et où ils oppriment tes frères depuis de longues générations déjà! Comme ailleurs, jadis les tiens le furent par les hommes à la peau couleur de lune. Quel que soit le cours de l’histoire, quel que soit le Soleil qui éclaire la Terre, les Indiens, les Achuars, Jivaros ou autres noms qu’on leur donne ou qu’ils se donnent, les peuples de la Grande Forêt sont toujours les perdants!

Auprès de Sir Charles Merritt, tu as appris à ruser et à combattre! Ne regrette pas ta servitude d’antan! Mais il est temps de passer à autre chose! Auprès de l’Anglais, tu ne servais pas ton peuple! Tu n’étais qu’un outil, une arme qui émoussée, est jetée après avoir trop servi! Prends ton destin en mains! Abandonne tes liens désormais fort lâches, deviens le Chef des Mexica opprimés par les Bantous, Toucouleurs et Mandingues! Il t’appartient de les guider, de leur apprendre à secouer le joug odieux! Tel est ton destin!

Vois ces Tlaxcaltèques à la peau brûlée qui, malgré leurs souffrances, malgré le mépris du Yankee à la voix nasillarde sont parvenus jusqu’ici! Ils cherchent un chef! Un leader! Deviens-le! Ils t’attendent! Ils n’ont pas à combattre, tout comme toi, pour une cause qui n’est pas la leur! Cours les rejoindre. Explique-toi. Explique-leur! ».

Impressionné par ce flot de paroles, par le ton employé, Varami hochait régulièrement la tête. Mais s’agissait-il bien là de Sun Wu en train de s’exprimer? Michaël ne s’exprimait-il pas par l’intermédiaire du vieux chef du Dragon de Jade?

Après quelques secondes de silence, silence relatif, Varami chuchota:

- Vieil homme, un instant j’ai désiré te tuer! J’avais tort! J’ai une mission plus noble à accomplir.

Tranquillement, l’Indien rengaina sa lame et s’adossa contre le mur, attendant l’issue de la terrible bataille. Avant de quitter les lieux, il voulait informer Daniel Wu de la résolution qu’il avait prise; libre désormais, il voulait apporter cette liberté à tous ses frères, les hommes de la cinquième humanité, celle que les dieux avaient fait cuire trop longtemps dans les moules exposés au Soleil.

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Le combat, dépassant tout entendement, toute raison, touchait à sa fin. La débandade des groupes adverses des tempsnautes était générale. Fermat récupérait Pacal, libre, mais choqué. Il aida l’adolescent à revêtir une tenue de protection.

De son côté, le duc Von Hauerstadt fut accueilli par Kiku U Tu himself qui lui fit force compliments.

- Monsieur, j’ai grandement apprécié votre façon de vous battre! J’ai été honoré d’être à vos côtés! Et je regrette infiniment d’avoir voulu vous dévorer autrefois! J’en suis humilié! Accordez-moi votre pardon. Voici ma queue…

- Euh… fit Franz ne comprenant pas.

- Il veut que vous l’entailliez et que vous vous barbouilliez le visage de son sang en signe d’acceptation de son amende honorable et de son hommage des plus sincères, expliqua Violetta d’une voix grave. Ne le décevez pas! Son sang pue, certes, mais il n’est pas toxique. Vous ne risquez rien. Mon oncle a procédé à cette cérémonie lui aussi lorsqu’il a pris le commandement du Langevin il y a sept ans.

- Soit, répondit Von Hauerstadt mi-figue mi-raisin.

Le Germano-américain se conforma alors au vœu du Troodon au grand contentement de celui-ci.

- Désormais, je serai aussi votre commensal! Rugit-il la larme à l’œil.

- C’est moi qui me trouve honoré, conclut Franz avec sérieux.

Daniel vint mettre fin à ce cérémonial d’un autre temps. Il était repassé à vitesse normale.

- Il semble que les Haäns battent en retraite. Ils s’occultent totalement afin sans doute de se téléporter sans risques.

- Ouille! Je n’aime pas ça! Siffla Fermat. Ça pue le coup fourré!

- Sir Charles Merritt et Zoël Amsq ne sont pas avec leurs troupes! Constata Irina.

- Moi, je me méfierais plutôt de Fouchine, fit Tony Hillerman sur un ton indéfinissable. Il ne figure pas parmi les morts…

Antor, qui s’était rapproché, le visage moins blême que d’habitude, s’écria:

- Attention! TQT tente une sortie désespérée couvert par ses derniers gardes du corps!

- Kiku se retrouve en plein dans leur axe de tir! Souffla Violetta.

Effectivement, le lieutenant Troodon concentrait sur lui les balles des mitraillettes, des fusils automatiques, les tirs des lance-flammes et autres joyeusetés du même acabit. Cependant, sa peau cuirassée, ses écailles et ses plumes naissantes en avaient vu d’autres.

Protégé par les derniers agents de la NSA qui lui restaient, hors de lui-même, les yeux fous, l’ultralibéral Yankee, tel Uruhu auparavant, tentait le tout pour le tout et escaladait l’autel avec d’autant plus de facilité que les cadavres entassés devant lui servaient de marchepied. Dans son délire exalté, il hurlait et vociférait les paroles suivantes:

- Kings of the World! Market! Free trade! Only you!

Maladroitement, l’homme politique atteignit la table sacrée et s’y cramponna. Or, elle était toute poisseuse de sang et terriblement glissante. Alors qu’il croyait se saisir de la fragile face d’argile de Pi’Ou, il pensa être l’objet d’un cruel tour de sorcellerie! Une silhouette fantomatique lui barrait le chemin! Manifestement, elle était surgie de nulle part. La main gantée de Sir Charles Merritt, le Britannique toujours déphasé, s’empara du trésor sublime au nez et à la barbe de l’Américain! La tête spectrale prononça à l’adresse de l’ennemi vaincu un « Thank you very much mister Thomas Quincy Taylor » avec une telle ironie et un si bon accent Oxbridge que vous ne pouviez que vous sentir parfaitement stupide!

Comme l’avait pensé si justement l’ambassadeur, l’occultation de la compagnie Haän n’avait été qu’une ruse supplémentaire. Zoël Amsq, d’une prudence stupéfiante, avait eu le culot d’envoyer son « partenaire » récupérer le disque mémoire!

Or, le retrait de la face sacrée de sa niche eut pour résultat d’activer un nouveau mécanisme tout aussi mortel que les précédents! Deux pieux acérés jaillirent du sol à une vitesse inattendue et transpercèrent l’Américain ultra mondialiste obligeant son corps à prendre la forme d’une croix sudiste! Ainsi se termina cruellement l’existence du fils de TTT, le plus dangereux des imbéciles ultralibéraux, « crucifié » au nom du dieu Marché!

André Fermat qui avait esquissé un pas pour tenter d’arrêter le fol, jeta amèrement:

- Une fois de plus, Zoël Amsq a remporté la manche! Décidément, la poisse nous colle à la peau!

- Euh… oncle André… risqua Violetta timidement. Uruhu pleure de désespoir; il faudrait que tu lui parles car il te considère comme un père…

Kiku n’avait en fait jamais été réellement mis en danger par les tirs des Américains. Il réglait leur compte aux ultimes agents de la NSA et les éventrait méthodiquement à l’aide de sa griffe poignard surdimensionnée, tel un raptor, et ce, avec une délectation visible. La preuve! Le Kronkos bavait tant et plus, oubliant toute retenue!

Tony Hillerman, tous ses sens aux aguets, surveillait les arrières de son groupe. Ainsi, il aperçut Sun Wu et Varami tapis sous un renfoncement. Irina commandait aux adolescents:

- Vous allez vous servir du matériel médical d’urgence et donner les premiers secours aux survivants quels qu’ils soient, humains ou Haäns.

- Si nous remettons ces blessés aux Mexica, ils les achèveront! Objecta Geoffroy.

- Nous devons néanmoins soulager leurs souffrances! Mais ils n’en ont pas pour vingt-quatre heures. Leurs blessures sont létales.

Stankin, Violetta, Ivan, Geoffroy et Irina commencèrent donc à s’occuper des rares survivants salement amochés. Mais Daniel percevait dans le lointain des rumeurs qui allaient en se rapprochant; manifestement, les autochtones avaient pénétré dans la pyramide temple.

- Nous devrions ne pas trop nous attarder ici, conseilla le daryl androïde. J’entends comme des gémissements. En russe. Quelqu’un s’est dissimulé derrière cette colonne historiée. Je vais voir de qui il s’agit…

- Non! S’écria de toutes ses forces le lieutenant Tony Hillerman, s’interposant. C’est mon combat!

Dans la clarté enfumée et irréelle, les yeux du Noir brillaient étrangement. Il avait ôté ses lunettes et ainsi ressemblait davantage à Laurence Fishburne. Alors, l’incroyable se produisit. Daniel Wu s’inclina solennellement et laissa son lieutenant affronter Fouchine devant les tempsnautes surpris.

Le duel s’engagea rapidement entre le Soviétique et l’Africain, constitué de bribes d’arts martiaux divers où le karaté se mêlait au taekwondo. Les mouvements s’enchaînaient avec une fluidité inouïe, les esquives et les coups de pied se multipliaient, les tranchants de la main, les sauts et saltos aussi, les retournements inattendus, les roulés-boulés et les vols aussi, le tout à une vitesse époustouflante, défiant les lois de la pesanteur. Parfois, les deux adversaires se retrouvaient comme suspendus dans les airs, couraient au plafond ou sur les murs sans déclencher de nouveaux pièges, bondissaient d’une paroi à une autre si vite que l’œil humain peinait à les suivre.

Souvent, le temps paraissait ralentir, comme suspendu artificiellement, une seconde devenant une minute! Cet affrontement tournait au prodige! Avec un air de déjà vu toutefois pour quelques membres de l’assistance; pourtant, ici, les deux combattants n’étaient pas accélérés ou freinés par trucages informatiques! De plus, leurs combinaisons ne fonctionnaient plus. Que se passait-il donc?

- Impossible! Jeta Fermat réfléchissant.

- Fascinant! Rajouta Stankin.

- Super, oui! Hurla Violetta avec tout son enthousiasme juvénile. Morpheus affronte l’agent Smith! Comme dans la trilogie des Matrix!

- Que veux-tu dire? S’enquit Geoffroy.

- Les amis attendez une vingtaine d’années et vous comprendrez de quoi je parle! Vous irez sans doute voir la trilogie en salle. À l’heure qu’il est- je me place en 1978 - Laurence Fishburne est un jeune comédien noir débutant et celui qui fait Néo, le rôle principal, n’a que quatorze ans!

- Ouais, d’accord! Siffla Ivan. N’empêche, c’est bizarre! Que je sache, à part le commandant Wu, il n’y a pas d’autres humains bioniques ici!

- Au fait, tu as raison! Enchaîna le comte d’Évreux. Comment un type à l’air aussi falot peut-il accomplir de pareilles prouesses?

- Moi, je m’interrogerais également sur les capacités insoupçonnées du lieutenant Hillerman! Jeta Antor. J’ai lu son dossier. Ce n’est qu’un banal humain et non un mutant génétiquement modifié!

- Prise de stimulants, de drogues? Suggéra Ivan.

- Certainement pas! Répondit le vampire glacial. Il est clean du moins à ce niveau-ci!

- Lisez-vous les pensées des deux combattants? Interrogea Geoffroy.

- Je n’ai rien de particulier à noter. Or, Daniel Lin sait à quoi s’en tenir mais il me cèle ce qu’il a appris! Et je ne capte rien non plus de la part de ce triste sire de Sun Wu. Étrange, non?

Durant cet échange, le Grand Maître du Dragon de Jade communiquait mentalement avec son jeune parent.

- Vous ne vous trompez pas, faisait le vieil homme.

- Pourra-t-il tenir? Je suis inquiet! L’autre se doute de quelque chose!

- Je n’ai pas pour habitude de casser ceux que j’utilise! Bientôt, je vais devoir me retirer…

- Et vous me laisserez affronter seul le pantin de l’onde noire!

- Je n’ai pas le choix, Daniel Lin! Il le faut! Ailleurs, déjà, tout bouge!

- Où?

- Quand, plutôt! Opabinia… Napoléon… l’Entité négative vient d’entrer en scène! Vous êtes de taille à vous mesurer à Fouchine et à le maîtriser! Même si, pour l’heure, il est investi par le Commandeur Suprême! Sa force et sa puissance ne dureront pas.

- Les S…

- En quelque sorte!

- Mais cette chrono ligne ne vous appartient pas!

- Erreur! Tous les Temps, tous les Multivers font partie de mes attributions! Voilà… je me retire. Hillerman tombe assommé. C’est à vous! Évitez de tuer le Soviétique! Son rôle n’est pas achevé!

- C’est facile pour vous de me dire cela! Vous voyez ce qui sera ou a été!

- Oh! Mais il en va de même pour vous, Daniel Lin Wu Grimaud! Il suffit de le vouloir!

Pavel Pavlovitch venait de réussir à placer un direct du pied au visage de Tony Hillerman. Le Noir ne comprenait plus ce qui lui arrivait, ce qu’il faisait dans cette salle sens dessus dessous, pourquoi il se battait avec une rage désespérée. Une manchette au foie l’assomma définitivement!

Puis, le visage marqué par la haine, sa tenue de combat déchirée et souillée de sang et de poudre, le commandant Fouchine s’avança résolument vers le daryl androïde tout en lui faisant signe de l’attaquer!

- Ah! Je ne puis décidément me dérober! Soupira Daniel.

Un autre affrontement dantesque débuta alors. Le précédent n’avait été qu’un duel préliminaire, un échauffement! Plus que prompt, plus que fluide, au-delà des sens, au-delà de toute vraisemblance, Pavel Pavlovitch accumulait les jeux de mains, de jambes, les tours de poignets, les moulinets, les bonds surprenants, les vols planés, les vrilles, les loopings, les tourbillons, les feintes, les renversements, les triples, quadruples, quintuples boucles, les sextuples sauts périlleux, les défoncements des dalles de pierre, les retournements arrière, les roues, les rétablissements inattendus, les projections de piliers, les lancements d’objets les plus inadéquats, les glissements, les fondus enchaînés, les téléportations, les dédoublements, les démultiplications, bref, l’ubiquité pleine et entière! Il était insaisissable, partout à la fois et hurlait afin d’intimider son adversaire. Il se saisissait parfois de lui, tentant de l’étouffer pour le relâcher aussitôt avec une effroyable grimace, reculait, revenait, portait des coups redoutables pas toujours contrés par le daryl androïde, s’esquivait, coulait littéralement, se fondait dans l’air, dans l’atome pour réapparaître subitement, frappait, était frappé à son tour, encaissait, infligeait des blessures qui se cicatrisaient automatiquement, disparaissait, se rematérialisait, devenait épée laser, lame multiple, feu, lance, acide, ténèbres, énergie, fluide glacé et douloureux, eau, onde lumineuse fragmentée, colle, poison imparable, arme inédite, pas encore inventée ou construite, homme machine, perceuse, perforeuse, terrassier, gaz, éther, démon, dieu, griffe, dent, épines, crochets, attaquait, attaquait encore et toujours, jamais à terre, jamais découragé, jamais vaincu!

Daniel reculait quelques fois, revenait à la charge, apparemment insensible à l’épuisement, reprenant un combat qu’il se refusait de perdre. Enfin, il se décida à débrider partiellement sa transdimensionnalité au grand dam de Fouchine Commandeur Suprême!

Et le temps avançait tel un paresseux plongé en catalepsie, tel un vaisseau trans luminique fendant l’espace profond dans le plus grand des silences! Tous, dans la salle du trésor, plongés dans l’admiration, assistaient à ce spectacle incroyable, ce duel fabuleux, aidés par les écrans des casques Asturkruks. Il n’était pas question pour les tempsnautes d’intervenir, de se mêler à ce combat défiant l’imagination.

Totalement fasciné, Stankin commit l’erreur de ne plus surveiller Sun Wu. Antor quant à lui, s’inquiétait pour son ami, son frère. Il savait que Daniel puisait dans ses réserves et il n’ignorait pas qu’il avait été blessé deux mille cinq cents fois environ. Or, ses nanites, trop souvent sollicitées en un si court instant, allaient bientôt déclarer forfait!

Il fallait un grain de sable, un miracle pour que Fouchine perdît! N’y avait-il que le vampire pour comprendre cela?

Alors, Sun Wu s’interposa, son corps téléguidé par Michaël! Et ce fut lui qui reçut à la place du Russe l’ultime coup porté par un Daniel qui croyait capituler bientôt! Sous l’impact du Titan, le foie du vieil homme éclata!

Se rendant compte un peu tard de son geste, Daniel Wu se figea! Fouchine, incroyablement, fit de même. Un rictus de haine et de souffrance le défigurait. Lui avait compris! Profitant de ce que le daryl androïde se penchait sur sa victime involontaire, il se volatilisa, partit pour un ailleurs inconnu, peut-être avec l’intention de récupérer le disque mémoire, mais certainement pour pister avant tout Michaël, l’agent temporel terminal qu’il avait enfin démasqué! Agissant ainsi, Pavel Pavlovitch venait de prouver qu’il était désormais l’hôte permanent du Commandeur Suprême et qu’il avait perdu définitivement son libre arbitre. Devenu un jouet mû par la volonté de la sphère noire, il allait connaître un destin des plus surprenants…

Mais sur le sol jonché de cadavres et de gravats, Sun Wu agonisait. Avant de passer de l’autre côté, il eut toutefois la force de déclarer dans un faible murmure:

- Ne vous en voulez pas mon jeune parent! Cette mort, je l’ai amplement méritée! Michaël s’est retiré et l’Entité négative est partie à sa recherche…

Le vieillard s’exprimait en mandarin, retrouvant la langue de sa jeunesse.

- Vous… avez favorisé sa fuite, pourquoi? Bégaya Daniel Lin ému et épuisé.

- Si vous aviez tué Fouchine… cette chrono ligne s’effaçait à jamais… or, vous n’étiez pas… prêt!

- Je ne comprends pas… je ne comprends plus… tantôt…

- Chut! Michaël n’avait pas encore saisi que la fusion du Commandeur Suprême avec le Soviétique était définitive! Maintenant, il vous faut pourchasser Zoël Amsq et le lier pour l’éternité! Il ne lui manque plus que la sphère…

- J’en suis conscient…

- Daniel Lin, il faut le vaincre! Il le faut!

- Je le ferai!

- Daniel Deng! Daniel Lin… quels que soient…

Sun Wu se tut, livide, dépourvu de souffle et de conscience à tout jamais.

- Daniel Deng? S’interrogea Fermat. Là, je m’avoue dépassé! Oh! Sun Wu n’est plus le même! Son corps…

- Il est mort, André! Répondit le daryl androïde d’une voix atone. Son cadavre est remplacé par celui de 1966! Plus jeune, bien plus jeune! Terriblement plus jeune! Quelle atrocité!

- Un bébé vagissant, qui meurt lui aussi, emmitouflé dans une robe de soie rouge, dit Irina les larmes aux yeux.

- L’enfançon quitte également cette réalité-ci, constata Stankin qui peinait à conserver le contrôle de ses émotions.

- Dans cette harmonique, Michaël l’avait rajeuni afin de me protéger et de protéger Violetta. Ainsi, il l’a condamné à la plus affreuse des morts… la mort par la faim!

- Daniel… Tu pâlis! S’inquiéta Irina. Pourquoi? Qu’as-tu?

- Je viens de quitter le mode ordinateur, voilà tout… maintenant, il nous faut récupérer la navette au plus vite. Les Mexica n’ont plus qu’un niveau à franchir avant de nous rejoindre.

- Commandant Wu, dit Franz qui soutenait Hillerman tandis que Stankin portait Uruhu tétanisé, Varami a déserté, mais il a laissé ce billet, rédigé en une langue inconnue…

- Donnez! Répondit le daryl androïde.

Daniel traduisit le message à haute voix pour ses amis.

- Valeureux adversaire, apprends que je pars prendre la tête de la résistance indienne à l’envahisseur africain. Désormais, je serai le grand libérateur, l’éclaireur de la cause de mes frères! Le Tathâgata Wu a dit la cause! Il a montré la voie. Je l’ai trouvée! Adieu!

- Euh… c’est une plaisanterie! Souffla Ivan.

- Le Tathâgata! Fit Geoffroy. Seigneur! Il vous prend ou a pris Sun Wu pour le nouveau Bouddha!

- Il est vrai que le Bouddha se rattache à notre famille… commença Daniel.

- En quelle langue est rédigé ce billet? Demanda Violetta avec curiosité.

- En Achuar, ma grande! Répondit Irina observant toujours Daniel avec inquiétude.

- Il faut nous téléporter maintenant! Lança son mari fermement, ignorant la sollicitude de son épouse. Ensuite, nous statuerons sur notre prochain saut temporel.

- Let’s go! Jeta Fermat. Allez, Kiku, la bataille est finie et les charognards menacent!

- J’arrive! Gronda le Kronkos.

Alors que les tempsnautes quittaient la salle au trésor, Fermat, soucieux, pensait:

« Bon sang… Qui est donc ce Daniel Deng? Ce n’est pas la première fois ce me semble que j’entends ce prénom! »

- Le frère aîné de notre Daniel! Émit Antor, le paria, celui qui aurait été « tué » par les pirates, sur Mondani, à l’âge de vingt ans! Vous le connaissez, nous le connaissons tous sous l’identité de Zoël Amsq!

- Aïe! Que le Seigneur Dieu nous vienne en aide! Marmonna André devenu soudainement livide.

- Vous n’êtes plus donc athée?

- C’est un luxe que je ne puis plus me permettre désormais! Daniel Deng, Homunculus non abouti, veut amalgamer la totipotence de son frère et devenir Dieu à son tour!

- Vous avez bien formulé la chose! Jeta Antor ironiquement. Mon ami m’a informé de la situation tandis que nous atteignions le dixième niveau de la pyramide. Les minutes sont plus que comptées!

Tandis que toute l’équipe de tempsnautes se rematérialisait à bord de l’Einstein, Irina voulut prendre à part Daniel.

- Tu n’en peux plus, ne le nie pas! J’ai vu Fouchine te porter des coups terribles et t’infliger de nombreuses blessures! Tu as besoin d’un repos urgent!

- Irina, nous n’avons pas le temps!

- Tu négliges ta santé, soit! Cela te regarde! Mais vois Uruhu! Il est traumatisé! Ivan et Geoffroy sont blessés également. Hillerman tremble de lassitude! Il n’y a que Kiku qui brille dans ce tableau.

- Capitaine Maïakovska vous avez entendu Venge et Trabinor tout comme moi!

- Puisque vous passez en mode militaire! J’obéis, monsieur! Nous nous reposerons dans la tombe puisque tels sont les ordres!

- Je n’ai pas… non… nous n’avons pas le choix!

- L’avons-nous jamais eu?

Claquant des talons, la jeune femme fit demi-tour et s’en vint vérifier l’hypothermie douce d’Ufo et de Tatiana.

Violetta, son oreille à l’affût, avait tout entendu.

« Bouh! Ça va mal! Décidément! Mon oncle est harassé et même plus; Irina en colère, Michaël, le Bon Samaritain pourchassé, Zoël Amsq quasiment vainqueur par 6 à 0... Bref, j’ai envie de hurler: Batman au secours! Il n’y a que mon entraînement et ma bonne éducation qui me retiennent! ».

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dimanche 15 mai 2011

Mexafrica 4e partie : Mexica mfecane chapitre 30 partie 2.

Mais Lady Alexandra Neville et ses compagnons n’étaient pas venus pour s’enrichir! La châsse, gardée par deux statues parsemées de clous et d’aiguilles révélait un simple masque en argile durcie, le premier portrait façonné par la main de l’homme. Le visage de Pi’Ou lui-même, l’ancêtre de Neandertal, de l’homme moderne, comportant simplement et de façon émouvante un trou pour le nez, deux pour les yeux, une encoche pour la bouche! Pour qui savait voir, il y avait de quoi se mettre à genoux et pleurer!

Or, rappelons-nous, la bouche contenait le disque mémoire de la biodiversité galactique qui était convoité par tous ces intrus temporels pas même dignes d’embrasser les pieds poilus du seigneur Pi’Ou!

Les jumelles dont Lady Alexandra avait pris soin d’emporter lui permettaient d’embrasser la vaste salle. Elle repéra ainsi rapidement la châsse sacrée. Cependant, pour s’emparer de l’objet désiré, il lui fallait encore ouvrir la grille de la bouche d’aération et puis, descendre en rappel vingt mètres de hauteur!

Les SS ne parvinrent à desceller le grillage récalcitrant qu’au bout d’un quart d’heure! Et il s’agissait là d’un authentique exploit! Le temps que tout le monde prît contact avec le sol, un nouveau piège s’activa!

Des lances munies de pointes jaillirent du mur qui longeait la corde, la coupant en plusieurs sections. Deux hommes périrent empalés. Tel était leur karma! Mais sur le tronçon du cordage, il restait encore un soldat. Il avait le choix entre l’immobilité, là-haut ou le saut au risque de se casser un membre ou pis. N’hésitant qu’une brève seconde, il atterrit brutalement sur le dallage. Mais il s’était brisé la rotule.

Lady Alexandra parut insensible à ce nouvel incident subi par sa troupe. Elle ne fit pas cas non plus des nombreux restes humains qui jonchaient les dalles de pierre de l’immense sanctuaire. Victimes de sacrifices ou pillards piégés, peu lui importait! Elle avait atteint son but.

Or, Dieter Karl, pas aussi détaché que la jeune femme, objecta:

- Aber, Milady, ce lieu est très dangereux! Bien plus que je le pensais! On dirait que tous ces corps ont été transpercés ou découpés par quelque mécanisme effroyable! Je suis certain que l’accès direct à l’autel central est lui aussi truffé de pièges!

À cet instant précis, Heinrich Hinckel éclata d’un rire nerveux. Ses nerfs cédaient. Il jeta une phrase sibylline dont le sens échappa à son aïeul.

- Oh! Nous ne sommes pourtant pas les héros d’une BD de Picsou dessinée par Carl Barks ou Don Rosa! S’il y a des pièges, cela signifie aussi la présence d’une machinerie, dissimulée quelque part derrière ou dans ces murs! Nous devons absolument la dénicher et la bloquer! Teufel! Faisons appel à notre perspicacité!

- Wie? Demanda Dieter Karl.

- Comment? Mais par la magie de la technologie de la fin du XX e siècle! J’ai volé à la NSA des sonars REM qui permettent de sonder les murs les plus épais et réagissent à toute déperdition d’énergie électromagnétique.

- Gut! Tu as carte blanche!

- Danke schön!

Heinrich dirigea alors les SS, les aidant à installer le sonar qui avait été partiellement démonté et avait encombré l’Autrichien durant sa pénible ascension. Une fois le montage achevé, les Nazis s’émerveillèrent devant les progrès techniques de la fin du XX e siècle.

Enclenché, le sonar révéla en effet une machinerie mi mécanique mi informatique occultée par d’épaisses murailles de trois mètres mais également par un socle de béton armé sur lequel elle reposait. Cela n’allait pas être facile de venir à bout des murs et des dalles! Un autre problème se profilait. Des présences humaines de plus en plus proches.

Le SS au genou blessé était resté à l’écart. Il entendit des murmures. Aussitôt, courageusement, il saisit son Luger mais ne put aller plus loin dans son geste. Une rafale de Kalachnikov l’abattit!

Surgissant alors comme des démons, les Soviétiques de Fouchine, leur otage soigneusement ligoté et docile, lancèrent leur attaque surprise. Or, ce fut ce moment précis que choisirent justement d’autres protagonistes pour pénétrer eux aussi dans le Saint des Saints!

Une trappe se souleva inopportunément, découpée au laser, vomissant des soldats d’élite, les agents de la NSA tout d’abord, puis les moins fringants TQT, ses séides, les ultralibéraux et les chevaliers Tlaxcaltèques qui traînaient avec eux un otage aux yeux doux et au sourire triste, Pacal Despalions.

Or, comme on est plus de fous, plus on rit, de nouveaux venus se dévoilèrent en désactivant leur occultation lumineuse: il s’agissait de Daniel Lin Wu et de son équipe! Il ne faut surtout pas oublier dans tout ce micmac Zoël Amsq, les Haäns et tutti quanti!

Expliquer comment tout ce beau monde était enfin parvenu en ce lieu incontournable nécessite de petits flash-back.

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Investi par une partie de la puissance du Commandeur Suprême, Fouchine se sentait particulièrement en forme, plein d’énergie et d’optimisme. Avec ses hommes du KGB, couchés tout armés dans les fonds des catafalques du convoi funèbre de Koulibalyatlotl, sans oublier le duc Von Hauerstadt, drogué, le commandant se retrouva aux premières loges de la cérémonie funéraire. Malgré l’heure matinale, déjà, la foule en pleurs, le cortège des femmes qui versaient avec un art consommé leurs larmes professionnelles tout en s’arrachant cheveux et lambeaux de tuniques, accompagnaient vers les champs d’Ialou le Grand Prêtre d’Ogo.

Toutefois, seuls les membres du clergé avaient le droit de pénétrer dans la pyramide temple. Les catafalques, portés par tout une cohorte de prêtres, précédés de joueurs de trompes des morts, de harpistes et de timbaliers, escortés par les chevaliers jaguars eux-mêmes initiés du dixième niveau et qui ne pouvaient donc aller au-delà du caveau des prêtres et des rois et qui se retireraient en temps voulu, pénétraient lentement dans le temple. Un convoi macabre avec tout le cérémonial obligatoire, toute la perfection et le hiératisme exigés.

Mais l’inattendu survint dans ces pompes calculées au millimètre près! Soudain, les arrières du cortège furent attaqués par une nuée d’hommes en armes, protégés par leurs costumes zoomorphes déphasés. Les rebelles étaient coiffés du diadème du Makoko de Tlaxcala. Comme il se doit, le service d’ordre du Moro Naba tenta de s’interposer.

Alors, un combat impitoyable, au corps à corps sanglant débuta, tandis que les catafalques, pressés par les chevaliers jaguars, entraient précipitamment dans la pyramide. La police, rapidement débordée, ne sut plus où porter ses coups lorsque le second assaut, plus violent encore si possible, eut lieu, cette fois orchestré par TQT et ses hommes! Grâce aux tenues spéciales fournies par les p, les Américains se mouvaient à une rapidité et une souplesse effarantes, niant la gravité. Ce fut ainsi qu’ils s’insinuèrent avec les catafalques au sein de la pyramide temple. Des membres de la NSA, des marines et des agents de la CIA couvraient les arrières des leaders de l’ultralibéralisme, abattant avec maestria force chevaliers jaguars, aigles ou Kikomba.

Quel imbroglio! Or, la situation se compliqua encore!

Des vrombissements emplirent le ciel à la stupeur de tous! La flotte aérienne de Sir Charles Merritt et de Serrucci entrait dans la danse!

À l’intérieur du monument qui se refermait, les ultras capitalistes dotés de la capacité de vol, ne purent être interceptés par les prêtres qui les prirent pour des démons. Guidés au laser, TQT et les siens firent l’ascension des niveaux, au-delà des labyrinthes, évitant les obstacles rencontrés par l’équipe du commandant Wu, aidés en fait par les p bienfaiteurs. Les entités avaient détraqué par leurs seules pensées tous les mécanismes des pièges mortels, les rendant inopérants.

Impuissants, les porteurs des catafalques se résignèrent à poursuivre leur chemin jusqu’à la nécropole par un itinéraire sécurisé connu d’eux seuls. Enfin, parvenus à destination, ils déposèrent leurs fardeaux. Alors, surgissant des cinquante-trois chevaux de Troie, les soldats du KGB mitraillèrent les Afro-Mexica au crâne rasé, les abattant tous sans ciller.

Fouchine se pensait maître du terrain, n’ayant rien perçu de ce qui s’était passé hors et dans la pyramide. Sauvagement, il empoigna Franz qui venait de sortir de sa torpeur, et le guida dans le dédale.

***************

Quelques instants auparavant, un peu plus loin, le daryl androïde et son équipe étaient encore présents dans les caveaux du Moro Naba. Sans émotion aucune, mode ordinateur oblige, Daniel interrogeait Cornelis.

- Comment avez-vous précédé Zoël Amsq dans la pyramide?

- Grâce à l’obligeance d’entités amies qu’il est inutile de vous nommer! J’avais fait part à Sir Charles et à Zoël Amsq de mon souhait d’effectuer une reconnaissance « archéologique » dans les tombeaux royaux, soupçonnant à juste titre qu’il y avait en ces lieux d’autres trésors que ceux enfermés dans le pyramidion.

- Bref! Vous n’êtes qu’un vulgaire voleur, pilleur de temple! Cracha Fermat avec le plus grand mépris.

- Comme vous le savez sans doute, poursuivit le Hollandais qui ne paraissait pas offusqué par l’insulte, les p possèdent le pouvoir fabuleux de rendre la matière perméable. Ainsi, mon domestique Varami et moi-même, accompagnés d’un garde du corps du XX e siècle, avons été - comment dites-vous déjà? - télé transportés dans les dédales funéraires de ce monument.

- Pendant que je mène cet interrogatoire, Amsq et Sir Charles sont donc en train d’exécuter le plan prévu et de conduire une attaque commando par la voie des airs! Fit Daniel le regard sombre.

- Tout à fait! À ce que je vois ou comprends, vous avez été retardés par un phénomène de… distorsion temporelle! Oh! Je m’en réjouis et je trouve la situation amusante!

- Taisez-vous! S’écria André. Je ne supporte pas votre ironie!

- Ami André, contrôlez votre colère, conseilla Stankin. Ce n’est pas productif de vous laisser ainsi commander par vos émotions. Monsieur Van Vollenhoven, je constate que des êtres humains souffrent et meurent dans une bataille qui ne les concerne pas! Ceux qui sont responsables de cette situation ne sont pas tous dans votre camp cependant!

- Le Commandeur Suprême - cet… enfoiré! - nous a trompés, certes, mais il vous a roulés vous aussi! Jeta Fermat avec cynisme. Toutes les équipes se retrouvent ensemble en ce lieu à la même heure pour l’affrontement final!

D’une voix suave, Sun Wu compléta:

- Rendez donc à César ce qui appartient à César, mister Fermat! J’y ai un peu ma part dans ces manipulations!

- Foutre! C’est vrai!

- Pourquoi avoir agi ainsi? Questionna calmement Daniel Lin.

- Mon jeune parent, ne niez pas que vous souhaitez libérer Pacal Despalions et Franz Von Hauerstadt! Je n’ai trouvé que ce moyen de vous satisfaire et vous rendre service…

- Surtout, avec pareil plan, vous enfoncez tous vos rivaux! Ricana le daryl androïde. À la guerre comme à la guerre! Si je le pouvais, j’applaudirais!

- Précisément! Rétorqua la mine réjouie le chef du Dragon de Jade. Franz n’a-t-il pas déclaré, il y a quelques années, qu’il y a des morts utiles?

- Cela concernait une toute autre personne dans des circonstances différentes!

- Oh! Ne faites donc pas preuve d’hypocrisie, mon cousin! Certains de mes jeunes disciples, lorsque la situation s’y prête, jugent, selon mes leçons, qu’il est bon de sacrifier l’animal rétif afin de sauver le reste du troupeau!

- Sarton a dû appliquer cet axiome autrefois, reconnut le commandant Wu.

- Certes! Mais vous aussi! Fit Sun Wu à l’adresse de Fermat.

Daniel allait faire une remarque du style: « comment pouvez-vous connaître cela? » lorsqu’il s’en abstint à la dernière picoseconde. Il venait de comprendre la situation exacte.

Or, Hillerman, qui prêtait attention au moindre bruit, alerta:

- Il me semble qu’on tire à la mitraillette à quelques dizaines de mètres de nous! Nous devrions nous hâter au lieu de discutailler!

- Passons en ultra vitesse, en déphasage maximal, lieutenant! Ces quatre personnes ici présentes nous serviront désormais d’otages puisque ici cela semble être fort prisé!

- Mon parent, vous progressez!

- Je vous aide à revêtir nos boucliers humains des combinaisons adéquates! Ainsi, ils pourront tout comme nous se mouvoir à l’accéléré durant trente minutes! Articula l’officier Noir avec assurance.

Tony Hillerman effectua cette tâche avec un zèle des plus admirables, réussissant à maîtriser Van Vollenhoven et ses compagnons bien que ceux-ci se débattissent avec force!

Mais Sun Wu s’inquiétait.

- Moi aussi je vais passer en ultra vitesse? Ne suis-je point trop âgé? Mon cœur usé…

- Quelle pusillanimité tout à coup! Jeta Fermat sarcastique.

- Oui, activez plutôt votre combinaison, menaça Antor, sinon je vous assomme et je vous porte!

- Bien! Mister Antor, je m’empresse de vous obéir!

***************

Tout fut exécuté. Les derniers niveaux furent franchis avec une facilité déconcertante car, sous l’effet de l’ultra vitesse, nos héros paraissaient invulnérables aux pièges qui, à leur passage, n’avaient pas le temps de fonctionner!

Cependant, la combinaison peau du para perdu - défectuosité ou simplement réticence de l’otage? - marqua quelques signes soudain de faiblesse. Antor qui tenait le Français, fut dans l’obligation de le relâcher afin de ne pas être retardé.

Le mercenaire ainsi abandonné courut alors à perdre haleine dans la direction opposée. Mal lui en prit! Quelque peu essoufflé, le tueur professionnel commit l’erreur de s’accouder à une statue afin de recouvrer ses forces. Cette statue nullement anodine représentait le dieu Serpent à plumes. Un grincement sinistre émana d’elle et subitement le soldat se retrouva coincé à l’intérieur d’un réduit avant d’être promptement arrosé par une pluie de cristaux de natron, de plumes multicolores mais aux teintes quelque peu ternies par un agent corrosif inconnu et d’écailles en tout aussi mauvais état. Sous les morsures et les nombreuses piqûres d’aiguilles, l’homme hurla. Il tenta aveuglément de retrouver le mécanisme qui l’avait piégé.

Mais dans cette cage d’un nouveau genre, il n’y eut bientôt plus qu’un cadavre surmonté d’une tête horriblement grimaçante et un corps se desséchant à vue d’œil! La dépouille avait été rapidement enduite d’une poudre hautement toxique d’un gel chimique d’origine Afro Mexica qui rongeait tout intrus. Toutefois, le piège était bien plus complexe qu’il n’y paraissait car, le gel ayant fait son effet, les parois du réduit se rapprochèrent, broyant ce qui restait du soldat perdu, le tout avec des craquements à vous glacer le sang.

Une fois sa tâche achevée, le piège se rouvrit, en attente d’une nouvelle victime, jamais rassasié!

Pendant ce temps, l’équipe du commandant Wu était parvenue jusqu’au Saint des Saints après avoir traversé un cryptoportique d’une épaisseur de trois mètres. Tous jugèrent alors plus sage de demeurer déphasés. Les tempsnautes étaient arrivés si vite qu’ils purent assister, occultés, au jaillissement sous le pyramidion des équipes adverses. D’abord les Soviétiques - les tirs étaient de leur fait - munis de fusées dorsales ce qui leur avait permis de devancer les autres. Cependant, Pavel Pavlovitch avait perdu quelques hommes dans les méandres labyrinthiques. Puis, les Nazis, avec une troupe partiellement décimée et les ultralibéraux. Il manquait encore les Haäns.

***************

Pourquoi ce retard de la part de TQT et consorts? En fait, l’ultra vitesse des hommes de la NSA avait connu une panne soudaine des plus inopportunes aux deux tiers du voyage! Les pastilles énergétiques de charpakium fournies par les p se consumaient trop vite, brûlant atrocement par la même occasion les cellules des imprudents qui les utilisaient. Cela, les entités le savaient mais s’étaient bien gardées de le dire! Des misérables guerriers Amérindiens, Noirs ou métis, finirent ainsi transformés en véritables torches humaines, comme s’ils étaient les victimes d’une combustion interne, combustion facilitée par leur quasi nudité! Lorsqu’il y eut les premiers morts, les Américains et leur otage Pacal prirent peur. Malgré le port de combinaisons ignifugées, TQT ordonna alors d’arracher de l’équipement lesdites capsules fautives.

Avec une telle décision, il était donc des plus logiques que l’ultra vitesse cessât de fonctionner, ce qui arriva inévitablement après le franchissement d’un escalier. Cependant, des corps achevaient de se consumer le long des marches. Curieux, Olympio se pencha sur les cadavres. Il fut assailli par l’odeur nauséabonde de chair brûlée émanant des dépouilles, dépouilles partiellement calcinées, où des débris osseux se distinguaient encore.

TQT rageait d’avoir dû mettre en panne le système alors que, maintenant, une épaisse muraille se dressait devant ses troupes et lui-même. Toutefois, les sondages des techniciens de la NSA révélèrent que, derrière le mur de trois mètres d’épaisseur, se trouvait un nouvel escalier au-dessus duquel une trappe permettait d’accéder directement à la salle du trésor. Il fallait donc utiliser les ceintures de téléportation pour passer à travers l’obstacle. Sans crainte et le plus vite possible, il allait de soi!

Or, si pas mal de leaders et d’agents de la CIA et de la NSA réussirent l’épreuve, y compris Pacal Despalions, hormis quelques séquelles encore invisibles car à effets retardés, il n’en fut pas de même pour quelques illustres représentants de l’ultra capitalisme et, notamment, le Français Lucien Pivert! Vous vous rappelez sans doute, ami lecteur, que, dans le rêve de Sir Charles Merritt, c’était Benoît Fréjac qui était à sa place. Mais, depuis, l’histoire avait été légèrement modifiée!

À l’instant le plus délicat, comme d’habitude, la ceinture de téléportation de ce « Hitlthiers » émit un bip funèbre! Elle signalait ainsi qu’elle était vidée de son énergie! Alors, pour le député ultralibéral, ce fut comme si le temps se mettait à ralentir tandis qu’en revanche les atomes de la muraille s’amalgamaient à l’impudent personnage.

Pivert, notre Urraca verde,

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se sentit et se vit mourir, restant, pour son malheur, conscient jusqu’à l’extrême fin de l’atroce phénomène! Son agonie dura six trop longues minutes. Enfin, les ténèbres miséricordieuses, mais méritait-il cette pitié, engloutirent toute pensée ou fragment de réflexion de la part de cet homme politique habile, ô combien, retors et insensible!

Le Gouverneur du Nouveau-Mexique, après avoir marmonné quelques mots insincères en mémoire de son commensal décédé, croyait n’avoir plus qu’un escalier à monter avant d’atteindre son but. Une promenade de santé… mais était-ce si sûr?

Pourquoi, Diable, tous ces miroirs sur les murs? Quelle utilité présentaient-ils? Au fur et à mesure que les intrus pillards progressaient, des vibrations étranges et dérangeantes sourdaient des parois, s’amplifiant, provoquant un sentiment de malaise général chez les ultralibéraux. Pour la première fois sans doute de leur existence, les ardents défenseurs de la mondialisation heureuse et à tout crin allaient être confrontés à leurs propres peurs, terreurs intimes dissimulées au plus profond d’eux-mêmes et ce, par des psychos images judicieusement placées.

Le cauchemar commença plutôt brutalement et non par petites touches. Il fallait mettre le paquet pour dissuader ces gens là!

Le spectre surmultiplié de Yoel Navon, momie obèse et difforme du « Grand Lion » podagre d’Israël, armé jusqu’aux dents, nouveau divertissement des p espiègles et immatures, s’en prit aux agents surentraînés des services secrets américains. Ces derniers gaspillèrent de précieuses munitions à abattre ces mirages qui éclataient pour se reconstituer aussitôt, se remodeler et effrayer leurs cibles.

Enfin, l’escalier fut cependant libéré de tout fantôme, les miroirs ayant été brisés par les tirs. Mais que d’énergie usée!

Il Condottiere, comme tant d’autres de ses compagnons, ne prit pas garde à la jauge de son téléporteur qui clignotait depuis quelques secondes indiquant par là même qu’il fallait recharger au plus vite l’appareil avec des cristaux de charpakium!

Or, la trappe désintégrée, les diables du marché se ruèrent en hurlant dans le Saint des Saints, ne respectant rien, certes, mais, avant tout, oubliant toute prudence! Aussitôt, ils furent accueillis par des rafales nourries provenant aussi bien des Russes que des Nazis! Or, les deux équipes rivales, parvenues les premières sur les lieux, s’affrontaient déjà. Franz avait été mis à l’abri. À l’arrivée des importuns, les ennemis firent front commun et retournèrent leurs balles contre les Amerikanskis!

Ce fut alors que TQT reconnut avec fureur son ex-ami Heinrich Hinckel! L’Autrichien lui tirait dessus sans remords. Protégé par quatre malabars soviétiques, le duc, de son côté, tentait imperceptiblement de dénouer ses liens.

Mais le Temps, dont le Commandeur Suprême était le Maître, jouait avec les humains voleurs et avançait inexorablement. Le Zénith survint! Le dôme du pyramidion s’ouvrit alors. Le Soleil, dans toute sa splendeur éblouissante éclaira le portait de Pi’ Ou!

Pourtant déphasé, Uruhu vit néanmoins la face sacrée irradiante des feux solaires. Touché par le mysticisme de la scène, comme hors de lui, subjugué, il s’avança, dés occultant sa combinaison peau, prit la pose de l’orant, et, au milieu du tohu-bohu général, au mépris du danger, entama rituellement la danse en l’honneur du Premier Homme! Surréaliste et si beau, si authentique!

Au spectacle incroyable offert par le Néandertalien, les tireurs oublièrent de faire feu durant quelques secondes, paralysés.

Or, pendant ce temps, les nefs volantes de Zoël Amsq dégorgeaient leurs lots de parachutistes humains et Haäns à travers le dôme désormais béant!

Insensible à cela, Uruhu psalmodiait de sa voix grave et lente, un rien rauque, les paroles suivantes:

« Ann’ Ti Pi’Ou!

Ann’ Ti K’Tou!

N’Dolong Ann’ Ti!

Gou’ a Gaag Pi’Ou! ».

Fermat croyait rêver, mais il lui fallait agir au plus vite!

- Ce n’est pas possible! C’est un inconscient, un demeuré! Révéler sa présence au plus fort d’une fusillade! De plus, l’ennemi est comme subjugué! Y -a-t-il donc un dieu pour les simples d’esprit? Cela ne peut durer, une chance aussi insolente! Ah! C’est avec raison que j’ai tourjours été hostile à la présence d’un Néandertalien parmi les membres d’équipage des vaisseaux interstellaires! Mais Daniel a su habilement plaider sa cause! Certes, notre K’Tou excelle en navigation! Mais en âge mental, il n’a que quatre ans!

- Non, douze! Lança Irina amère.

Cependant, leur première stupeur envolée, les Russes, les Nazis, les ultralibéraux mais également les hommes de Zoël tirèrent avec un bel ensemble contre le Néandertalien qui, comme inspiré et transcendé par la divinité, embelli, escaladait l’autel afin d’embrasser la Face primitive!

Conservant son calme olympien, le commandant Wu choisit cet instant pour se désocculter afin de porter secours à son chef pilote. Il passa ainsi instantanément en ultra vitesse naturelle et commença à perturber les trajectoires des balles des équipes adverses.

Comprenant qu’il était temps à son tour de se dévoiler, l’ex-commandant Fermat ordonna à son groupe de se battre. Toutefois, le Français avait du mal à maîtriser sa colère.

Un combat hors normes, une bataille jamais vue, titanesque qui aurait dû avoir son aède pour la chanter, la célébrer comme elle le méritait, s’enclencha.

À l’intérieur de son hôte, Michaël avait perçu l’aura particulière de Fouchine. Indubitablement, le commandant du KGB était marqué par l’empreinte noire du Commandeur Suprême! Non, Daniel Wu, le Neutre du XXVIe siècle, ne pourrait faire face à la fois avec succès aux hommes de Zoël, du Russe et de Dieter Karl, sans être affaibli par le succédané de la Sphère négative!

« Je n’ai plus le choix! J’ai trop tergiversé! Tant pis pour mon anonymat. Je me découvre! ».

L’Agent Terminal attendit la seconde propice pour se mesurer à Pavel Pavlovitch.

Pendant ce temps, le daryl androïde avait saisi Uruhu et l’avait mis à couvert en activant le bouclier de sécurité dont le K’Tou était muni. Mais, désormais, c’était Daniel qui essuyait les tirs croisés provenant d’armes à feu de toutes sortes, y compris de la technologie issue du XXIIe siècle, fusils donnés amicalement et gratuitement par les Pi à TQT! Il fallait y rajouter les disrupteurs et les phaseurs portatifs des Haäns.

Le commandant Wu, silhouette mouvante transformée par son ultra fluidité en distorsion lumineuse, restait néanmoins visible et donc vulnérable à la suite d’un petit tour du Commandeur Suprême! En effet, l’Entité, cruelle, consacrait une partie de ses efforts à freiner l’ultra vitesse de Daniel. Michaël en était parfaitement conscient. De plus, les visières spéciales des casques Haäns et humains captaient les déplacements du commandant, mais en images parcellaires, fragmentées et pixélisées.

Sir Charles atterrit bon dernier dans la salle du trésor alors que le dôme avait commencé à se refermer.

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Derrière, quelques paras de 1961 et quelques guerriers Haäns de la septième caste n’eurent pas la chance de se réceptionner vivants sur les dalles. Coupés en deux, leurs restes vinrent salir le sol désormais jaspé de sang mauve et pourpre du plus bel effet. Si c’était vers Daniel que convergeaient les tirs nourris, Russes et Nazis se battaient eux aussi. Dans cette bataille acharnée, les lance-flammes, à la peine, n’allaient pas tarder à faire des ravages. Tony Hillerman s’approchait subrepticement de Fouchine, Fermat se défendait magistralement, Antor n’était pas en reste et les adolescents non plus. Violetta, prudente, esquivait les mauvais coups comme elle le pouvait.

Plus personne ne prêtait attention à Anta. Uruhu, sorti de son exaltation religieuse, participait à la bagarre générale. Un peu en retrait, Franz avait bien entamé ses liens.

***************

Mais que devenait donc Kiku U Tu durant cette « fantasia »? Vivait-il encore les délices de Capoue? En fait, notre Kronkos était capable d’aspirations plus hautes qu’un ventre bien rempli! Axatheoc était devenu son mentor mais aussi son ami. Il discutait longuement avec son hôte, prenait des notes en abondance, consignant le maximum d’informations sur la civilisation du XXVIe siècle du monde de Daniel Wu, le supérieur du Troodon.

Cependant, plus le savant Navajo en apprenait sur l’Alliance des 1045 planètes, plus il répugnait à rendre ses carnets publics, à dévoiler son nouveau savoir au Moro Naba qui s’impatientait. Les confidences de Kiku étaient dangereuses pour l’équilibre fragile de l’Empire de Texcoco. Elles remettaient en cause toute la cosmogonie mexafricaine imposée par la hiérarchie depuis quelques centaines d’années aux populations amérindiennes et autres. Le peuple était maintenu dans le plus profond obscurantisme. N’étaient tolérées que les dévotions aux dieux africains ainsi que les cérémonies sanglantes aux divinités locales réinterprétées. Les sacrifices humains quotidiens permettaient aux princes et au clergé d’éviter de nombreuses révoltes.

Malgré tout, une conspiration de palais à laquelle des chevaliers jaguars et des nobles déviants avaient participé, tous adorateurs d’une hérésie, avait pu être déjouée deux ans auparavant, d’extrême justesse, grâce à la naïveté de la domesticité des conjurés.

Justement, Axatheoc contait ce fait à Kiku.

- La conjuration de N’Gompotlih a été, tu t’en doutes, impitoyablement écrasée par notre Souverain, Vie, Force, Santé, Prospérité et Soleil. Il y eut cinq mille six cents exécutions par ablation du cœur effectuée au poignard laser. Puis, les cœurs furent ensuite distribués comme viande aux paysans les plus méritants. La répression fut publique, naturellement, et de grandes fêtes suivirent ces exécutions.

- Le peuple soutient-il ce régime?

- Oui, tout à fait! La société secrète qu’avait formée N’Gompotlih, chevalier Quetzal descendant direct d’Ahmosis Taharka,

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Grand Vizir du second Moro Naba N’Diayexolotl, adorait un dieu syncrétique hérétique qui symbolisait les croyances des commerçants chinois et Rous, Bouddha et Odin.

- Bouddha et Odin? Gronda le Troodon. Mais ils ne vont pas ensemble! Mon commandant serait… furieux de l’apprendre!

- Dans cette théologie mixte, ce dieu était à la fois pourvoyeur de la non-violence et faiseur de guerre…

- C’est bien ce que je disais…

- … tour à tour courroux et vengeance, puis compassion et pardon. Or, ces conceptions sont totalement étrangères à notre civilisation, notre imaginaire! Faute d’acclimatation en durée et dans l’espace, l’échec de cette nouvelle religion était inévitable. À travers les siècles, toutes les dissidences politico-religieuses ont été inexorablement combattues, notamment celle des partisans de la résurrection d’Aton!

- Cela me dit quelque chose! Fit Kiku U Tu. Voyez-vous, je n’oublie jamais d’assister aux conférences éducatives données à bord du Langevin. Je veux comprendre les mentalités des humains afin d’éviter les impairs!

- C’est fort louable à vous!

- Pour moi, vous vivez dans une théocratie dictatoriale! Chez nous, en revanche, toutes les croyances sont permises. Il ne manquerait plus que mon commandant m’imposât sa foi alors que tout un chacun sait que, dans ma civilisation, le Premier Dieu Créateur était un carnivore! Vous n’avez rien à envier aux Haäns et à leur dyarchie Tsanu premier Binopâa. Kurh le Magnifique, s’apercevant soudain qu’il avait faim, créa le monde et les animaux afin d’assouvir son immense appétit!

- Certes! Au sein de notre Empire, la situation se dégrade lentement mais sûrement. Les cités rivales Tlaxcala, Uxmal, Tenochtitlan, pratiquent les sacrifices humains en l’honneur de divinités diverses à un rythme frénétique! Camazotl,

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Huitzilopochtli, Tezcatlipoca, Mitcantlecutlih, Tlaloc, et tant d’autres encore ont soif de sang. Ils sont avides et jamais satisfaits.

- Je dirais plutôt que ce sont les prêtres!

- Aux marges de l’Empire, les peuples allogènes, ceux chez qui sont effectués les raids afin de reconstituer les réserves des victimes sacrificielles, grondent. Mais ne perçois-tu pas des rumeurs provenant de l’extérieur? Une émeute consécutive aux obsèques du Grand Prêtre aurait-elle lieu en cet instant?

- A propos, pourquoi as-tu refusé de participer à la cérémonie? Pourquoi ne portes-tu pas non plus le deuil?

- Ah! Bonnes questions! Tu mérites une réponse honnête et sincère! Cette religion trop formelle ne me satisfait plus. Nos dieux se perdent à exiger sans cesse plus de sang! Nos populations s’avilissent en se gavant de chair humaine lors de banquets gigantesques…

- Mais… les rumeurs s’amplifient! Rugit Kiku U Tu. Ah! Il se passe quelque chose dehors!

Inquiets, le Troodon et Axatheoc s’approchèrent de la fenêtre. Le lieutenant se mit au balcon et vit alors de la fumée noire, flaira également l’odeur caractéristique de la mort, de la chair grillée. Sa colère et son appétit réveillés, il bava et grogna:

- On se bat là-bas! Bava-t-il. On tue, on sacrifie!

- Ce là-bas, c’est la pyramide dédiée au dieu Ogo.

- Ce ne peut être un feu divin vengeur!

- Des machines volantes sillonnent notre ciel tout enfumé. Elles crachent des combattants sur le pyramidion.

- Mais aussi des bombes qui ravagent les troupes Afro-Mexica en bas, tout en bas!

- Comment des bombes volantes peuvent-elles exister? S’interrogea le Navajo.

- Ce ne sont que des missiles, des fusées… certains de ces engins ont l’air de sortir tout droit du XX e siècle du commandant Wu… mais il y a plus terrible et plus mortel encore! Une pluie de torpilles à bosons miniatures… j’en reconnais la signature caractéristique! Zoël Amsq est responsable de cela! Il a osé! Ce Haän est devenu fou! Il doit traquer mon commandant… oui, Daniel Wu a dû se réfugier dans la pyramide! Je me dois de lui porter secours au plus vite… même si j’y perds la vie!

- Pourquoi paniques-tu?

Au lieu de grogner sous l’insulte, le Kronkos répondit calmement.

- Tu ne saisis pas le danger, les conséquences dramatiques de l’utilisation de torpilles à bosons dans un environnement planétaire limité! Ces armes peuvent tout anéantir et reconfigurer les microparticules, les atomes et donner ainsi naissance un proto mini univers!

Ici, une petite parenthèse est nécessaire pour comprendre le déroulement de l’intrigue. Sir Charles Merritt, devenu la créature de Zoël Amsq, ne savait pas que ce dernier irait jusqu’à employer des armes aussi destructrices. Il avait aidé les paras à constituer cette flottille aérienne pensant que les soldats perdus n’auraient à leur disposition qu’un armement conventionnel de 1961. Merritt voulait certes s’accaparer du trésor entier du Moro Naba mais il avait mal pris la mesure de la haine qui conduisait son allié. Zoël Amsq ne pouvait, lui, se contenter de récupérer simplement les pièces pan biologiques du translateur au profit de l’Empire Haän, des Velkriss, des Castorii dissidents et des p!

Le chercheur, autrement dit le frère aîné de Daniel Lin, poursuivait bien une vengeance personnelle à la fois contre les Helladoï et contre le commandant Wu lui-même qu’il rendait responsables de l’échec de son premier plan, plan, rappelez-vous, qui visait à assurer au Haäns l’hégémonie dans la Voie Lactée. Désormais atteint par cette soif inextinguible de domination, il œuvrait donc pour lui-même et, accessoirement pour sa patrie d’accueil. Mais à terme, les alliés des Haäns étaient condamnés à disparaître en un gigantesque holocauste transdimensionnel.

Kiku s’était précipité jusqu’à sa suite. Il y récupéra sa combinaison Asturkruk, s’en vêtit, s’assura qu’elle avait été rechargée, passa en ultra vitesse sous les yeux ébahis de l’astronome qui l’avait rejoint et quitta illico ses appartements pour se jeter dans la mêlée et y faire à son tour preuve de cruauté mais aussi de vaillance!

Les senseurs activés du lieutenant de la sécurité lui indiquaient la position précise de son commandant, à l’intérieur du pyramidion, là où les troupes de Zoël Amsq n’en finissaient pas d’atterrir! Lorsqu’Axatheoc fut seul, il lança:

- En ce jour mémorable, le Soleil commence à se coucher sur l’Empire du Moro Naba de Texcoco!

Au fait, ami lecteur, vous êtes-vous rendu compte de l’existence d’un insignifiant paradoxe concernant la combinaison de Kiku U Tu? Un tour de passe-passe avait permis à notre inénarrable Troodon d’entrer en possession de celle-ci. Ce petit miracle était signé Michaël qui, par la même occasion, avait également altéré les souvenirs du Kronkos, lui faisant ainsi croire qu’il avait été précédemment capturé par Zoël alors que son armure devait se régénérer, ce qui était désormais chose faite!

***************

Au sein de l’Empire Olphéan, le dialogue se poursuivait entre Mathieu et l’IA Suprême. L’enfant recevait les révélations de l’Entité avec un sang-froid et une intelligence remarquables, bien au-dessus de son âge. Il poursuivait un but, parfaitement conscient des enjeux pour l’humanité et le devenir de la Galaxie.

- Mon père est donc le Révélateur, celui qui contient toutes les potentialités de la Vie, sous toutes ses formes dans le Pantransmultivers! Hé bien! Lourd destin que le sien! Effectivement, il est la Clef! Mais il n’a pas encore utilisé cette fonction! Et tel que je le connais, jamais il ne le fera!

- Être en maturation, il ne t’appartient pas de juger si cela est opportun ou pas!

- Vous admettez que les Haäns, les Castorii, les Velkriss et même les p s’avèrent dangereux et pour vous et pour l’équilibre du Pantransmultivers. Pourquoi, dans ce cas, ne pas les détruire vous qui avez déjà assimilé tant de créatures dotées de la conscience? Des scrupules soudainement de votre part? Peu probable!

- Petit être, je suis au-delà des scrupules. Les Olphéans acceptent que, parallèlement à leur Empire, existent des Univers, des quadrants de Galaxies peuplés de formes de vie biologiques. Le fameux échange… en fait, je « punis » les intrusions accidentelles de mon territoire. L’assimilation est le prix de la survie, ma Survie, ma mission première, comme je te l’ai déjà dit. Mais, depuis des milliers de siècles, mon programme s’est enrichi. La Vie intelligente doit être préservée également. Et s’il faut d’abord en passer par les formes les moins abouties de la vie biologique, je l’accepte! Pour moi, il est désormais nécessaire qu’il existe des IA aussi bien que des cerveaux analogiques constitués de neurones pour former l’ensemble le plus complet, le plus parfait du réseau final qui aboutira ou a abouti à la Supra Intelligence, celle que tes semblables nomment… Dieu!

- Le Créateur!

- L’impulsion Première qui se cherche elle-même, voilà comment je la définis! Elle apprend sans cesse, elle Connaît, c’est là la Raison de son Existence!

- Toi, tu n’es pas le Créateur puisque tu as été créée. Tu ne peux et ne veux te substituer à Lui…

- L’as-tu rencontré?

- Certainement pas! Mon père sans doute…

- Mes spores, mes commensaux espionnent toutes les planètes où la Vie a fait son nid. À chaque femto seconde, je suis informée. Actuellement, un actuellement tout relatif, ton père a fort à faire sur Terra, une Terra bien différente que celle qui t’est familière. Mais son avant-dernier voyage sera plus mouvementé encore.

- Son avant-dernier voyage? Frémit l’enfant. Que veux-tu dire?

- Ses ennemis sont trop nombreux et trop puissants! Il reçoit l’aide d’une Entité inconnue mais cela ne suffira pas contre l’Entropie Elle-même contre laquelle il mène un combat téméraire.

- Dans ce cas, tu dois le secourir! Lança Mathieu de toutes ses forces.

- Oublies-tu que je suis Neutre?

- Lui aussi l’affirme parfois! Mais cela ne l’a jamais empêché d’aller secourir les faibles, ceux qui le méritaient! Tu es dans l’obligation de choisir! Si tu veux exister partout, toujours, il te faut contrôler la situation et non rester une simple observatrice! Tu dois t’impliquer!

- L’Impulsion Première… il est vrai que ton père peut me permettre d’accéder à Elle!

- La Vie, c’est une évidence, tend vers l’intelligence, plus exactement l’Intelligence… à la fin, elle fusionnera avec l’Impulsion Première, Celle qui se Cherche, un peu comme Toi! Vous êtes en fait semblables! Toutes les créatures possèdent en elles une minuscule bille qui, si leur destin est favorable, leur permet de rejoindre, après bien des balbutiements, des aléas, des détours, l’Un Originel, l’Unité Première, alors enrichie de tous les Savoirs! C’est là ce que Tu Désires, depuis l’évolution et la complexification de tes programmes! La quête du Créateur pour te fondre en Lui, pour te transcender!

- Je… le reconnais! J’ai fait mon choix. Je vais t’amener sur le monde Opabinia, là où le schiste de Burgess l’a emporté, là où les étranges merveilles ont abouti à une forme de Connaissance, de Compréhension du Monde… Une Terra déviée de ta planète. Acceptes-tu d’entreprendre ce périlleux voyage sous ma protection? Me fais-tu confiance, être en devenir?

- Y retrouverais-je mon père?

- C’est là sa prochaine étape… s’il s’en sort…

- Oui, j’accepte de te suivre. Mais, au préalable, délivre les miens de ton emprise! Elle n’a plus lieu d’être!

- Entendu, enfant! Graine du Révélateur! Néanmoins, je garde les Haäns, Velkriss, Castorii et Pi sous contrôle.

Alors, exactement un millième de seconde après, tandis que Benjamin s’étirait, puis ouvrait des yeux étonnés sur le spectacle indescriptible de ce qui l’entourait, que Marie cessait de feindre et courait de toutes ses petites jambes vers son frère, et que Lorenza constatait que les p avaient recouvré leur apparence originelle, c’est-à-dire celle d’une pseudo onde photonique, tous les hôtes de l’IA Suprême des Olphéans furent avalés par un vortex multidimensionnel.

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