samedi 16 octobre 2010

Mexafrica 2e partie : Chercheurs d'or 1936 chapitre 13


Chapitre 13
A bord du vaisseau Langevin, Penta pi mit son plan à exécution contre les guerriers mâles Velkriss, immobilisés par la phase de reproduction. Il lui fallait empêcher les insectoïdes de féconder les soldats femelles. Ces dernières, attirées par les chants et les phéromones des mâles, ne tarderaient pas à rejoindre leurs partenaires. Le temps pressait: déjà, des essaims nuptiaux se constituaient dans les secteurs contaminés comme les tubes d’aération, les câbles optiques des ordinateurs, l’holobibliothèque, les douches, les jardins hydroponiques, etc. Comme on le voit, la ponte exigeait chaleur et humidité.
Penta pi se déphasa en autant d’exemplaires qu’il y avait d’essaims. Puis, ses alter egos démultipliés créèrent des champs dits de contention distorsionnelle régressifs, autour des foyers contaminés et des mâles chanteurs. Pris au piège, les Velkriss, guidés par l’instinct, reconstruisirent à la va-vite des cocons chrysalides de protection. Ils pouvaient ainsi attendre plusieurs années la fin de tout danger. Naturellement, les essaims dissociés voyaient leurs composantes redevenir larves ou mouraient en se desséchant à une vitesse accélérée; Ainsi, un peu partout, des dépouilles aux chitines racornies tombaient en poussière, un peu comme des peaux mortes abandonnées.
Pourquoi une telle hécatombe? La vision stéréoscopique des Velkriss était tout simplement impuissante à détecter un être déca dimensionnel déphasé agissant sur plusieurs plans d’existence à la fois. Par contre les moniteurs de l’IA hyper positronique suivaient sans problèmes la progression de Penta pi.
Ce dernier semblait sur le point de réussir lorsque l’Intelligence Artificielle signala soudainement un grain de sable: on venait de violer les codes de téléportation!
Au centre de commandement, Benjamin tenta bien de remédier à ce viol en programmant de nouveaux codes mais en vain! Il n’eut d’autre choix que de lancer une alerte optimale de sécurité. La Dimension p en son entier intervenait! C’était une intelligence collective capable de réorganiser toutes les particules subatomiques, donc de modifier la réalité perçue par les êtres carbone. N’ayant nul besoin de téléporteur, les p se retrouvèrent à bord du Langevin, au sein même de l’IA, et, plus rapides que la lumière, ils la ralentirent en parasitant l’ordinateur central au niveau des circuits décisionnels quantiques. Ensuite, les semi-entités n’eurent plus qu’à téléporter l’état-major Haän, les dissidents Castorii, et la reine suprême des Velkriss qui répondait au nom de Shi-Ka-Aa-Ta. La créature ressemblait à une mante religieuse à l’abdomen proéminent, couleur bronze, et était gorgée d’œufs à en éclater!
Réussissant n’afficher nulle émotion et nulle surprise, Benjamin se retrouva en présence de Tsanu XIII Gaachak en personne, l’ancien baron Opalaanka dans une précédente histoire qui, ici, sévissait au XXVIIIe siècle. Le Grand des Grands, le Noble parmi les Nobles, ne poursuivait qu’un seul but: restaurer la grandeur Haän quel qu’en soit le prix! Ce dernier avait fait ses classes auprès de Maximien dans un temps dévié où triomphait la Guilde de Penkloss. Magnifique, imposant dans sa broigne caractéristique traditionnelle, ses larges épaules recouvertes d’une peau de Kruhhm, lion des cavernes vivant sur Haäsucq, Sa Splendeur dégageait une odeur puissante à la suite de la dépouille du fauve qui la parait.
Un peu en retrait derrière le Suprême des Suprêmes, l’éblouissant Gaachak, se tenait le tribun et Prætor Sertorius, d’une taille nettement moins imposante mais les cheveux gris et le nez busqué. Comme on le voit, le chef des Castorii dissidents était loin d’avoir la superbe de Tsanu XIII! Tout à fait à l’arrière à la suite de sa masse, Shi-Ka-Aa-Ta siégeait, à demi allongée, sur un palanquin véritablement monstrueux! La reine des reines ne cessant de pondre, les effluves de la passerelle devenaient tout à fait insupportables à inhaler!
Avec une demi-seconde de retard, pi Septimus, le deus-ex-machina se matérialisa à son tour. Il avait emprunté les traits de l’homme politique français Chaffouinard, cet homme veule, hypocrite, émetteur de sentence à ses heures. Les mains de Benjamin lui brûlaient. Il rêvait de fesser l’importun qui était vêtu tel un Optimates de la République romaine agonisante!
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Seuls les homunculi transdimensionnels de Danikine auraient pu empêcher les p d’obtenir une victoire aussi éclatante. La première phase du plan de la coalition hétéroclite et de circonstance s’achevait donc par la prise prévisible du Langevin. La seconde ne serait accomplie que par la reconstruction intégrale du bio translateur et la capture de Daniel Wu dont l’ADN aux redoutables propriétés devait servir de catalyseur permettant ainsi la colonisation biologique de tout le Pan trans multivers dans ses infinies possibilités. Voilà pourquoi s’étaient alliés les arthropoïdes, les Haäns, les Castorii et les pi. En fait, la Dimension, tel un enfant gâté, s’ennuyait ferme et complotait dans plus de neuf mille chronos lignes. La réussite finale de ce plan ourdi de longue haleine reposait entièrement sur les épaules de Zoël Amsq. Ce parvenu à l’identité douteuse se servait de Merritt qu’en réalité il méprisait profondément, mais aussi de p Sigma et d’Hepta pi. Ces derniers, loin d’être dupes, instrumentalisaient le chercheur.
Tandis que pi Septimus, agissant avec sans-gêne, s’asseyait avec désinvolture sur le siège dévolu au commandant du Langevin, le capitaine Sitruk utilisait secrètement son vocodeur subvocal pour transmettre ses ultimes ordres à Penta pi et au docteur di Fabbrini. L’entité obéit immédiatement et cessa de détruire les essaims Velkriss. Ensuite, ayant rejoint l’infirmerie principale, il aida Lorenza à la mise en place du protocole de sauvegarde de la mémoire centrale du vaisseau. Cette tâche fut possible car la Dimension avait déserté les circuits de l’IA croyant détenir une pleine et entière victoire.
- Le transfert des codes de préservation dans l’ordinateur médical est enfin achevé! Fit la jeune femme avec un soulagement marqué. Maintenant, pour forcer la nouvelle programmation, il faudrait au moins une journée standard à vos frères!
- Bien plus, très chère! Cela nécessiterait la présence de Daniel Wu lui-même! J’ai imité ses schémas de pensée. Après tout, je l’ai pratiqué durant de longues décennies et les miens ignorent ce dont je suis en fait capable, leur ayant dissimulé l’essentiel!
- Mais les vôtres vont s’apercevoir de votre intervention. Ils vont vous condamner.
- Ne le suis-je pas déjà? J’en ai assez de vivre une existence ennuyeuse depuis plus de cinq milliards d’années sans pouvoir changer véritablement les choses, hésitant à reformuler les lois de la physique, voyageant d’un Univers limité à un autre, sans rencontrer l’interlocuteur capable de comprendre mon profond sentiment de vacuité, sans guide, sans consolation… Je me sens bien seul dans ma triste et inutile errance. Lorsqu’enfin je pense toucher au but, je me rends compte que j’ai eu bien tort d’ignorer ces amibes, ces microbes humains, si semblables à moi pourtant, et qui transcendant leurs défauts, valent plus que moi…
- Vous allez donc accepter sans vous défendre la mort administrée par vos frères?
- Pourquoi pas! Ce sera une expérience de plus, voilà tout! L’expérience ultime! Cela me réjouit!
- Penta pi, pardonnez-moi. Je vous ai méjugé!
- Non! Au contraire! C’est à votre contact que j’ai évolué! Mais trop tard!
- Merci! Merci pour tout, Penta pi!
- Vous osez me remercier de cet échec?
- Ici, vous le savez tout comme moi, l’échec n’a que peu d’importance! La partie se joue ailleurs!
- Et quelle partie! Splendide! Vous en verrez la fin, ma chère! Je vous envie!
Avec une émotion sincère, Lorenza serra fortement la main d’Axel Sovad, la retenant quelques secondes. Lorsqu’elle relâcha la pression, deux p venaient chercher le félon.
Sur la passerelle, le capitaine Sitruk avait été proprement dépouillé de son vocodeur et bâillonné et ligoté sans ménagement. Officiellement, le Langevin s’était rendu. Mais Sertorius avait été blessé par un tir de fuseur et un garde du corps Haän avait été abattu par le sergent Kutu. Désormais, le Kronkos gisait sans connaissance sur la console tactique après avoir été assommé mentalement par p Septimus. Le premier acte semblait s’achever.
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En 1961, Sun Wu avait tenu sa promesse et même davantage. Le vieux chef de la triade désirait par-dessus tout accéder au pouvoir suprême et, pour cela, il lui fallait « ménager » son descendant! Parallèlement, Sun, muni des renseignements fournis par Michaël, avait décidé d’enquêter sur Zoël Amsq et l’Empire Haän. Pour lui, la ruine, l’anéantissement de ses ambitions ne pouvait provenir que des agissements de Zoël. Le chef du Dragon de Jade jeta toutes ses troupes sur la piste du chercheur dévoyé. Les informations récoltées bouleverseraient le sens des mésaventures de l’équipage du Langevin!
Pendant que d’autres fils se nouaient, TQT et ses sbires dépités du fait que Daniel Wu et Franz Von Hauerstadt leur avaient échappé du fait de l’intervention d’adversaires imprévus, démobilisés, avaient choisi de regagner l’année 1999 afin de soigner leurs plaies et de revoir leur stratégie.
Les chefs des ultralibéraux commirent l’erreur de terminer leur séjour à l’auberge de l’Aubépine fleurie alors que Fouchine s’était, lui, empressé de prendre la fuite avec un otage, et quel otage, et que Amsq et Merritt avaient proprement disparu à bord de leur vaisseau du XXXe siècle!
Chez Von Hauerstadt les cadavres des commandos morts lors de l’attaque avaient été désintégrés et tout avait retrouvé un aspect habituel. La technologie du XXVIe siècle avait ceci de merveilleux c’est qu’elle pouvait dupliquer à peu près tout ce qui existait.
Mais revenons à TQT et à ses sbires. Un somnifère versé habilement dans les boissons de ces messieurs suffit à l’expert en poisons Sun Wu pour capturer les téméraires et les livrer ensuite à Daniel.
Au lieu d’ouvrir les yeux dans une chambre douillette avec un lit plus que confortable, muni d’un double édredon, d’une couverture en pure laine, d’un oreiller en plumes d’oie, les sectateurs de Thaddeus von Kalmann, l’esprit embrumé, se réveillèrent dans un lieu beaucoup moins agréable, même pas digne d’un bouge de la Cour des Miracles! Les ultralibéraux crurent reprendre conscience dans des cachots, style ceux de la Conciergerie ou du Luxembourg aux plus belles heures de la Grande Terreur! Dans ces prisons sordides reconstituées, seuls les rats et les parasites tels que poux, punaises et puces manquaient apparemment à l’appel. Diable, il fallait rester civilisé, n’est-ce pas?
En fait, ce qui allait suivre n’était guère plus qu’une leçon grandeur nature, quoique… Avec Antor en Deus ex machina…
En attendant un procès éventuel, les prisonniers se lamentaient abondamment, affalés sur la paille, totalement dépassés par les événements, légèrement amnésiques, ne comprenant pas comment ils avaient pu atterrir dans cet endroit sinistre et sordide.
Après quelques trop longues heures d’inquiétude sourde, se transformant en angoisse, trois jeunes gardes, bonnet phrygien enfoncé sur la tête, vinrent chercher la fournée du jour de l’abbaye de monte-à-regret afin de la faire comparaître pour la forme devant le trop célèbre Tribunal révolutionnaire parisien, présidé par le fameux Hermann.
Le jugement était couru d’avance puisque les avocats de la défense avaient été supprimés. Il fallait améliorer l’efficacité dudit tribunal. Deux sentences s’offraient au jury tout acquis à la révolution la plus sanglante: l’acquittement ou la mort par décapitation par le rasoir national.
Peperoni, TQT, Navon et Tagawashi traînaient les pieds; comme on les comprend! A peine quelques minutes plus tard, les hommes politiques se retrouvèrent, tout tremblants, devant l’illustre Accusateur public, Fouquier-Tinville, de sinistre mémoire! Le conventionnel Barère, membre du Comité de Salut Public,
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espionnait pour ses confrères; l’assistance était composée de quidams, de tricoteuses, tous de parfaits inconnus aux yeux de ces hommes du XXe siècle.
Le procès débuta en français. Miracle! Les accusés comprenaient tout ce qui se disait!
Le cas d’Olympio Peperoni fut examiné en premier. L’Italien corrompu, son sourire « cheese » évanoui, n’en menait pas large. Depuis le temps qu’il échappait à la justice, il s’était persuadé que cela durerait toujours!
Toutefois, au début de l’interrogatoire, notre histrion commença par crâner, ne voulant pas montrer sa peur. Il se moqua ouvertement de l’Accusateur public. Celui-ci, impassible, n’en continua pas moins ses questions tout à fait inquisitoriales. Le bougre était bien renseigné!
Chacune des mauvaises réponses de Peperoni entraînait systématiquement un méchant coup de pique dans les reins. Peu à peu, le dos en sang, il perdit sa morgue et reconnut tous les chefs d’accusation, même les plus incroyables, sans barguigner! Adoration du veau d’or des ci-devant, utilisation de moyens et de soutiens mafieux afin de parvenir tout d’abord au pouvoir puis, ensuite, de s’y maintenir, promotion de la politique des privilèges pour une poignée aux dépens des couches populaires, subornation des esprits par des divertissements débilitants diffusés à longueur d’années sur des chaînes de télévision, propriétés du « facchino Olympio », soirées jet set aux frais de la princesse avec de fort jeunes délurées, et ainsi de suite…
La sentence de mort sans appel fut prononcée d’une voix coupante.
Ensuite, le condamné fut ramené, ligoté, dans sa cellule aux murs nus, tachés de salpêtre.
Alors que son esprit vagabondant, Peperoni tremblait d’un effroi incontrôlé devant le sort abominable qui l’attendait, il eut la surprise de voir le décor qui l’entourait se modifier! Lui-même fut touché par l’étrange phénomène. Il se transforma pour revêtir l’apparence d’un individu hirsute, couvert de hardes infâmes infestées de punaises, de puces, toutes tâchées et dégageant une puanteur de crasse, de sang tourné et de fenaison plus qu’avariée, la barbe et les cheveux gras jamais lavés, envahis de poux s’ébaudissant librement dans cette pilosité abondante. Ses membres étaient emprisonnés par de lourdes chaînes. Mais apparemment cela ne suffisait pas puisqu’il était également maintenu solidement par deux sicaires francs! Les gardes, de véritables colosses, portaient à merveille le bouclier rond ainsi que la francisque dont le tranchant était maculé de taches sombres, non de la rouille mais bel et bien du sang. Désormais, notre Olympio se retrouvait dans la peau d’un Syagrius déchu,
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vaincu par Clovis en 486. Le seigneur avait été livré par les Goths. Tantôt, sa tête serait tranchée par une hache bien maladroite.
Conduit devant son adversaire, le pseudo Syagrius voyait celui-ci banqueter paisiblement au milieu de ses comes et de ses dogues à qui, parfois, il jetait négligemment quelques os à ronger! Un instant, relevant la tête, le souverain lança, en très haut allemand, idiome pratiqué par les Francs saliens:
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- Holà! Que l’on garde bien le prisonnier! Je n’ai point encore achevé mon repas!
Puis, Clovis but longuement de l’hydromel dans une coupe de belle taille en argent massif. Ensuite, toujours aussi détaché, s’essuyant les lèvres avec son coude, il ajouta d’une voix grave:
- Que l’on pratique sur lui la décollation sur l’heure! Ce félon ne doit pas vivre un instant de plus! Sa mise à mort facilitera ma digestion et mes rêves se feront doux ce soir!
Alors, le bourreau s’avança avec une lenteur calculée, ses longues mèches de lin dissimulant partiellement son visage livide, couleur de lune. Avec maîtrise, il brandit la lourde hache, instrument de la sanglante exécution. Jusqu’où cette farce macabre devait-elle aller? Peperoni sentit bel et bien le froid de la lame lui effleurer le cou. C’en fut trop pour lui! Ses nerfs lâchèrent enfin et l’Italien sombra brutalement dans une inconscience bienvenue!
- C’était un dur à cuir celui-là! S’exclama Antor trivialement.
- Plutôt! Renchérit Daniel. Bravo, mon ami! Tu t’es surpassé.
- Que lui avez-vous donc fait croire? Interrogea Fermat.
- Qu’il était d’abord un ci-devant comparaissant devant Fouquier-Tinville durant la Terreur, puis Syagrius exécuté sous les yeux de Clovis, expliqua le mutant sans montrer le plus petit signe de satisfaction.
- J’ai joué le rôle de Clovis, souffla Daniel Lin. Je pense que la leçon sera suffisante. Après avoir traité les autres, nous déposerons ce triste sire à l’Aubépine fleurie.
- Il m’aurait bien servi de souper, ce mafieux! Soupira Antor avec sincérité.
- Certes, mais attaquons-nous à l’Américain. Commanda le daryl androïde. Le temps presse.
- D’accord. Mais je pensais que ces séances d’hypnose pouvaient distordre le temps subjectivement! Émit l’ambassadeur.
- Je m’inquiète pour Violetta, dit simplement le commandant Wu.
***************
Le Tribunal révolutionnaire assemblé une seconde fois prononça donc une nouvelle sentence de mort à l’encontre du gouverneur du Nouveau-Mexique à la suite des accusations suivantes: traîtrise aggravée, mise en danger de la communauté vivante, adoration du veau d’or, bêtise invétérée du prévenu, incapable d’exercer des fonctions à responsabilité mondiale.
Le verdict rendu, TQT fut alors transféré dans une étroite cellule équipée d’un antique poste de télévision. L’appareil diffusait une vieille bande d’actualités d’un temps alternatif dans lequel Gérard de Gaysintisca était réinvesti Président de la République française en mai 1981. L’homme politique avait été déclaré élu par le Conseil constitutionnel à la suite d’un incroyable imbroglio électoral jamais survenu dans la réalité de l’Américain. Le Président-candidat avait été désigné vainqueur par la haute institution garante de la démocratie avec seulement cent trois voix d’avance sur son malheureux adversaire, le « florentin » Maurice Bièvres, alors qu’en fait, le dépouillement des bulletins n’avait jamais été véritablement achevé pour la bonne raison que des centaines d’urnes électorales volées avaient été retrouvées avec leurs bulletins tout à fait illisibles soit dans les eaux de la Seine, soit dans celles de la Garonne, soit encore au large de Cassis ou de Marseille, soit encore dans l’Oise, la Somme, La Loire, la Durance, l’Adour, le Var, la Meuse, et ainsi de suite! Le célèbre et facond Toussaint Spirito était l’auteur de cet exploit ou de cette gabegie, au choix. En contrepartie, il était assuré d’obtenir le poste de Ministre de l’Intérieur, trahissant un ami de vingt ans!
TQT, dont la culture et encore moins la connaissance de l’histoire des pays européens n’étaient pas la tasse de thé, ne reconnut pas le personnage guindé et snob qui se mouvait sur l’écran. Dans sa superbe naïveté, le Sudiste se demandait à quoi rimait ce « talk show », ce spectacle plus qu’ennuyeux! Toutefois, écoutant attentivement, il finit par saisir le mot « France »! A part sa langue maternelle qu’il massacrait à tout-va, quelques rudiments d’allemand et quelques très vagues notions d’espagnol du style: « Bruto! Tonto en la cabeza! Loco! Hijo de putana! Conojes! », le gouverneur ne manipulait correctement aucun idiome! Parallèlement, il se montrait incapable de localiser un seul État sur un planisphère hormis le sien, évidemment! Alors, identifier un homme politique étranger qui n’était plus en charge, cela relevait de la tâche impossible! Dire que TQT avait des ambitions nationales! L’homme se vantait de n’avoir lu que deux livres intégralement dans sa vie: la Bible, cela va de soi, et un recueil d’anecdotes sur le Nouveau-Mexique.
Comment était-il donc parvenu en Allemagne? Olympio l’y avait un peu aidé!
Sortant de ses sombres pensées, TQT entendit une voix coupante à l’accent anglais très cultivé s’adresser à lui sur un ton sévère. Elle semblait sortir du néant.
- Thomas Quincy Taylor faisait Fermat, reconnais sur ces vieilles images, l’archétype de l’usurpateur, ton modèle! Tu envisages de loger à la Maison Blanche. Tu y parviendras mais avec une minorité de voix grâce à une obstruction systématique qui visait à retarder l’issue du décompte légitime des bulletins de vote. Par ta faute, tes manigances et tes trafics, des milliers d’électeurs ne verront jamais leur opinion prise en compte! Alors, la démocratie, discréditée, de plus en plus formelle, disparaîtra tout à fait dans l’indifférence générale! Dans ta logique de riche Blanc anglo-saxon, protestant, fort de ton bon droit, « Gott mit uns! », proclamaient les Nazis, un électeur n’égale plus une voix, et ce, d’autant plus s’il s’agit d’un Noir, citoyen de seconde zone à tes yeux, surtout s’il a le malheur de vivre au Nouveau-Mexique, au Texas ou encore en Floride! Hélas pour l’Amérique, hélas pour le Monde et la planète tout entière, hélas pour l’Humanité, ce péché originel sera suivi de bien d’autres crimes! L’implosion des Etats-Unis en trois États ennemis, l’Amerindia, l’Afrorica, et la Christian Union of Mexamerica en est une triste illustration! S’ensuivront une nouvelle guerre de religion affectant tous les continents ou presque, le triomphe de l’obscurantisme intégral et, in fine, Gaïa, malmenée, se rappellera au mauvais souvenir de ses tortionnaires, de ses parasites, j’ai nommé les humains! Or, tu es l’odieux et ridicule catalyseur de cela! Tu as été condamné à mort, mais non pas à une mort douce et sereine! Œil pour œil est-il écrit dans l’Ancien Testament! Tu périras donc victime de tes propres non-valeurs que tu as eues l’impudence de brandir sur tes maudits étendards! Vois et souffre: première non-valeur! Premier châtiment: l’apologie des armes à feu, en vente libre!
La première partie du réquisitoire était achevée. Le silence revenu, instantanément, le décor se modifia.
Sans transition aucune, TQT se retrouva face à un tireur fou, surarmé de fusils à canon scié, de mitraillettes et d’automatiques de divers calibres! Le désaxé n’était autre qu’un ancien fonctionnaire licencié par le Gouverneur du Nouveau-Mexique afin d’équilibrer le budget de l’Etat! Amer, réduit à des aides sociales qui fondaient comme neige au soleil, l’homme avait pété les plombs. Or, il appartenait à la tristement célèbre NRA.
Notre canardeur qui idolâtrait l’acteur brutal Scurvy Dick et qui pour lui ressembler s’était rasé le crâne, trouait de balles tous les humains qu’il croisait dans Main Street. De même, il démolissait les devantures des magasins avec une rage contrôlée ainsi que les façades des immeubles, les bureaux d’une administration dans lesquels il avait pénétré, déchargeant ses engins de mort sur les lavabos et les glaces des toilettes, les distributeurs de boissons ou encore les meubles fonctionnels.
Dans un crépitement quasi continu, les éclats de briques, de métal, de plastique, de verre et de bois se mêlaient aux douilles qui s’en allaient joncher les trottoirs et les sols.
A chaque chargeur vidé, le laissé pour compte de la compression de personnels, des économies et de la rigueur nécessaires, se saisissait d’une nouvelle arme, fusils Smith et Wesson ou bien Uzi, avec une dextérité dénonçant l’habitude et poursuivait son œuvre de salubrité publique! Imparable, chaque balle faisait mouche!
Plongé au cœur même de cette scène live de suspens, digne des meilleurs thrillers, TQT tenta, vainement bien évidemment, de s’abriter du déchaîné en se cachant derrière une colonne de faux marbre du Sénat local. Mais que faisait donc la police?
L’ornement ne résista pas à la furie enragée de ce champion de tir. Une première fois, le gouverneur du Nouveau-Mexique mourut, le corps transformé en bouillie sanguinolente.
Mais, immédiatement après ce décès, la voix de Fermat s’éleva, toujours aussi méprisante alors que le Sudiste ouvrait des paupières alourdies par une émotion bien compréhensible. Il s’était cru mort, après tout!
- Au tour de la seconde non-valeur: le soutien invétéré au lobby du pétrole, celui qui finance toutes vos campagnes politiques, au détriment de la biosphère dans un premier temps, puis, à long terme de l’Humanité!
Aussitôt, notre cobaye fut englué, tel un triste oiseau de mer, dans une nappe noire et nauséabonde de mazout déversée au large de l’Alaska! Le site aurait aussi pu être une des côtes le long du Golfe du Mexique lors de la terrible catastrophe du printemps 2010 après qu’une plate-forme off-shore de pétrole eut connu les mésaventures que l’on sait dans la piste 1721 originelle!
Notre cormoran mit trois longs jours à mourir, agonisant dans sa croûte de pétrole durcie. Personne pour secourir ce triste individu, plus sinistre que les corneilles annonciatrices du sort qui attendait les humains dans un avenir pas si lointain.
Toujours aussi impitoyable, André, qui excellait dans ce rôle de donneur de leçons, enchaîna les chefs d’accusation.
- Troisième non-valeur: l’opposition totale à l’avortement au nom de la vie à n’importe quel prix!
Notre valeureux et menteur né se réincarna dans la peau d’un freak, victime et symbole de l’acharnement thérapeutique. L’être qui n’avait jamais connu la douceur et la chaleur d’une mère, incapable de toucher, de voir, de parler, entouré de fils, branchés sur divers appareils respiratoires et nourriciers, n’en pouvait mais de poursuivre cette existence vaine. Toutes ses terminaisons nerveuses le brûlaient et il endurait depuis la première seconde des souffrances difficilement imaginables. Immense et terrible était sa solitude! Son univers se réduisait à la douleur. Elle était partout, toujours, encore…
Pauvre anencéphale cyclope à face de crapaud! Un œil bleu unique, voilé, inexpressif, des excroissances adipeuses dans le dos, un goitre et, par-dessus tout cela, une polydactylie!
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Le corps sanglant à cause des escarres inévitables ne pouvait se mouvoir seul. Pour sa sécurité, il était retenu par des lanières qui ajoutaient à ses souffrances.
Les militants « pro life » de cet institut s’acharnaient professionnellement à maintenir en vie cette ébauche d’humain, utilisant tout leur savoir alors que la pitoyable créature n’aurait dû survivre que deux heures tout au plus sans leur aide! Subjectivement, le freak existait depuis deux longues années déjà!
Jugeant qu’il était temps de passer à la suite, Fermat, bourreau exemplaire, énonça méthodiquement la quatrième non-valeur: le mépris des femmes!
L’Américain se réveilla dans la peau d’une Hispanique déjà mère de six enfants, à la merci d’un époux alcoolique et brutal qui, chaque soir, battait sa femme, sous l’emprise de la tequila ou de la bière. Corazón périt une nuit de cinq coups de couteau dans le ventre. La brute, sûre de son impunité, s’en était allée dormir paisiblement dans la chambre pendant que sa victime agonisait dans la cuisine et que les enfants, terrorisés, gémissaient dans leur coin.
L’exécution suivant la cinquième non-valeur, le soutien aux créationnistes, fut si remarquable, qu’elle mérite d’être relatée en détails.
Ne comprenant toujours pas l’acharnement dont il était victime, TQT fut métamorphosé en singe rhésus de laboratoire. Apparemment, on lui avait implanté des électrodes dans le cerveau afin d’étudier les sensations qui le parcouraient lorsque étaient testés sur lui différents produits de beauté! Pour que la consommatrice lambda fût satisfaite et protégée de toute forme de toxicité, il était « nécessaire » d’en passer par là!
Ce que notre homme politique endura défie l’entendement! Le singe n’étant point parent du genre Homo, les chercheurs travaillant pour les transnationales des cosmétiques pouvaient donc l’utiliser à loisir et le mépriser à volonté au pis, l’ignorer au mieux!
Rongé par divers acides, notre « singe » mourut en poussant de petits cris plaintifs qui auraient ému des statues mais pas ces individus vêtus de blouses blanches payés pour accomplir leur travail.
Suivit le soutien inconditionnel à l’ultralibéralisme, cette fois TQT devint un sans-abri Noir, crevant de faim et de froid au cœur d’un ghetto de la Grosse Pomme, dans les années 1980, au temps de la splendeur du « règne » de son père, le magnifique et arrogant TTT dont les aphorismes seraient encore étudiés deux cents ans après sa mort.
Le cadavre du SDF fut retrouvé presque entièrement gelé, tout bleui et raide, dix jours après son décès, sous un tas d’immondices nauséabonds alors qu’ils allaient être broyés par une benne à ordures. Il arrivait donc à la voirie de passer donc dans le quartier malgré les compressions drastiques du budget!
Puis, ce fut le racisme. Vous l’attendiez cette non-valeur là, avouez-le! Pourquoi avoir tant tardé?
Incarné une nouvelle fois dans la défroque d’un Afro-Américain, qui, là, vivait dans un État du Sud des States, notre politicien fut tabassé à mort, logique, non?, par ses propres copains du Ku-Klux-Klan
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qui, tout naturellement, ne le reconnurent pas malgré ses supplications! TQT fut achevé en étant attaché à l’essieu arrière d’un vieux pick-up puis traîné sur vingt kilomètres de boue séchée, de rocaille et de nids de poule! Son corps sanglant, les traits non reconnaissables, fut ensuite abandonné dans un fourré pour finir dévoré par des prédateurs nocturnes.
La défense de la peine de mort fut enfin abordée. Le Gouverneur du Nouveau-Mexique vécut intensément tous les instants de son exécution sous l’identité d’un « assassin » amérindien, trop pauvre pour se payer un avocat digne de ce nom. Son seul tort dans cette macabre affaire était sa couleur de peau, bistre. L’accusation reposait sur le témoignage de deux vieilles femmes, l’une presque aveugle, et l’autre à moitié sénile. Comme elles appartenaient à la majorité blanche, on les crut! L’enquête, il faut le savoir, avait sciemment écarté plusieurs attestations en faveur du Natif! Celles-ci affirmaient qu’à l’heure du crime l’accusé rendait visite à son beau-père dans une réserve du Colorado.
Malgré ses protestations d’innocence, jamais il n’avait varié dans son récit, Johnny Horse fut attaché à la classique civière et subit l’abominable injection létale sensée le tuer sans douleur.
Pourtant, TQT ressentit toutes les affres précédant la mort au cours d’une agonie qui dura six longues minutes. Peu à peu, bien trop lentement, tous ses centres nerveux furent paralysés alors que ses poumons, incapables d’aspirer l’air, cessaient de fonctionner. Après avoir été comme absorbé dans un trou noir, l’Amérindien ne vit plus rien.
Le gouverneur était-il tiré d’affaire? Hélas pour lui, la voix glaciale de Fermat se fit entendre une fois encore, le tirant de sa bienheureuse inconscience!
- Maintenant, les peuples premiers que tu méprises tant! Leurs valeurs sont contraires aux tiennes. Ils vont s’occuper de toi et t’enseigner cette vérité: l’Homme appartient à la Terre et non la Terre à l’homme! Notre espèce, vois-tu n’est que de passage!
André se tut et sembla s’estomper tandis que le décor changeait une ultime fois. Une forêt sempervirente, semi obscure se matérialisa. Elle bruissait, vivait de milliers de présences dissimulées. Des oiseaux criaient, piaillaient, dialoguaient, se répondaient dans une atmosphère chargée d’humidité. La chaleur moite était partout. Par-dessus tout ce bruissement, un sublime yodle, une vocalisation splendide dans les aigus. Les gibbons n’avaient rien à voir avec ce chant venu du fond des âges, du fond de tous nos souvenirs. Les yodles se succédèrent, s’enchaînèrent avec une maîtrise remarquable, semblant surgir des quatre coins de la forêt primaire. Impossible de localiser avec précision les chanteurs de ces prouesses sonores.
Incompréhensiblement, TQT eut peur, soudain! Certes, il pouvait penser, parler, mais il se voyait tout couvert de poils noirs. De plus la station debout lui était pénible, non naturelle! Il marchait curieusement, en se dandinant. Ses pieds préhensibles étaient nus.
Sa peur augmenta encore. Les chants se rapprochaient dangereusement. Une sourde angoisse montait de la pénombre; les oiseaux eux-mêmes s’étaient tus. S’étaient-ils donc enfuis?
Le politicien voulut appeler à l’aide. Mais seuls des borborygmes indistincts sortirent de sa bouche noire. Il ne poussait que de surprenants « Hou! Hou! » terrifiés.
- Un chimpanzé! Me voici dans la peau d’un chimpanzé traqué par des chasseurs! Essaya-t-il de dire.
Son instinct l’obligea à courir et à changer de direction. Mais chaque fois qu’il fuyait, croisant creuser l’écart avec ses mystérieux poursuivants, une nouvelle vocalisation retentissait dénonçant le fait que les terribles chasseurs suivaient toujours la piste! Un sifflement puis une atroce douleur dans le bras gauche! Une sagaie s’y était plantée avec force!
La horde de chasseurs pygmées en quête de viande fraîche avait atteint son but. Le Bonobo était à sa merci. La disette ne serait bientôt plus qu’un souvenir pour la tribu. Elle pourrait se nourrir quelques jours. Faut-il le dire? La disette était le résultat d’une guerre civile qui perdurait déjà depuis de trop longs mois.
Bientôt, le plus que singe, criblé de traits, s’affaissa. Lentement, les chasseurs cueilleurs Aka sortirent des fourrés, s’assurant promptement de la mort de leur proie qu’ils avaient poursuivie durant trois heures. Pour le Bonobo, tout était terminé. Il allait être dépecé. Tant son effroi avait été intense, qu’il s’était souillé bien avant de succomber à ses multiples blessures.
Dans son inconscience, TQT ne sut pas ce qu’il advint dans la soute du vaisseau Einstein. Une intrusion déca dimensionnelle avait lieu. Elle émanait des p! Ces derniers avaient décidé de faire évader deux des prisonniers, Yoel Navon et Hikaru Tagawashi. Les deux hommes, tandis qu’Antor était plongé dans une transe profonde, avaient pu s’emparer de disrupteurs et de tasers.
Cependant, le mutant sentit que quelque chose de grave se passait. La pensée de Fermat lui parvenait clairement bien que le diplomate fût paralysé par la lueur violette.
- Invasion de la Dimension p! Nous sommes tous immobilisés sauf vous! Vous seul pouvez intervenir!
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Pavel Pavlovitch avait commis l’erreur de s’encombrer d’un otage fort peu coopératif. En effet, Violetta faisait tout ce qu’elle pouvait pour ralentir son ravisseur. Elle gigotait sans cesse, gémissait à qui mieux mieux, donnait parfois des coups de pieds vicieux, et ce, aux instants les plus inadéquats. Pourtant, l’officier du KGB avait pris la précaution de ligoter la jeune fille et de la bâillonner. Mais voilà, l’adolescente métamorphe, malgré son jeune âge, avait déjà connu semblables mésaventures!
En quelques minutes, elle put se débarrasser de ses liens avec une facilité sidérante! Seule la peur d’être blessée l’empêchait de s’enfuir du véhicule conduit par le Russe.
Pavel Pavlovitch, qui ne se refusait aucun confort de l’Occident capitaliste décadent, avait emprunté une Ford Consul 315. Sa voiture était escortée par une Opel Rekord bourrée d’espions soviétiques armés jusqu’aux dents! Naturellement, tout ce beau monde était muni de faux papiers lui garantissant une relative sécurité. Ainsi, le commandant Fouchine se faisait passer pour un importateur exportateur Est-allemand au nom passe-partout d’Hans Grünwald.
Après quelques heures de route sans péripéties notables, les deux voitures passèrent la frontière avec la RDA sans anicroche. Maintenant, direction Berlin, dans un pays triste, enneigé, gris, défiguré par les usines sidérurgiques et chimiques.
A Berlin-Est - le célèbre et sinistre Mur n’avait pas encore été édifié - Fouchine et son groupe montèrent à bord d’avions affectés par la Stasi. Les aéronefs devaient ensuite se poser en Pologne.
Comme Sun Wu l’avait révélé à Daniel, le commandant pilotait un chasseur Sabre suédois sans numéro d’identification, ce qui allait à l’encontre de toutes les règles de l’aviation.
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L’agent avait pour mission de faire étape dans une base secrète du KGB à proximité de Gdansk. Le reste du groupe avait grimpé à bord d’un avion cargo maquillé de type Antonov. Bien évidemment, les autos avaient été récupérées et chargées dans la soute.
Notre maître espion, un peu trop sûr de lui, avait refusé l’escorte d’autres chasseurs de type Mig 17 ou Tupolev.
http://www.avions-militaires.net/images/fiches/photo1/mig17.jpg
Tout cela afin de ne pas se faire trop remarquer non seulement par les alliés du Pacte de Varsovie mais aussi par les avions U2.
Pavel Pavlovitch avait négligé trois facteurs:
- Violetta, qui, même harnachée derrière son ravisseur, se métamorphosait en valise, en vitre, en enclume, en horloge, en lampadaire, en méduse, en girafon, en autruche, etc.… A chaque changement de notre espiègle jeune fille, les alarmes de sécurité du Sabre s’allumaient, vrillant les oreilles du pilote dans le cockpit, obligeant ce dernier à sortir au plus vite de la vitesse supersonique;
- le réseau fort étendu du Dragon de Jade, très bien informé, mieux que la CIA ou la NSA, qui étendait ses tentacules dans le monde entier et bien évidemment au Kremlin. Pour information, l’un des secrétaires de Monsieur K. était appointé par la Triade!
- le facteur espace-temps, parfaitement maîtrisé par la navette Einstein et son commandant. Le vaisseau du futur pouvait se translater instantanément à Gdansk et arriver à destination avant le Sabre, un primitif engin de vol du milieu du XX e siècle. A la décharge de Fouchine, peu entraîné, celui-ci ne raisonnait qu’en trois dimensions. Il n’avait pas l’habitude d’être confronté à des adversaires se mouvant à l’aise dans les « paradoxes temporels »! Mais cela viendrait.
La destination finale du Sabre était la presqu’île de Kola où s’élevait la base construite sous les directives de Paldomirov et Diubinov, ce dernier appelé à un brillant avenir dans les années 1990 de cette piste, base qui abritait le translateur volé à Franz en 1959. Diubinov avait pour mission de rendre opérationnel le fabuleux engin. Avec le soutien du pseudo Duval, il envisageait d’utiliser Violetta Sitruk comme chèvre afin d’attirer le duc et son nouvel allié dans la nasse. Selon les renseignements dont disposait ce fidèle et borné agent soviétique, eux seuls, sous la menace de voir exécutée la jeune fille, étaient à même de réparer le fameux translateur auquel il manquait une pièce vitale, pièce soigneusement dérobée et détruite par l’agent temporel Michaël et le Germano-américain.
Accessoirement, une métamorphe représentait un magnifique sujet d’expérience. Pourquoi ne pas créer, grâce à ce cobaye, le surhomme soviétique invincible, le soldat indestructible de l’Armée Rouge, protéiforme, capable de prendre l’apparence et la capacité de toutes les armes, y compris les non conventionnelles telles que les bombes A et H?
Chimères! Rêves d’un fou qui auraient fait doucement rire Paldomirov s’il en avait été capable!
L’agent du Commandeur Suprême se servait de la relative naïveté de Diubinov et de la soif de vengeance de Pavel Pavlovitch. Il les instrumentait. Mais, Fouchine, plus intelligent que son supérieur Diubinov, se doutait bien que, derrière ce projet, apparemment loufoque, se dissimulait un autre plan, très dangereux pour tous les protagonistes: une troisième guerre mondiale, une guerre du Temps!
Avec cynisme, le clone du Commandeur Suprême envisageait sérieusement d’avancer la guerre nucléaire qui, théoriquement, devait éclater en 1993, au début des années 1960, ceci afin d’égarer l’agent MX, de l’entraver, et de rendre impuissants les 12 S qui le supervisaient.
Pierre Duval, nullement dupe des aspirations de Diubinov, connaissait l’impossibilité génétique de transformer des soldats soviétiques en parfaits métamorphes. Il s’en fallait de près de trois cent soixante-dix ans!
Pour mémoire, le Commandeur Suprême du Temps convoitait le bio translateur afin d’empêcher l’humanité d’accéder à la véritable liberté. Celle de vaincre l’Entropie.
Or, pendant ce temps, les Yankees, avec Remab et Remcal, tristes écorchés de plastique, testaient la résistance aux radiations des fragiles corps humains. Pour le moins, ils avaient quelques conflits de retard!
Depuis trois minutes, Violetta ne s’était pas métamorphosée en objet ou en animal incongru. Fouchine pouvait donc, enfin, se consacrer entièrement au pilotage et ne plus se méfier des instruments de navigation de son Sabre.
Soudain, son radar afficha un signal inhabituel. La navette Einstein venait de se rematérialiser juste derrière le jet, sans coup férir! Alors, de la soute, émergea un chasseur à réaction plus évolué que le Sabre suédois, le surclassant largement, un Mig 21 piloté par Uruhu le Néandertalien. Pavel Pavlovitch n’avait aucune chance!
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Pour comprendre ce tour, un léger retour en arrière s’impose!
Lorsque l’alerte pourpre avait retenti dans la navette, tous, malgré leur paralysie, avaient vu des faisceaux énergétiques violets balayer les cabines puis la soute. Tandis que le commandant Wu, immobilisé lui aussi, tentait de se dépêtrer de cette paralysie, des disrupteurs étaient apparus entre les mains des prisonniers. Ceux-ci profitèrent de l’occasion. Ils grimpèrent l’échelle de la soute, à la recherche d’une ouverture.
Le premier, TQT, toujours plongé dans une bienveillante inconscience, fut sauvé. Puis, ce fut le tour des autres prisonniers. Mais Tagawashi et Navon avaient déjà atteint l’étage supérieur. Les p les oublièrent!
Plus prosaïquement Daniel Lin avait pu sortir de sa catalepsie passagère, et ce, inexplicablement! Passant en hyper vitesse, il avait rétabli le champ anentropique de contention, un champ généré par un matérialisateur amélioré.
Antor, lui aussi, avait recouvré toute sa conscience. Reprenant contact avec la réalité, il courut après les deux fugitifs, le chef militaire extrémiste israélien, et le dictateur Nippo-Péruvien véreux! Sans état d’âme, les deux hommes tirèrent sur le mutant. Malgré la rapidité des traits de feu, Antor réchappa à la mort en exécutant un triple saut périlleux qui le projeta juste derrière les deux tireurs. Puis, à une vitesse stupéfiante, il bondit sur le dos de ses proies et planta ses crocs dans la nuque du Péruvien d’abord, le saignant à blanc en moins d’une seconde!
Yoel, sa main moite de peur glissant sur le disrupteur, ne parvint pas à se relever et à rejeter au loin son agresseur. Il ne se rendit pas compte qu’Antor le vidait maintenant de tous ses fluides vitaux! Lorsqu’il amorça enfin son redressement, il était déjà mort!
Ainsi, le provocateur, fauteur de guerre, anti palestinien et le massacreur des Amérindiens des commandos Atahualpa avaient fini leur existence totalement exsangues!
Dans la cabine, une entêtante et écœurante odeur cuivrée caractéristique se dégageait. Les dépouilles desséchées, voire dessiquées encombraient le sol de plastacier. Peu à peu, tous les occupants du vaisseau recouvraient leur libre arbitre.
Personne n’eut un mot de reproche à l’adresse d’Antor. Le vampire avait préservé sa vie. Avec un haussement d’épaule, Fermat fit l’affreux ménage en désintégrant ce qui restait des ultralibéraux.
Cependant, aux communications, Tony Hillerman captait un message subspatial transtemporel comportant les formules diplomatiques cérémonielles en usage au sein de l’Alliance, mais surmontées de la titulature de l’Empire Haän restauré par Tsanu XIII Gaachak. Le valeureux Empereur se déclarait maître du Langevin et menaçait de mettre à mort tout son équipage si le commandant Wu, après avoir reconnu sa défaite, ne regagnait pas son vaisseau!
Pour persuader Daniel, la proclamation était accompagnée d’images montrant une bataille intersidérale où l’on voyait la flotte de l’Alliance des 1045 planètes subir une déroute, bref une raclée administrée par les Velkriss et les Castorii dissidents. Une date s’affichait sur l’écran, celle du 31 mai 2517!
Nullement démonté par cette nouvelle, le daryl androïde avait ses ordres et savait que Benjamin, même prisonnier et otage était capable de s’en sortir, le commandant Wu choisit froidement d’ignorer l’ultimatum. Ce qui aurait pu le perturber, c’était la situation des civils du Langevin parmi lesquels figuraient Mathieu et Marie.
Daniel se concentra sur le problème le plus immédiat, celui de la récupération de Violetta Sitruk. Il lui fallait anticiper l’arrivée de Fouchine en Pologne. Tant pis pour la fuite des ultralibéraux! Ce n’était pas le moment de se disperser et d’affronter les p directement!
Pour notre Prodige de la Galaxie, s’il parvenait à remonter la piste de Amsq et Merritt et à contrer ces deux individus, l’invasion du Langevin par les Haäns et les Velkriss n’aurait jamais lieu! (sauf à l’état de virtualité inaboutie, mais c’était une autre histoire)!
Assis sur le siège du pilote, les paupières baissées, concentré, Daniel calcula l’avance supposée de Fouchine, prenant en compte tous les facteurs. Après une vingtaine de secondes, il conclut que l’Einstein devait se translater quatre heures avant l’arrivée de l’agent soviétique à sa base. Rouvrant les yeux, il en informa ses subordonnées d’une voix qui n’admettait aucune remise en compte.
Franz qui était à bord, réfléchit à son tour et jeta innocemment:
- Une fois à Gdansk vous escomptez attaquer le jet de Fouchine avec ce vaisseau? Êtes-vous armé et outillé pour un combat aérien en atmosphère?
- Non… admit le commandant Wu.
- Bien! Je poursuis. Avez-vous envisagé que notre espion pourrait, non par hasard, endommager vos moteurs distorsionnels malgré la présence de boucliers magnétiques?
- Mmm… Pour cela, il faudrait alors que l’Entité Johann pilotât elle-même cet avion!
- Sait-on jamais!
- Qu’avez-vous donc en tête, Franz?
- Lutter à armes égales, ou presque!
- C’est-à-dire?
- Nous sommes d’accord que Fouchine va emprunter un supersonique. Alors, il nous faut lui opposer un autre supersonique de guerre! Trouver un tel avion et le voler ne doit pas être si difficile…
- Certes! Émit Fermat. Mais qui va piloter une telle antiquité?
- Uruhu! Lança Daniel coupant la parole au duc qui allait certainement se proposer. Il est parfaitement qualifié pour cette mission. De plus, son intuition peut faire la différence!
- Oui, vous avez raison, Daniel, approuva André. Quel avion emprunter?
- J’ai ma petite idée, reprit le daryl. Franz a suggéré une tricherie… tant pis pour le fair-play! Cela devrait marcher. Je vais calculer une nouvelle translation. Après tout, je dispose d’assez de charpakium! En attendant, Franz, pardon, mais je n’ai plus besoin de vous!
- Vous me mettez à la porte.
- En quelque sorte! Mais je serai bientôt de retour avec ma « nièce »!
- Je n’en doute pas!
- Pacal, Ivan, Geoffroy et Raoul vont vous suivre.
- Pourquoi? Commença par objecter le blond adolescent.
- Pour plus de sécurité! Une translation reste délicate à effectuer et moins j’ai de néophytes pour gêner la manœuvre, mieux c’est!
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Daniel Wu tricha donc en menant l’Einstein en Estonie sur une base soviétique à la fin des années 1970 de la même chrono ligne. Là, il y déroba, au nez et à la barbe des « reds » un Mig 21
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en parfait état de marche. Pourquoi ce choix? En 1961, Uruhu n’aurait eu qu’un Mig 17 à opposer au Sabre et Fouchine, connaissant mieux les performances du chasseur, aurait pu sortir vainqueur de l’affrontement avec le Néandertalien. Uruhu disposa de trois heures pour se familiariser avec le jet.
Et Fouchine constata la présence de la navette futuriste sur son radar. Puis, il vit la soute de celle-ci s’ouvrir pour libérer le Mig!
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Violetta qui occupait la place du radio mécanicien à l’arrière du Sabre, était solidement attachée par des lanières de cuir qui lui entraient dans les chairs. Maintes fois, elle avait tenté de se libérer, mais le mal au cœur l’empêchait d’user de ses facultés métamorphes. Rappelez-vous une de ses précédentes mésaventures! A cause d’un problème d’oreille interne, elle ne supportait pas l’avion et était affreusement malade à bord! Autrefois, dans un 1966 différent, elle avait rendu son petit-déjeuner alors qu’elle se rendait à Bonn en compagnie de son oncle!
Là, son malaise allait être plus désagréable encore, Fouchine n’ayant pas commencé ses acrobaties afin de distancer son poursuivant!
Inévitablement, le Mig 21, à Mach 2, sans forcer, dépassa le Sabre suédois. Pavel Pavlovitch vit l’avion impossible devant lui, à dix heures, faisant demi-tour afin de l’appréhender!
Le Soviétique n’eut d’autre ressource que d’allumer les boosters et d’entamer une montée en flèche! Las! Son chasseur plafonnait à Mach 1,7 ce qui, pour l’époque, était magnifique! Accélérant encore, jetant toute la puissance dont il disposait, gaspillant des litres et des litres de carburant, il parvint, péniblement à 1,85!
Peine perdue! Le Mig ne le lâchait pas et gagnait même du terrain. Peut-être allait-il se servir de ses rockets pour l’intimider et le contraindre à le suivre?
- Par les moustaches de Staline, il triche! Daniel Wu triche sans vergogne! Entendu, j’ai affaire à un Mig! Mais lequel? Je ne connais pas ce modèle! Il vient du futur! Le colonel Paldomirov m’avait bien mis en garde, mais je n’ai pas assez tenu compte de ses avis. Allons, ne paniquons pas! Il ne va pas me descendre! Il doit vouloir récupérer son fléau de mijaurée! Celui qui pilote cet avion n’a pas reçu l’ordre de m’abattre! A moi de m’employer coûte que coûte à le semer! Usons de toute mon expérience de pilote d’essai!
Pour décrocher Uruhu, le Sabre passa alors en chandelle et grimpa encore, atteignant presque son altitude limite. Les superstructures de l’appareil gémissaient et, à l’arrière, Violetta n’en pouvait mais! Malgré la protection de sa combinaison, pour elle totalement archaïque, l’adolescente, pas entraînée au vol à vitesse supersonique, encaissait trop de G! Victime du voile rouge puis du voile noir, elle finit par perdre connaissance. Notre jeune métamorphe ignorait qu’elle aurait pu régler le débit d’oxygène de son masque. Cela lui aurait évité de sérieux inconvénients. La tenue de protection s’avérait donc totalement inefficace pour notre adolescente du XXVI e siècle et aussi obsolète que l’aurait été une cuirasse d’hoplite remontant aux guerres du Péloponnèse!
De son côté, Uruhu s’en sortait plutôt bien. Certes, il n’était pas pilote d’essai, mais il lui arrivait de conduire manuellement le Langevin ou l’Einstein, sans l’assistance des ordinateurs. De plus, il avait reçu l’habilitation à piloter cinquante-deux engins volants appartenant au passé ou au présent. Ses compétences lui permettaient de manier aussi bien un Spitfire, un Mirage IV
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qu’une araignée volante de la planète-mère de Schlffpt, le xénobiologiste médusoïde du Langevin. Voilà pourquoi Daniel l’avait sélectionné pour son expédition. Même lui n’aurait pas obtenu de meilleurs résultats!
Dans ce jeu du chat et de la souris dans lequel il excellait, Fouchine multipliait les acrobaties, les soudaines et contrôlées pertes de vitesse et d’altitude, les vols sur le dos, les accélérations et les décrochages inattendus, les doubles ou triples loopings, les brutaux changements de direction. Hélas! Trois fois hélas! Uruhu ne lâchait pas le Sabre d’une aile!
Piqués, vrilles, tonneaux, doubles tonneaux, virages renversés en épingle, vols sur le dos encore et boucles s’enchaînaient avec une maestria époustouflante à une rapidité à faire pousser des clameurs d’effroi! Du grand art, véritablement!
Plus loin, distancé, mais nullement découragé, le lourd Antonov poursuivait son chemin, ignoré par l’Einstein, suivant au radar les évolutions et les tribulations des deux chasseurs. Alexeï, le lieutenant du KGB qui était aux commandes du gros porteur, rageait de ne pouvoir secourir son chef. Son avion était beaucoup trop lent et désarmé! La mort dans l’âme, le subordonné fut obligé d’exécuter les ordres et de rejoindre la base où il était attendu. Toutefois, connaissant suffisamment son supérieur, il était persuadé que celui-ci avait soixante-dix pour cent de chance de s’en sortir sans casse et ce, quelles que fussent la pugnacité et l’obstination de l’adversaire!
Tout en jouant à l’acrobate, Fouchine conservait son cap tant bien que mal. Il savait que la DCA du Pacte de Varsovie et ses canons de tenaient toujours en alerte, prêts à abattre tout intrus.
Lentement mais sûrement, l’Antonov atteignit son objectif et se posa tandis que résonnaient les stridentes sirènes d’alerte. Puis, presque aussitôt deux voitures émergèrent de la soute du gros porteur. Alexeï amena l’Opel Rekord au bout d’une piste isolée, à l’abri, et put observer à travers les jumelles les manœuvres des deux chasseurs au-dessus du ciel de la base.
Uruhu, malgré les tirs sporadiques de la DCA qui craignait d’abattre le jet du commandant Fouchine, s’en tirait merveilleusement. Il n’avait rien à envier aux as de la haute voltige. Pour l’instant, il n’avait pas été touché par les balles ou les rockets des Mig 17 qui s’étaient décidés à décoller afin de prêter main forte à Pavel Pavlovitch.
A son tour, le Néandertalien vida ses chargeurs et chaque missile fit mouche! Les chasseurs soviétiques furent abattus, leurs pilotes ayant juste le temps de sauter en parachute afin d’échapper à un funeste sort.
Grâce à sa perception extrasensorielle, le K’Tou était d’une virtuosité prodigieuse. Il parvenait à anticiper les manœuvres des « reds »!
Bien que Daniel hésitât à user du téléporteur pour récupérer Violetta, il était évident qu’il allait remporter la victoire.
Mais un grain de sable vint changer la donne…
Soudainement, se matérialisa devant le nez du Sabre une onde qui, peu à peu, prit l’aspect d’un être humain! Hepta PI, vêtu d’une combinaison de pilote vert pomme, lui fit un signe amical de la main et s’en vint s’asseoir sur l’aile gauche de l’avion. L’être déca dimensionnel dit non sans humour:
- Ne vous faites aucun souci! La Dimension pi vous apporte son soutien!
Incroyablement, sa voix parvint sans difficultés aux oreilles de Pavel Pavlovitch. Ce dernier, surpris, se retint de déglutir. Une seconde, il avait failli perdre le contrôle du Sabre.
Retrouvant son aspect habituel, celui d’un rayon ou d’une aura, l’entité entoura le Mig 21 qui se retrouva alors pris dans un piège pratiquement imparable. Une angoisse sourde s’empara d’Uruhu. Le Néandertalien voyait et sentait à la fois le fuselage et l’habitacle de son avion se modifier. Sans nul doute, il n’allait pas tarder à perdre le contrôle de son appareil et de lui-même! Ses instincts remontant à la surface, il exprima sa peur primitive dans sa langue maternelle:
- Broohr Niek’Tou! Banou b’an-ki! Ak a NiekTou! A ba! A ba!
Le Mig avait désormais l’apparence d’un simple Cessna à hélice, un petit avion de tourisme surclassé et facile à abattre par la défense de la base. Mais le plus terrible pour Uruhu fut la matérialisation de passagers incongrus à bord de la carlingue! Mathieu et Marie, plus jeunes d’un an, kidnappés dans une dimension temporelle parallèle proche. Les deux enfants étaient en train de fêter Halloween et portaient des masques de sorcière et de vampire lorsque l’étrange phénomène s’était produit. Désorientés, ils s’agitaient et criaient ne comprenant pas ce qui se passait.
Cependant, la radio du Cessna captait un message de Fouchine d’abord en russe puis en anglais. Le Soviétique intimait au Néandertalien de se poser s’il ne voulait pas que son appareil soit descendu!
Or, pour accentuer davantage la panique du K’Tou, Hepta p, décidément passé maître en facéties, s’amusa à faire apparaître le visage de Pavel Pavlovitch en trois dimensions à la place des verrières du cockpit! S’il avait été encore à bord du Mig 21, Uruhu aurait eu le réflexe de s’éjecter. Certes, ce geste lui aurait permis de sauver sa vie, mais au prix de l’abandon des enfants de Daniel Wu qui, à l’arrière, piaillaient de plus belle, réclamant des explications!
Le Cessna était passé totalement sous le contrôle d’Hepta pi qui multipliait à loisir les acrobaties les plus échevelées et les plus improbables, défiant ainsi les lois de la physique dans cet Univers! Une descente brutale déclencha le voile rouge chez tous les passagers du fragile aéronef. Le K’Tou ayant perdu connaissance, l’appareil piqua alors en vrille, se rapprochant dangereusement du sol. Le crash n’allait pas tarder, ce n’était plus que l’affaire d’une quinzaine de secondes au maximum!
Mais… notre primesautier Hepta p avait oublié la présence de l’Einstein dans l’atmosphère. Sortant d’un nuage qui l’avait momentanément dissimulé, le vaisseau mit un rayon tracteur en action. Ainsi, il parvint à récupérer l’avion fou qui, réchappant à l’emprise de l’entité, recouvra immédiatement son aspect et sa configuration.
A bord du Mig 21, il n’y avait plus que le Néandertalien toujours sans connaissance.
Uruhu n’avait pas démérité loin de là!
Une fois le Mig en sécurité dans la soute, la navette effectua un court saut quantique impeccable qui l’amena à la hauteur même du Sabre de Fouchine. Il s’agissait là d’une manœuvre désespérée dont Daniel assumait l’entière responsabilité!
Le Soviétique était en train d’entamer sa descente afin d’atterrir enfin à proximité de l’Antonov. Mais l’Einstein collait de trop près à l’avion suédois. Un puits gravitationnel se créa, donnant naissance à un mini trou noir! Hepta p n’avait nullement anticipé l’effroyable danger. Le premier, il se retrouva attiré dans ce piège à sa mesure. Alors, l’onde de l’être déca dimensionnel se déforma, s’étira, pour engendrer des distorsions visuelles du plus bel effet. Enfin, l’onde fut engloutie par le mangeur d’étoiles. Le rayon lumineux s’éteignit brutalement. Peut-être était-ce ainsi que les p achevaient leur longue existence?
Pavel Pavlovitch se retrouvait lui aussi en danger. Au sol, ses jumelles toujours braquées, Alexeï le comprit. Le Russe voyait parfaitement une sorte d’entonnoir de néant absorber tout sur son passage, une bouche monstrueuse qui grandissait et se nourrissait, n’épargnant rien!
Dans le centre de commandement de l’Einstein, Daniel était parfaitement conscient de ce qui se produisait. Il inversa les capacités du matérialisateur temporel, passant pour ce faire en hyper vitesse. Puis, prenant un risque immense, il entra les coordonnées de Violetta dans l’ordinateur du téléporteur tout en déclenchant parallèlement un contrechamp antigravitationnel dans le but de contrer la singularité provoquée par le saut quantique effectué en atmosphère et à basse altitude à l’encontre de toutes les règles de sécurité!
Tout allait se jouer à quelques attosecondes!
A l’extérieur, déjà, le Sabre commençait à s’étirer. L’arrière fut atteint par l’effroyable phénomène en premier. Juste à temps, la métamorphe disparut de l’intérieur du supersonique. L’avion, attiré par l’horizon d’événement du trou noir, était condamné.
Echevelée et rouvrant des yeux hagards, l’adolescente se vit étendue avec soulagement sur un des plots du téléporteur de la navette. Irina s’empressait auprès d’elle. Secouant sa tignasse rousse, Violetta s’écria:
- Tante Irina je ne suis pas blessée! Mais oncle Daniel aurait pu se dépêcher, non? J’ai eu la peur de ma vie!
- Je le vois et le sens! Tu as rendu ton repas! Une bonne douche t’attend, répondit la Russe sur un ton sarcastique.
Dans la cabine de pilotage, André avait remplacé Daniel. Il avait fort à faire, parvenant tant bien que mal à maintenir le vaisseau en équilibre sur les bords des tempêtes anentropiques qui faisaient rage au-dessus de la base. Les forces et les forces contraires s’affrontaient en un combat dantesque, tentaient de s’annihiler. La fin du monde allait-elle sonner?
On aurait pu le penser à la vue de ce ciel sombre, plus que sombre, plombé, parcouru de zébrures noires, de fulgurances anthracite et de tourbillons aléatoires s’enclenchant dans ces nuées d’apocalypse. Au centre, tout au centre de cet enfer, le trou noir grandissait, palpitait, vagissait, hurlait sa faim monstrueuse et insatiable!
Daniel, plus pâle et tendu qu’un Pierrot lunaire en équilibre sur son fil, obtint enfin précisément la contre-puissance désirée et… miracle! Le téléporteur transdimensionnel, le matérialisateur modifié, mangea le mini trou noir! Pavel Pavlovitch était sauvé! Sentant que son Sabre était en train de se désagréger, il avait également tenté le diable et s’était éjecté presque au cœur du trou noir!
Le monstre technologique disparu, le parachutiste improvisé se posa, quelque peu secoué, en bout de piste! Les yeux toujours collés aux verres de ses jumelles, Alexeï ne faisait plus attention au supersonique. L’avion alla s’écraser sur les automobiles. Aussitôt, les carcasses entremêlées du jet, de l’Opel Rekord et de la Consul 315 s’embrasèrent. Exit l’équipe de Pavel Pavlovitch! Le Russe, se mordant les poings, rageait et pestait contre ce coup du sort. Mais en était-ce véritablement un?
- J’étais si prêt du but! Ce foutu Daniel Wu se sauve en récupérant mon otage! Paldomirov acceptera-t-il mes explications? Me fournira-t-il mes mêmes moyens que ce Daniel? D’ailleurs, le pourra-t-il? L’URSS ne doit pas perdre!
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En léger déphasage temporel, la navette Einstein ralliait en subluminique la Bavière, ménageant et ses moteurs et ses superstructures. Le vaisseau allait avoir besoin d’une révision complète. Soigneusement démonté, le Mig 21 avait été enterré quelque part dans la campagne polonaise.
Dans la cabine principale qui servait de pièce à vivre, savourant une tasse de thé parfumé à la bergamote et une soupe de poisson, Violetta et Uruhu racontaient leurs mésaventures. Comme à l’accoutumée, la métamorphe, prolixe, exagérait ses tourments mais personne n’était dupe, à commencer par Tony Hillerman qui esquissait un sourire sceptique.
Fermat, quant à lui, était pressé de quitter les lieux et l’année 1961! Non qu’il envisageât de se reposer! Il lui tardait de remonter la piste de Sir Charles et de Zoël Amsq. Justement, le Haän se rappela au bon souvenir de tous car, le chrono vision resté branché, reçut le message du chercheur extraterrestre. Zoël eut l’impudence d’apparaître sur l’écran temporel. Au-dessus d’un visage mangé de poils roux, on distinguait des yeux mauves, brillant de colère. D’une voix gutturale, emplie de morgue, il jeta dans le langage de la troisième caste:
- Daniel Lin Wu, apprends que tu viens de perdre la seconde manche! Pendant que ton ancêtre, le dénommé Sun Wu, t’imposait son stupide marché, et que tu courais secourir ton encombrante et naïve métamorphe, particulièrement douée pour se plonger dans le pétrin, tu en conviendras avec moi, nous en avons profité Sir Charles Merritt et moi-même pour prendre une nouvelle longueur d’avance! Hé oui! Nous venons juste de nous emparer de l’IA du bio translateur et, ce, au nez et à la barbe d’Osa et Martin Johnson, ces ridicules et pitoyables humains! Comment réagis-tu? N’es-tu pas accablé par l’immensité de ta défaite? Ne perds-tu pas la face? Vas-tu te faire seppuku? Abandonne, métis! Rends-toi et je promets de ne te tuer qu’au bout de quelques décennies de tortures! Ah! En passant, j’épargnerai ton équipage qui ira rejoindre l’un des bagnes orbitant autour de la planète Haäsucq!
Sur ce, l’écran devint opaque! Nullement démonté, les mains croisées, Daniel Lin réfléchit.
- Ce Zoël Amsq! Quelle arrogance! Il connaît tout de moi… Sun Wu a raison… Il poursuit bien une vengeance personnelle! Mais il aime s’écouter parler…
- Oui! Il est surtout gonflé d’orgueil et d’ambition. Cela le perdra! Fit André.
- Un égo aussi démesuré! Pour un Haän, c’est tout à fait naturel, mais… je ressens un malaise…
- Tu l’as senti toi aussi?
Daniel marqua un court silence puis reprit.
- Dans sa fatuité, notre Haän oublie un minuscule détail.
- Il te sous-estime!
- Oui, mon frère! Moi aussi, je me joue des paradoxes temporels! Nul besoin de vivre au trentième siècle pour cela!
Toujours maître de lui, se tournant vers le Noir, le daryl demanda:
- Lieutenant Hillerman, précisez les coordonnées de ce message!
- Euh… Hollywoodland, studio de la Warner Bros, le 9 juillet, temps dévié de 0,00000121%…
- Il ne brouille même pas sa piste! Ricana Irina.
- Pourquoi ce faible écart? S’enquit le vampire.
- Le chrono vision a détecté la présence de SS et d’espions nazis en Californie, fit Tony.
- Mais il y en a eu aussi dans notre passé, siffla Fermat.
- Certes, rétorqua le commandant Wu, mais ils n’étaient pas aidés par les p! Est-ce cela, lieutenant?
- Aye! Aye! Sir!
- Laissez tomber le protocole, Tony. La partie s’annonce intéressante.
- Puisque tu le dis, sourit Antor.
- Chouette! S’exclama Violetta. Les mauvais coups vont pleuvoir! Mais j’aurais de la compagnie, non?
- Qui? Interrogea sévèrement Irina.
- Ben… les trois m’as-tu-vu de 1978 et Raoul sans doute, tante Irina
- Petite peste! Ce qui t’est arrivée ne t’a pas servi de leçon?
- Il n’en allait pas de ma faute, je le jure!
- Cessons cette querelle peu productive et prenons nos dispositions pour rattraper le coup!
- Oui, commandant! Répondirent en chœur la Russe, Antor, Fermat et Hillerman.
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samedi 2 octobre 2010

Mexafrica 2e partie : Chercheurs d'or 1936 chapitre 12.

Chapitre 12

Tous les invités furent reçus fort chaleureusement par Franz Von Hauerstadt et sa femme. Précédant le colloque, la journée de préparation fut menée sur les chapeaux de roue. Il y avait mille détails à régler et les hôtes devaient apprendre à mieux se connaître. Des petits groupes ne tardèrent pas à se former par affinité ou par centre d’intérêt. Des liens solides se nouaient qui allaient perdurer dans des relations épistolaires ou autres durant des décennies, défiant le temps.
Elisabeth, en parfaite maîtresse de maison, s’occupait de l’ordonnancement des repas. Avec Marthe, la cuisinière, elle avait prévu des chapons rôtis accompagnés de pommes de terre et de flageolets cuits dans les jus des volailles parfumées aux truffes, des pâtés d ’anguilles, des soles meunières, des salades de fruits exotiques composées de mangues, de kiwis, de fruits de la passion, d’ananas, de litchis, un plateau de divers fromages, munster, coulommiers, roquefort, beaufort, tome de Savoie, des tartelettes meringuées au citron, et tout un assortiment de vins et de boissons.
Ce matin-là, pénétrant dans le saint des saints, la jeune femme vit déjà prêts sur des assiettes en porcelaine de Sèvres, des feuilletés divers, minis quiches et pizzas, des brochettes de saucisses grillées, des petits sandwiches club et puis, s’avisa également d’une très volumineuse marmite qui mijotait doucement sur la flamme, dégageant un parfum épicé assez surprenant. L’énorme faitout avait facilement une contenance de vingt litres!
- Qu’est-ce donc là, Marthe? Les senteurs de ce ragoût bizarre me semblent familières mais le mélange des plus inattendus! J’y décèle du piment rouge, des baies de genièvre, de la vodka, de l’ail et… je ne peux aller plus loin… Du gingembre peut-être…
- Oh! Madame la duchesse, il ne s’agit là que d’un petit en-cas pour l’officier de la sécurité, le grand lézard qui parle! J’y ai mis un quart d’agneau qui cuit doucement avec une demi-chèvre ainsi que quatre beaux travers de porc. Ce soir, monsieur Kiku U Tu aura droit à un demi-bœuf et à un cochon de lait, ce dernier comme dessert!
- Dieu du ciel, quel appétit monstrueux!
- Monsieur Wu a regretté que nous n’ayons pas pu nous procurer deux sangliers ou trois cerfs à la rigueur. Mais le commandant a du savoir-vivre! Il a payé les dîners de son officier rubis sur l’ongle!
- Je pensais que Daniel disposait… Comment dit-il déjà? Ah! D’un synthétiseur de nourriture!
- Certes, madame… mais le lieutenant U Tu aime manger de la viande fraîche lorsque cela est possible et non du reconstitué. J’ai cru comprendre que le synthétique manquait de saveur.
Un peu plus tard, Franz s’entretenait à part avec son ancien ami Otto Möll. D’assez guindées et artificielles tout d’abord, les retrouvailles se réchauffèrent ensuite. L’avionneur et le chercheur évoquèrent de vieux souvenirs communs, mélancoliques et précieux. Leur rencontre avec Albert Einstein par exemple, quelques semaines avant sa mort, le retour d’Archibald, le fils cadet d’Otto, de la forêt amazonienne alors que tous le croyaient disparu à jamais.
La confiance revenue, Möll confia son trouble à son ancien compagnon d’aventures.
- A l’aéroport, j’ai cru apercevoir un fantôme, murmura-t-il en abordant sans détour le sujet qui avait brouillé les deux hommes.
- Un homme robot de van der Zelden? Johann en personne? Questionna Franz sans se démonter.
- Non… je suis presque certain qu’il s’agissait de Pierre Duval.
- Oh! Oh! L’agent triple ou quadruple! Le voleur du translateur! Cela corrobore mes soupçons. La partie est, hélas, bien relancée!
- L’attentat auquel vous avez réchappé par miracle?
- Oui, perpétré par le KGB manipulé par Duval, très cher! Mais Daniel Wu et André Fermat sont ici pour protéger mes arrières.
- D’où sortent ces deux-là? Il me semble connaître le Français, ou, tout du moins, de l’avoir déjà croisé… Cependant, je suis incapable de me rappeler dans quelles circonstances. La situation est plus qu’embrouillée, Franz! Dans quel intérêt ce Wu et ce Fermat vous aideraient-ils? Que me dissimulez-vous?
Le plus simplement qu’il put, le duc résuma tout ce qu’il savait, mais aussi tout ce qu’il pressentait.
- Non contents d’avoir l’URSS et l’Ennemi à nos trousses, dit Otto la mine soucieuse, il nous faut aujourd’hui y rajouter des adversaires encore moins pourvus de scrupules venant à la fois du passé, du futur et… d’autres planètes! Splendide! C’est un peu trop à mes yeux! Franchement, Franz, je ne vois pas comment des extraterrestres peuvent se retrouver mêlés à toute cette histoire et s’intéresser à une invention obsolète depuis mille ans à peu près!
- Otto, ces nouveaux ennemis ont les moyens de se déplacer dans le temps presque à leur guise! Ils disposent d’autres translateurs en état de marche. Ils ne s’intéressent donc pas à mon appareil, mais à ma personne et, incidemment, à un engin bien plus perfectionné! J’ai dû faire alliance avec Daniel.
- Warum?
- Il est un de mes descendants par ma fille Liliane!
- Vous avez cru à cette fable?
- Oh! Il ne m’a pas convaincu par ses propos mais bel et bien en me montrant des images provenant de mon passé, notamment une scène à laquelle il n’a pu assister et où vous figuriez!
- Mais un film, ça ce truque!
- Pas celui-là! Je vous le montrerai.
- J’ai votre promesse. Permettez-moi de résumer. Le but de nos adversaires est donc l’inverse de celui poursuivi par l’agent temporel Michaël: favoriser la vie et empêcher l’Entropie de l’emporter. A la suite de leurs manigances, les différentes chrono lignes ne pourront s’enchevêtrer. Ils veulent posséder le translateur suprême de manière à ce qu’un seul modèle de civilisation triomphe partout, dans toutes les harmoniques existantes ou à exister! Le soviétisme universel, y compris dans un monde peuplé de dinosaures, sur une Terre qui n’a jamais vu l’Homme, excusez-moi, mais c’est risible, ou encore une société insectoïde à intelligences collectives où l’individualité n’aurait aucune place! Je préfère ne rien dire des autres modèles!
- Avouez que Jean Rostand serait intéressé par le dernier schéma!
- J’en conviens. Mais aussi par les mondes alternatifs.
- Oui, pouvoir créer d’autres histoires évolutives du vivant dépourvues de pans entiers de l’arbre de la vie… c’est assez tentant…
- Quelle abomination plutôt! Un pareil pouvoir défie l’entendement!
- Le pouvoir de Dieu, mon ami, ou d’un dieu… entre les mains de personnes à l’éthique atrophiée, ce serait une véritable tragédie…
- La catastrophe absolue, plutôt!
Quelqu’un frappa à cet instant à la porte de la bibliothèque timidement. Il s’agissait du lieutenant Uruhu. Il entra en s’excusant. Il venait s’enquérir d’un livre qui traitait de la géographie de la région. Le néandertalien trouva l’ouvrage désiré au bout de deux ou trois minutes. Il était rédigé en anglais. Satisfait, il se retira, réitérant ses excuses et remerciements.
Otto n’avait pu s’empêcher de dévisager discrètement le K’Tou.
- Mon ami, fit Franz avec un léger sourire, vous voyez que Daniel ne ment pas! Vous avez eu devant vous la preuve matérielle des assertions de mon lointain parent. Une autre évolution alternative était possible sur notre Terre, la civilisation néandertalienne…
- Fascinant, j’en conviens!
- Uruhu vient tout droit du paléolithique moyen. Sa tribu a été exterminée par les ancêtres de l’Homme moderne. Daniel l’a sauvé et ramené à son époque.
- Qu’y fait-il dans ce futur invraisemblable?
- Il pilote le vaisseau-mère, le Langevin que Daniel commande!
- Parlez-moi donc de ce XXVI e siècle. Est-il meilleur que le nôtre?
- Je ne sais pas. Mais…
Et Franz développa tout ce que le commandant lui avait révélé avec un soulagement visible. Otto se déridait et c’était là une grande victoire après deux années de brouille.

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Jean Rostand, Isaac Asimov et Gaston Bachelard étaient les personnalités invitées les plus entourées du colloque. Le vieux philosophe, qui ressemblait quelque peu à un Père Noël avec sa barbe vénérable, croyait profondément au vivant, au génie de la nature qui, en cas d’obstacle, était toujours capable de créer une nouvelle voie. Son intérêt pour la symbolique du rêve, de l’eau et du feu, l’avait conduit à élaborer une synthèse de tous les constituants menant à une symbiose entre l’Homme et la Terre. A l’optimisme du philosophe répondaient les inquiétudes du biologiste.
Justement, Jean Rostand devait communiquer un texte consacré à la tératogenèse des anoures ainsi qu’à l’anomalie P, texte qui servait de prétexte à une mise en garde concernant les velléités de manipulations artificielles de la Vie. Le clonage et l’hérédité étaient abordés avec des échos forts actuels pour un lecteur de la fin du XX e siècle.
La position d’Asimov sur le sujet était beaucoup plus confiante. La vie était un des buts de l’Univers, donc sa complexité et la possible émergence d’une vie artificielle participaient à cette vision optimiste; l’homme et ses créatures, les robots,
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pouvaient parfaitement vivre en harmonie, se compléter, et, peut-être, plus tard, dans un avenir lointain, des êtres artificiels parviendraient à créer une civilisation qui leur serait propre, exempte de toute influence humaine. Au pis, dans plusieurs centaines de milliers d’années, lorsque la race humaine serait éteinte, les robots, successeurs de l’Humanité, exploreraient les galaxies jusqu’au fin fond de l’Univers, tout en conservant en eux, tel un sentiment sacré, le souvenir de leurs créateurs!
Gaston Bachelard soulignait l’importance d’une science non détachée de l’éthique, une science non asservie à sa propre finalité, et, encore moins naturellement, aux marchands! Ce problème épistémologique était fondamental. Mais qui étudiait encore Bachelard en 1999 et au-delà, dans ces années où TQT et ses amis sévissaient?
Daniel avait saisi quelques paroles au vol lors de ces échanges informels. Avec une nonchalance non feinte, il vint se mêler à la conversation. Ses manières affables, la passion qui brillait dans ses yeux bleu gris lui firent pardonner son intrusion.
- Et, si, messieurs, commença-t-il, je vous disais que chacun de vous a raison et tort tout à la fois? Nous le savons tous, l’Homme est capable du meilleur comme du pire! Il s’éteindra car tel est le lot de toute espèce vivante! L’Evolution l’exige, n’est-ce pas? Pourtant, une vie mécanique, est-ce de la vie? Faire fi de toute émotion, de tout sentiment, considérer toutes expériences, toutes les situations offertes à l’existence avec détachement, froidement, pour moi, ce n’est pas comprendre véritablement l’Univers, c’est se contenter de le mettre en équations et passer loin, très loin, de ce qu’il est en réalité! Ceci dit, les plantes, les insectes vivent! Ressentent-ils quelque chose? Ont-ils des sentiments ou du moins des sensations? Pour les sentiments, vous auriez tendance à me répondre non. Et moi à vous déclarer oui. En fait, tout n’est qu’une question de degrés!
Rostand sourit devant ce qu’il prenait pour de la naïveté
- Ainsi donc, à vos yeux, l’Univers poursuit un but. Car c’est à cela que conduisent vos propos, monsieur Wu. S’agit-il du principe anthropique? De l’intelligence? Est-ce la vision du père Teilhard de Chardin qui serait vraie? De plus, les lois du transformisme sont-elles applicables à la vie artificielle?
- Darwin appliqué aux robots? Pourquoi pas! Le terme exact serait androïdes. Répliqua Daniel. D’après les archéologues, le cas s’est déjà présenté, il y a environ deux cent cinquante mille ans sur Xynthia XV… mais vous ne pouvez le savoir encore et… je m’égare… bref, pour en revenir à ce que tous ici pouvons appréhender, l’Univers, ou mieux, les Univers, le Multivers, sont des expériences conduites en aveugle! Bien sûr, l’anthropisme n’en est pas la finalité! Restons modestes! La Vie, oui, sans aucun doute! Mais partout? Aucun modèle stérile? Quant à moi, j’y rajouterai l’intelligence, n’en déplaise à Stephen Jay Gould. Voyez, l’Intelligence n’est que l’Autre Miroir du Multivers! La conscience de Soi, la recherche de Sa Propre Nature, la compréhension de ce qui vous entoure, m’entoure… La Galaxie se doit d’être pensante comme toutes ses sœurs. Elles cherchent à se connecter entre elles, à former un immense réseau neuronal, à former une sorte d’hyper cerveau inappréhendable!
- Monsieur Wu, avez-vous conscience que vous êtes justement en train de décrire la noosphère du père de Chardin? Autrement dit l’Unification de l’Univers? Rejoindre Dieu? Lança Rostand.
- Rejoindre Dieu? Tel n’est pas mon propos. Y-a-t-il un Dieu tout d’abord? Teilhard ne m’influence pas, loin de là! Tout ce que je suis, tout mon savoir m’en empêchent! Un Univers stérile, vide, dépourvu de toute intelligence donc est parfaitement envisageable dans un Pan Multivers total! Un mille-feuilles circulaire où chaque couche resterait isolée de ses sœurs… Un Univers sans rien… Il existe bel et bien quelque part, tout à fait inaccessible… Pourquoi cette existence? Est-il utile? Mais l’Univers doit-il être utile? Effrayante perspective! Comment concevoir ce vide, ce… rien?
- Vous semblez fasciné et vous tremblez, constata Bachelard.
- Fasciné, certes, je l’admets… mais pas effrayé. Certains biologistes avancent qu’une biosphère peuplée uniquement de bactéries dans toutes leurs variétés suffirait à exprimer amplement l’extrême diversité du Vivant. Cela signifie que l’intelligence comme finalité n’a pas lieu d’être…
- Pas de boussole pour la Création, aucune direction pour l’Univers? Oui, mais… avança le vieux philosophe.
- Possible, mais guère réjouissant, j’en conviens tout comme vous, monsieur Bachelard. Faisons l’effort de l’accepter tel qu’il est, sans but et sans cesse renouvelé, même si cela ne me…
Daniel se tut, refusant d’en révéler plus. Il était troublé et peinait à le dissimuler.
- Pas de boussole! Après tout, cela me convient parfaitement! Fit Gaston, ne relevant pas que le commandant Wu avait lu dans ses pensées.
- Le règne exclusif du hasard! Appuya Jean Rostand.
- Le hasard? J’avoue que je suis déçu! Souffla Asimov. Nous voici donc ramenés à notre absurde condition, messieurs et cela ne me plaît pas, tout comme monsieur Wu, n’est-ce pas?
Daniel hocha la tête pour toute réponse.
L’abbé Lemaître qui venait de se joindre au groupe objecta:
- En tant que croyant, je ne puis accepter que l’Univers soit simplement le fruit du hasard. Certes, chaque fois, je parle ici de la naissance et de l’évolution, la marge est étroite, mais juste suffisante pour permettre l’apparition de cet Univers, puis, ensuite, le jaillissement de la vie, la disparition des dinosaures, etc.… Ensuite, les niches écologiques ainsi libérées laissent libres les mammifères de se diversifier et… enfin, lesdits mammifères conduisent à Sapiens! Accident renouvelé? Que non pas!
- Encore le principe anthropique! Soupira Jean Rostand.
- Laissez-moi donc achever! Dans tout cela, que cela vous convienne ou pas, il y a manifestement une volonté qui ne se dérobe qu’aux yeux de ceux qui ne veulent rien voir! Pour moi, le fait même qu’il y ait eu un atome primitif puis une explosion est amplement suffisant! Dieu existe! Monsieur Wu, convenez-en donc au lieu de vous renfermer dans le silence!
- Dieu? Ce vocable me gêne terriblement, mon père! Disons alors une supra intelligence qui évolue avec nous, avec le vivant, qui apprend … Certes, le principe d’incertitude laisse assez de place pour…
- Monsieur Wu, stop! Jeta Bachelard. Personne ici n’est expert dans la théorie des quanta.
- Oh! Veuillez me pardonner! Je vous laisse ramener cette discussion passionnante à un niveau moins technique et plus philosophique…
- Ce qui me plaît dans toute la relativité des choses, enchaîna alors Asimov, c’est que la créature, à son tour, puisse devenir le Créateur! Certes, l’Homme bénéficie du libre arbitre, du moins c’est ce que l’Eglise chrétienne proclame, mais il a appris que toute société a besoin de règles pour s’épanouir et prospérer. Alors, dans ces robots ou ces intelligences artificielles issues de son génie créateur, il sera obligé d’y implanter des garde-fous. Les trois lois de la robotique! Une sorte de morale qui finira par se substituer aux lois humaines. Après tout, l’homme doit préserver son existence et ne pas être supplanté, du moins pas trop vite, par sa création. Il ne va pas se suicider! Même s’il est conscient que tôt ou tard il devra disparaître, il va d’abord se prémunir…
- C’est là la première loi incontournable de l’évolution, approuva Daniel.
- Oui, sourit Bachelard. Pour moi, l’homme est un pont entre l’animal et le spirituel.
- Le spirituel, précisément! Reprit l’Américain. Mais pourquoi pas aussi mes robots? Dotés d’un cerveau positronique justement! J’ai forgé cette expression qui ne signifie rien, j’en suis tout à fait conscient. Le positron remplace l’électron, ici…
- Tiens donc, fit Lemaître, un cerveau artificiel reposant sur la charge électrique positive de l’antimatière, de l’antiparticule de l’électron? Mais c’est… absurde!
- Par positronique, rétorqua Asimov, je n’ai pas pensé à l’antimatière! Je sous-entendais simplement quelque chose de supérieur, de différent à l’intelligence électronique de nos calculateurs. En fait, j’imaginais la fusion de l’organique et de l’informatique!
- Ah! Bien! La fusion qui donne l’androïde ou le cyborg comme nous l’évoquions tantôt, confirma Bachelard.
- Mais la galaxie dans tout cela? Questionna l’abbé. Quel devenir pour elle?
- Comme le disait un peu avant que vous vous joigniez à nous, monsieur Wu, elle tendrait vers l’intelligence! Elle accélèrerait, pressée de se connecter à ses sœurs! Un jour, lointain, un cerveau universel apparaîtra et ce cerveau sera enfin tel que l’ont décrit nos mythes et nos religions… omniscient! Dit l’écrivain.
- Une vision de Dieu acceptable! Approuva Lemaître.
- Oh! Sans vouloir le dire, vous aussi mon cher, vous avez subi l’influence du jésuite Teilhard de Chardin! Fit Bachelard avec une certaine ironie.
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L’abbé Lemaître se contenta de sourire. Quant à Asimov, il fronça les sourcils et proféra:
- Ah! Mais non! Je suis de confession juive et jamais je n’ai lu une ligne des ouvrages de ce prêtre!
En retrait désormais, Daniel Wu ne perdait pas cependant une miette des propos échangés. Il captait plus clairement que d’habitude toutes les pensées, toutes les émotions des quatre interlocuteurs. Or, l’idée d’interconnexion universelle avait été récupérée par les Ultra libéraux du XX e siècle et les sectateurs d’Internet de la même époque. Un peu plus tard, l’homme, dans cette piste, se détruirait lui-même et le Haäns aidés par les Pi rafleraient la mise! Si Daniel avait été chrétien, il se serait rebellé sans nul doute contre ce Créateur qui, depuis longtemps, aurait dû pardonner à Adam et à ses descendants le péché originel! Dérober le fruit de la Connaissance! Certes, il y avait eu le Rédempteur, mais… apparemment cela n’avait pas suffi… L’orgueil avait joué un rôle dans cette chute, cette fin sans gloire, sans dignité… Mais peut-être, se trompait-il notre daryl? Il s’agissait plutôt du péché d’inconscience, résultant d’une immaturité intrinsèque… bref, l’Homme avait saccagé la Terre et celle-ci s’était vengée. Pourquoi chercher plus loin? Nulle volonté divine là-dedans! Une logique mécanique, un point c’est tout!
Prêt du buffet où étaient dressées quelques collations, Geoffroy d’Evreux avait aperçu Adelphe Fiacre de Tournefort, un Adelphe Fiacre plus jeune, qui n’avait point encore rencontré le trio. Le comte, on le comprend, hésitait à approcher le bonhomme farfelu. Pacal, avec malice, lui objecta:
- Réfléchis, mon vieux! Si Adelphe Fiacre s’est permis de nous parler au Musée de l’Homme en 1978, c’est qu’il savait pertinemment qu’il nous y trouverait… Donc…
- Il nous avait rencontrés dans son passé, enchaîna Ivan.
- Qui était notre futur, compléta l’Amérindien quelque peu moqueur.
- Oh! J’ai saisi! Je ne suis pas sot! Fit Geoffroy bougon. Cela signifie que nous pouvons nous présenter et évoquer les raisons pour lesquelles nous nous intéressons aux inventions du duc Von Hauerstadt!
-Bravo! Applaudit Ivan moralement.
Le trio alla entourer habilement Tournefort. Tout en lui dissimulant qu’ils vivaient dans le futur, les adolescents lui expliquèrent qu’ils avaient entendu parler des recherches de Von Hauerstadt concernant la translation temporelle par l’application de l’électromagnétisme et que, naturellement ces recherches n’avaient malheureusement abouti à rien de concret. Enfin, ils abordèrent les spéculations touchant aux univers parallèles.
- Ah! Mais vous avez l’esprit ouvert, jeunes gens! Fit avec joie le savant. Sans doute, êtes-vous férus de science-fiction? Après tout, les univers parallèles sont un des thèmes majeurs de cette littérature! Mais, croyez-vous vraiment en leur existence?
Ivan esquissa un rapide sourire et déclara avec aplomb:
- Cette idée de leur existence me plaît assez! Ce serait amusant de me retrouver confronté à moi-même, à un Ivan qui aurait plus de chance que moi puisqu’il aurait encore sa mère en vie!
- Oh! Dans ce cas, murmura Pacal avec tristesse, tu n’aurais jamais effectué ton périple au Mexique et tu ne m’aurais jamais rencontré!
- Dans cet univers-là, j’aurais été rattrapé par mes poursuivants et je ne serais plus qu’un squelette oublié quelque part! Jeta avec amertume Geoffroy.
- Peut-être pas! Tu aurais parfaitement pu t’en tirer! Tenta de rassurer le blond jeune homme.
Fiacre, enhardi par un verre de Riesling, osa aborder ce qu’il avait dissimulé au trio en 1978.
- Vous avez certainement entendu des rumeurs à propos de mes aventures ou de mes farfeluosités! Dans ma jeunesse, il est vrai que je recherchais ardemment tout artefact impossible! C’était là ma quête personnelle de la pierre philosophale! Ainsi, à une époque, j’ai cru découvrir l’Améranthropoïde du Venezuela! Plus tard, dans les années 1930, les célèbres documentaristes Martin et Osa Johnson m’ont contacté en désespoir de cause car tous les autres savants avaient rejeté leur offre, ne croyant pas à l’authenticité de leur trouvaille. Je devais étudier un mystérieux cube gravé de signes et de glyphes, cube déniché en Afrique noire dans des circonstances rocambolesques. Les deux époux refusèrent de me fournir tous les détails de cette découverte.
« Quel sacré cachottier! Pensa Ivan. Pourquoi ne pas nous avoir avoué cela avant notre départ? Il aurait été encore en vie! Voilà bel et bien la cause de son assassinat! A moins que, Tournefort, se remémorant précisément notre conversation actuelle n’ait pas jugé utile de nous en dire plus en 1978 puisqu’il nous avait tout raconté en 1961! Quel paradoxe! Je réalise combien la situation est périlleuse! En 1978, les ennemis de Von Hauerstadt suivaient déjà la piste de Tournefort! Alors… ouille! Cela signifie qu’ici, présentement, nous sommes tous à l’intérieur d’une nasse, attendant que se déclenche l’inévitable hallali! Pourtant ni Daniel Wu, ni le duc, ni Violetta ou Raoul ne paraissent alarmés par cette situation! ».
Reprenant le fil de la conversation, Ivan se montra plus attentif à la suite des révélations d’Adelphe Fiacre. Celui-ci, les yeux brillants, s’animait.
- J’ai donc analysé le cube. Effectivement, il était recouvert d’inscriptions n’appartenant à aucune écriture terrestre connue ou identifiée. Il émettait un rayonnement… nocif? Je ne sais… mais sa structure spécifique révélait une sorte de « réseau neuronal » alors que sa matière était composée de métaux spéciaux, n’appartenant pas à la table de Mendeleïev. Parfois, il réagissait aux ondes modulées et à la voix…
- Vous parlez de ce cube au passé, constata Geoffroy. Pourquoi donc?
- Parce que le cube a disparu en 1937, peu de temps avant la mort de Martin Johnson lors d’un malencontreux accident d’avion! Et si je me suis autant investi dans l’analyse dudit cube, artefact repoussé par l’archéologie officielle, c’était parce que j’étais persuadé, - et je le suis encore!-, qu’il ouvrait des portes donnant sur d’autres mondes!
- C’est-à-dire? Siffla Ivan terriblement intéressé par cette hypothèse.
- Hé bien, l’artefact pouvait cela car il provenait lui-même d’un temps autre, différent, d’une civilisation humaine plus avancée que la nôtre!
Encouragé par les confidences de Tournefort, Geoffroy le conduisit alors où il voulait.
- C’est pourquoi vous êtes donc entré en relation avec Franz Von Hauerstadt et Otto Möll puisque tous deux travaillaient à la mise au point d’un translateur temporel. Des rumeurs avaient fini par filtrer… De plus, si l’engin avait fonctionné…
- Et si mes deux amis avaient pu le perfectionner…
- Vous auriez alors voyagé dans des pistes alternatives et élucidé la provenance du cube!
- Précisément! Mais, hélas, trois fois hélas, ce rêve est demeuré à l’état d’ébauche!
- Sans doute à la suite de la carence des matériaux disponibles, marmonna Ivan.
De son côté, Geoffroy se mit à réfléchir à toute vitesse.
« Si ce vieil excentrique parle aussi facilement, il a dû trop en dire au moins une fois et à la mauvaise personne! ».
Il reprit néanmoins posément à haute voix:
- Aviez-vous confié votre secret à d’autres avant de faire la connaissance du duc et de monsieur Möll?
-Ah! Aux Etats-Unis, dans les années 1930, j’ai été assez lié quelques temps à une jeune Anglaise, Lady Alexandra Pirrott. Elle s’intéressait fort à l’occultisme et aux civilisations disparues.
- Qu’est-elle devenue? S’enquit le comte.
- Nul ne le sait. Elle s’est évaporée un jour… on a parlé d’une expédition en Amérique du Sud.
Pacal tressaillit.
- Mais j’avais aussi un assistant chinois dont je perdis la trace à la même époque. Disons, peu avant la Seconde Guerre mondiale. J’ai son nom sur le bout de la langue… Son… Sun… Yu… Wu! Oui! Sun Wu!
« Bon sang! Se retint de crier Ivan. Quel maudit naïf! Le cube a été volé soit par l’Anglaise soit par le Chinois! Il faut en aviser Daniel Wu! ».
Avec toute la politesse dont le trio était capable, il prit congé d’Adelphe Fiacre. Puis, les adolescents se mirent à la recherche du daryl androïde.
- Vous pensez ce que je pense, les gars? Questionna fébrilement Ivan.
- Tout à fait! Ça urge! Répliqua Geoffroy. Tous deux, faites-vous réellement confiance à ce Daniel?
- Ce qu’il nous a montré m’a convaincu de sa bonne foi!
- Cet homme ne peut mal faire! Renchérit Pacal. Son cœur est pur, j’en ai l’intime conviction!
Le trio approcha Daniel qui s’était retiré dans un salon où un splendide piano trônait et lui exposa ce qu’il avait appris.
- Mmm… Voilà qui éclaire l’implication de la bande du Dragon de Jade dans cet embrouillamini! Soupira le commandant. Je reviens avec vous à la réception.
- Je commence à avoir peur! Avoua Ivan. Quand vont-ils passer à l’attaque?
- Qui en premier, plutôt! Rétorqua Daniel. Toutefois, mon vaisseau scout surveille le parc et toute la propriété. Hillerman, Kiku U Tu et Uruhu veillent à bord ou dissimulés dans les fourrés.
- J’admire votre sang-froid!
- J’en ai vu d’autres, Ivan, soyez-en certain!
Irina et Elisabeth étaient restées dans le salon de musique afin de converser librement tout en buvant une tasse de thé Earl Grey. Les deux jeunes femmes abordaient des problèmes bien féminins tels que ceux de la maternité, de l’élevage des enfants, de la place respective des femmes dans leur société respective et ainsi de suite…
- Ainsi, malgré votre carrière au sein de la flotte, vous avez choisi d’avoir des enfants…
- Mais les deux ne sont pas incompatibles, ma chère! J’en suis à ma troisième grossesse. Je commence donc à en avoir l’habitude.
- Avez-vous développé des techniques spéciales lors de la parturition?
- En cas de procréation naturelle comme ici, pas réellement. Nous avons simplement réussi à supprimer les douleurs de l’enfantement non par des moyens chimiques mais bien par le contrôle de nos sens… Il s’agit là d’une méthode helladienne qui a fait ses preuves depuis dix mille ans déjà. Cependant, elle demande une longue préparation mentale ainsi qu’une volonté … comment dirais-je? Bien forte pour l’humaine que je suis!
- Ah! Mais alors, comment font donc les autres mères?
- La plupart ne portent pas leur bébé, voilà tout!
- Seigneur! Mais c’est…
- Ni monstrueux ni inhumain! Le progrès, l’évolution des mentalités ont permis cela. Toutefois, avec Daniel nous avons décidé de faire comme jadis. De plus, nous n’avons pas choisi le sexe de l’enfant. Néanmoins, nous savons qu’il s’agit d’une fille. Nous l’appellerons Tatiana.
- Votre mari, Daniel vous aide-t-il?
- Bien sûr! C’est un bon père! Il suit de près l’éducation de Mathieu et de Marie. Il les soigne, leur fait la cuisine; à ce propos, il y excelle, vraiment!,
- Vous avez épousé une crème, on dirait bien!
- Il a son caractère! Mais je m’en accommode
- Et les décisions?
- Dans le travail, il est mon supérieur direct. Il tranche mais après avoir entendu mon avis qu’il prend en compte le plus souvent. Dans la vie privée, il agit de même.
- Je vous envie, Irina!
- Oh! Pour vous, il n’en va pas ainsi?
- Que non pas! Mais… Franz ne me tient pas éloignée de ses affaires, loin de là! Mais j’ai quitté l’école assez jeune et je ne lui arrive pas à la hauteur. Quant à la recherche des criminels nazis, je lui suis d’un grand secours.
- La condition féminine a beaucoup progressé à mon époque, je le reconnais. Mais il n’en va pas de même pour tous les peuples de l’Alliance. Par exemple, les Mondaniens ou encore les Kronkos… Rude est le chemin qui reste encore à parcourir à mes consœurs…
Pendant ce temps, à quelques mètres de là, André Fermat conversait avec le dessinateur belge Edgar Pierre Jacobs, Vincent Price et Luis Alvarez. Le sujet abordait la nature de la lumière, mais effleurait également la paléontologie.
Alors qu’une douce quiétude avait envahi le vaste salon et que tous commençaient à se connaître et à s’apprécier, un coup de théâtre se produisit, renversant les certitudes de nombreux invités. Sans autorisation préalable, Kiku U Tu se téléporta dans la pièce. Pour lui, il y avait urgence!
Naturellement, sa brusque apparition fit l’effet d’une bombe! Dans l’assistance, des cris mêlés surgirent.
- Un monstre!
- Un… dinosaure! Vêtu et… rugissant!
- Un déguisement!
- Une farce!
- Quelle grotesque mascarade! De qui se moque-t-on?
- Euh! Non! Ce n’est pas un masque! Frémit Luis Alvarez. Godzilla est bel et bien vivant!
- Comme dans mon Piège diabolique, les dinosaures habitent la Terre…
- Je dirais plutôt un dinosauroïde! Corrigea Vincent Price après avoir observé le Troodon. Ça me rappelle un vieux dessin animé de Disney.
- Vous pensez à Fantasia, sans doute? Dit Fermat oscillant entre le rire et la colère.
- Euh… reprit Alvarez. Et… si les dinosaures n’avaient pas disparu? Peut-être auraient-ils alors abouti à des créatures semblables à cet inconnu!
- Bonne idée! Excellente même! Souffla André. Vous devriez la poursuivre! Rechercher d’abord la cause de la disparition des dinosaures sur notre Terre.
- Ah! Je vois! Les dinosaures, cul-de-sac de l’évolution, ici, dans notre histoire!
- Tout à fait! Mais ailleurs, tout reste possible! Approuva le Belge.
Raoul et Violetta murmuraient tout en essayant de garder leur sérieux.
- Ton Troodon, quel culot!
- C’est parce que ses gènes l’obligent à ignorer les émotions des « espèces inférieures », nous en l’occurrence!
- Ah! Bah! Nous, nous lui sommes inférieurs? Bigre! Comment ton monde a-t-il pu accepter ces êtres?
- Nous avons besoin de soldats sans peur, capables de combattre nos ennemis sans poser de questions! Que veux-tu! L’humanité est devenue trop civilisée!
Impassible, Kiku s’était approché du commandant Wu, ignorant les regards craintifs ou intrigués qu’on lui jetait. Il lui dit, le plus discrètement qu’il put, sous la forme de grognements sourds:
- Commandant, les senseurs de l’Einstein affichent des données inquiétantes: une concentration très forte d’armes anachroniques dans un rayon de vingt kilomètres! Hillerman a effectué un contrôle de niveau 1 dans un périmètre de cent vingt kilomètres comme vous l’avez ordonné. Dans l’espace également. C’est ainsi qu’il a aussi capté des signaux satellitaires provenant d’un engin en orbite. Engin beaucoup trop avancé pour l’année 1961!
- Notre propre vaisseau a-t-il été détecté?
- Non, commandant!
- Bien. Toutefois, il vaut mieux renforcer les protections du bouclier de camouflage. Ajoutez les couches Thêta ter et Omega prime. Puis, vous mettrez en action le champ anentropique prévu en veillant à englober toute la propriété des Von Hauerstadt. Ainsi, nos adversaires ne pourront alors se téléporter ni dans le parc ni dans le chalet ni dans le bâtiment principal.
- Monsieur! Merritt et Amsq sont pourvus de ceintures biologiques spéciales! Nous les avons vues à l’œuvre en 1890! Vous oubliez aussi les Pi!
- Je n’oublie rien, lieutenant! Le champ anentropique dont j’ai doté le vaisseau a la même configuration que celui qui protège ma demeure familiale à Hokkaido. Exécutez mes ordres au plus vite!
- Oui, monsieur! Immédiatement!
Kiku disparut comme il était apparu: aussi soudainement. Devant le bruit qui venait du grand salon, Irina et Elisabeth avaient rejoint l’assemblée. Avisant son épouse et Antor, le daryl androïde donna des directives précises à ses subordonnés et amis.
- Gardez désormais vos senseurs portatifs personnels activés afin de détecter les émissions de rayons anioniques signalant l’usage de téléporteurs transdimensionnels ou de ce qui peut en tenir lieu!
- Tu crois que les Pi se risqueraient à…
- Oui, Antor! Évidemment!
- Pour l’instant, je te garantis qu’ils ne sont pas dans les environs!
- Tu me rassures!
- Comme toujours!
- Je vais encore solliciter tes capacités mentales. Il faut faire oublier à nos hôtes tout ce qui s’est produit depuis dix minutes.
- A ton service, Daniel. S’inclina le vampire avec un léger sourire.
- Ah! Les gaffes de Kiku U Tu! S’exclama Irina. Il y aurait de quoi rédiger un bêtisier de mille pages au moins!
- Tu es généreuse, mon amour!

***************

Le lendemain, le colloque tant attendu débuta par une communication de Franz Von Hauerstadt. Mais le duc n’accapara pas longtemps la parole. Le père Bordier s’était joint à l’assemblée. Reconnaissant les adolescents qu’il avait pris en stop, il s’assit près d’eux.
Ivan, les yeux aux aguets, murmura à l’oreille de Geoffroy:
- J’ai un mauvais pressentiment. Je crois que c’est pour aujourd’hui.
- Les conditions sont effectivement réunies! Rétorqua son ami avec le plus grand sang-froid.
- Je pense, moi, fit Pacal, que Von Hauerstadt est de taille à tout affronter! Vous avez lu sa biographie, non? Souvenez-vous comment il est venu à bout des espions soviétiques le 1er février 1958!
- Au corps à corps, malgré l’avantage de la jeunesse, j’aurais incontestablement le dessous! Reconnut sincèrement Geoffroy.
- Tout à fait! Vous avez vu comment Raoul et Violetta se défendaient! Alors, imaginez les adultes!
Puis le trio conversa poliment avec le père Bordier, évoquant des sujets archéologiques passionnants. Enfin, il en vint à parler de l’abbé Lemaître que tous admiraient.
Après les préliminaires habituels, Franz entra dans le vif du sujet, expliquant les buts de ce mini symposium scientifique et philosophique.
- Mesdames et messieurs, vous connaissez tout comme moi ce qui pèche actuellement dans les tendances évolutives de la science: le cloisonnement, la spécialisation accrue et l’ignorance, de la part du spécialiste des travaux sortant de son champ de recherches et même, j’ose l’avancer, de l’histoire des découvertes scientifiques! Peut-être allez-vous m’objecter qu’il devient trop difficile d’avoir une vue d’ensemble de toutes les sciences! Mais moi, je vous déclare qu’il ne faut pas renoncer à tenter d’établir une synthèse globale des dernières découvertes.
Tous applaudirent chaleureusement et non par simple politesse. Lorsque le silence fut rétabli, Franz enchaîna:
- Monsieur Bachelard approuve fortement mon point de vue! Je ne puis que m’en réjouir! Le savant ne doit pas laisser de côté l’épistémologie. L’enfermement en un seul domaine de la science nuit non seulement à l’interdisciplinarité mais aussi à la compréhension de l’Univers! L’analyse ignore l’esprit de synthèse et la transversalité. Je ne vous ferai pas l’injure de vous rappeler l’exemple de l’opposition entre les sciences molles et les sciences dures; ainsi, dans cette hiérarchie artificielle, les sciences humaines seraient considérées comme molles et les sciences exactes, les plus nobles, comme… lourdes! Dans cette logique critiquable, les premières seraient donc moins dignes d’intérêt et par là d’apprentissage! De plus, toujours selon cette logique castratrice, au sein des sciences exactes, la même hiérarchie sévit! Je songe à la paléontologie qui fait encore figure de parente pauvre par comparaison aux mathématiques ou à l’astrophysique! Ainsi donc, la physique elle-même est divisée entre physique théorique et physique appliquée. Or, c’est oublier que toute physique théorique finit par devenir physique appliquée! Les lois de la thermodynamique en sont une illustration parfaite; elles concernent à la fois le micro et le macro univers. Réduire la science à la recherche utilitariste d’application immédiate recèle le danger évident suivant: l’inféodation des laboratoires aux seuls intérêts économiques! A moyen terme, cela entraîne une mutilation, celle de la part de rêve qui sommeille dans chaque être humain, et, à long terme, une stagnation irréversible! Vous, Gaston Bachelard, vous vous êtes préoccupé de la symbolique du rêve et vous y avez brillé. La biologie aujourd’hui ne rejette-t-elle pas davantage aux marges cette figure du solitaire, loin des institutions officielles celui que tous ici vous avez reconnu? Jean Rostand, nouveau Cassandre que tous veulent ignorer à défaut de le museler! Jean, vous n’avez pas oublié que les gènes, les molécules et les cellules supportent un organisme, un être vivant! Non! Nous ne devons pas abandonner la systématique et l’éthologie au profit de la seule génétique moléculaire!
Tout en écoutant, Elisabeth questionnait Irina:
- Je suis là par politesse, en tant qu’épouse de l’organisateur de ce symposium. C’est là une de mes obligations. Mais, n’ayant pas fait d’études, tous les tenants et les aboutissants m’échappent quelque peu! Mais vous, comment réagissez-vous? Oh! Pardon! Loin de moi l’idée de remettre en cause vos capacités intellectuelles!
- Je ne suis pas une spécialiste d’astrophysique même si je possède quelques notions. J’ai un doctorat en xéno géologie et un autre en linguistique. Mais pour entrer dans la sphère restreinte des candidats au commandement d’un vaisseau dans la flotte, c’est là un minimum! En attendant, je suis passionnée de voir tous ces messieurs venus de champs si éloignés tenter, avec les moyens du bord, de freiner l’évolution de la science dans la direction qu’elle va prendre indiscutablement!
- De manière définitive? S’inquiéta la Française.
- Je me garderais d’aller jusque là! Mais enfin, dans cette chrono ligne l’adjectif s’applique, hélas! Quel gâchis!
- A bord de votre vaisseau, tous les officiers ont-il l’éthique aussi élevée? Concilient-ils comme vous et votre mari vie de famille, recherche et carrière?
- Oh! Sur ce plan, Daniel et moi-même ne sommes nullement exceptionnels! Je vais prendre comme exemples les parents de Violetta; le père, le capitaine Sitruk qui commande actuellement le Langevin par intérim, est à la fois un fin tacticien et un expert en premier contact. Lui possède bien l’âme d’un militaire aventurier! La mère, Lorenza, notre doctoresse médicale en chef, est diplômée en xéno médecine et en pathologie lourde. Elle a détenu une chaire à la faculté de médecine de New Paris durant dix ans, malgré son jeune âge, avant de rejoindre notre vaisseau. Le frère de Daniel, Georges, cumule l’exobotanique et l’exoéthologie!
- Mais, comment percevez-vous les invités de mon mari?
- Le philosophe Gaston Bachelard a longtemps été tenu pour quantité négligeable par les partisans d’une science high tech, vouée au seul profit des transnationales ultralibérales! Ainsi, dans votre harmonique temporelle, il est superbement ignoré des étudiants car il n’est plus enseigné nulle part quarante années seulement après sa mort! Quant à Jean Rostand, surnommé à juste raison, le solitaire de Ville d’Avray, il a été tenu en quarantaine par les laboratoires modernes reposant sur la recherche collective! Avec le recul, il est apparu comme « une mauvaise conscience », un « Jiminy Cricket » moralisateur qui dénonça prémonitoirement tous les débordements des recherches biotechnologiques interdites, recherches qui ont abouti, à mon époque, à la création de mon mari, mais aussi à celle d’une grande partie de l’équipage!
- Vous seriez tous des clones? Comprit Elisabeth.
- Non! Pas du tout! Sauf Daniel bien sûr! Mais il ne s’en cache pas! Il est le clone amélioré de son défunt frère aîné, Daniel Deng, disparu trop tôt à l’âge de vingt ans! Une tragédie pour la famille! La mère Catherine surtout. D’après les confidences de Daniel Lin, mon mari, son « jumeau » avait des dispositions remarquables, des dons qu’il a mis au service du crime! S’il n’avait été abattu par des trafiquants, il aurait assurément fini cryogénisé ou, à tout le moins, déporté sur une planète en terraformation. Bref, chacun porte son fardeau et détient quelques squelettes dans son placard! Mais, pour en revenir à ma démonstration, à bord du Langevin, nous avons pratiquement tous des gènes modifiés de manière à pouvoir vivre longtemps dans l’espace, explorer des planètes à l’environnement hostile à priori! Ma petite Marie, que je vous ai montrée hier dans une projection holographique…
- Charmante et pleine de vie!
- Adorable à tous points de vue! Si vous deviez mesurer son QI, non par l’accumulation des connaissances, mais par son potentiel, vous la qualifieriez de génie! Or, par rapport à son frère Mathieu, elle paraît handicapée mentalement! Benjamin possède deux gènes modifiés. Il a épousé la semi-métamorphe Lorenza et leur union a été féconde. Ce résultat a été obtenu sans intervention extérieure! Voyez-vous, au XXVIe siècle, nous sommes tous plus ou moins métissés; cela ne choque plus personne. Les mariages entre espèces à évolutions différentes sont devenus monnaie courante. Humains Helladoï, Humains Métamorphes, Marnousiens Castorii…
- Euh… Et les Kronkos?
- Ils restent entre eux, très chère! Pour eux, nous ne sommes pas assez évolués!
- Vous m’en voyez soulagée! Pardonnez-moi!
- Je vous comprends parfaitement!
De son côté, Franz achevait son intervention:
- Mesdames et messieurs, je ne vous ai pas invités par hasard! Tous ici, vous couvrez de nombreux champs disciplinaires dans l’astrophysique de pointe, la biologie, l’électronique et dans bien d’autres sciences et arts encore! Vous représentez également cette part du rêve, de l’imagination spéculative, du merveilleux scientifique que l’homme aurait bien tort de refuser! Ne méprisez ni la science-fiction ni la vulgarisation scientifique! Bien rédigés, ces deux domaines restent la meilleure réflexion, la mise en garde la plus appropriée et la plus abordable des dangers des applications d’une science dévoyée, inféodée au commerce! Par la transdisciplinarité que vous symbolisez, vous pouvez, ici même, poser un jalon menant à la synthèse nécessaire et pas si improbable que beaucoup le voudraient, entre les champs de la physique, de l’électronique cybernétique et de la biologie tout en préservant les fondements de l’éthique! Grâce à vous, l’Homme ne sera pas asservi!
Alors, une salve d’applaudissements nourris retentit dans le vaste salon. Placé au premier rang, Daniel Wu ne pouvait s’empêcher de penser:
« Il n’y a pas à en dédire: Franz est un humaniste dans le sens le plus noble du terme! Mais il est si précurseur! Pour moi, il ressemble à Stankin car il présente dans son attitude et son comportement tous les caractères d’un scientifique Hellados qui se sent obligé de créer, de mettre en application ses découvertes théoriques et… qui ne réalise pas toute la portée de ses inventions! Mon ami vient ainsi d’esquisser à la fois la synthèse rêvée par les Odaraïens, il y a des milliers d’années, redécouverte par le mentor de Sarton, mais également d’évoquer ces vieux démons qui nous poursuivent et que nous combattons avec plus ou moins de résolution et d’ardeur! Eux savent, pour leur malheur et le Néant, les aboutissants ultimes et terrifiants de cette synthèse définie et incarnée par le bio translateur! Et je n’aborde pas même l’existence tant redoutée de l’Homunculus Danikinensis! ».

***************

Au-delà de la physique « normale », tapis quelque part au sein des super cordes, les Pi s’étaient rendus compte que, désormais, la propriété des Von Hauerstadt en Bavière était protégée par un champ anentropique particulier, grâce à une technologie ne provenant ni du XXXe siècle ni du XXVIe siècle! Comment Daniel Wu avait-il pu disposer de ce champ? Il avait dû transgresser le Traité du Mowelle et triché une fois encore! La Dimension, à son grand dam, se retrouvait donc piégée, dans l’impossibilité d’agir! Décidément, ce daryl androïde était un sacrément empêcheur de tourner en rond! La Dimension devait-elle se résoudre à demeurer impuissante? Non! Cela était tout à fait impensable! Insupportable! N’ayant pas d’autre choix, elle s’humilia et requit l’intervention de l’Entité maléfique finale, Johann van der Zelden! Bon prince, le pseudo humain ne se fit pas trop prier et ce, d’autant plus qu’il savait que son opposé avait manipulé dans l’ombre une bande d’humains au sein de cette chrono ligne, afin de rendre la partie plus équilibrée! Michaël Xidrù, nullement embarrassé par des scrupules castrateurs, agissait ainsi afin d’épargner le Neutre! Mais lequel?
Or donc, tandis que le colloque se poursuivait, au niveau subquantique, des pressions terribles s’exerçaient. Inévitablement, le champ anentropique anachronique s’effondra. Aucun appareil ne rendit compte de ce qui advenait! Ni Antor ni Daniel Wu ne sentirent ce qui se passait. Les deux amis n’étaient pas infaillibles, loin de là!
Les intervenants se succédèrent avec beaucoup de sympathie et d’indulgence de la part d’un public tout acquis qui pardonna volontiers les quelques maladresses des néophytes qui, souvent, débutaient dans le rôle d’orateur. Vincent Price, quant à lui, jouait les candides sans accroc et avec naturel. A chaque fin d’intervention, chaudement applaudie, il posait un maximum de questions, guidé par la curiosité mais aussi le bon sens. Ses remarques faisaient le plus souvent référence à la littérature et au cinéma fantastique mettant en scène des savants fous qui avaient jeté aux orties toute éthique, rappelant à l’humain moyen que la frontière entre le rêve et le cauchemar était plus que ténue!
Gaston Bachelard développa le thème Science et Imaginaire; Jean Rostand intervint sur La tératogenèse des anoures et les manipulations biologiques. Luis Alvarez s’exprima sur le sujet Physique moderne, incertitude et quanta, et l’abbé Lemaître sur Univers et Création: de l’atome primitif à l’expansion de Hubble.
Certains orateurs s’exprimaient en français, d’autres en anglais. Prévoyant, le duc avait recruté des interprètes pour la traduction simultanée. Tous les employés travaillaient à l’étage avec un matériel relativement encombrant.
Maintenant, Edgar-Pierre Jacobs s’apprêtait à son tour à prendre la parole sur un sujet qui lui tenait particulièrement à cœur, Einstein et le voyage dans le temps: la conception du chronoscaphe dans le Piège diabolique. Il devait dévoiler en première exclusivité l’intrigue qu’il envisageait pour la partie futuriste de sa bande dessinée, conduisant malgré lui le professeur Mortimer dans un 5060 peu réjouissant!
Tandis que le célèbre dessinateur baryton discourait d’une voix chaude et vibrante teintée d’un léger accent belge, Violetta avait eu le toupet de téléporter de la navette Einstein le fac-similé de l’album Dargaud, album qui ne paraîtrait qu’en 1962! Naturellement, elle n’avait pas fait part de son petit tour à son oncle Daniel, commettant ainsi une grave erreur. Celui-ci aurait immédiatement saisi que le champ anentropique n’agissait plus!
En attendant, assise près de Raoul, au milieu de l’assistance, l’adolescente feuilletait avec ostentation sa bande dessinée, cherchant visiblement à narguer le public! Depuis de longues minutes déjà, le futur gentleman cambrioleur bâillait à s’en décrocher la mâchoire alors qu’Ivan et Pacal se montraient plus attentifs et que Geoffroy prenait quelques notes.
Par distraction, Violetta avait gardé les écouteurs du traducteur branchés alors qu’elle n’avait nul besoin de recourir à cette aide. Ainsi, elle entendait l’intervention de Jacobs en français et en anglais. Soudain, il y eut une interruption suivie de parasites.
« Bon! Murmura-t-elle sarcastique. Evidemment, il y a un pépin avec cette vieille technologie! ».
Discrètement, pour s’assurer de ce qui n’allait pas, elle sortit de sa poche un minuscule appareil, un senseur portatif qui détectait toutes les anomalies électriques, et s’aperçut ainsi qu’en fait, là-haut, au deuxième étage, il y avait foule!
Toujours sans rien dire, notre métamorphe se leva et s’éclipsa pour se retrouver quelques secondes plus tard nez à nez avec un soldat russe en tenue de combat, un masque grotesque sur son visage!
Commandé par Fouchine dont les traits étaient dissimulés sous le masque du perfide Allan, tout un groupe de Soviétiques était en train de se téléporter! Stupéfaite, Violetta voulut pousser un cri, mais la peur l’en empêcha. Le nombre d’intrus armés jusqu’aux dents augmentait dangereusement. Tournesol, Calys, Bergamote, Cantoneau, Philémon Cyclone, Philippus et bien d’autres l’entourèrent, particulièrement menaçants!
Toutefois, en bas, Daniel lançait un message d’alerte à Antor:
- En haut, il y a du grabuge!
- Oui, je capte des pensées de haine et de colère!
-Montons discrètement! Je ne puis présentement user de l’hyper vitesse car j’affolerais les autochtones!
Or, à cet instant, Calys tira une rafale destinée à Violetta! La jeune fille ne réchappa au tir meurtrier que d’extrême justesse ayant la présence d’esprit de se métamorphoser en tapis élastique qui alla se coller sous une desserte! Depuis deux minutes, les interprètes avaient été neutralisés par les Ruskoffs. Désormais, ils gisaient égorgés, baignant dans leur sang. Le commando prenait ses marques, progressant avec méthode. Cependant, dissimulés dans le grenier, les paras de Serrucci et de Le Gouzic, qui venaient également de se téléporter, décidaient à leur tour de passer à l’action puisque la rafale intempestive de l’Ivan avait alerté tout le monde!
En bas, au bruit de la mitraillade, Von Hauerstadt recouvra ses instincts guerriers. D’une voix ferme, il ordonna à ses invités de gagner la cave en rampant. Il fallait échapper aux agresseurs qui n’allaient pas tarder à investir le premier étage! Une fois les orateurs à l’abri, les explications suivraient! Les domestiques avaient reçu les mêmes consignes de la part d’Elisabeth. Heureusement, les enfants du couple étaient soit à l’école, soit au lycée.
Tandis que les Russes dévalaient lourdement et bruyamment les escaliers, Irina distribuait des disrupteurs réglés sur désintégration à Franz, Raoul et au trio. Alors, Von Hauerstadt renversa méthodiquement les meubles qui, ainsi, formèrent un rempart destiné à retarder les Soviétiques.
Pendant ce temps, les invités rampaient tant bien que mal jusqu’à la cave, sous la conduite de Thomas, l’imperturbable majordome. C’était amusant de voir les costumes si impeccables quelques minutes auparavant prendre la poussière et se froisser pour bientôt ressembler à des hardes trop portées! Trop vieux pour ramper, le philosophe Bachelard fut porté par Vincent Price, qui arborait une bonne stature, et Isaac Asimov.
Au deuxième étage, Daniel Wu et Antor s’étaient séparés pour optimiser leurs chances. Le premier allait faire face à Serrucci et consorts, le deuxième aux Ruskoffs. Uruhu, Kiku U Tu et Hillerman, prévenus, devaient arriver d’une seconde à l’autre. Fermat, quant à lui, s’était posté juste devant l’entrée du salon, disrupteur au poing, prêt à faire feu!
Lorsque les hommes du commandant Fouchine avancèrent jusqu’au coude du corridor, ils furent accueillis par un homme vêtu d’un pantalon foncé de civil mais à l’étrange pâleur! Pas armé, il ne paraissait donc pas dangereux! Au contraire même, il souriait! Imprudemment, Calys et Philippus firent un pas, serrant leur mitraillette, le doigt sur la gâchette. Soudain, tout bascula! Avec une vitesse foudroyante, inattendue et inconcevable, les Ivans furent brutalement projetés par-dessus la rampe de l’escalier. Ils atterrirent durement sur le parquet, la nuque brisée. Mais Fouchine avait reconnu l’auteur de cet exploit. Il hurla:
- Feu!
Un tir nourri s’ensuivit. Or, notre vampire n’avait cure du danger; malgré le crépitement des balles, il exécuta une pirouette magnifique, un triple salto et défonça la cage thoracique d’un commando soviétique. Cependant, les coups de feu redoublaient et Antor n’était pas indestructible! Il n’eut donc d’autre choix que de sauter par-dessus la rambarde, les Russes l’imitant bientôt. Lorsque ces derniers se reçurent sur le seuil du salon, ils furent foudroyés par des disrupteurs chargés à bloc. Malheur alors à l’Ivan atteint par un rayon brûlant! Il s’évaporait atome par atome, empuantissant l’atmosphère, la saturant de fer et de cuivre.
Tous les tirs de Fermat et du duc faisaient mouche. Irina, quant à elle, n’éprouvait aucun remords à désintégrer un compatriote portant le masque du professeur Bergamote ou de Cantoneau.
Moins aguerri, Ivan Despalions hésita légèrement devant un grand type dont les traits étaient dissimulés par le visage du délicieux et sympathique Tournesol. Mal lui en prit. Une balle lui effleura l’épaule gauche. Heureusement, son ami Geoffroy le couvrait. A son tour, il pressa la touche de son arme futuriste. Mais son rayon en croisa un autre! La cible visée ne se désintégra que partiellement et il ne resta du Rouge qu’un tronc au trou béant au travers duquel apparaissait un autre Ruskoff en train de s’agenouiller et de pleurer, ses nerfs cédant sous la panique!
Mais ce Soviétique ne fit pas long feu. Franz visa sa tête qui se réduisit à un crâne de squelette avant de tomber en poussière.
Kiku, enfin téléporté, se battait avec une efficacité d’autant plus redoutable que les balles n’avaient sur lui aucun effet hormis de l’exciter! Sa peau cuirassée naturellement restait sa meilleure protection face à ces projectiles archaïques. A la chaîne, sans une seconde de repos, dans une rage terrible, notre Troodon brisait nuques et membres des malheureux Soviétiques!
Là haut, une douzaine de Russes se retrouvait également en fort mauvaise posture! Des paras français, ceux commandés par Le Gouzic, avaient atteint le deuxième étage, ainsi que le Hollandais van Vollenhoven, mais après avoir subi des pertes tragiques. Il faut dire que sur leur chemin, ils avaient croisé un certain Daniel Wu! Passé en hyper vitesse, le daryl androïde, transformé en tourbillon, avait tranché et percé de nombreux soldats perdus, ceux-ci pourtant munis d’armes Haäns du XXXe siècle, et de ceintures protectrices! Serrucci, impuissant et furieux, avait vu ses meilleurs hommes décimés par cette onde humaine imparable.
« L’Anglais n’a pas raconté de sornettes! », pensa-t-il en serrant ses poings. Sentant que la partie était momentanément perdue - c’est à son instinct qu’il devait sa survie dans les coups les plus durs - il demanda l’aide directe de Merritt et d’Amsq!
Daniel Lin se retrouvait devant un dilemme: empêcher Serrucci de fuir ou se rendre au rez-de-chaussée où désormais les combats se déroulaient et en finir avec Le Gouzic et les Français. Optant pour la seconde solution, il s’attaqua au Belgo-Breton et à van Vollenhoven.
Tandis qu’un rayon téléporteur dématérialisait le Corse ainsi que trois de ses hommes, devant les yeux ébahis des Russes, Fouchine mit à profit la confusion ambiante pour s’emparer de Violetta! La jeune fille avait commis l’imprudence de reprendre sa forme humaine et, croyant réchapper à l’attention des Ivans, s’était mise à ramper en direction du premier étage.
Quelque chose d’incroyable se produisit à la seconde précise où Pavel se saisissait de la métamorphe. Tandis que plus bas, Daniel culbutait Soviétiques et paras, une lueur violette entoura le commandant et son otage! Le rayon appartenait à l’entité Pierre Duval Paldomirov qui mettait à l’abri un pion précieux.
Le temps que le daryl identifie que le Commandeur Suprême était intervenu, la situation se compliqua davantage encore si possible! Un troisième larron se manifesta sur ce champ de bataille des plus particuliers. Abderrahmane Mourad avec ses fous d’Allah, suivant le plan établi et approuvé par TQT, lança son camion suicide bourré à craquer de TNT et de pains de plastic sur la demeure de Von Hauerstadt; lorsque le poids-lourd finit encastré dans la cuisine, l’enfer se déchaîna: des détonations et des explosions en série retentirent. Le souffle tua Le Gouzic sur le coup ainsi qu’une douzaine de paras. Ayant accompli brillamment leur mission, les moudjahidines avaient trouvé leur Paradis. Se sacrifiant, ils avaient ouvert une brèche aux hommes du Gouverneur du Nouveau-Mexique. Les agents détournés de la NSA, de la CIA et de bien d’autres officines gouvernementales se ruèrent avec les Range Rover, les jeeps et les camionnettes blindées dans les bâtiments. A leur tête, Hinckel en personne. Heinrich avait soif de bataille comme son illustre grand-père!
Mais les agents de l’ultralibéralisme se heurtèrent à un ennemi inattendu qui lui aussi agissait masqué. Les sbires du Dragon de Jade avaient pénétré dans la demeure et maintenant affrontaient les Américains. Entraînés, ils ne firent pas de quartier, laissant sur leur chemin des cadavres égorgés et éviscérés.
Dans le salon, la confusion avait atteint son paroxysme. Tandis que les derniers paras survivants et van Vollenhoven étaient téléportés en urgence par Zoël Amsq, Daniel, Fermat et Irina collaient sur leurs amis des pastilles de premiers secours. Ces pastilles, au contact de la peau, avaient la particularité d’activer une combinaison de protection de niveau 12 capable de résister au vide et au rayonnement de l’espace, aux températures de plus de 3000°C, tout en fabriquant une atmosphère respirable. Les combinaisons restaient opérationnelles une heure en mode économie.
Ce laps de temps fut largement suffisant car Hillerman et Uruhu parvinrent à circonscrire l’incendie durant un plus court délai, recourant à la fois à un bombardement de produits chimiques et à un avaleur d’oxygène. Toutefois, les dégâts restaient énormes!
Lorsque la série d’explosions avait déclenché l’incendie, des filets de fumée noire avaient commencé à s’infiltrer dans la cave où la plupart des hôtes de Franz avaient trouvé refuge. La panique gagnait du terrain. Si Gaston Bachelard conservait un calme remarquable, de même pour l’abbé Lemaître, il n’en allait pas de même pour les autres célébrités qui, étant loin de comprendre ce qui se passait, avaient le sentiment d’être plongées dans une sorte de guerre des gangs ou encore dans un scénario d’espionnage grandeur nature!
Mais la guerre se transforma bientôt en un récit de science-fiction dans lequel la Chine des Triades était partie prenante! En effet, au cœur de la cave, il y eut soudain un tourbillon de vapeur orangé qui se solidifia rapidement, matérialisant six individus dont deux étaient masqués. L’un des inconnus portait la traditionnelle longue tunique chinoise ainsi qu’une veste noire. Il était coiffé d’une calotte de soie tandis que ses traits étaient dissimulés sous le masque de Wang Jen Ghie, le père du malheureux dément Didi, personnage emblématique du Lotus bleu, le grand-maître des Fils du Dragon, société secrète adversaire du Lotus bleu. L’autre homme masqué arborait le visage du sinistre Mitsuhirato.
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Mais, ô surprise, les nouveaux venus jouaient les rôles des libérateurs! Incompréhensible!
Nos célébrités avaient vite saisi qu’il ne s’agissait pas de Daniel Wu, de Franz et de leurs amis. Les Chinois évacuèrent en silence les savants et apparentés en usant de la télé portation. Celui qui commandait les sauveteurs était Sun Wu lui-même, qui, grâce à l’agent temporel Michaël, pouvait à volonté se déplacer dans le temps et mettre des bâtons dans les roues à Zoël Amsq, Merritt, TQT, Fouchine et Hinckel.
Toutefois, le commandant Wu devrait prendre cette aide avec circonspection. On ne s’allie pas avec un cobra!
Les invités se retrouvèrent à l’air libre dans le parc sous la garde des Chinois à une dizaine de mètres à peine des hôtes du XXVIe siècle. Fermat et Antor étaient préoccupés par les importantes destructions et se demandaient comment rétablir l’ordre. Que faire des si nombreux cadavres? Daniel, amer, se reprochait l’enlèvement de Violetta. Raoul, bouche bée, restait en admiration devant l’efficacité des pompiers improvisés.
Lorsque le daryl vit les Chinois se matérialiser, il commença par s’approcher d’eux, mais stoppa net. Sun Wu, en effet, avait pris la précaution de munir chacun de ses hommes d’un déflecteur portatif. Plus clairement, un champ de force isolait les membres du Dragon de Jade ainsi que leurs nouveaux otages!
Geoffroy voulut s’élancer. Son corps heurta durement le bouclier invisible et rebondit tandis que ses terminaisons nerveuses lui envoyèrent un message de douleur extrême. Pourtant peu douillet, l’adolescent s’évanouit!
Ôtant son masque, Sun Wu sourit cruellement et dit doucement en mandarin:
- Ce jeune sot n’a que ce qu’il mérite! Que cela vous serve d’exemple!
- Qui êtes-vous donc pour commettre un tel acte perfide? S’écria dans la même langue Irina hors d’elle.
- Le Grand Maître du Dragon de Jade, Sun Wu, jeta négligemment le Chinois en regardant ses ongles. Ah! Mon parent et descendant, poursuivit le vieil homme à l’adresse de Daniel, je retiens les invités du duc et je ne les relâcherai que moyennant votre bienveillante neutralité dans cette affaire où le sort millénaire de la Chine est en jeu!
- Quelle Chine millénaire? Siffla le commandant. Une Chine mafieuse, à votre image, toute soumise à vos trafics? Quelle ironie que d’avoir opté pour le masque de monsieur Wang pour dissimuler vos traits! Sun Wu, je sais exactement de quoi vous êtes capable car, ailleurs, dans une autre chrono ligne j’ai déjà eu affaire à vous! Mais pourquoi l’agent terminal Michaël vous a-t-il donc apporté son soutien? Ne niez pas! J’ai reconnu sa marque dans les manifestations secondaires de la télé portation! Pourtant, autrefois, il vous réserva un sort des plus cruels… Il vous l’a tu? Bizarre!
- Il me fit rajeunir et me condamna à mourir de faim! Je le sais! Ici, nous n’avons eu d’autre choix que de faire alliance, mon descendant! Paldomirov est un des joueurs et son atout maître est Violetta aux mains de Pavel Pavlovitch Fouchine! Cela ne vous a pas échappé, j’espère?
- Non! Se contenta de lancer sèchement Daniel Lin.
-Dans ce cas, mon second, le dévoué, fidèle et rusé féal monsieur Ti va exposer les bases d’une nécessaire et profitable négociation, n’est-ce pas?
Le daryl hocha imperceptiblement la tête et Ti s’avança. Ce dernier s’exprima avec une obséquiosité des plus agaçantes.
- Pavel Pavlovitch Fouchine, le frère jumeau du défunt Igor Pavlovitch, a conduit la jeune Violetta Sitruk di Fabbrini dans un lieu qui passe pour secret! Nous vous indiquerons cette adresse ainsi que les moyens pour y pénétrer tandis que nous libèrerons nos prisonniers.
- Quelle est la contrepartie?
- Vous promettrez de ne jamais intervenir contre les intérêts du Dragon de Jade. Si vous avez besoin d’un coup de main, nous sommes prêts à vous le fournir. Voyez, il s’agit d’un marché des plus alléchants…
- Mon second a exprimé exactement ma pensée! Grâce à cette alliance, la Chine, notre Chine, mon cher compatriote, portera haut le drapeau de l’Humanité dans un XXVIe siècle corrigé!
- Il ne s’agit certainement pas de la même Chine, Sun Wu, répliqua avec acidité Daniel.
- Pourquoi pas? Ne me dites pas que vous refuseriez le pouvoir suprême s’il s’offrait à vous! J’envisage, avec mes séides et commensaux d’accéder au titre d’Empereur. Un Empereur immortel, bien entendu!
« Par Bouddha! Il est fou et Michaël se sert de lui, pensa le daryl androïde. Que veut en fait l’agent terminal? Quel est donc son dessein? ».
Cependant, Daniel Lin conservait tout son sang-froid. Il devait absolument gagner du temps. Il se permit de sonder rapidement son ancêtre indirect. C’est ainsi qu’il apprit que Sun Wu avait le projet de se faire ressusciter dans le futur autant de fois qu’il lui serait nécessaire. Il pourrait donc gouverner librement l’Empire des 1045 planètes et en tirer tous les profits possibles! Il avait l’esprit encore plus dérangé et plus fourbe que son alter ego de l’Univers parallèle précédent! Très dangereux, il avait asservi des centaines de triades qui œuvraient sur tous les continents tant au XX e siècle qu’au-delà! Dans cette piste, le ver était dans le fruit! Peut-être Michaël s’était-il résolu à instrumentaliser ce criminel afin d’éviter la Grande Catastrophe qui devait se produire le 15 avril 2045?
Après avoir recueilli les informations nécessaires, Daniel fit donc mine de céder. Antor et Fermat comprirent sa position. Quant à Franz, il n’assistait pas à ce marchandage, aidant Uruhu et Kiku U Tu à vérifier que le feu ne reprenait pas. Ses domestiques et son épouse s’en étaient tirés sans trop de dommages à part quelques cheveux et sourcils roussis, des vêtements couverts de cendres et de produits chimiques.
- Soit, mister Wu, fit enfin Daniel passant à l’anglais afin que presque toute l’assistance comprît ses propos. J’accepte votre marché, je ne dirais pas le couteau sous la gorge, mais… C’est donnant-donnant! Révélez-moi la cache dudit Fouchine!
- Il a conduit votre nièce dans une base secrète en Pologne près de Gdansk! Je détiens cette information par l’intermédiaire de Michaël Xidrù. Pour échapper à une poursuite éventuelle, notre espion patenté a emprunté un jet surarmé! Le commandant soviétique est un pilote breveté de supersonique. Petit détail supplémentaire dont vous tirerez certainement profit: l’avion est suédois et il s’agit d’un Sabre!
- Bien. Mais les autres adversaires communs? Sir Charles Merritt, Zoël Amsq, les ultralibéraux?
- Je vous livrerai les leaders des capitalistes venus de 1999, TQT, Hinckel, Tagawashi, Peperoni… Pour Sir Charles, je ne puis rien vous promettre. Quant à Zoël Amsq, je vous recommande la plus grande prudence! Il vous hait et poursuit une implacable vengeance à travers les temps et les Univers! J’ignore cependant pourquoi!
- Je me contenterai de cela… en attendant! Quand nous retrouverons-nous?
- Demain à 18 heures devant la Tour de la radio de Bonn! Nous ferons le point afin d’agir de concert… Ti, maintenant, vous pouvez couper les déflecteurs et faire avancer ces doctes sommités!
- Bien maître Sun!
Tous les hôtes de Franz rendus à la liberté, la bande du Dragon de Jade disparut, entourée d’un halo orange, le signe caractéristique de l’intervention de l’entité Michaël.
Cependant, il restait de nombreux points à régler: réparer tout d’abord la propriété des Von Hauerstadt, dédommager Franz, soigner les traumatismes et… plonger Bachelard, Price, Asimov ainsi que tous les autres participants actifs du colloque dans un sommeil profond dont-ils ressortiraient avec une mémoire altérée. C’était là la tâche particulière dévolue à Antor dans laquelle il excellait! Rien ne devait s’être passé de remarquable et le symposium s’achèverait normalement!

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